jeudi 13 février 2014

Razmik Hakobyan : liquidateur de Tchernobyl et victime des parapoliciers du régime bananier arménien

De l’enfer de Tchernobyl à l’errance biterroise pour le sans-papiers arménien
ANTONIA JIMENEZ
13/02/2014, 09 h 05

Le collectif de défense des sans-papiers se bat pour redonner une dignité à Ramzik, Arménien, ancien liquidateur de Tchernobyl.

Quand la centrale nucléaire de Tchernobyl explose le 26 avril 1986, l’Arménien Razmik Hakobyan, 55 ans aujourd’hui, effectue son service militaire pour l’URSS. Six mois plus tard, l’armée lui ordonne de revêtir "une simple combinaison, un masque et des gants" pour aller rejoindre la longue file des liquidateurs qui travaillent dans la zone d’exclusion, d’abord au confinement des ruines radioactives. Deux mois "d’enfer, douze heures par jour, dans différentes zones, à regrouper puis enterrer les tonnes de ferraille".

À son retour en Arménie, en 1988, irradié, Razmik est longuement hospitalisé à Erevan, la capitale. Il reprend petit à petit son travail de caméraman pour la télé DEM-7, dans une Arménie libérée du joug soviétique à partir de 1990.

Séquestré et battu

"Mais après un reportage sur une manifestation, un groupe de parapoliciers m’a enlevé, séquestré dans un lieu isolé, battu pendant plusieurs jours. Ils voulaient la cassette. Mon employeur a dû quitter le territoire. J’ai perdu mon emploi", raconte l’homme aux blessures invisibles.

Svetik, sa femme, se tient à ses côtés. Ils ne parlent quasiment pas le français. Une interprète se charge de traduire, avec, entre les mains, les documents officiels nécessaires pour prouver qu’ils n’inventent rien. Regards absents, perdus. Souffles et verbe lourds. Les souvenirs pèsent sur ces deux vies, aujourd’hui errantes.

Un périple à travers l'Europe

Car après un dur voyage de quelques années depuis l’Arménie qu’il quitte, "car persécuté", accompagné de ses trois enfants, passant par la Géorgie, l’Ukraine et la Pologne, le couple arrive en France en 2007, par hasard. Il est envoyé au Centre d’accueil de demandeurs d’asile (Cada), chemin de l’Oasis, à Béziers, en décembre 2008.

Razmik, malade, souffrant entre autres de cardiopathie hypertensive, de diabète de type I, de dépression, tout comme sa femme, va y passer quatre ans. Quatre longues années à tenter d’obtenir le statut de réfugié politique, le passeport pour un possible permis de séjour, pour redémarrer une vie d’homme, "arrêter cette vie de chien", son plus grand souhait. En vain.

Hospitalisé après son séjour en centre de rétention

Le 29 janvier 2013, il y a un an, au petit matin, une vingtaine de policiers vient au Cada, menotte Razmik et l’emmène au centre de rétention de Toulouse.

Trois jours plus tard, traumatisés, malade, usé, Razmik Hakobyan souffre de graves problèmes cardiaques et doit être hospitalisé en urgence. Le 1er février, le préfet annule la décision d’obligation de quitter le territoire et lui donne un titre de séjour provisoire valable jusqu’en juillet.

Le lendemain, Razmik et sa famille reviennent à Béziers. Il déposera une nouvelle demande de titre de séjour le 15 octobre dernier. Mais la sous-préfecture de Béziers la refusera. Ce refus sera assorti d’une obligation à quitter le territoire, le médecin de santé publique ayant décidé que Razmik pouvait se soigner en Arménie ! L’obligation sera contestée devant le tribunal administratif. La procédure est en cours.


Sans papiers, sans toit, sans travail

Depuis, c’est l’errance. Sans papiers, sans toit, sans travail, sans aides financières, sans avenir... Le couple traîne sa souffrance de chambre en chambre que lui offrent ceux qui acceptent de l’héberger, en cachette. Notamment des membres du Collectif de défense des sans-papiers, ou d’autres, comme les sœurs Clarisse. L’enfer continue.

Une pétition du collectif pour sa régularisation a été lancé en ligne.
Une régularisation ?

Le collectif de défense des sans-papiers (Cimade, ABCR, Attac, Pastorale des Migrants, PC, PS....) a écrit au préfet de Région, avec copie à Nicolas de Maistre, le sous-préfet de Béziers, pour leur demander de "faire preuve de compréhension et d’user de (leur) pouvoir de régulariser à titre exceptionnel et pour des considérations humanitaires, comme le prévoit l’article 313-14 de CESEDA, Razmik et son épouse".

Et François Muselet,du collectif, d’insister : "Ils ne peuvent pas ignorer la gravité de l’état de santé de Monsieur Hakobyan et la présomption forte d’un lien de causalité entre son état actuel et son séjour dans le réacteur de Tchernobyl. Nous voudrions que la République reconnaisse le mérite de ces anciens liquidateurs".

Mais le tribunal doit d’abord trancher.
Source : http://www.midilibre.fr/2014/02/13/de-l-enfer-de-tchernobyl-a-l-errance-biterroise,821522.php