mardi 11 juin 2013

Mort de Pierre Mauroy : rappel de ses "liaisons dangereuses" avec la FRA-Dachnak

Gaïdz Minassian, "L'Internationale socialiste et les partis socialistes exilés du bloc communiste : le cas de la Fédération révolutionnaire arménienne Dachnaktsoutioun", Revue d'études comparatives Est-Ouest, volume 32, n° 3, 2001 :

"L'IS tient compte de ces revers dachnaks lors de son congrès de Berlin en 1992. Elle est sensible au pragmatisme du MPA dans le conflit du Haut-Karabakh (la République d'Arménie ne reconnaît pas l'indépendance de l'enclave, entame un dialogue avec l'Azerbaïdjan et respecte les décisions de la CSCE) et l'invite à se rendre à Berlin. Sans être un parti de gauche, le MPA dépose sa candidature à l'IS afin de renforcer le crédit international de l'Arménie et de son président, et de court-circuiter la candidature de la FRA. Le congrès de Berlin est, pour cette dernière, un échec puisque, malgré les efforts de H. Maroukhian, son adhésion n'est toujours pas acquise. Mais l'élection de P. Mauroy à la présidence de l'IS et de Luis Ayala au secrétariat général lui redonne un semblant d'espoir23. (...)

23. A l'époque premier ministre, Pierre Mauroy est proche de la FRA. Homme politique chilien, Luis Ayala entretient d'étroites relations avec la branche argentine de la FRA." (p. 121)

"Ceci dit, l'unité apparente de la FRA cache certaines nuances de taille par rapport au développement du socialisme démocratique au XXIe siècle. Le Bureau mondial de la FRA opte pour un socialisme moins idéologique tel qu'il est pratiqué en Grande-Bretagne ou en Allemagne. Les dachnaks d'Arménie, réunis autour du Haut-Comité, plus haute instance du parti dans la République, penchent davantage pour la « mondialisation maîtrisée » que préconise L. Jospin. Le Bureau mondial mise sur l'implication des Etats Scandinaves dans l'instauration de la paix au Haut-Karabakh. Celle-ci a déjà porté ses fruits à deux reprises alors que la vieille amitié franco-arménienne montrait quelques signes d'essoufflement (long blocage par le Sénat de la proposition de loi sur la reconnaissance du génocide des Arméniens, investissement de la France en faveur du soutien à l'entrée de la Turquie dans l'UE, lenteur du processus de paix au Haut-Karabakh conduit par le groupe de Minsk co-présidé par la France) même si une partie des socialistes français s'est largement impliquée dans la reconnaissance du génocide au Sénat et si la Fondation Jean Jaurès, présidée par P. Mauroy, a co-organisé avec la FRA deux séminaires de formation politique à Erevan en 1998 et 1999." (p. 127)


Gaïdz Minassian, Guerre et terrorisme arméniens, 1972-1998, Paris, PUF, 2002, p. 70 :

"Le soir de la victoire du 10 mai 1981, les dachnaks participent, en France ou à l'étranger, à l'ivresse populaire qui gagne le peuple de gauche et scandent eux aussi le slogan : « On a gagné. » A la lecture du discours de F. Mitterrand à Mexico, certains voient même dans la France socialiste une terre dachnak favorable aux peuples en lutte. Le gouvernement de Pierre Mauroy compte plusieurs ministres arménophiles. Le PS de Lionel Jospin prête une oreille attentive à la FRA dont les démarches auprès des socialistes transitent par un poids lourd du gouvernement, C. Hernu." (p. 70)

"Mais ce n'est pas tant l'arrestation de V. Tcharkhoutian qui explique la recrudescence des attentats de l'ASALA que l'invasion du Liban par Israël dont les conséquences s'avèrent désastreuses pour l'ASALA mais aussi pour la FRA. Cela n'apparaît cependant pas à première vue, le gouvernement de P. Mauroy confirme au Dachnak son rôle d'interlocuteur privilégié de la France. Le PS ouvre ses listes aux candidats dachnaks pour les municipales de 1983, la FRA participe aux congrès du PS et s'implique davantage à l'IS." (p. 76)

"En France, la FRA, qui a soutenu le président F. Mitterrand à la présidentielle de 1988, rencontre P. Mauroy, premier secrétaire du PS, en novembre 1988 à Paris. En pleins bouleversements à l'Est, le PS donne son accord à l'envoi d'une délégation officielle en RSS d'Arménie, en février 1989, comprenant entre autres H. Emmanuelli et G. Colomb [Collomb]." (p. 152)


Voir également : Le passé trouble de Charles Hernu, "grand ami des Arméniens"

Le très pro-arménien Charles Hernu était-il un agent du KGB, ceci expliquant cela ?

Le socialisme de la FRA-Dachnak

L'opposition du résistant socialiste français Daniel Mayer à l'entrée de la FRA-Dachnak au sein de l'Internationale socialiste

A quand l'exclusion de la FRA-Dachnak de l'IS ?