lundi 4 novembre 2013

Le terrorisme arménien contre les démocraties

Jean-François Revel, "Le terrorisme contre la démocratie", Est & Ouest, n° 10, septembre 1984 :

"L'expression de « guérilla urbaine », qui a été forgée à la fin des années 60 et a servi durant les années 70 à justifier des assassinats d'innocents soit en Italie, soit en Amérique Latine, soit en France plus récemment (rue des Rosiers, Orly, T.G.V.), cette expression, forgée par un romantisme révolutionnaire de pacotille, a servi à justifier, en fait, des crimes marqués essentiellement par la lâcheté. En effet, de tout temps les guérilleros ont été des combattants qui, dans un pays occupé ou soumis à une dictature militaire, ont lutté contre une armée régulière en étant eux-mêmes des francs-tireurs. En d'autres termes, les vrais guérilleros, dans le passé, ont toujours été des combattants qui prenaient des risques personnels considérables et qui périssaient dans des batailles inégales en ayant le courage d'affronter de vrais combattants de l'autre côté.

Rien de tout cela n'existe dans ce qu'on a appelé récemment la guérilla urbaine. Celle-ci, depuis 1970, s'en est toujours prise à des civils sans défense et qui souvent n'avaient pas le moindre rapport de responsabilité, même imaginaire, avec les situations que les faux guérilleros prétendaient combattre. Ce sont en majorité des tiers neutres et attaqués au dépourvu, au milieu d'occupations parfaitement pacifiques, qu'ont assassinés les membres des Brigades Rouges ou d'Autonomie Ouvrière (formation dirigée par Toni Negri en Italie), qu'ont assassinés les terroristes de l'E.T.A. au Pays Basque ou de l'IRA politico-militaire en Irlande.

Du moins pouvait-on soutenir que ces deux dernières formations terroristes avaient des racines locales dans une situation conflictuelle fort ancienne. Ce n'est plus le cas aujourd'hui de la majorité et même de la quasi-totalité des auteurs des actes terroristes perpétrés dans le monde contemporain. Au schéma terroriste du faible résistant aux forts par les seuls moyens restant à sa disposition, schéma devenu, du moins en Europe actuellement, totalement mythologique, doit se substituer, pour comprendre la réalité des faits, la constatation que le terrorisme contemporain est en fait un terrorisme d'Etat, dirigé de l'extérieur par un certain nombre de puissances, et qui a pour but la désorganisation et l'intimidation principalement des démocraties. (...)

En Europe occidentale, pratiquement tous les membres de l'OTAN ont été la cible systématique du terrorisme international. Je ne rappellerai pas les deux exemples trop connus de la République Fédérale d'Allemagne et de l'Italie, qui ont connu pendant de nombreuses années le terrorisme à racines idéologiques que l'on sait. Il faut noter que ces deux pays avaient fait retour à la démocratie depuis un bon quart de siècle lorsque s'y est déclenchée la vague d'assassinats terroristes. J'insisterai davantage sur les exemples de l'Espagne et du Portugal avant et après leur démocratisation.

En Espagne, il y avait, bien sûr, un terrorisme basque dirigé contre le franquisme à l'époque où les Basques étaient dans l'incapacité d'exprimer leur volonté d'autonomie, sauf par le moyen de l'action violente. Mais le terrorisme basque, chose étrange, est devenu beaucoup plus efficace et meurtrier après la démocratisation de l'Espagne qu'il ne l'avait été à l'époque franquiste, et cela, en dépit du fait que le statut d'autonomie a été adopté dans les provinces basques au moyen d'une élection libre et avec une substantielle majorité. Cette autonomie accordée au Pays basque lui garantit un degré considérable d'indépendance interne et de liberté pour gérer ses propres affaires, dans le cadre d'un lien de principe avec la Couronne. Pour donner un seul exemple, le statut prévoit la création d'une police basque autonome et le retrait progressif des policiers appartenant au corps de la police du gouvernement de Madrid. Néanmoins, c'est après l'entrée en vigueur du statut d'autonomie que le terrorisme de l'E.T.A. a commencé à s'intensifier au-delà des limites connues jusqu'alors. Selon l'idéologie de l'E.T.A., il s'agissait de ruiner la démocratie espagnole, de provoquer un mouvement d'exaspération dans l'armée ; de faire en sorte que les généraux, irrités par l'impuissance de la démocratie à venir à bout du terrorisme et du séparatisme, tentent un coup d'Etat et rétablissent un régime militaire. On sait cette opération a été sur le point de réussir au début de 1981. Chose curieuse, le terrorisme basque a de nouveau connu une recrudescence après l'élection d'une majorité socialiste au mois d'octobre 1982. Dans la semaine qui suivit la victoire électorale de Felipe Gonzalès, l'E.T.A. a assassiné à Madrid le chef d'Etat-Major des armées, alors que le nouveau gouvernement socialiste n'avait même pas encore pris possession de ses fonctions et n'avait donc pas pu faire la preuve de ses bonnes intentions.

