mercredi 23 avril 2014

Arménie : le "travail de mémoire" est très loin d'être fait

Gaïdz Minassian, Géopolitique de l'Arménie, Paris, Ellipses, 2005, p. 16-17 :

"Paradoxalement, la Première Guerre mondiale résonne dans les consciences arméniennes à la fois comme un chaos, celui du génocide, et une renaissance, celle de la création de la Ire République d'Arménie, bâtie sur les ruines de l'Empire russe vaincu lors du premier conflit mondial et renversé par la révolution bolchevique d'octobre 1917.

Après une tentative confédérale de quelques mois, l'Arménie, la Géorgie et l'Azerbaïdjan se séparent et proclament leur indépendance en mai 1918. La Turquie, toujours en guerre contre les Alliés, signe avec les trois jeunes Etats le traité de Batoum, en juin. L'Etat arménien est réduit à 10 000 km2 et comprend moins d'un million d'habitants. Le peuple arménien obtient son indépendance les armes à la main après avoir stoppé la progression des armées turques en mai 1918 lors de trois batailles héroïques. Mais les indépendances sont faibles en raison de l'inexpérience des élites et de la proximité des révolutions kémaliste et bolchevique dont les stratégies de lutte contre les démocraties libérales répondent à des motivations distinctes mais parallèles. Jusqu'à sa chute en 1920, la Ire République arménienne ne cesse d'être en guerre avec ses voisins pour l'élargissement de ses frontières, à l'exception de l'Iran. Guerres contre l'Azerbaïdjan, contre la Géorgie et contre la Turquie, la République dachnak, comme ses opposants l'appellent jusqu'à aujourd'hui, vit sous une triple menace.

D'abord, au sein du parti majoritaire, deux tendances s'affrontent sur la conduite des affaires. Le camp démocrate dirigé par Alexandre Khatissian et Simon Vratsian, se tourne résolument vers la construction d'un Etat de droit, alors que le camp autoritaire mené par Roupen Ter Minassian veut imposer la création d'un Etat révolutionnaire au seul service de la libération nationale, fut-elle par des massacres et autres exactions. Aujourd'hui encore, l'historiographie dachnak n'affronte pas avec la rigueur scientifique qui s'impose les pages sombres de la Ire République et parle toujours d'homogénéisation nationale pour justifier ce qui de nos jours s'appelle de la purification ethnique2. (...)

2. Anahide Ter Minassian, La République d'Arménie, Edition Complexe, Bruxelles, 1989. Anahide Ter Minassian, "The Role of the Individual : The Case of Rouben Ter Minassian", in The Armenian Review, 46, n° 1-4/181-184 (1993), pp. 183-201. L'auteur parle d'« arménisation de l'Arménie » pour qualifier les massacres azéris en Arménie."

Voir également : Une épuration ethnique nommée "arménisation"

Le général Andranik Ozanian : un criminel de guerre issu du parti Dachnak
 
Deux criminels de guerre dachnaks (soi-disant "héros" de la "cause arménienne") dans le Caucase : Dro Kanayan et Garéguine Njdeh

Les volontaires arméniens de l'armée russe : des criminels de guerre

Le massacre massif des Kurdes par les Arméniens de l'armée russe durant la Première Guerre mondiale

Le massacre des Kurdes par les Arméniens et Assyriens

Les massacres arméno-russes de musulmans en Anatolie

Halil Berktay et les tabous de l'historiographie nationaliste arménienne

Transcaucasie (1918) : les tueries de populations azéries par les forces dachnako-bolchevistes

Histoire des Arméniens dans le Caucase : un bilan du nationalisme épurateur arménien jusqu'en 1921
  
Deux siècles d'homogénéisation ethnique du territoire arménien
  
Histoire des Arméniens dans le Caucase : le déchaînement de la violence nationaliste arménienne à l'occasion de la décomposition soviétique

L'expulsion méthodique des derniers Azéris d'Arménie

Le conflit arméno-azéri : "Les opérations de nettoyage [ethnique], qui concernent en gros 200 000 personnes de chaque côté, semblent avoir été menées plus systématiquement et étalées dans le temps en Arménie et plus par à-coups violents en Azerbaïdjan"

L'épuration générale des minorités ethniques en Arménie


Le nettoyage ethnique, principe fondateur du stato-nationalisme grec

Le traitement historiographique de la question de la violence contre les minorités en Grèce