lundi 27 octobre 2014

Qu'attendre de François Hollande sur le conflit du Haut-Karabakh ?

Arménie contre Azerbaïdjan : mais que fait la France ?

Julien Bondarev

Consultant
Consultant en géopolitique et sécurité internationale

Le 25 octobre 2014

Des heurts confidentiels ont lieu, en ce moment même, dans le monde.

Loin des théâtres d’opérations mainstream type Ukraine, Irak ou Syrie, qui sont un peu le Broadway des scènes de conflit, superproductions vers lesquelles tous les yeux se tournent, des heurts beaucoup plus confidentiels ont lieu, en ce moment même, dans le monde. Ceux qui agitent le Haut-Karabagh, petit bout de terre montagneuse enclavé entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie, en font partie. Ce conflit cristallise à lui seul, depuis des décennies, les tensions entre les deux pays. La France est engagée dans le dossier, mais manque de poigne.

Le Haut-Karabagh, pour la faire courte, est à l’origine un territoire azerbaïdjanais comportant une communauté arménienne importante, en raison de la politique de déplacement des peuples mise en place par l’Empire russe quand ces deux pays du Caucase étaient sous sa coupe. Avec la désintégration de l’Union soviétique, ni une ni deux : l’Arménie fait main basse sur cette province. La hache de guerre est déterrée.

Six ans plus tard, l’intermédiation internationale débouche sur la signature d’un cessez-le-feu. Les deux camps comptent leurs morts, par milliers. Le bilan est lourd, particulièrement du côté azerbaïdjanais : 250.000 réfugiés en provenance d’Arménie, 750.000 déplacés internes, issus des territoires azerbaïdjanais occupés. Mais quand même, on est en droit d’espérer qu’à l’avenir, les choses se passeront mieux.

Il n’en est rien. L’Arménie refuse de rendre ses terres à l’Azerbaïdjan, le Haut-Karabagh s’autoproclame république, les hostilités ne cessent pas. Depuis 1992, le groupe de Minsk – présidé par le trio France, Russie et États-Unis – est en charge de trouver une solution pacifique au conflit.

C’est dans ce contexte que François Hollande recevra, lundi 27 octobre, les présidents arménien (Serge Sarkissian) et azerbaïdjanais (Ilham Aliev) à l’Élysée. Difficile de dire à quoi aboutira ce sommet, même s’il y a fort à parier que l’Arménie refusera de reconnaître la souveraineté de l’Azerbaïdjan sur le Haut-Karabagh. Peu de chance qu’une décision grave soit prise. Un peu plus inquiétante, en revanche, est l’invitation que vient de lancer le « président » de la République non reconnue du Haut-Karabagh (Bako Saakian) à François Hollande, Vladimir Poutine et Barack Obama.

Accepter l’invitation de Bako Saakian serait lui reconnaître la qualité de président de la République et, mécaniquement, au Haut-Karabagh le statut de république. Un scandale, puisque le Haut-Karabagh, république autoproclamée et fantoche, n’est reconnu par aucun État au monde, Arménie y compris. Un scandale, encore, puisque en plus de cette enclave, l’Arménie occupe illégalement sept autres provinces azerbaïdjanaises, soit 20 % du territoire du pays, plaçant systématiquement la communauté internationale devant le fait accompli.

Hollande et consorts ne répondront sans doute pas présent à l’invitation de Saakian. Le problème, c’est que cette fin de non-recevoir pourra prêter à deux interprétations. S’agira-t-il pour les trois coprésidents du groupe de Minsk d’une façon de botter en touche, d’éviter soigneusement de trancher, ou au contraire de marquer leur soutien à l’Azerbaïdjan ? On espère que la seconde hypothèse est la bonne, et que ce soutien se matérialisera très bientôt de façon plus concrète.
Source : http://www.bvoltaire.fr/julienbondarev/armenie-contre-azerbaidjan-fait-france,133999

Voir également : Jean-François Mancel : "Apprenons à connaître l'Azerbaïdjan"

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