mercredi 26 juin 2013

La politique arménienne de la Russie tsariste

Taïmourza, "La Politique Arménienne de la Russie", Prométhée, n° 29, avril 1929, p. 9-16 :
La « question arménienne » a toujours servi d'atout dans le jeu diplomatique de la Russie impériale par rapport à la Turquie. C'était le gouvernement russe qui se faisait toujours premier instigateur dans l'affaire des soi-disant « réformes arméniennes » aussi bien que le partisan de la création d'une Arménie autonome sous le protectorat des grandes puissances.

La Russie qui opprimait les peuples subjugués, la Russie qui interdisait la commémoration de Taras Chevtchenko en Ukraine, qui allait jusqu'à défendre les chansons ukrainiennes, apparaissait ici comme une protectrice désintéressée, laquelle se posait en défenseur des intérêts nationaux des Arméniens de Turquie. Nous ne sommes point les défenseurs de la vieille Turquie ; cependant, la Russie des pogroms juifs, la Russie des massacres entre Tatares et Arméniens, au Caucase, cette même Russie dans le rôle de défenseur « des droits des opprimés », c'est une chose vraiment difficile à comprendre !...

Le général Denikine avait aussi pris soin des Arméniens, lui, qui ne reconnaissait « aucun droit national » pour les autres peuples.

On n'a pas oublié certainement la déclaration de guerre à l'Azerbaïdjan par le général Denikine pour la seule raison d'un désaccord existant entre l'Azerbaïdjan et l'Arménie, « soeur et amie de la Russie ». Rapprochez de ce fait la déclaration hors la loi des délégués du Caucase du Nord par ce même général Denikine, et vous comprendrez aisément que dans ce « souci des Arméniens » il y avait une autre raison. Jusqu'à présent nombre de personnes continuent de croire que la Russie était, en effet, une protectrice désintéressée des Arméniens lorsqu'elle défendait leurs intérêts nationaux. C'est sur cette hypothèse que reposait et que repose encore l'espoir d'une partie bien considérable des hommes politiques d'Arménie. Si nous voulons démontrer ici, documents en mains, « le souci russe pour les Arméniens », ce n'est pas dans le but de désenchanter les Arméniens dans leurs sympathies russes, mais uniquement dans l'intérêt de la vérité.

Un an avant la Grande Guerre, en 1913, sur l'initiative de la Russie, une commission internationale spéciale fut créée ; elle comprenait des représentants de l'Autriche, de l'Angleterre, de l'Allemagne, de l'Italie, de la Russie et de la France. Son but était de discuter le projet, formé par la Russie, sur la question des « réformes arméniennes ». Selon ce projet on devait organiser une région autonome arménienne constituée de six vilayets turcs : Erzeroum, Van, Bitlis, Diarbékir, Kharpout et Sivas, sous la direction d'un général gouverneur chrétien. On projetait aussi la création d'un tribunal spécial, l'organisation d'une police et d'une gendarmerie sous le commandement d'officiers européens.

La vieille Turquie, épuisée par les guerres récentes de Tripolitaine, de Cyranéique et des Balkans, n'était pas en état de s'opposer à une opération si désastreuse. Elle dut avec regret accepter la création d'un « Etat spécial dans l'Etat » ; c'est ainsi qu'au début de 1914, le 8 février, fut signé entre la Turquie et la Russie une entente « donnant satisfaction aux deux parties contractantes ». La grande guerre européenne ayant éclaté, empêcha la réalisation de cette entente. Cette guerre éveilla en Russie des appétits beaucoup plus larges qu'auparavant. Bien avant l'entrée en guerre de la Turquie, la presse russe de la capitale se faisait l'écho de certaines rumeurs au profit d'un règlement définitif du problème du Proche-Orient. On disait que l'heure était venue des réalisations pour la mission historique russe. Dans un prochain numéro, nous essayerons de montrer que cette soif de « mission historique » à peine voilée par la Russie officielle, fut l'une des causes qui décida de l'entrée en guerre de la Turquie du côté des Puissances centrales, de la coalition Austro-Allemande.

