mercredi 29 avril 2015

Digoin : "si un jour nous devons rentrer en Arménie, nous allons avoir des problèmes"

Digoin La famille arménienne déboutée témoigne
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le 24/04/2015 à 05:00 | Emmanuel Daligand Vu 2727 fois

Déboutée de sa demande d’asile, une famille arménienne hébergée au Cada (centre d’accueil des demandeurs d’asile) de Digoin est priée de quitter les lieux. Sans savoir où aller ensuite.


Discrètement, ils se sont glissés au milieu des manifestants réunis mercredi après-midi pour leur venir en aide. Méfiants, ils n’ont, dans un premier temps, pas voulu répondre à nos questions. Pas souhaité raconter leur histoire. Finalement, après une longue hésitation, ils ont accepté de parler d’eux, de leur parcours, de leur vie. À une condition toutefois, celle de ne pas prendre leurs visages en photo. Et de garder l’anonymat. « Car si un jour nous devons rentrer en Arménie, nous allons avoir des problèmes », disent-ils.
« Tous les jours, des gens sont tués dans la rue »


Nous les appellerons donc Sophie et Arnaud. Il y a six ans, un jour de 2009, ils ont décidé de quitter la terre qui les avait vus naître. Car ils ne s’y sentaient plus en sécurité. « L’Arménie est officiellement reconnue comme un pays sûr mais, tous les jours, des gens sont tués dans la rue, raconte la jeune femme. Chez nous, il n’y a pas de loi. Tout le monde fait ce qu’il veut. » Pour le couple, la situation n’est plus vivable. Il faut fuir. « Ça a été une décision très difficile à prendre car j’étais étudiante en 4e année pour devenir professeur de français et d’anglais, explique Sophie. Mon mari était bijoutier. On a tout laissé. » Direction la Suède où, après deux années de procédures, le statut de réfugié leur est finalement refusé. En 2011, c’est donc vers la France qu’ils se tournent. Et arrivent au Cada de Digoin, après un passage par celui de Chalon-sur-Saône.
Le dernier moment

Quatre ans plus tard, si la vie de ces Arméniens a beaucoup changé, avec la naissance de deux enfants âgés de 4 et 2 ans, leur situation administrative a peu évolué. Leur demande d’asile rejetée, ils viennent de recevoir un nouveau coup sur la tête avec la décision préfectorale de faire sortir du Cada les familles déboutées. Pour eux, l’ultimatum est fixé aujourd’hui. « C’est une catastrophe », se lamente Arnaud. Depuis quelques jours, bénévoles des Amis du Cada et de Réseau éducation sans frontières (RESF) se mobilisent pour leur dénicher un hébergement d’urgence. Hier, personne ne savait encore où ils dormiront ce soir.

« Je vais attendre jusqu’au dernier moment pour trouver une solution et ne pas rester dans la rue, racontait Sophie, très émue. Nous avons peur bien sûr. Nous allons essayer de faire une demande de régularisation à titre humanitaire. » Pas question en tout cas de repartir en Arménie. « Je n’y retournerai jamais », affirme la jeune femme, bénévole au Secours populaire depuis deux ans. Elle et son mari ne souhaitent qu’une chose : obtenir des papiers pour enfin pouvoir travailler. « Je fais des bijoux, je donne des cours de décoration, de cuisine, je pourrai toujours trouver un travail ici. Nous sommes bien adaptés. »

De leur situation incertaine, ils n’ont pas voulu parler à leurs enfants. « Je ne leur ai rien dit mais le grand comprend, dit-elle. Je le vois ». Scolarisé à l’école de la Briérette, Sophie explique qu’« il parle bien français et adore l’école ». En attendant de quoi sera fait leur avenir, elle n’espère qu’une chose : « Trouver une place. »
Source : http://www.lejsl.com/edition-charolais-brionnais/2015/04/24/c-est-une-catastrophe

Voir également : L'Arménie : pays sûr ou système politico-mafieux ?

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Nancy : la famille Manukyan vit dans l'angoisse

"23/04/2015 à 10:17 Vu 2960 fois
NANCY L’angoisse des Manukyan, famille arménienne sous le coup d’une expulsion
A Nancy, catholiques et juifs plaident ensemble la cause d’une famille arménienne sous le coup d’une expulsion.

