dimanche 9 février 2014

Michel Ardouin et Aram l'Arménien

"Bonnes feuilles
« Et au milieu coulait le Milieu »

Les truands meurent avec leurs secrets mais pas avec leurs souvenirs.
Michel Ardouin, dit «porte avion», représentant patenté du Milieu à l’ancienne, ce qui n’excuse rien mais illustre bien, vient de disparaitre après avoir publié ses ultimes Mémoires dans lesquelles on croise une faune disparue. Extraits. (...)

On a quand même touché de l’oseille, mon pote Hocine et moi. Une filière africaine : le cacao, le café, on s’est gavé. Jusqu’à notre voyage à Abidjan dont on n’aime pas beaucoup parler, même entre nous.
On nous présente Aram, un Arménien. Pas content, Aram. Après des années de bons et loyaux services, c’est ce qu’il dit, il est viré de son boulot. Des compatriotes, en plus ! Marchands de jeans, ils sont Porte de Gentilly. Les vendredis, samedis et dimanches, ils ont cinq stands sur les marchés. Aram, plus par vengeance que pour sa commission, nous donne l’affaire.
Tous les lundis, les recettes des cinq stands sur trois jours sont ramenées au siège social, à Gentilly. Trois femmes comptent l’argent de neuf heures du matin jusqu’à environ trois heures de l’après-midi, et la recette totale est estimée à plus de deux cents briques.

Il y a deux chiens de garde dans le bureau, et on pense qu’il vaut mieux rafler l’oseille sur le transport à la banque en fin d’après-midi. La voiture, une petite Renault grise.

Pour une fois, Hocine a du mal à tirer une moto. Dans un parking d’un immeuble style HLM de la rue des Prairies, vingt bonnes minutes à faire démarrer une Honda 1000. Je suis debout, à côté de lui, armé, à assurer sa protection, et au moment où il arrive à la faire démarrer et qu’on s’arrache, on croise trois vigiles et deux chiens. À une minute près, on aurait eu le problème de braquer les vigiles, mais en étant vulnérable aux chiens, ou de tuer les chiens en craignant qu’un vigile trop con essaye de se la jouer. Est-ce que c’était un mauvais présage ? On devrait être plus superstitieux dans la délinquance.

Le lundi suivant, à partir de quinze heures, on est en planque. Renault grise, que dalle. On décroche à dix-neuf heures.

Lundi suivant, en planque à partir de quatorze heures. Rien jusqu’à dix-neuf heures. On a peur de se faire mordre par un commerçant ou un employé du fabriquant de jeans.

On fait recontacter Aram dans la semaine. Lui expliquer qu’il n’y a pas de Renault grise, que son affaire est nase, qu’on planque pour rien, et qu’on voudrait comprendre. Aram gamberge deux secondes: «Je suis daltonien mon frère, j’ai dû confondre les couleurs.» Il demande à aller téléphoner, il revient quelques minutes après : elle est bordeaux, la voiture, et c’est à treize heures trente qu’elle arrive pour chercher la recette.

Lundi suivant, Hocine au guidon, moi passager, les mains libres, prêt à descendre en voltige et à remonter avec un gros sac d’oseille, on est à poste à treize heures pétantes.
C’était vrai, cette fois-ci, la Renault était bien bordeaux et elle était à l’heure. Mais derrière elle, il y avait une autre voiture, plus grosse celle- là, avec quatre barbus Arméniens, sûrement membres de l’ASALA, qui devaient assurer la protection du transfert contre une cotisation patriotique du fabriquant de jeans. Des tronches à tenir du PM entre les cuisses alors qu’on avait chacun qu’un calibre. On a fait demi-tour. Va savoir si le daltonisme d’Aram ne nous a pas sauvé la vie. Peut-être qu’en montant sur un boulot qu’on croyait facile, au premier coup, on n’aurait pas vu les barbus et on ne serait plus là pour en parler."

Source : http://www.lenouveleconomiste.fr/a-la-une/et-au-milieu-coulait-le-milieu-21386/

Voir également : Le "Gang des Lyonnais", un gang d'Arméniens ?

La "French Connection" : la conjonction de la mafia arménienne et du narco-terrorisme arménien
 
Le financement communautaire et illicite de l'organisation terroriste arménienne ASALA