mercredi 14 mai 2014

Le calvaire de l'humoriste Vardan Petrosyan

L'affaire Petrosyan : une ombre sur la visite de François Hollande en Arménie

Ariane Riou, publié le 12/05/2014 à 07:24, mis à jour à 10:55
Présenté comme le Coluche arménien, Vardan Petrosyan est jugé pour son implication dans un accident de la route meurtrier. Ses proches, qui dénoncent son maintien en détention provisoire depuis six mois, espèrent que la visite de François Hollande en Arménie, ce lundi, pourra améliorer la situation du comique.

Il ne voulait plus prendre le volant sur les routes arméniennes. Connu pour son humour satirique, très critique envers le pouvoir arménien, Vardan Petrosyan craignait d'être inquiété au moindre prétexte. "Il s'était remis à conduire en Arménie il y a deux ans. Mais il avait peur. Il semblerait qu'il ait eu un bon pressentiment", constate Me Marie Dosé, un de ses avocats français. 

Placement en détention provisoire

Dans la nuit du 20 octobre dernier, alors qu'il rentrait seul à Erevan, où il devait jouer son dernier spectacle, sa voiture entre en collision avec un autre véhicule. L'accident est dramatique : deux adolescents décèdent. Vardan Petrosyan, lui, est grièvement blessé. A l'hôpital, il subira une ablation de la rate et une opération du foie, et restera trois jours dans le coma.

Quelques jours plus tard, le comique de 55 ans est placé en garde à vue, puis en détention provisoire. "Pourquoi l'incarcérer ? Il n'avait aucune raison de prendre la fuite", s'interroge Me Gérard Tcholakian, son autre défenseur français.


"Un des témoins n'existe pas"

Une enquête est alors ouverte. Elle durera quatre mois. Quatre mois pendant lesquels le Franco-Arménien sera placé dans un hôpital pénitentiaire. "Notre avocat arménien n'a eu accès au dossier d'instruction que pendant cinq jours, alors que la partie adverse a pu le consulter pendant dix jours", regrette Ani Petrasyan, la femme de Vardan qui pointe les anomalies de la procédure. 

Les enquêteurs, selon elle, ont tenté à tout prix d'incriminer son mari. "Ils ont essayé de prouver qu'il était sous l'emprise de stupéfiants, de l'alcool ou qu'il était au téléphone au moment de l'accident. Or, toutes les analyses ont montré que c'était impossible, explique celle qui partage la vie de Vardan depuis plus de 20 ans. Deux témoins de l'accident devaient aussi contresigner l'expertise. Or nous avons découvert que l'un d'entre eux n'existait pas."

Mille pages de dossier d'instruction

Reste à savoir qui a causé l'accident. Un point qui n'est pas encore totalement éclairci. Pour l'accusation, Vardan Petrosyan aurait dévié de la route, heurtant l'autre voiture garée sur la voie d'arrêt d'urgence. Pour le camp adverse, ce même véhicule, sans feux, effectuait une marche arrière sur une bretelle de la route où circulait Petrosyan. Celui-ci risque 7 à 10 ans de prison. 

Le procès du comédien a commencé le 28 mars. Chaque vendredi, une audience a lieu au tribunal de grande instance de Kotayk, au cours de laquelle les mille pages du dossier de l'instruction sont scrutées à la loupe. "Pour le moment, on n'en est qu'à la 19ème page. Cela risque d'être très long", constate Ani Petrosyan.

En attendant, son mari a été transféré la semaine dernière dans une maison d'arrêt. "C'est le plus grand problème de cette affaire : l'incarcération de Vardan Petrosyan est arbitraire", estime Me Marie Dosé, pour qui il est "impossible de savoir quelle est la portée politique de ce procès".

10 000 personnes ont signé une pétition

En avril, elle et son confrère Me Tcholakian n'ont pas pu plaider. "Tout était prévu, mais, au dernier moment, les juges ont refusé qu'on intervienne, à cause de notre interprète qui n'avait pas été choisi dans les bonnes conditions, s'insurge l'avocate. Il est hors de question que cela se reproduise. Vardan Petrosyan sera bien jugé, mais il doit sortir de détention."

En France, l'affaire fait des vagues. Près de 10 000 personnes ont signé une pétition demandant la libération du Franco-Arménien. 500 lettres ont été envoyées à l'Elysée. Et le comique, qui a collaboré avec Robert Hossein, a reçu le soutien de plusieurs personnalités, comme Charles Aznavour ou Alain Delon.

Pour ses proches, la visite de François Hollande en Arménie, ce lundi, est l'un des derniers espoirs. "J'attends beaucoup de la rencontre entre le Président français et son homologue arménien, Serge Sargsian. J'espère qu'il va pouvoir faire bouger les choses", conclut Ani Petrosyan.
Source : http://www.lexpress.fr/actualite/societe/l-affaire-petrosyan-une-ombre-sur-la-visite-de-francois-hollande-en-armenie_1536941.html