lundi 27 janvier 2014

La bonne blague : le PS serait "pro-turc" selon certains

Gaïdz Minassian, Guerre et terrorisme arméniens, 1972-1998, Paris, PUF, 2002 :

"Depuis le retour à un pouvoir civil en Turquie et l'attentat d'Orly, Paris dissocie la question arménienne des relations bilatérales franco-turques. Première ambivalence, d'un côté, le président F. Mitterrand, de passage à Vienne, le 7 janvier 1984, au lendemain du Noël orthodoxe et arménien, déclare : « Partout où la France a son mot à dire, elle veut rappeler en toutes circonstances l'identité arménienne, marquée par le grand drame du génocide » à savoir à l'ONU et au Parlement européen. Ivresse des Arméniens, pour la première fois, le président d'une grande puissance reconnaît leur génocide. De l'autre, le président avertit :

« Il ne peut y avoir de malentendu entre les Arméniens et la France [...] Quelques éléments, généralement venus de l'extérieur, veulent pratiquer à l'égard de la France, des actes de violence dont nous souffrons tous. Ce n'est pas une méthode acceptable et assurément je ne l'accepterai jamais. »

Deuxième ambivalence, d'un côté, F. Mitterrand suit avec intérêt l'initiative du géostratège Gérard Chaliand qui consacre, en 1984, une session du Tribunal permanent des peuples à la reconnaissance du génocide arménien. Le gouvernement français soutient l'initiative du groupe socialiste au Parlement européen en faveur de la reconnaissance du génocide. De l'autre, la France envoie en 1984 un émissaire, Etienne Manac'h, en Turquie annoncer les changement intervenus dans sa politique turque, mais provoque une vive réaction du MNA et du CDCA, qui dénonce ce revirement dans l'amitié franco-arménienne.

Dernière double position, d'un côté, la France condamne à sept ans les quatre membres du commando de l'ASALA le 31 janvier 1984. C'est un verdict de dissuasion, la France ne peut que condamner ces quatre hommes, même si le procès a reconnu un caractère politique et des circonstances atténuantes à ses auteurs. La cour d'assise a cependant évité à la France une crise de ses relations avec la Turquie, qui parle d' « ignoble comédie »." (p. 94-95)

"Inventeur de la formule mythique de la création « d'un monde turcophone de l'Adriatique au plateau de l'Asie centrale », le premier ministre S. Demirel menace d'intervenir dans le conflit si « l'Arménie continue ses attaques sur l'Azerbaïdjan dans le Haut-Karabakh et au Nakhitchevan ». Ankara accuse également Erevan d'avoir autorisé le PKK à ouvrir des bases d'entraînement sur son territoire. La réponse russe est dissuasive, le maréchal E. Chapochnikov menace la Turquie de « troisième guerre mondiale au cas où un pays tiers interviendrait dans le conflit du Haut-Karabakh ». La CEE va toutefois s'inquiéter du nouveau rôle que la Turquie prétend jouer dans la région, car cela pourrait faire le jeu des Américains et fragiliser le dispositif stratégique de certains pays européens embourbés dans les guerres balkaniques nées de l'éclatement de la Yougoslavie. De tous les chefs d'Etat de l'Europe des Douze, F. Mitterrand se montre le plus opposé quant aux prétentions de la Turquie. En 1992, pour contenir son appétit, la France lui propose une collaboration au sein de la CSCE dans la perspective d'un règlement du conflit du Haut-Karabakh. Mais alors que le président T. Ozal, enthousiasmé par ce partenariat, met l'accent sur le conflit entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan, accréditant la thèse azérie, F. Mitterrand insiste, à chacune de ses interventions, sur la spécificité du Haut-Karabakh et promeut les thèses arméniennes." (p. 200)

Voir également : Le PS et le terrorisme arménien (1981-1982) : à quand la "repentance" au nom du "devoir de mémoire" (sic) ?

Ara Toranian et l'apogée de l'ASALA

Mort de Pierre Mauroy : rappel de ses "liaisons dangereuses" avec la FRA-Dachnak

Le très pro-arménien Charles Hernu était-il un agent du KGB, ceci expliquant cela ?