jeudi 2 octobre 2014

Genève : le Conseil d'Etat refuse un emplacement pour un monument "mémoriel" arménien

Genève jeudi 02 octobre 2014
Le Conseil d’Etat ne veut pas d’un mémorial arménien près de l’ONU
Olivier Francey

Le gouvernement se déclare soucieux de préserver la «neutralité la plus absolue de la Genève internationale». Dans un courrier, l’exécutif enjoint à la Ville de Genève de trouver un autre lieu

Le gouvernement genevois ne souhaite pas voir s’implanter un monument commémorant le génocide arménien dans le parc de l’Ariana, à quelques pas seulement du Palais des Nations. Dans un courrier adressé cet été à la Ville de Genève, que Le Temps s’est procuré, le canton fait savoir que «le choix du parc de l’Ariana […] semble peu opportun à cet exercice». L’exécutif motive cette appréciation en indiquant qu’il est «soucieux de préserver la neutralité la plus absolue de la Genève internationale dans les abords immédiats du Palais des Nations et des diverses organisations internationales».

C’est donc une douche froide que s’apprête à recevoir la communauté arménienne genevoise et suisse, laquelle doit rencontrer ce jeudi une délégation du Conseil d’Etat menée par son président, François Longchamp. Contacté, le magistrat confirme que la position du gouvernement ne s’est pas infléchie depuis. «Sur le principe, nous sommes favorables à l’édification d’un tel monument, d’autant que nos parlements suisse (il ne s’agit en fait que du Conseil national, ndlr) et genevois ont reconnu le génocide arménien. Notre souci concerne la localisation retenue, qui ne préserve pas la neutralité des abords immédiats du Palais des Nations», argue le conseiller d’Etat libéral-radical, priant la Ville de transmettre «rapidement un autre projet d’implantation au Service des autorisations de construire, afin qu’une décision puisse être prise dans des délais brefs».

«Il n’y a pas de provocation»

Même si le ton du gouvernement se veut péremptoire, le Conseil d’Etat n’a aucun moyen coercitif pour contraindre la municipalité à choisir un autre emplacement, si ce n’est d’agir sur la délivrance des autorisations de construire. Or, tous les préavis émis par les services cantonaux – dont celui de la puissante Commission des monuments et des sites – sont favorables au projet. «Il est évident que le canton joue la montre. Il espère que la municipalité ou les Arméniens renonceront au projet», murmure-t-on dans les coulisses du Palais Eynard, siège de l’exécutif municipal.

Chargé de la Culture, le conseiller administratif Sami Kanaan assure que tous les emplacements ont été passés au peigne fin. «Nous restons convaincus que le parc de l’Ariana reste le meilleur endroit. A moins que le Conseil d’Etat nous propose l’une de ses parcelles, nous n’avons pas d’alternative, concède le socialiste. Ce n’est donc pas par provocation que nous avons retenu ce lieu. Ceci étant, nous sommes ouverts à d’autres options, s’il y a un accord avec les porteurs du projet et le Conseil d’Etat.» Quant au mémorial lui-même – des candélabres arborant des inscriptions en plusieurs langues –, il ne devrait pas comporter de référence directe au génocide arménien. «L’objectif du projet est de contribuer à la lutte pour la mémoire des violences collectives», dit la Ville.

La communauté arménienne, elle, peine à comprendre l’argument avancé par le canton. «Il n’y a pas deux versions de l’histoire; il y a un fait historique incontestable, qui est la destruction de la présence arménienne en Anatolie durant la Première Guerre mondiale», adresse le président de l’association «Les réverbères de la mémoire» au Conseil d’Etat. Il poursuit: «L’évocation de la neutralité s’agissant de la mémoire arménienne est donc assez troublante de la part du Conseil d’Etat, auteur par ailleurs en 2001 d’un des plus beaux textes de reconnaissance du génocide jamais écrits.»
Source : http://www.letemps.ch/Page/Uuid/6f15779e-4990-11e4-aef6-ddf0e2b621d7|1

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