lundi 23 juin 2014

Caudry : un demandeur d'asile arménien victime d'injures racistes

Victime d’injures racistes et d’un salut hitlérien, un Caudrésien s’alarme

Publié le 20/06/2014

H. H.

Salut hitlérien, inujures xénophobes... C’est parce qu’il n’imagine pas que de tels actes soient tolérés en France que Michel, un Caudrésien, a décidé de témoigner.

Il faut se figurer la scène. Cela se passe ce dimanche soir, peu avant le début du match de la France contre le Honduras. Vous avez décidé de retrouver des voisins pour regarder la coupe du monde, et dans le parking de l’immeuble, vous préparez le barbecue. Une fenêtre s’ouvre dans un bâtiment du quartier. Et l’homme qui en émerge fait le salut hitlérien. Profère des injures xénophobes. Vous intime de « repartir dans (votre) pays ».
« Marine Le Pen arrive, crie-t-il. Le Pen au pouvoir, les étrangers à l’abattoir. »

C’est parce qu’il n’arrive pas à croire que l’on puisse tenir de tels propos en France que Michel (1) a souhaité les relater. Cet homme d’origine arménienne, installé à Caudry depuis un an et dans l’attente d’une réponse à sa demande d’asile, n’a que trop connu pareilles situations. S’il a quitté la Russie il y a deux ans, c’était pour échapper, avec sa femme et ses deux enfants, à la haine xénophobe qui était leur lot quotidien. Là-bas, la parole raciste est bien plus décomplexée qu’ici. Du moins, Michel le croyait jusqu’à aujourd’hui. « C’est la première fois que je vois ça ici », assure-t-il.

Dépôt de plainte

Il faut dire que l’agression de dimanche, qui a fait l’objet d’un dépôt de plainte, ne s’est pas limitée à des insultes. Lorsque la famille de Michel et leurs amis sont entrés dans l’appartement, les fauteurs de troubles ont continué de sévir. Ce sont alors des coups donnés dans la porte, des coups de sonnette, du bruit enfin qui effraie les deux enfants de neuf et quinze ans, réveillant en eux aussi de mauvais souvenirs. Plus tard dans la soirée, car cela a duré, il y aura aussi des coups, assure Michel, lorsqu’il tente de discuter puis de rentrer dans son propre appartement, dont la serrure a été bloquée, sans doute par les mêmes, grâce à des brisures de bois…

Par deux fois ce soir-là, les gendarmes interviendront pour calmer les esprits. Et suite à cette soirée, il serait question que les individus concernés soient contraints de quitter leur logement d’ici le 30 juin.

Mais ces détails importent peu. Ce n’est pas tant pour se plaindre de son expérience que Michel veut témoigner, mais pour souligner ce qu’elle symbolise à ses yeux : la libération de la parole raciste. Peut-être encouragée par le verdict des urnes au soir des élections européennes, considère-t-il. En attendant, Michel a peur. Pas pour lui, mais pour ses enfants, qui baignent depuis l’agression dans un sentiment d’insécurité.

À tel point que la fille n’est pas allée à l’école lundi et mardi. « Je ne peux pas la laisser », souffle Michel. Catastrophé… et craignant une catastrophe.

Lors de l’altercation survenue sur le parking du bowling de Caudry, fin mai, certains témoignages avaient aussi fait écho de saluts hitlériens et de croix gammées.

(1) Prénom d’emprunt.
Source : http://www.lavoixdunord.fr/region/victime-d-injures-racistes-et-d-un-salut-hitlerien-un-ia14b45240n2220768

Après l’agression xénophobe à Caudry: pour Mélanie Disdier (FN), «La bêtise ne peut être associée à un parti»

Publié le 23/06/2014

PAR H. H.

Dimanche dernier, un Caudrésien agressait l’un de ses concitoyens, demandeur d’asile d’origine arménienne, demeurant rue de la Paix, à Caudry. Additionnant les faits de saluts hitlériens. En réaction à ces agissements, dont les auteurs se réclamaient notamment de la présidente du Front national Marine Le Pen, Mélanie Disdier-Éthuin, l’une des deux élues frontistes au conseil municipal de Caudry et responsable du FN dans la 18e circonscription, condamne les faits et refuse tout « amalgame » avec son parti.

« Je condamne fermement ce genre d’attitude, affirme l’élue, comme elle l’a toujours fait ainsi, auparavant, que son père Jacques Disdier, figure du FN dans le Cambrésis. Et d’ajouter : « Depuis que Marine Le Pen préside le Front national, la dédiabolisation est réelle : nous souhaitons vraiment que notre parti soit le plus représentatif de la population. S’il s’agit d’un militant FN, il sera radié de nos listes et de nos agendas. Des personnes comme cela ne nous intéressent pas. »

Surtout, « ce genre d’attitude ne peut pas être représentatif d’un parti politique », dit-elle ; et un parti ne peut être considéré comme « responsable » des propos de citoyens, même lorsqu’ils se réclament de celui-ci. « Je ne pense vraiment pas qu’il faille mettre ça sur le dos de notre parti. On nous dit souvent qu’on instaure un climat de haine. Mais je suis vraiment quelqu’un de simple et qui n’a aucun préjugé. »

Mélanie Disdier voit plutôt dans l’agression de dimanche, de la « bêtise », peut-être « sur fond d’alcool », qui peut encourager à proférer des « énormités ».

« Le symbole d’un réel malaise »

« C’est surtout le symbole d’un réel malaise de la population en général, reprend l’élue, y voyant le résultat de la gestion de « tous les partis politiques au pouvoir depuis plus de trente ans ». Mélanie Disdier annonce craindre que ce « ras-le-bol » « s’amplifie de plus en plus ». Avec cette conséquence, pour ceux touchés par la « misère », de chercher « un bouc émissaire ».

À Caudry, résume-t-elle, « je ne pense pas réellement qu’il y ait un sursaut raciste ». Plus largement, « dès lors que quelqu’un a des propos racistes, on l’affilie systématiquement au FN. Mais chez des gens de tous les partis, j’entends des propos qui me choquent énormément. La bêtise ne peut pas être associée à un parti. »
Source : http://www.lavoixdunord.fr/region/apres-l-agression-xenophobe-a-caudry-pour-melanie-ia14b45240n2229143