vendredi 20 septembre 2013

Jacques Mézard : portrait d'un patriote républicain

Non-cumul des mandats : la sainte colère du sénateur Mézard

Le Point.fr - Publié le 19/09/2013 à 15:31 - Modifié le 19/09/2013 à 16:02
Qui est ce sénateur radical de gauche qui a descendu en flammes le projet-phare de la rénovation de la vie publique voulue par François Hollande ?

Par Marie-Sandrine Sgherri (avec AFP)

Qui est donc Jacques Mézard, qui a pris la tête de la fronde sénatoriale face au projet de non-cumul des mandats des parlementaires ? Un petit cumulard, contrairement à la majorité de ses collègues du Sénat. À 66 ans, le sénateur du Cantal, qui est entré au palais du Luxembourg en 2008, n'est que conseiller municipal d'Aurillac (fonction qu'il occupe depuis 1983). Jusqu'à aujourd'hui, son principal fait d'armes national fut de permettre la saisine du Conseil constitutionnel début 2012 à propos de la loi réprimant la contestation des génocides reconnus par la loi. Ce projet cher à Nicolas Sarkozy visait plus particulièrement à lutter contre la contestation du génocide arménien. Un coup d'éclat couronné de succès, puisque les Sages avaient censuré le texte.

Dès l'élection de François Hollande, le président du groupe RDSE au Sénat (composé majoritairement de radicaux de gauche) a exprimé son opposition au texte sur le non-cumul, jugeant qu'il méconnaissait la spécificité de la Haute Assemblée. Dans une tribune publiée en juillet 2012, il plaidait avec nuance et mesure pour une limitation du cumul des mandats, non son interdiction totale. "Il n'est pas déraisonnable de penser qu'un élu local qui a la pratique du contact quotidien avec des administrés, qui gère un budget, bénéficie d'une expérience très utile pour voter la loi et contrôler l'action du gouvernement", faisait valoir Jacques Mézard.
La presse bobo parisienne

Changement de ton mercredi à la tribune du palais du Luxembourg. Cet avocat de formation a mobilisé toute sa verve pour descendre en flammes le projet présenté par Manuel Valls, promesse-phare de François Hollande durant sa campagne présidentielle. Estimant que "les bouleversements induits par ce texte sont considérables, dévastateurs pour la démocratie parlementaire et l'équilibre de nos institutions", Jacques Mézard l'a qualifié d'"imposture". Plus étonnant, il a jugé que c'était une basse manoeuvre politicienne, ce projet venant "de la prise de contrôle du PS par Martine Aubry, car c'était le moyen privilégié, et le plus facile, d'agréger les militants".

Mais ce qui a visiblement défrisé l'élu, c'est "l'opération médiatique" qui a accompagné le vote, "en particulier de la presse bobo parisienne". Dans le collimateur du sénateur, "l'ignoble classement de L'Express" des cumulards de la République. "Depuis des mois vous clouez au pilori des milliers d'élus vitupérés dans les médias comme cumulards, sous-entendu goinfrés de privilèges et d'indemnités", a tonné le sénateur du Cantal. "C'est particulièrement déshonorant d'utiliser de telles méthodes", a-t-il jugé, avant de qualifier les maîtres d'oeuvre du projet de "braconniers législatifs qui font leur coup nuitamment, le visage masqué par la cagoule de la modernisation de la vie publique". Bigre !
Baroud d'honneur

Pour Jacques Mézard, "ce qui est en jeu, c'est l'équilibre des institutions de la République et le principe même du bicamérisme". Et de prédire une nouvelle République où les élus ancrés dans leur territoire seront remplacés par "les parachutistes de la politique".

Sous les applaudissements d'une grande partie des sénateurs debout, il a appelé ses collègues à rejeter le texte. Ce qui fut fait cette nuit. Un simple baroud d'honneur, en vérité, puisque l'Assemblée a le dernier mot et qu'une nette majorité s'est dégagée en première lecture pour ce texte. Reste que ce jeudi Jacques Mézard est devenu une star, auréolée des critiques acerbes de Jean-Vincent Placé, chef de file des Verts au Sénat : selon Placé, "Mézard donne une vision d'une France ringarde, rétrograde, repliée sous les avantages parlementaires". À chacun de juger.
Source : http://www.lepoint.fr/politique/non-cumul-des-mandats-la-sainte-colere-du-senateur-mezard-19-09-2013-1733102_20.php