Au Portugal, Mario Soarès a dû, au mois de juin 1984, faire arrêter plusieurs conspirateurs, dont le fameux Otelo de Carvalho, vedette de la Révolution des Oeillets, après avoir attendu d'avoir réuni toutes les preuves qu'un réseau terroriste était en train de se mettre en place au Portugal, réseau qui, d'ailleurs, avait déjà exécuté plusieurs actions meurtrières.

Prenons maintenant l'exemple de la Turquie. Jusqu'en 1980, date à laquelle les militaires prirent le pouvoir, la Turquie était, tant bien que mal, un pays démocratique, les conservateurs et les sociaux-démocrates alternant au pouvoir à la suite d'élections qui se déroulaient dans un calme relatif. La déstabilisation par le moyen d'un terrorisme quotidien ne cessa néanmoins pas de grandir entre 1976 et 1980. C'est par milliers qu'il fallut compter les assassinats, par dizaines chaque jour, par centaines chaque semaine et cela pendant plusieurs années. Ce terrorisme se réclamait indistinctement d'idéaux d'extrême-droite ou d'extrême-gauche. Mais il a été prouvé, depuis, que le terrorisme dit d'extrême-droite pouvait être manipulé par les services spéciaux bulgares : n'oublions pas qu'Ali Agça, le tueur qui a presque réussi à assassiner le Pape, crime commandité par les services bulgares, était à l'origine un prétendu terroriste d'extrême-droite. Quant au terrorisme dit de gauche, il ne s'est pas déchaîné en Turquie contre une dictature, il n'y en avait pas ; il ne s'est pas déchaîné contre un régime réactionnaire et répressif : en fait, la principale cible du terrorisme turc fut le gouvernement social-démocrate de Boulent Ecevit.

Par contraste, rappelons qu'il n'y a pratiquement pas eu de terrorisme en Grèce pendant la dictature des colonels. Il y a eu des attentats isolés, des actions sporadiques entreprises par des individus courageux : il n'y a pas eu de terrorisme systématique et organisé visant à renverser la dictature, rien qui puisse se comparer, par l'intensité ou par l'étendue, à l'offensive qui s'est déchaînée contre le gouvernement démocratiquement élu de la Turquie quelques années plus tard. (...)

Revenons à l'Europe un bref instant : on a vu récemment en France, en 1982 et 1983, un terrorisme complètement déconnecté de tout but politique susceptible d'être atteint. Il s'agit du terrorisme arménien, celui du mouvement dit ASALA, qui s'est livré à des assassinats nombreux (à l'aéroport d'Orly, à Marseille, dans les trains). Or il n'est pas à la portée du gouvernement français d'abolir rétrospectivement ou de réparer le génocide arménien perpétré par les Turcs en 1915. De plus, la France est le pays d'Europe où le plus grand nombre d'Arméniens ont trouvé une nouvelle patrie à la suite de ce génocide et sont devenus des citoyens français. Il est donc clair que les assassinats perpétrés par l'ASALA sur le territoire français ont pour but pur et simple l'intimidation et la déstabilisation d'un pays démocratique. Dans l'immédiat, aucun autre but concret raisonnable ne peut leur être assigné.

Ainsi le principal ennemi du terrorisme d'Etat aujourd'hui organisé à l'échelle internationale est sans aucun doute le monde démocratique. De plus, cette situation souligne encore davantage le déséquilibre des relations entre le monde totalitaire et le monde démocratique. Des terroristes téléguidés par le monde totalitaire peuvent conduire leurs affaires parmi nous à peu près librement. Nous ne pouvons pas, nous autres démocraties, même si nous en avions envie, rêver de susciter ou d'aider quelques sortes d'actions terroristes violentes qui pourraient se produire dans un pays totalitaire."

Voir également : La folle spirale de violence de l'activisme arménien

Le monstrueux attentat d'Orly : le terrorisme arméno-syrien contre la France

Monte Melkonian et l'attentat de la rue Copernic

Le terrorisme arménien en France : images d'archives

Ils ont osé le dire : l'apologie insidieuse ou ouverte du terrorisme arménien


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Le "Français" Shahnourh Varinag Aznavourian, dit Charles Aznavour, et l'organisation terroriste sanguinaire ASALA


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Quelques figures de l'activisme/terrorisme arménien