vendredi 23 mai 2014

Affrontements arméno-kurdes à Bourj Hammoud (Liban)

Arméniens vs Kurdes. Pogrom et couvre-feu à Bourj Hammoud

La tension est montée à Bourj Hammoud, après un triste incident ayant dégénéré en affrontements entre Arméniens et Kurdes, forçant les forces de sécurité à se déployer autour du quartier. Chez les habitants, les sentiments sont partagés entre colère pour les uns et incompréhension pour les autres.

A Bourj Hammoud, une série de violents événements a ôté son charme à ce quartier populaire du nord de la capitale.
A l’agitation charmante de l’endroit s’est substitué un calme inquiétant. Du quartier familial arménien, édulcoré par une diversité de nationalités unique au Liban, il ne reste plus ces jours-ci que des magasins fermés et des rondes de policiers. Dans ce quartier où sont concentrés de nombreux étrangers, on était plus habitué à la cohabitation qu’à l’affrontement.
Tout a basculé samedi 17 mai, lorsqu’un individu, Syrien d’origine kurde, harcèle verbalement une jeune femme dans un supermarché du quartier. Son fiancé, Libanais d’origine arménienne, s’interpose. Les échauffourées éclatent, encouragées par les amis respectifs des deux individus qui s’agglutinent autour d’eux. Après de violents échanges verbaux et physiques, le jeune Syrien parvient à s’échapper pour se réfugier quelques mètres plus loin dans l’appartement où vit sa famille. Ses assaillants le suivent, entourent l’immeuble et tentent de forcer la porte. Un des frères du jeune Kurde jette alors une bouteille de gaz par-dessus la terrasse, qu’un habitant du quartier reçoit sur la tête et tombe inconscient. La vidéo de cette scène, filmée depuis une fenêtre faisant face à l’immeuble, est devenue virale sur Internet. L’individu blessé, Elias Kalach, a été conduit aux urgences. Selon les proches de la famille, il est dans un coma profond, son état vacillant au gré des jours. «Tout le monde connaît Elias dans le quartier. C’est un homme bon qui tient une boutique de réparation de climatisations. Je n’étais pas là au moment du drame, mais je peux vous assurer qu’il était là-bas à ce moment pour calmer les jeunes gens qui entouraient l’immeuble», affirme Vahan Chammassian, propriétaire d’une argenterie située à une cinquantaine de mètres des lieux du crime.
L’agression de cet homme sans histoire, plutôt qu’un des jeunes participants à la dispute, a renforcé la colère des habitants du quartier. «Je saluais Elias tous les matins en allant au café et tous les soirs en rentrant à la maison. Il était connu de tous et très apprécié dans le quartier. Son agression a choqué tout le monde, à commencer par les jeunes», explique Marc-Aryan, gérant du café Hajj. «Après les événements de l’autre soir, tous les magasins tenus par des Syriens ou des Kurdes sont fermés. Même ici, les Kurdes, qui sont pourtant âgés et habitués des lieux, ne viennent plus jouer à la belote», ajoute-t-il. Les «événements» de l’autre soir, dont parle Marc-Aryan, sont en fait des pogroms organisés par des jeunes contre les étrangers, particulièrement kurdes et syriens.

Répression systématique
Le lendemain du fâcheux incident, des centaines de jeunes individus sont descendus dans la rue, furieux, dans le but de se venger. Bloquant les chemins menant à Bourj Hammoud, ils ont arrêté et contrôlé tous ceux qui, selon eux, paraissaient suspects, agressant principalement Kurdes et Syriens. Hussein, Irakien, propriétaire depuis dix ans d’un salon de coiffure aux abords de Bourj Hammoud, sous le pont de Nabaa, a été témoin de la scène. «Une bonne centaine de jeunes ont coupé la route et commencé à contrôler les gens. Certains avaient des couteaux, j’en ai même vu un porter un sabre à la main», affirme-t-il. Les pogroms ont duré environ une demi-heure, à toutes les entrées du quartier, de Nabaa en passant par Dora et Saint-Joseph, jusqu’à ce que les forces de sécurité se déploient massivement et dispersent la foule. Rami, lui, est de ceux qui ont subi ces violences. Le visage tout boursoufflé, il dit s’être fait agresser par cinq personnes. Depuis, il est cloîtré chez lui, pris entre la peur et l’incompréhension. Il a refusé de se faire prendre en photo, de peur des représailles. «Je suis syrien, même pas kurde. Je vis à Bourj Hammoud depuis trois ans sans faire d’histoire. Je vais au travail tous les jours, je rentre chez moi, mange, dors, et recommence le lendemain. Demandez à mes voisins arméniens, tout le monde me connaît et m’apprécie ici. Jamais je n’irais manquer de respect à la fiancée d’un autre, alors pourquoi me visent-ils moi?».
A cette question, Hagop, un jeune Libanais d’origine arménienne, qui pourtant a refusé de se joindre au pogrom, répond que les jeunes natifs de Bourj Hammoud se sentent pris au piège par l’afflux toujours plus important d’étrangers dans leur quartier. «Si je veux travailler, on me refusera et me dira que pour ce travail, un Syrien acceptera un salaire de misère. C’est pareil pour les loyers qui, du fait de la forte demande, ont augmenté de deux cents dollars en un rien de temps», déplore-t-il.
Pour mettre un terme aux violences, les forces de sécurité se sont déployées massivement dans la soirée qui a suivi les pogroms, invitant vivement les habitants, Libanais et Syriens, à rentrer chez eux. Depuis, des rondes sont effectuées régulièrement dans le quartier. En plus d’assurer la sécurité, la police oblige tous les magasins tenus par des Syriens à fermer. Une troupe d’une dizaine de policiers ont ainsi fermé devant moi un magasin de téléphonie mobile. L’opération a duré moins d’une minute. Le gérant du magasin en question, perplexe, n’a pas souhaité s’exprimer. D’autres Syriens ferment boutique de leur propre chef, craignant de nouvelles vagues de répression. Mohammad tient, lui aussi, un magasin de télécom, mais à l’embouchure de Nabaa. «Le quartier est très peuplé d’Arméniens. Pour cela, je ferme le plus clair de la journée, pour rouvrir seulement aux heures de pointe», affirme-t-il. Mardi, les autorités ont imposé un couvre-feu aux étrangers, invitant les Libanais à se munir de leurs pièces d’identité. Instauré pour une durée indéterminée, ce couvre-feu symbolise l’inquiétude et la méfiance qui se sont installées chez les habitants de Bourj Hammoud, toutes nationalités confondues.

