mercredi 11 décembre 2013

Russie : tensions ethniques à Arzamas

Deuxième nuit de tensions ethniques à Arzamas après la mort d’un jeune Russe

Thomas GRAS publié Mardi 10 décembre 2013

La petite ville d’Arzamas, dans la région de Nijni Novgorod, est le théâtre de violences depuis la mort d’un jeune homme, poignardé dans la nuit du 6 au 7 décembre. Retour sur les faits.

Selon la version officielle, une bagarre a éclaté entre deux groupes de jeunes, le soir du 6 décembre, devant un café arménien de la ville.
Alexandre Slakaev, 26 ans, y a laissé la vie tandis que son ami, Igor Karpov, a été hospitalisé.

Aucune information supplémentaire n’a pour l’instant été fournie par les autorités quant au motif de la bagarre. Mais la mère du défunt, Evguenia Slakaeva, a livré dès le 8 décembre sa version des faits au quotidien Komsomolskaya Pravda : elle affirme que le conflit a démarré après qu’Igor Karpov a demandé de parler au manager du café arménien pour se plaindre de la qualité de son plat. « Des jeunes hommes se sont approchés et lui ont demandé de venir s’expliquer avec eux. Là, cinq individus lui ont sauté dessus et l’ont frappé à coups de batte de base-ball et de bâton. Alexandre est sorti pour porter secours à son ami. Et à peine a-t-il eu le temps de dire : Les gars, vous faites quoi là ?, que les assaillants s’en sont pris à lui », assure-t-elle.

Le coup fatal aurait été donné, selon la mère de la victime, à l’aide d’une broche de cuisine. « Le rapport d’autopsie indique que la mort est survenue à la suite d’un coup donné avec un objet contondant au niveau de l’aorte », ajoute-t-elle.

De son côté, le représentant de l’Union des Arméniens de Russie de la région, Tigran Chakhnazarian, soutient que ce sont Alexandre et Igor qui ont déclenché la bagarre en essayant d’extorquer des cigarettes à un vendeur de kebab.

Les habitants de la bourgade sont en colère contre la communauté arménienne. Et l’arrestation, dimanche 8 décembre, de quatre des cinq auteurs présumés du meurtre n’a pas suffi à apaiser les tensions.

Vitrines brisées, kiosques à kebab saccagés – la ville d’Arzamas s’est ainsi réveillée, mardi 10 décembre, dans les décombres. La veille, des dizaines de jeunes étaient descendus pour la deuxième fois dans la rue protester contre la mort de l’un des leurs. La première fois, c’était le 7 décembre, le jour même du drame. Entre 50 et 300 personnes, selon différentes sources, s’étaient alors réunies dans la soirée sur une place de la ville en exigeant la fermeture de tous les établissements appartenant à des ressortissants étrangers, avant, pour certains, de passer à l’action.

L’agence de presse Interfax indique que la police a procédé à l’arrestation de plusieurs dizaines de manifestants dans la nuit du 9 au 10 décembre.

Aux dernières nouvelles, la situation serait revenue à la normale mardi 10 décembre, bien que des incidents ne soient pas à exclure dans la soirée, affirme le portail Rousskaïa Planeta. Les autorités municipales ont recommandé aux jeunes de ne pas sortir sans raison valable.

Deux individus, âgés de 41 et 27 ans, ont d’ores et déjà reconnu les faits, selon le dernier communiqué du Comité d’enquête. Un troisième individu devrait être prochainement entendu. Les enquêteurs n’ont dévoilé aucun nom.

Les événements d’Arzamas ne sont pas sans rappeler le scénario des incidents survenus à Pougatchev, début juillet 2013, lorsque des centaines d’habitants étaient descendus dans la rue pour exiger l’expulsion des ressortissants caucasiens de la ville suite au meurtre d’un jeune Russe, âgé de 20 ans, par un adolescent tchétchène lors d’une bagarre.
Source : Lenta
Source : http://www.lecourrierderussie.com/2013/12/10/tensions-ethniques-arzamas/