mardi 15 octobre 2013

Aurélie Filippetti et les effets pervers du "devoir de mémoire"

Communiqué de presse : culture
Inauguration du Centre National de la Mémoire Arménienne
Centre National de la Mémoire Arménienne


Communiqué le 14/10/2013

Inauguration du Centre National de la Mémoire Arménienne

dimanche 20 octobre 2013

32, rue du 24 avril 1915, 69150 DECINES


Madame Aurélie FILIPPETTI, Ministre de la Culture et de la Communication,
représentant Monsieur François HOLLANDE, Président de la République Française, inaugurera le Centre National de la Mémoire Arménienne.
La construction, à l'architecture ambitieuse, de cette nouvelle structure innovante et unique en diaspora s'est achevée en décembre dernier. Elle a été possible grâce aux partenaires publics locaux comme la Région Rhône-Alpes, le Conseil Général du Rhône, le Grand Lyon, les mairies de Décines et Meyzieu, la Fondation BULLUKIAN et les amis donateurs privés.

Depuis bientôt un siècle, les Arméniens en diaspora luttent pour que leur culture, leur histoire, marquées par le drame du Génocide de 1915, ne disparaissent pas et soient transmises enrichies aux générations futures ainsi qu'aux citoyens des pays dans lesquels ils vivent.

C'est de cette nécessité qu'est née l'idée d'une telle institution, s'articulant autour d'une triple vocation :
1. Abriter un centre de documentation normalisé, classé SUDOC et en réseau avec d'autres centres en FRANCE, en Europe et dans le monde entier et une médiathèque aptes à assurer la conservation et la transmission des archives officielles ou privées.
2. Développer un centre de recherche pluridisciplinaire sur la culture, l'identité, les conséquences tant collectives qu'individuelles du Génocide des Arméniens, les dynamiques des échanges interculturels.
3. Faire vivre et évoluer l'héritage dont nous sommes dépositaires à travers des activités en direction du public par une politique de médiation culturelle réellement ouverte en accord avec notre ligne directrice de conduite : "rester soi en devenant autre".

La dimension et les objectifs de ce centre dépassent ainsi le niveau local et régional. Il sera un pôle porteur d'une intelligence collective ouverte, car si la mémoire arménienne en est le socle fondateur, le CNMA travaille sur des thématiques universelles telles que l'immigration et l'exil, les crimes contre l'humanité et la perte de sens, l'histoire et la mémoire, la diversité culturelle...

Le 20 octobre 2013 marquera le début des activités du Centre et de son ouverture au public.
Source : http://www.lyon-communiques.com/communiques/inauguration-du-centre-national-de-la-memoire-armenienne-c106019.htm

Thierry Mudry, Histoire de la Bosnie-Herzégovine : faits et controverses, Paris, Ellipses, 1999, p. 404-405 :

"A vrai dire, chacune des nationalités ou des confessions représentées en Bosnie-Herzégovine s'est vu infliger, à partir de la fin des années 1980 surtout, le rappel incessant des atrocités, du génocide dont elle aurait été victime au cours de la Seconde Guerre mondiale. Le souvenir de l'extermination des leurs à Jasenovac a fini par occuper dans la mémoire collective des Serbes une place considérable. Il en est allé de même, quoique dans une moindre mesure, chez les Croates et les Musulmans, avec le souvenir des exécutions massives de Bleiburg et des « marches de la mort » qui leur ont succédé, ou celui de l'égorgement systématique des civils de Foča occupé par les tchetniks.

Cette identité traumatique, née dans bien des cas d'une négation paroxystique de leur identité (poussée jusqu'à la volonté d'extermination) par les autres, conjuguée au parti pris en faveur des nations serbe, croate et musulmane constitutif de l'identité subjective que nous évoquions plus haut, a supplanté, ou du moins occulté les autres facettes de l'identité collective des populations locales, et suscité, notamment chez les Serbes, l'apparition de ce que Jacques Biolley nomme la « logique victimaire ». « Le sentiment profond d'être foncièrement "victime" permet l'économie de toute culpabilité. On retrouve précisément dans nombre de déclarations serbes ce sentiment-là qui non seulement existe mais se développe. Quant aux actes criminels commis par les ultranationalistes serbes, ils confirment, paradoxalement, à leurs yeux, et par leur gravité même, le comble de ce qu'ils sont forcés de faire dans l'état de perpétuelle "légitime défense" propre à leur statut de "victime". Statut qui leur octroie une étrange autorité morale et un aplomb confondant : pour ce qui les concerne, tout acte est justifiable, tout crime est légitime, toute revendication est défendable ».

Ici surgit une terrible évidence : la remémoration des crimes du passé, loin de dissuader les hommes d'en commettre de nouveaux, pourrait au contraire les y inciter. Face à cela, l'historien se doit de revendiquer, pour lui-même, le droit à l'exhaustivité (car toute mémoire est sélective et, en conséquence, ne peut se prévaloir d'être vraie) et pour les autres, le droit à l'oubli..."