Mais revenons au thème principal de notre article : Aussitôt que la Turquie entra en guerre, la Russie se mit en devoir de préparer le partage de la « Turquie d'Asie ». Il va de soi que ce partage correspondait à « la rubrique historique » de la défense des intérêts nationaux des Arméniens turcs. « Les vilayets arméniens » de la Turquie, « la majorité arménienne » ne faisaient que fortifier cette « mission historique » de la Russie au profit de son immixtion protectrice dans cette affaire.

« Les documents secrets de l'ancien ministère des Affaires Etrangères » publiés et recueillis par le pouvoir soviétique sous l'appellation générale de « Partage de la Turquie d'Asie » donnent une documentation complète pour permettre de juger de la sincérité de la Russie dans la cause arménienne. Les dépêches bien courtes, entre le ministre des Affaires Etrangères et ses ambassadeurs à Paris et à Londres, en disent plus long que des volumes entiers... Voici un télégramme du ministère des Affaires Etrangères aux ambassadeurs russes à Paris et à Londres, MM. Izvolskï et le comte Benkendorf (N° 1721 du 17 avril 1915). Nous la citons intégralement :

— « Un homme politique arménien, sujet russe, le docteur en médecine Zavriev, bien noté au ministère des Affaires Etrangères est parti pour la France et pour la Grande-Bretagne dans le but de disposer le gouvernement et l'opinion publique desdits pays, en faveur de la réalisation des desiderata arméniens. Zavriév demande à se faire introduire dans ces cercles politiques et il sollicite un appui. »

Peut-on douter, après cela, que « le programme des desiderata arméniens n'ait été exactement connu du ministère des Affaires Etrangères et que cette recommandation du docteur Zavriev, « bien noté au ministère des Affaires Etrangères » n'a pas été fondée sur de simples conversations « académiques » sans importance pour ainsi dire. Il est de toute évidence que le docteur Zavriev est parti pour l'Europe, complètement rassuré sur l'appui que le gouvernement impérial donnerait au programme, que lui et Boghos-Noubar-Pacha (ce dernier en qualité d'homme de confiance du Catholicos) apportaient à Paris et à Londres.

Cependant ce même programme « des desiderata arméniens » parut quelque peu suspect à M. Izvolskï, ambassadeur russe, du fait même qu'il était appuyé par le ministère des Affaires Etrangères.

M. Izvolskï s'empressa donc de télégraphier à M. Sazonov (N° 318 du 15-17 mai 1915) exactement ce qui suit :

« Docteur Zavriev arrivé ici m'a présenté un mémoire avec les résultats de ses entretiens dans notre ministère. Dans ce mémoire il est dit entre autres, que la Russie a l'intention de proposer aux Puissances la formation d'une Arménie autonome dans les limites de la Turquie, sous la souveraineté de cet Etat et sous la protection de trois Puissances : la Russie, l'Angleterre et la France. Le territoire de l'Arménie aurait englobé, parait-il, non seulement tous les vilayets arméniens, à l'exception de quelques parties de la périphérie, mais encore la Cilicie avec un port sur la Méditerranée, à Mersine, et à l'exception du golfe d'Alexandrette, avec l'Umourtalic. Plus loin il est dit dans ce mémoire :

« bien que ce programme soit approuvé par notre ministère des Affaires
« étrangères, lequel a promis son appui par l'intermédiaire de ses
« ambassadeurs à Londres et à Paris, et pour éviter les soupçons de la
« part de la France et de l'Angleterre, surtout dans la question de Cilicie,
« les hommes politiques d'Arménie agiront sans l'immixtion effective
« des ambassadeurs russes ; ils ne le feront, que dans des cas embarras-
sants, ou lorsque les ambassadeurs eux-mêmes le trouveront possible. »

Je n'ignore pas que le docteur Zavriev, ainsi que Boghos-Noubar-pacha ont déjà parlé dans le sens de ce qui précède, devant les membres du ministère des Affaires Etrangères d'ici. C'est pourquoi je vous prierais de m'informer si ledit programme est vraiment approuvé par vous et dans quelle mesure je dois l'appuyer ici. Le point touchant la Cilicie me parait surtout délicat, attendu que la France nous a fait pressentir ses aspirations sur. cette région. »

Voyons comment M. Sazonov répondit à la demande d'explications de M. Izvolski.

