samedi 18 mai 2013

Recension critique de "Géopolitique de l'Arménie" (de Gaïdz Minassian)

Abdil Bicer, "Gaïdz Minassian, Géopolitique de l’Arménie", Revue historique des armées, 248 | 2007 :
Une géopolitique de l’Arménie, nécessaire, utile et indispensable, doit être une clé pour appréhender les grandes questions contemporaines qui agitent la Transcaucasie. Gaïdz Minassian, essaie, en une centaine de pages, de donner force et vigueur à l’Arménie d’aujourd’hui. Balayant quelques siècles d’histoire au détour d’analyses contemporaines, il replace l’Arménie dans son espace actuel avec ses maux et ses réalités. Définissant une problématique essentiellement axée sur les rapports arméno-turcs, le lecteur s’aperçoit rapidement que l’auteur cristallise les débats autour de la reconnaissance par la Turquie du « génocide arménien ». L’histoire des Arméniens et des Turcs ne se borne pas à un conflit permanent entre les deux peuples. Les premières relations remontent au XIe siècle, lors de l’arrivée des Turcs seldjoukides en Asie mineure. Avec les Ottomans, les Arméniens sont amenés à jouer un rôle politique, économique et culturel qu’ils n’ont jamais connu dans le passé et deviennent aux yeux des Ottomans « le peuple fidèle ». Les Arméniens doivent l’existence de leur Eglise, indépendante du patriarche grecque, au sultan ottoman Mehmet II. Quant aux relations contemporaines entre l’Arménie et la Turquie, elles sont décrites par l’auteur avec une grille de lecture qui rappelle sans cesse la nécessité pour la Turquie de se démocratiser et l’obligation d’avoir un devoir de mémoire lié aux événements de1915. Bien qu’il souligne les progrès en Turquie, relatifs aux débats sur la question arménienne, avec la tenue de conférences, il insiste sur l’absence réelle de relations entre l’Arménie et la Turquie en omettant de rappeler la politique conduite par l’Arménie qui ne reconnaît pas les frontières de ses voisins et encore moins celles de la Turquie. Plus qu’une géopolitique de l’Arménie, c’est une géopolitique de la Transcaucasie qui apporterait à l’historien et à l’analyste un outil fondamental pour comprendre la réalité de la région et ne pas limiter la perception des choses à une grille de lecture trop étroite.

Abdil Bicer est un officier français travaillant au Service historique de la Défense.