samedi 24 août 2013

Les déportations de populations civiles durant la Première Guerre mondiale : l'exemple de la Bosnie austro-hongroise

Thierry Mudry, Histoire de la Bosnie-Herzégovine : faits et controverses, Paris, Ellipses, 1999, p. 148-149 :

"Quoi qu'il en soit, cet attentat [de Sarajevo] eut en Bosnie-Herzégovine, comme dans le reste de l'Europe, des répercussions dramatiques. On sait qu'après que la Russie eut commencé à mobiliser, manifestant ainsi, sans avoir été provoquée, des velléités agressives vis-à-vis de l'Autriche-Hongrie, Vienne adressa le 23 juillet un ultimatum en dix points au Royaume de Serbie. Belgrade accepta toutes les exigences qui y étaient formulées, à l'exception d'une seule, prévoyant que des policiers et des magistrats austro-hongrois participeraient, dans le cadre d'une commission mixte, à l'enquête sur l'attentat menée en Serbie. L'Autriche-Hongrie, considérant que son ultimatum avait été ainsi repoussé, déclara la guerre à la Serbie le 28, entraînant dans le conflit son allié allemand et les Etats de l'Entente, résolus (pour ce qui était de la Russie) à défendre l'indépendance et les intérêts serbes et (pour la France et la Grande-Bretagne) à soutenir leur partenaire russe.

En Bosnie-Herzégovine, l'attentat souda autour des autorités austro-hongroises et contre la communauté serbe, désignée comme complice des assassins de l'archiduc-héritier, l'essentiel des communautés croate et musulmane dont les partis politiques avaient formé en 1911, on s'en souvient, un bloc parlementaire pro-gouvernemental. Le soir même de l'attentat, des émeutiers s'en prirent aux Serbes de Sarajevo et à leurs biens, détruisant une grande partie de leurs boutiques et de leurs habitations. Assurées de leur loyauté, les autorités austro-hongroises recrutèrent parmi les éléments douteux appartenant aux communautés croate et musulmane un corps d'auxiliaires, les suckori (en allemand : Schützkorps), chargés de contribuer au maintien de l'ordre, qui commirent contre la population serbe bosniaque de nombreuses exactions. Dans le même temps, les procès s'abattirent sur les Serbes soupçonnés d'intelligence avec l'ennemi. Plusieurs milliers d'entre eux furent internés dans des camps par simple décision administrative, certains furent exécutés, parfois sans jugement. En fait une présomption de trahison pesait sur l'ensemble de la population serbe, renforcée par le fait que des volontaires venus de Bosnie-Herzégovine avaient rejoint les troupes serbo-monténégrines. Cette méfiance explique le transfert forcé vers l'ouest d'un nombre élevé de familles habitant la région frontalière à l'est de la Bosnie-Herzégovine, où les autorités austro-hongroises voulaient éviter qu'un front intérieur ne s'ouvre sur les arrières de leur armée."

Voir également : Les déportations et expulsions massives dans l'Empire russe au cours de la Première Guerre mondiale

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