La réponse de M. Sazonov est très courte et nous la citerons intégralement (N° 2.307 du 5/18 mai. 1915) :

« Les entretiens avec les Arméniens ont eu un caractère essentiellement académique. On n'a indiqué aucun programme déterminé à Zavriev. A sa demande d'avoir en vue les aspirations des Arméniens qui désireraient faire entrer la Cilicie dans les limites de la future Arménie, il lui fut répondu : « Nous ne pouvons pas soutenir une telle revendication en raison de la prédominance des intérêts français en Cilicie. » Il en résulte donc que le docteur Zavriev induisit en erreur M. Izvolskï en affirmant que le programme qui lui avait été présenté avec « les desiderata arméniens » (la Cilicie incluse) avait été approuvé par le ministère des Affaires Etrangères russe. Oui, évidemment il en est ainsi d'après la réponse de M. Sazonov au télégramme de M. Izvolskï ; cependant il n'est pas possible que le docteur Zavriev « ait altéré la vérité ».

D'autre part, Boghos-Noubar-pacha a présenté le programme « des desiderata arméniens » au comte Benkendorf, ambassadeur à Londres. Là aussi il est dit que « ce programme est reconnu par le gouvernement impérial russe », la Cilicie incluse (Cf. le télégramme du comte Benkendorf à M. Sazonov, N° 462, du 2-15 juillet 1915).

A lui aussi M. Sazonov répond par cette phrase remarquable : « Tous les entretiens avec les délégués arméniens ont eu un caractère purement académique » (télégramme N° 3.476 du 7-20 juillet 1915).

Après tout ce qu'on vient de lire, peut-on s'étonner encore de ce que M. Izvolskï ait répondu à M. Sazonov par un télégramme (n° 377, du 1/4 juin 1915) ainsi conçu :

« D'après votre télégramme, sous le N° 2.307, je continue à m'abstenir scrupuleusement de prêter un appui quelconque aux desiderata de MM. Zavriev et Noubar-pacha. »

Ayant perdu toute confiance, après le télégramme de son chef, dans la bonne foi des politiciens arméniens, M. Izvolski demande à M. Sazonov dans le même télégramme :

« Au cas où le plan (d'une Arménie avec la Cilicie) trouverait ici une approbation effective, veuillez m'informer à quel point il trouverait un écho de notre côté. »

Laissons donc le côté diplomatique de la protection russe ou plutôt, pour s'en tenir au langage des télégrammes de M. Sazonov, le côté « académique » de la question et voyons ce qui se disait au sein du gouvernement russe sur l'Arménie autonome (avec ou sans la Cilicie). Nous y voyons que ces entretiens étaient loin d'avoir un « caractère académique ». Sous ce rapport, une lettre confidentielle de M. Krivocheme, directeur en chef du ministère de l'Agriculture, au nom de M. Sazonov, du 18 février 1916, présente un intérêt tout particulier. Dans cette lettre, il n'y est pas du tout question de l'Arménie ; on y parle du « bassin supérieur de l'Araxe et de l'Euphrate » (Vilayet d'Erzéroum et de Van et une partie de celui de Bitlis) « qu'on appelle généralement l'Arménie ».

Et ce pays « généralement appelé Arménie » intéresse M. Krivochéïne, exclusivement au point de vue des intérêts de la « transmigration des paysans russes ».


A présent nous comprendrons facilement pourquoi M. Sazonov considérait ses entretiens avec les délégués arméniens comme ayant un « caractère essentiellement académique » si l'on admet qu'au moment même où l'on envoyait un télégramme du ministère avec la recommandation du docteur Zavriev, le « bien noté », dans son bureau se trouvait une « lettre confidentielle » de M. Krivocheïne, son collègue du cabinet, lequel projetait de s'occuper non d'une Arménie « académique » autonome, mais de l'installation réelle de colons russes dans le bassin supérieur de l'Araxe et de l'Euphrate.
Nous voici en 1916. Dans la solution de la question arménienne apparaissent de nouvelles notes.
Le délégué du gouvernement de la Grande-Bretagne, sir Marc Sikes, par une lettre du 12 mars 1916, au nom de l'ambassadeur sir Buckenheim, à Pétersbourg, propose à l'attention du gouvernement russe le partage de l'Arménie en deux parties : entre la Russie et la France. C'est-à-dire que la Russie reçoit Erzéroum, Van et Bitlis, alors que l'Arménie proprement dite passe à la France ; c'est dans la zone française qu'elle trouverait « la concentration des sentiments nationaux arméniens ».

