mercredi 16 avril 2014

Traité de Sèvres : l'opposition sans équivoque des Kurdes au projet d'un Etat grand-arménien

Fuat Dündar, "Statisquo" : British Use of Statistics in the Iraqi Kurdish Question (1919-1932), Brandeis University, Crown Center for Middle East Studies, Crown Paper 7, juillet 2012, p. 11-12 :

"L'esprit d'autodétermination touchait également les Kurdes. Tout au long de cette période, les Kurdes adressèrent à plusieurs reprises des pétitions aux commissaires franco-britanniques, et lors de la conférence de Sèvres, ils présentèrent leur souhait d'un Kurdistan indépendant. Plusieurs organisations kurdes différentes, dans les memoranda qu'elles présentèrent à la conférence, réclamèrent un grand Kurdistan uni, qui inclurait Kirkouk. La raison sous-jacente de la présence d'une voix kurde à Sèvres était leur opposition sans équivoque à la possibilité de leur inclusion dans un Etat arménien souverain. Les Kurdes rejetèrent l'assertion arménienne selon laquelle les Arméniens étaient majoritaires dans les zones contestées.

Lors de la présentation de leur cas à Sèvres, les Kurdes diffusèrent des memoranda et des cartes. Bien que les cartes montrent la répartition géographique de la population kurde, aucune d'entre elles ne comprenait un tableau statistique détaillé qui documentait le nombre de Kurdes et leur proportion par rapport à d'autres groupes ethniques. Sureyya Bedirkhan, au nom du "Comité de l'Indépendance Kurde", créé au Caire, présenta la seule estimation kurde de la population kurde : dans un télégramme protestant contre la revendication arménienne, Bedirkhan signalait qu'il y avait cinq millions de Kurdes dans l'Empire ottoman. Ce nombre était cependant exagéré, même s'il avait inclus les Kurdes iraniens. Les chiffres de Bedirkhan n'étaient pas basés sur sa propre enquête, mais plutôt sur l'estimation de l'inspecteur britannique pro-kurde Edward Noel, connu comme le (T. E.) Lawrence kurde. Pendant ce temps, d'autres, y compris la Grande-Bretagne, la France et les Arméniens, fournissaient plus de documentation spécifique concernant le volume et la répartition géographique de la population kurde. Les statistiques arméniennes minimisaient les chiffres de la population kurde et en plus divisaient la population kurde selon des lignes sectaires (alévis-sunnites, Kurdes-Zazas, nomades-sédentaires, etc.)."

Voir également : Les ambiguïtés de l'alliance entre les nationalistes kurdes et arméniens

L'alliance entre nationalistes kurdes et arméniens est basée sur le mensonge, l'occultation et la haine