Elie-Louis Tourny

Une tour de Babel
Bourj Hammoud est l’une des banlieues les plus peuplées de Beyrouth. Connu comme étant le bastion de la communauté
arménienne, ce quartier a vu arriver ces dernières années un afflux important de gens de toutes nationalités et religions, dont les Kurdes. Certains sont originaires de Syrie, d’autres ont acquis la nationalité libanaise au début des années quatre-vingt-dix, à la suite de la guerre civile.
Source : http://magazine.com.lb/index.php/fr/component/k2/item/7938-arm%C3%A9niens-vs-kurdes-pogrom-et-couvre-feu-%C3%A0-bourj-hammoud?issue_id=130

En 2011, il y avait déjà eu un précédent, au cours duquel le parti Dachnak (très influent à Bourj Hammoud et allié au Hezbollah) fut soupçonné d'être derrière des expulsions de Kurdes syriens :

Bourj Hammoud Evictions Stir Lebanon Debate
by Naharnet Newsdesk 27 November 2011, 10:08

A mainly Armenian suburb of Beirut has stirred controversy over a decision by local officials to expel foreign workers, with some linking the move to the revolt in Syria and others to sheer racism.


The controversy erupted earlier this month when the municipality of Bourj Hammud, located east of the Lebanese capital, requested all foreigners without rental leases leave the area by the end of November.

Targeted by the measure were Syrian Kurds as well as other laborers from the Philippines, Sri Lanka and from African countries, who for years have been drawn to affordable housing in Bourj Hammud. The majority have no signed rental agreements, a common practice in Lebanon.

Officials say the decision came after local residents began to complain of increased petty crime and harassment of young women in the streets, pinning the blame on foreigners.

But Syrian Kurds say the measure was a bid by the Armenian Tashnag party, a member of Lebanon's pro-Syrian alliance led by Hizbullah, to punish them for taking part in anti-Syrian rallies.


Several Syrian Kurds interviewed by AFP in Bourj Hammud said they believed the Tashnag was using its influence to squeeze them out after they protested outside the Syrian Embassy over the murder of Kurdish activist Meshaal Tammo in Syria in October.

"The goal is to drive us out of our homes... and leading this campaign is a certain prominent party here in Bourj Hammud," said Khalil, 37, referring to the Tashnag.


Khalil says he was ordered by local officials to obtain a working visa or leave -- a demand he says is "impossible" as Syrian citizens do not need visas to work in Lebanon.

Ahmed, a 28-year-old Syrian Kurd who has lived for five years in a humble one-room flat in Bourj Hammud, said he also believed the eviction order he had recently received was politically motivated.

"This decision is aimed at us, at all Kurds who are standing against the Syrian regime," said Ahmed, who requested his real name be concealed for fear of reprisal.

Officials in the bustling suburb, however, deny that the evictions are political motivated, noting that the measure concerned all foreigners -- not just Syrian Kurds -- without identification papers or legal contracts.

"Several residents have contacted us to complain that they feel the district is becoming an increasingly dangerous place because of increased crime with foreigners living here," said Arpineh Mangasarian, head of the city council's engineering and planning department.

Tashnag officials in a statement also denied the evictions were related to politics.

But Nadim Houry, director of the Beirut office of Human Rights Watch, said he believed racism was at the heart of the problem.

"Lebanon has a serious problem with racism -- racism towards foreigners but also racism towards other Lebanese," he told AFP.

"The case in Bourj Hammud is part of this overall problem of racism and has affected people of all races living in the area, most of whom are in fact Syrian Kurds."

Houry noted that other municipalities in Lebanon had previously banned foreigners -- or even Lebanese of different confessions -- from owning or renting property.

Some Armenian residents of Bourj Hammud have also criticized local officials for the indiscriminate expulsions.


"It's true that when young people, like foreign laborers, hang out in the street at night they might stir trouble," said one shop owner, requesting his name be concealed.

"But a lot of foreign laborers live near my shop and they are really hard-working people who come home late at night and don't bother anyone," he added. "Now they're being asked to leave too."

Lebanon is home to a 140,000-strong Armenian community, mostly made up of the descendants of survivors of what they term the genocide in eastern Anatolia under Ottoman rule almost a century ago.
Source : http://www.naharnet.com/stories/en/21508-bourj-hammoud-evictions-stir-lebanon-debate

Voir également : L'antagonisme arméno-kurde
  
Le massacre massif des Kurdes par les Arméniens de l'armée russe durant la Première Guerre mondiale

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