Ce plan déplaisait à M. Sazonov, non pas parce qu'il y était question du partage de l'Arménie « entière », mais parce qu'il avait peur du voisinage français. Voici ce qu'il écrivait à ce sujet dans son « mémoire très humble » au tsar, le 29 février 1916 :

« L'apparition sur une grande étendue de notre frontière d'Asie, dans des endroits ayant une population mixte et inquiétante, d'une grande Puissance européenne, serait-ce même notre alliée actuelle, doit être considérée comme indésirable. »


En échange de l'accord concernant la rectification des frontières d'Arménie « si chère à la Russie », M. Sazonov était prêt à « céder à la France le territoire de la Petite Arménie entre Sivas-Kharpout et Césarie ».

Le 17 mars 1916, sous la présidence de M. Sturmer, eut lieu un « conseil spécial ». A la remarque du représentant du vice-roi du Caucase, que le « partage en deux parties susciterait un mécontentement et les protestations des Arméniens, ainsi qu'une agitation au Caucase », le ministre des Affaires Etrangères répondit, qu'un tel partage correspond aux particularités topographiques de la région, ainsi qu'au groupement des Arméniens d'après la religion.

Comparez cette réponse avec le programme d'une Arménie autonome, approuvé par lui-même et au sujet duquel MM. Zavriev et Boghos-Noubar pacha avaient fait un rapport, et vous aurez, en effet, un réel tableau des entretiens « d'un caractère essentiellement académique » qu'il eut avec les politiciens arméniens sur le principe d'une Arménie unifiée.

Le ministre de la Marine, dans son mémoire du 20 mars/2 avril 1916, ne sympathise pas beaucoup à la population arménienne car dans « ses veines coule un sang particulièrement agité ».


Le mémoire du ministre de la guerre du 24 mars/6 avril 1916, explique bien la peur du voisinage français (sur le territoire de l'Arménie), nous y lisons :  
« Si la Russie tendait toujours et tend encore à s'assurer la possession et la possibilité d'une nationalisation (lire russification — N. de la R.) de ses confins, les intérêts de la France dans les provinces voisines tendront exclusivement à tirer le meilleur profit du territoire occupé ; en outre, sous le rapport administratif, elle serait disposée d'accorder aux tribus qui l'habitent, une indépendance complète, possible avec une organisation ultra-libérale, administrative et sociale, sans compter aucunement avec les intérêts d'Etat de la Russie ».

De plus, continue le ministre de la Guerre, on peut supposer que, dans quelque temps, l'un des buts de la politique de la France sera d'étendre au delà des confins de la Russie, et de la Perse du Nord, la sphère de son influence, en contribuant au développement des tendances autonomes, principalement parmi la population arménienne. » Voilà donc ce qui reste du « programme approuvé par le gouvernement impérial sur l'autonomie de l'Arménie » !...

Quant à son alliée, la France, avec laquelle il n'y a pas longtemps la Russie avait l'intention de partager le fardeau du protectorat sur « l'Arménie unifiée », le gouvernement russe s'est mis à la considérer avec prudence ; elle a craint que le régime « ultra libéral » de la France ne contribuât au développement des tendances autonomistes chez les Arméniens.

En vérité : « que Dieu nous préserve des amis », auraient pu dire les Arméniens.

Passons plus loin:

Sous nos yeux se trouve une lettre de M. Sazonov adressée au Vice-roi du Caucase (N° 540 du 174/28 juin 1916). Cette lettre nous dévoile mieux que partout ailleurs, le vrai visage « de la politique arménienne » du gouvernement russe. M. Sazonov est bien préoccupé de « l'organisation future de la Grande Arménie » dont presque tout le territoire est occupé par les armées russes. C'est alors, semble-t-il, que le gouvernement impérial aurait eu la possibilité de prouver par des faits «  son amour immémorial envers le peuple martyr d'Arménie ». Ecoutez cependant ce que dit maintenant le ministre russe, lorsque l'Arménie se trouve dans les propres mains « de l'éminent protecteur ».

