samedi 1 novembre 2014

Châlons-en-Champagne : des enfants arméniens dormaient dans la rue

Quand des enfants dorment dans la rue...

Publié le 27/10/2014 - Mis à jour le 27/10/2014 à 09:30

Par Nancy Gouin

CHÂLONS-EN-CHAMPAGE (51). « Mes amis, au secours...» Exactement soixante ans après l’appel à l’aide de l’abbé Pierre, ceux qui ne sont pas nés au bon endroit sont contraints de dormir à la « belle » étoile.
Devenue terre d’asile par destination légale, Châlons-en-Champagne a déjà dû faire face aux familles avec enfants contraintes de dormir à la belle étoile sur les marches du Pôle social de la Croix-Rouge française, en novembre 2012. Avec l’obligation de déposer la demande d’asile et l’admission au séjour auprès des seules préfectures de région, les primo-accédants convergeaient alors rue Joseph-Servas.

Depuis, le Pôle social de la Croix-Rouge a quitté le centre-ville pour le quartier du Verbeau où le Pr  Eledjam, président de la Croix-Rouge française, a inauguré, en mai, une structure d’accueil de jour digne de ce nom, au 7, avenue du Président-Kennedy. Elle améliore l’accompagnement des personnes défavorisées et des demandeurs d’asile en leur offrant un lieu d’écoute et d’aide, ainsi qu’un accès à des douches, des toilettes, une cuisine et une laverie.

Las, quand le Pôle social ferme ses portes, le soir et le week-end, des familles se retrouvent à la rue. Voilà pourquoi le Réseau éducation sans frontière (RESF), qui bataille pour le respect de la Convention internationale des droits de l’enfant, a dressé, samedi soir, quatre tentes sur… le macadam, au fond du parking situé à proximité. Arrivés récemment d’autres pays européens, ils sont une vingtaine de « Dublinés » – originaires d’Albanie, de Géorgie ou d’Arménie – à y trouver refuge.

Un membre de RESF a offert une nuitée aux Géorgiens expulsés du foyer Adoma (L’Union des 24 et 25 octobre), la femme étant enceinte et le petit garçon asthmatique.

Réfugiée sous une tente, une famille d’Arméniens attend beaucoup de son rendez-vous, le 2 décembre, en préfecture. Contrainte de force à donner ses empreintes en Pologne, voici… deux ans, elle a déjà été expulsée d’Allemagne, Hollande, Belgique. Le fruit des accords de Dublin 2. Marie-Pierre Barrière, membre de RESF, déplore « l’insuffisance de la politique européenne et le non-respect de celui qui est en souffrance ». Les « Dublinés » doivent tenir ainsi jusqu’au 1er novembre. L’Etat devra leur fournir un hébergement d’urgence hivernale. À défaut, RESF est prêt à engager des référés.

À l’abri des trombes d’eauà Sainte-Thérèse

Jeudi soir, le ciel se déversait sur la tête des familles à la rue, alors le père Marc Hémar leur a ouvert les portes de la maison paroissiale. En l’église Sainte-Thérèse, nul doute que les Arméniens ont prié pour que cesse leur errance en Europe… « On essaie de répondre à l’urgence, confie le prêtre. On ne peut dormir tranquillement quand on sait que des familles, avec des enfants de 2 à 9 ans, sont dehors et qu’il pleut. Cela fait partie du sens de la charité chrétienne, du vivre ensemble, de l’Évangile, sans qu’on s’installe de manière durable dans un accueil pour lequel on n’est pas fait. Le 115 est complètement saturé… Avec la venue de l’hiver, c’est un cas de conscience. »
Source : http://www.lunion.presse.fr/region/quand-des-enfants-dorment-dans-la-rue-ia3b24n429281

Les enfants dorment enfin au chaud

Publié le 28/10/2014 - Mis à jour le 28/10/2014 à 12:06

Par Nancy Gouin

CHÂLONS-EN-CHAMPAGNE (51). Générosité d’habitants du Verbeau, mobilisation de RESF: après une semaine à dormir sous des tentes de fortune, les enfants de migrants, malades, ont pu dormir lundi au chaud.
Impossible de lutter contre une fièvre carabinée quand il faut se contenter de la chaleur des corps de ses parents, avec pour seul abri, des tentes de fortune dressées sur le macadam du parking par le Réseau éducation sans frontière (RESF).

À bout de force,

tous les enfants malades

Les petits corps des Arméniens et Albanais étaient à bout de force. Lundi, quand l’Accueil de jour de la Croix-Rouge française a fermé ses portes à 16 heures, Marie-Pierre Barrière, membre de RESF, n’en pouvait plus : « J’ai encore emmené deux enfants à l’hôpital ! À force de les laisser dehors, ils sont tous malades. Comment s’étonner, après, que l’Aide médicale d’Etat coûte de plus en plus cher ? »

Sans oublier le bébé de 6 mois déjà hospitalisé avec sa mère Kosovar : « Ils viennent juste d’arriver et ont dû dormir dimanche sous la tente. » L’espoir que l’hôpital les garde pour la nuit semblait illusoire.

À défaut d’avoir pu faire le point sur l’indisponibilité de lits en Centre d’accueil de demandeurs d’asile (Cada) avec Vincent Gruson, directeur départemental de Pôle social de la Croix-Rouge française, ni pu parler avec le personnel de l’Accueil de jour sans son autorisation, nous avons dû nous contenter du témoignage de migrants : « Au 115, il n’y a plus de place. »

La situation promettait d’empirer avec l’arrivée de deux nouvelles familles de primo-arrivants de Bosnie et du Kosovo. Nous avons dénombré trente-trois personnes, dont… douze enfants, sans solution d’hébergement pour la nuit.

Alertés, les services de la préfecture de région donnaient une réponse laconique : « Chaque situation est étudiée au cas par cas. Il y a des procédures à respecter. Des solutions vont être envisagées. » La difficulté est de se montrer humain, tout en décourageant l’afflux de migrants… En début de soirée, RESF n’a finalement pas eu à dresser, à nouveau, des tentes : « Des bons d’orientation en hôtel viennent d’arriver. »

Des habitants au grand cœur

Les enfants dormiront au chaud. De quoi réjouir ceux que cette situation ulcérait au Verbeau. « Cela fait mal au cœur. J’ai une petite fille de cet âge », se justifiait presque Raphaël, 35 ans, en tendant un billet de 20 € « pour donner à manger à tous les enfants ».

Outre cette scène dont nous avons été témoin, la solidarité n’est pas un vain mot dans ce quartier. « Des habitants des immeubles ont donné des couvertures en plus, aussi des vêtements pour les enfants », rapporte une Albanaise, qui remercie aussi le personnel de l’Accueil de jour : « Ils sont très gentils avec nous, serrent la main et disent « Bon courage ». Si enfant malade, ils donnent un bon urgence hôpital. »

Une once d’humanité dans un monde qui broie les plus faibles.
Source : http://www.lunion.presse.fr/region/les-enfants-dorment-enfin-au-chaud-ia3b24n429912