vendredi 4 octobre 2013

Genève : procès pour le braquage d'une entreprise horlogère

Tribunal correctionnel

Braquage aux Acacias: il s'affirme innocent et évoque l’Apocalypse


Par Catherine Focas. Mis à jour à 12h07

Deux Arméniens sont jugés depuis jeudi pour le brigandage d’une entreprise horlogère de luxe.

Deux Arméniens de 37 et 40 ans sont jugés depuis jeudi pour le braquage de l’entreprise horlogère DeLaneau aux Acacias. Ils sont accusés d’y avoir pénétré le 25 janvier 2012 avec cagoules et couteau et de s’en être pris à deux employés.


La femme aurait été projetée violemment par terre, ligotée, bâillonnée, frappée et menacée avec un couteau.
Elle a finalement dit où se trouvaient les clefs des coffres-forts. Son collègue a donné les codes. Mais dans la précipitation, les malfrats n’ont pas réussi à les utiliser. Ils sont repartis bredouille.

Pour l’employée, les séquelles physiques ont disparu et le travail a repris : « J’ai quelques sursauts mais tout va bien et ça ira de mieux en mieux ». Malgré ce discours combatif, on sent qu’elle n’en mène pas large. On comprend mieux sa détresse lorsqu’on apprend, en cours d’audience, que peu de temps avant cette agression, sa fille de 20 ans a été braquée alors qu’elle travaillait dans un bar-tabac pour financer ses études. Et l’une de ses meilleures amies a trouvé la mort dans un hold-up.

Cette dame ne se souvient pas de tous les détails du braquage. Elle se rappelle simplement qu’un des hommes lui agitait un couteau sous le nez. Il lui aurait jeté : « Si vous parlez, on vous retrouvera. On a votre adresse et votre nom. » Et elle n’était pas encore au bout de ses peines. Il est apparu en cours d’enquête que son collègue d’atelier, également arménien, était de mèche avec les braqueurs... C’est même lui qui aurait organisé le brigandage. Il est aujourd’hui sous enquête pour ces faits et pour une autre attaque de la même entreprise qui a eu lieu le 30 mai suivant et qu’il aurait également concoctée !

Des montres à cent mille francs

Le procureur Endri Gega réclame huit ans de prison pour chacun des deux malfrats. C’est grâce à un gant troué et à une trace ADN que les deux hommes ont pu être retrouvés. Mais grâce aussi à la piste de la téléphonie mobile qui a nécessité 16 rapports de la brigade judiciaire : « Il y a quelques années, nous ne les aurions peut-être jamais retrouvés… » Le magistrat souligne que le coup était particulièrement bien préparé. Les prévenus ont visé un atelier de montres de luxe dont la pièce la moins chère valait 40 000 francs. Le coffre contenait ce jour-là plusieurs montres à 100 000 francs. « Leur complice à l’interne leur avait indiqué le bon jour et la bonne heure pour intervenir. » Ils ont utilisé « beaucoup de violence gratuite. La tête de la victime a été frappée par terre ». Il ajoute : « Ils ont attaqué lâchement une femme qui travaillait pour gagner sa vie dans le but de se faire un maximum d’argent. Ils vivent en Suisse depuis de nombreuses années. Ils ont une femme et des enfants. Cet élément aurait dû les éloigner du crime. » Pour éviter le risque de fuite, le procureur demande l’arrestation immédiate des deux hommes qui comparaissent libres à leur procès.

Jésus, l’innocence et l’Apocalypse

Un souhait auquel n’ont pas accédé les juges qui doivent rendre leur verdict cet après-midi. L’un des prévenus admet les faits qui lui sont reprochés. Mais son avocat affirme que « cette équipe » était persuadée d’avoir trouvé « le bon plan » : entrer dans l’atelier, voler et partir. L’employée avait confié à ses collègues qu’elle quitterait son travail plus tôt ce jour-là. Elle a changé d’avis. C’est parce qu’ils se sont trouvés nez à nez avec elle que le projet a dérapé. Pourquoi la présence de couteau, de scotch, de corde et de cagoule dans ce paisible scénario ? « Pour faire plus vrai, plus naturel, plus brigandage », répond Me Andrea Von Flüe.

Le second prévenu nie toute implication et plaide, par la bouche de Me Jérôme Picot, son acquittement. L’homme, qui se dit très pieux, prend la parole pour parler de Jésus qu’on amenait à la croix, du temps où la terre s’ouvrira et les montagnes s’effondreront. Le président l’interrompt après quelques minutes et met fin à cet « aperçu de l’apocalypse ». « On n’est pas au catéchisme ici ! », ajoute-t-il.
Verdict ce vendredi après-midi. (TDG)

Créé: 04.10.2013, 12h18
Source : http://www.tdg.ch/geneve/actu-genevoise/braquage-acacias-affirme-innocence-evoque-apocalypse/story/31850163