M. Sazonov écrit :

« On n'ignore point que les jalons extrêmes, entre lesquels on place généralement chez nous la solution de la question arménienne, ont deux courants : l'un est la tendance des nationalistes arméniens vers une autonomie complète sous l'égide de la Russie, dans l'esprit des réformes proposées par nous en 1913 ; l'autre courant, opposé au premier, ramène à zéro l'importance des Arméniens essayant de mettre à leur place les musulmans. (Tel est à peu près le sens du mémoire du ministre de la Marine dont on a parlé plus haut.)

« Il me semble que la solution de cette question dans un sens ou dans l'autre, ne correspond point aux intérêts de la Russie, pas plus au point de vue de la politique extérieure, qu'intérieure. En ce qui concerne l'octroi d'une large autonomie aux Arméniens, il ne faut pas oublier que dans la Grande Arménie actuellement conquise par la Russie, les Arméniens ne formaient jamais une majorité.

Ainsi : 1° Dans la Grande Arménie, les Arméniens n'ont jamais constitué une majorité et, 2° l'autonomie de l'Arménie n'est pas dans les intérêts de la Russie. C'est ainsi qu'écrit le ministre des Affaires Etrangères, auteur des réformes proposées par la Russie en ce qui concerne la création d'une Arménie autonome, ou moment où le soi-disant territoire arménien se trouvait sous la domination des Turcs.

M. Sazonov ne veut point cependant laisser les Arméniens les mains vides ; il croit possible d'accorder aux Arméniens dans certaines limites, une indépendance scolaire et cultuelle, le droit d'utiliser leur langue, aussi bien qu'une administration municipale et rurale, tout en observant, lors des élections, un pourcentage dans la proportion de la population...

La réponse du vice-roi du Caucase, le Grand-Duc Nicolas (N° 21.083 du 3/16 juin 1916) met déjà tous les point sur les « i », ce qui, dans l'ensemble, produit l'effet d'une croix qu'on ferait sur l'autonomie de l'Arménie.


En effet :

« La question arménienne dans les limites de l'empire russe actuel est, à mon avis, inexistante, écrit le vice-roi du Caucase ; il ne faut même pas la rappeler. »


En ce qui concerne la question arménienne dans la région des vilayets turcs, occupée par les armées russes, le vice-roi du Caucase est d'avis que « l'autonomie de l'Arménie sous l'égide de la Russie, d'après toutes les probabilités, ne sera pas soulevée, car elle pourrait dangereusement compliquer la solution pacifique des questions, nées de la guerre actuelle ». C'est pourquoi le vice-roi est complètement d'accord avec M. Sazonov sur le projet qui consiste à octroyer aux Arméniens l'indépendance en matière d'enseignement et de religion, le droit de parler leur langue natale, à condition de conserver à la langue russe sa priorité dans tous les cas officiels »... Mais concluons.

Cela vaut-il la peine de se demander comment aurait fini « l'autonomie arménienne » si le sort avait permis de retenir les forces russes dans les possessions d'Asie Mineure de la Turquie.


Il est certain que le point de vue de M. Krivochéine aurait triomphé sur la « transmigration des paysans russes dans le bassin supérieur de l'Araxe et de l'Euphrate, qu'on désigne généralement sous le nom d'Arménie ».


Le gouvernement russe n'aurait même pas permis qu'on lui rappelât l'autonomie des Arméniens dans la Grande Arménie, c'est-à-dire là où, d'après le témoignage de M. Sazonov, ministre des Affaires étrangères, « ils n'avaient jamais constitué une majorité ».


TAIMOURZA.

Voir également : Mir Yacoub Mehtiev : "La Question Arménienne"

La politique de russification d'Alexandre III et les Arméniens du Caucase

Une parenthèse dans l'histoire du nationalisme révolutionnaire arménien : la résistance du Hintchak et de la FRA-Dachnak à la politique de russification inaugurée par Alexandre III

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