vendredi 9 août 2013

Retour à Marseille d'un terroriste/braqueur/criminel de guerre arménien

Retour à Marseille de "Gib" héros national arménien
Marseille / Publié le vendredi 09 août 2013 à 12H09

Gilbert Minassian a fait reconnaître la prescription d'une vieille condamnation


Derrière la "bourde juridique" et la polémique entre Christiane Taubira et la droite qui s'en est suivie (notre édition d'hier), c'est une incroyable histoire marseillaise qui refait surface. Les nouvelles règles juridiques édictées par la Cour de cassation sur la prescription des condamnations - ce qui entraîne actuellement la vérification sourcilleuse du dossier de 3 500 détenus - l'ont été sur la base d'un vieux dossier judiciaire, celui de Gilbert Minassian. Condamné en mai 1989 par contumace à la perpétuité, ce Marseillais de 57 ans vit en exil en Arménie depuis 27 ans où il est devenu un héros national après sa participation à la guerre contre les Azéris au Haut-Karabagh, une enclave arménienne d'Azerbaïdjan. Mais avant devenir l'un des six colonels de l'armée arménienne - aujourd'hui à la retraite -, Gilbert Minassian, qu'à Marseille on surnommait "Le Gib" ou "Minus" - sans que plus personne ne puisse expliquer ce surnom qui ne correspond en rien à son physique - était un militant communiste bien connu. Reputé pour ne jamais avoir froid aux yeux.

Retour en 1984. Le 27 juillet, un fourgon postal transportant des valeurs est attaqué aux Pennes-Mirabeau.

Butin : 150 000 francs quand ses auteurs, un CRS "défroqué" et des postiers espéraient en tirer un ou deux millions de francs. L'enquête conduit à Gilbert Minassian et à un soupçon de financement de l'Armée secrète arménienne de libération de l'Arménie-Mouvement révolutionnaire (Asala-MR) dont Gilbert Minassian est une figure française. Membre des Jeunesses Communistes à la fac d'Aix-en-Provence à la fin des années 1970, on le voyait à la tête des manifestations étudiantes et dans les confrontations alors fréquentes et musclées entre ces jeunes marxistes-léninistes et les étudiants militants d'extrême-droite du GUD.

En haut de la Canebière, le 7 avril 1976, on prête même à Gilbert Minassian le coup de couteau que Bernard Marandat, responsable du groupuscule étudiant d'extrême droite avait reçu dans la cuisse. Son militantisme arménien l'avait conduit à épouser la cause de l'Asala et de faire partie de la scission qui avait dénoncé la violence aveugle de l'organisation après l'attentat de la Turkisch Airlines à Orly en juillet 1978 qui avait fait huit morts.

"Libérez Minassian" sur les murs de la ville


La justice aixoise "inculpe" Gilbert Minassian pour le braquage du fourgon, l'incarcère pendant neuf mois, soulevant à Marseille une vague de soutien. Qui n'a pas en mémoire un "Libérez Minassian" peint sur un mur ou un pont d'autoroute ? Le militant est libéré sur la base du témoignage des deux fondateurs mondiaux de l'Asala-MR, Monte Melkonian et David Davoudian, qui assurent que, le soir du braquage, le Marseillais dînait avec eux. Mais avant que la justice se ravise, Gilbert Minassian a quitté la France. C'est en Arménie, sa terre d'exil, qu'il apprend sa condamnation par contumace à la réclusion criminelle à perpétuité. Il prend part aux combats au Haut Karabagh, inscrit dans les premiers commandos de volontaires arméniens. Les actions qu'il mène sont glorieuses, héroïques. Il les raconte dans un livre qui vient de paraître à Erevan - en français et en arménien : Karvadjar, notre dette d'honneur.

Ce passé de gloire en fait, en 1991, année de l'indépendance de l'Arménie, l'un de ceux qui vont construire l'armée de ce pays né de la glasnost.

Mais la nostalgie de Marseille ne le quitte jamais. Tous ceux qui l'ont vu en Arménie disent comment "les étincelles s'allument dans ses yeux sitôt qu'on parle de Marseille".

"Gib", devenu Lévon Minassian ou le commandant Hovsep Hovsépian, est salué dans la rue à Erevan comme un héros. Marié, père de deux enfants âgés de 14 et 15 ans, Gilbert Minassian ouvrira dans la capitale arménienne un restaurant "Le Monte-Cristo" dont les murs arborent une vue panoramique du Vieux-Port. Il installe le premier boulodrome d'Erevan. "Il est un trait d'union entre la communauté arménienne française et l'Arménie", dira un jour un ambassadeur de France. Ambassade où il ne pourra jamais mettre les pieds, au risque d'être interpellé.

Condamnation prescrite

Un groupe d'amis avocats arméniens le défend lorsqu'après septembre 2009, il pourrait, selon la loi française, regagner Marseille en raison de la prescription de sa condamnation au bout de vingt ans. Le parquet général d'Aix-en-Provence assurera toujours l'inverse, soutenant qu'un mandat d'arrêt européen émis en mai 2004 ou une demande d'extradition adressée en 2005 aux autorités arméniennes interrompent la prescription de sa peine. La Cour de cassation vient de dire le contraire, donnant raison à "Gib" dont le passeport est arrivé hier à l'ambassade de France à Erevan. Il sera sur le Vieux-Port dans quelques jours, embrassera sa mère qui habite aux Olives mais pas son père, décédé en mai dernier. Gilbert Minassian comptait revenir discrètement à Marseille. Mais son arrivée se fera par la grande porte.

Luc Leroux
Source : http://www.laprovence.com/article/actualites/2482146/retour-a-marseille-de-gib-heros-national-armenien.html

Pour rappel : Un condamné franco-arménien bénéficie d'un vice de forme

Voir également : Histoire des Arméniens : élimination de la minorité azérie au Karabagh

Histoire des Arméniens dans le Caucase : le déchaînement de la violence nationaliste arménienne à l'occasion de la décomposition soviétique
 
L'histoire du Karabakh

Le conflit arméno-azéri : "Les opérations de nettoyage [ethnique], qui concernent en gros 200 000 personnes de chaque côté, semblent avoir été menées plus systématiquement et étalées dans le temps en Arménie et plus par à-coups violents en Azerbaïdjan"

L'expulsion méthodique des derniers Azéris d'Arménie

L'épuration générale des minorités ethniques en Arménie

Sordides affaires au sein de l'armée arménienne

Le terrorisme arménien en France : images d'archives

Quelques figures de l'activisme/terrorisme arménien

La "French Connection" : la conjonction de la mafia arménienne et du narco-terrorisme arménien
 
Le financement communautaire et illicite de l'organisation terroriste arménienne ASALA

Marseille : les conséquences funestes du clientélisme et de l'instrumentalisation des communautés