mardi 24 septembre 2013

Retour sur la mort de l'écolier Khoren Grimaldi

Mort d'un écolier puni : l'institutrice tente de s'expliquer

Publié le 24.09.2013, 12h42 | Mise à jour : 13h13

Le petit Khoren, 11 ans, s'était accidentellement pendu alors qu'il était exclu de sa classe à Arles (Bouches-du-Rhône). Plus deux ans après le drame, l'institutrice de l'élève de CM2 comparaît ce mardi devant le tribunal correctionnel de Tarascon, poursuivie pour «manquement à une obligation particulière de prudence» et «homicide involontaire».
 Dans la matinée, elle a donné des explications souvent confuses sur une punition «anormalement longue» infligée à l'écolier. Elle encourt cinq ans d'emprisonnement et 75 000 euros d'amende.

«Je ne pense pas que je sois responsable de la mort de Khoren», déclare en préambule Agnès Maulard-Lelong, 42 ans, d'une voix à peine audible et tout de noir vêtue. Un peu plus tard, quand le procureur qui lui demande si elle se sent «moralement responsable», elle répond oui avant de se tourner vers les parents et de leur dire qu'elle est désolée.

Le 26 mai 2011, à 9 h, cette institutrice de CM2 à l'école Anne-Frank d'Arles avait exclu et envoyé dans le couloir Khoren Grimaldi qui refusait de faire son travail. Trois-quarts d'heure plus tard, l'enfant était retrouvé inconscient, pendu par son T-shirt à une patère du couloir. En arrêt cardio-respiratoire, il n'avait pu être réanimé malgré un massage cardiaque pratiqué par les enseignants de l'école, et décédait quatre jours plus tard à l'hôpital à Marseille.

«Je ne suis pas restée 45 minutes sans le voir»

Ce mardi, le président du tribunal correctionnel a longuement interrogé la professeure des écoles poursuivie sur le «temps inhabituellement long» de la punition. Selon des inspecteurs de l'Education nationale entendus durant l'enquête, cela ne correspond pas à la «période d'isolement momentané» auquel une punition doit correspondre. «Je ne suis pas restée 45 minutes sans le voir (...) des élèves sortaient lui parler», objecte l'institutrice, répondant souvent de manière hésitante, cherchant dans ses souvenirs, tandis que le magistrat la questionne aussi sur son refus de réintégrer Khoren, qui au bout d'une demi-heure avait demandé à rentrer. «Je ne veux plus te voir», lui avait-elle dit, selon des propos rapportés par une dizaine d'élèves.

L'enquête a conclu à «un jeu qui a mal tourné»

Selon des témoignages d'élèves, Mme Lelong avait puni le jeune garçon en lui disant : «En classe, les écoliers travaillent, tu n'as pas un comportement d'écolier, tu ne travailles pas, va avec les manteaux.» Très vite l'enquête a conclu à «un jeu qui a mal tourné», avait expliqué, avant le procès, l'avocat de la partie civile, Louis Sayn-Urpar, ajoutant que le garçon présenté comme «bon élève, facétieux et aimant faire rire ses camarades» avait très probablement pris la maîtresse au mot. Pour la mère de l'enfant, Laure Grimaldi, c'est cette phrase qui a déclenché l'accident. «Plutôt que subir une humiliation, il a voulu s'en sortir par une pirouette», s'accrochant ainsi avec son vêtement. Selon le bâtonnier, la volonté de la famille est que cette audience serve d'exemple «pour que ça n'arrive plus».

Les réquisitions sont attendues dans l'après-midi, et les magistrats du tribunal correctionnel de Tarascon devraient mettre leur décision en délibéré.
Source : http://www.leparisien.fr/faits-divers/mort-d-un-ecolier-puni-l-institutrice-tente-de-s-expliquer-24-09-2013-3165383.php