vendredi 29 novembre 2013

Vincent Peillon (très proche du CCAF) au Parlement européen : un bilan médiocre (aux frais du contribuable)

Planque 28/11/2013 à 17h31
Qu’a fait l’eurodéputé Vincent Peillon ? Rien
Zineb Dryef | Journaliste

Le ministre de l’Education est tête de liste PS pour les européennes. Un choix qui agace au Parlement européen, où ses deux derniers mandats sont jugés médiocres.


Il est ministre de l’Education, chargé des réformes les plus contestées du moment et de l’une des missions les plus importantes du quinquennat. Comme si cela ne suffisait pas, voilà qu’en octobre, prenant tout le monde de court, Vincent Peillon a tranquillement annoncé qu’il allait mener un énième combat en se représentant aux élections européennes. Sans quitter le ministère s’entend.

S’il est élu député européen, il abandonnera son mandat au profit de Sylvie Guillaume et de Zaki Laïdi. Qu’il pourra récupérer s’il venait finalement à quitter le gouvernement. De quoi irriter ses collègues socialistes.

En cause, l’impression que le ministre de l’Education nationale se ménage une porte de sortie en cas de remaniement. Faux, réplique l’intéressé qui explique pêle-mêle qu’un mandat électoral assure une légitimité aux hommes politiques, que c’est un « vrai mandat » et qu’il n’était pas question pour lui de se dérober au combat face à Jean-Marie Le Pen.

Peut-être que Vincent Peillon est sincère. Il a déjà siégé au Parlement européen de 2004 à 2012. Mais le bilan de ses deux mandats précédents est plutôt défavorable au ministre.
« Il n’a strictement joué aucun rôle »

La première fois que Vincent Peillon se présente aux européennes, on est en 2004. Cette année-là, il arrive au terme de près de deux années d’ennui, la préparation d’un livre au CNRS sur Ferdinand Buisson et la politique qui s’éloigne. En 2002, il a perdu l’élection législative et a quitté l’Assemblée nationale où il était député de la Somme depuis 1997.

En juin 2004, le voilà donc relancé puisqu’il est élu dans la circonscription Nord-Ouest. Vincent Peillon devient député européen.

S’il en a le mandat, il se désintéresse plutôt de la politique européenne. Ses premières années ont été marquées par son absence et par son intérêt pour les élections nationales. Eurodéputé plutôt touriste, il a semblé attendre, pendant ces années passées à Strasbourg, l’occasion de se faire élire sur le plan national pour partir.
Dès 2006, il se consacre à temps plein à la campagne de Ségolène Royal. Aux législatives de 2007, il se représente dans la Somme et échoue – en cas de victoire, il quittait le Parlement européen. En 2008, c’est le congrès de Reims qui le monopolise. Enfin, en 2009, l’Europe se rappelle à lui ; il faut se faire réélire.

Jacques Delors soutient alors sa candidature à la grande surprise de Jean Quatremer, correspondant de Libération à Bruxelles qui éreinte Vincent Peillon :

    « Il n’a strictement joué aucun rôle au sein du Parlement européen au cours de la législature écoulée, brillant surtout par ses activités parisiennes [...]


    Que Delors, qui a tant fait pour la construction communautaire, prête son image à un tel homme a de quoi surprendre. C’est le moins que l’on puisse dire. »

Champion de l’absentéisme


Un classement des députés européens socialistes sortants établi par Rue89 en 2009 calculait leur travail réel en comptabilisant leurs interventions, rapports et questions. Certes, Vincent Peillon n’était pas le dernier mais arrivait à la 22e place sur... 24 !

Il totalisait 29 points [voir la méthodologie sur le PDF] contre 710 pour Martine Rouvre qui arrivait en tête.

« Il fait partie de ceux qui n’étaient jamais présents », se souvient Françoise Grossetête, député européenne de l’UMP. Elue depuis 1994, elle a conduit la liste de la majorité présidentielle dans le circonscription Sud-Est en 2009. Celle où a été parachuté Vincent Peillon au dernier scrutin :

    « A l’époque déjà, il était candidat dans cette région contre son gré et cette année, il revient pour se réserver une place au Parlement quand il n’aura plus rien. C’est risible. »


« Il va plomber la liste »


Françoise Grossetête, comme beaucoup, a encore en tête l’énorme maladresse de Vincent Peillon qui avait qualifié sa désignation dans le Sud-Est de « crève-cœur » en 2009.

Il avait souhaité conserver un poste plus proche de ses terres électorales picardes, ce que la direction du PS avait alors refusé. Il avait insisté en estimant qu’il atterrissait dans le Sud-Est « pas à l’insu de son plein gré mais contre son plein gré ».

François Grossetête insiste :

    « Il avait fait un score minable en 2009 [14,49% derrière la liste UMP de Françoise Grossetête et celle d’Europe Ecologie, ndlr]. Cette fois-ci, il va plomber la liste du Sud-Est. C’est dommage quand on regarde les candidatures socialistes. »

Les députés socialistes du Sud-Est contactés par Rue89 n’ont pas souhaité répondre. Un cadre socialiste regrette toutefois la candidature du ministre :

    « Il ne s’intéresse pas à l’Europe contrairement à certains collègues écartés alors qu’ils ont travaillé [Françoise Castex dans le Sud-Ouest, ndlr]. Ça devient insupportable cette utilisation du mandat européen pour recaser les personnalités nationales. Ça se fait au mépris des électeurs. On va le payer en juin. »

Un mandat ingrat mais passionnant

Le deuxième mandat de Vincent Peillon est légèrement plus studieux d’après les données de VoteWatch.eu, un site citoyen de surveillance des eurodéputés, même s’il est plus difficile à mesurer étant donné que le député a quitté son siège à la mi-2012 pour rejoindre le gouvernement.

« Si vous voulez être reconnu à Bruxelles, il faut travailler », nous répète Michel Dantin, député UMP du Sud-Est. Sans s’attarder sur le cas particulier de Vincent Peillon, l’élu accuse les partis politiques français de ne pas s’intéresser suffisamment à l’Europe et d’affaiblir ainsi la voix de la France au sein de l’Union :

    « Quand je compare la présence des élus allemands à celle des Français, je me dis qu’on n’a pas tout à fait compris. Plus qu’ailleurs, ici, il faut être présent et travailler sur ses dossiers !

    Si la voix de la France n’a pas pesé, c’est aussi parce que les élus n’ont pas été assez présents. Je parle de ceux qui sont connus à Paris, à droite comme à gauche. »

Le turn-over « nuit au travail parlementaire »

Une opinion partagée par la seule élue Front de Gauche, Marie-Christine Vergiat, elle aussi dans le Sud-Est. Elle parle d’un mandat ingrat mais passionnant :

    « Certains élus se servent de leur siège comme d’un strapontin. Mais ce n’est pas une maison de retraite !

    La France n’est évidemment pas le seul pays à le faire... Il y a un turn-over important au Parlement européen. 50% des députés ne reviennent pas et ce n’est pas seulement le fait des électeurs.

    Certains partent pour des mandats nationaux, les Maltais récemment, ou pour rejoindre un gouvernement. Ça nuit au travail parlementaire. »

Contacté par Rue89, Vincent Peillon n’a pas donné suite à nos sollicitations.
Source : http://www.rue89.com/2013/11/28/qua-fait-leurodepute-vincent-peillon-rien-247827