Au moment où l’on s’apprête à commémorer le 100e anniversaire du génocide arménien, la famille Manukyan vit dans l’angoisse.

Karapet Manukyan, 69 ans (le grand-père), Shaboyan, 66 ans (la grand-mère), Gayane, 45 ans (leur fille), Levon, 24 ans, et Karapet Yegoryan, 25 ans (leurs petits-fils), font l’objet depuis le 16 mars d’une obligation de quitter le territoire français. Leurs demandes d’asile ont été rejetées par l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 18 juillet 2013 et en appel le 3 novembre 2014 par la Cour nationale du droit d’asile.

Cette famille d’origine arménienne a fui son pays voilà cinq ans pour se réfugier d’abord aux Pays-Bas (avant d’en être expulsés au bout de deux années) puis en France, dans l’agglomération de Nancy, où ils se sont installés voilà trois ans. « Nous avons été obligés de fuir notre ville, Gyumri car nous n’étions plus en sécurité », racontent Levon et Karapet Yegoryan, tous deux étudiants à l’Université de Lorraine en licence de langues et littératures étrangères.


« Notre grand-père et notre père assassinés »


« Notre grand-père paternel a été assassiné en 1994 pour avoir vu ce qu’il n’aurait jamais dû voir. Chauffeur routier, il transportait des denrées alimentaires et des vêtements pour l’armée arménienne au Haut-Karabagh mais, un jour, il s’est rendu compte que son chargement contenait des armes. Craignant pour sa vie, il avait alerté notre père. Il a été retrouvé mort dans une forêt, après 40 jours de disparition inexpliquée, le corps tuméfié et portant la trace de plusieurs coups de couteau. Notre père, lui, est décédé en 1998, à l’hôpital, après avoir été tabassé par des inconnus en tenue militaire devant l’allée de garage de notre maison ». Levon, le plus jeune de la famille Manukyan, dit avoir lui aussi été agressé sans raison, à Gyumri, alors qu’il revenait de l’université. « Plusieurs personnes se sont ruées sur moi pour me rouer de coup », confie le jeune homme, montrant l’article d’un journal local qui s’en est fait l’écho et stigmatise la probité des policiers. « Mes agresseurs sont partis quand ils ont vu mes camarades de cours arriver par hasard sur les lieux mais j’ai quand même eu le genou cassé. Comme pour les assassins de notre grand-père et de notre père, les policiers n’ont rien fait pour les retrouver et l’affaire judiciaire a été suspendue… »."

Source : http://www.estrepublicain.fr/edition-de-nancy-ville/2015/04/23/l-angoisse-des-manukyan

Voir également : Histoire des Arméniens : élimination de la minorité azérie au Karabagh

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dimanche 26 avril 2015

Liban : levée de boucliers contre le soutien aux commémorations du "génocide arménien"

Armenian genocide anniversary divides Lebanese Cabinet

The 100th anniversary of the Armenian genocide has led to a governmental and societal split in Beirut, not only regarding Lebanon’s representation at the commemorative ceremonies to be held in Armenia and Turkey, but also regarding the official Lebanese government's position.

In a Cabinet session held April 21 to discuss the public budget, ministers suddenly brought up the topic of the Armenian genocide, thus causing controversy. Ministers suggested that the Lebanese government issue a decree declaring April 24, 2015, a national holiday to mark the occasion of the centennial.

A governmental source who requested anonymity told Al-Monitor that Christian ministers had made the request. However, Sunni ministers soon presented their reservations on the issue, including Interior Minister Nouhad al-Mashnouq and Justice Minister Ashraf Rifi. Meanwhile, Prime Minister Tammam Salam — also a Sunni — showed no excitement.

The source said that the ensuing debate was political and did not take on a sectarian character, at least in form. However, the parties that expressed their positions represented different sectarian affiliations.

The ministers calling for a holiday stated that the centennial of the genocide is an exceptional event, a historic landmark taking place only once a century. The source said that according to this view, the Lebanese Armenian community is deeply tied to this sad occasion. Therefore, the Lebanese state has to sympathize with this community and show solidarity on the anniversary of the martyrdom of more than a million Armenians.

Advocates of the holiday made absolutely no mention of the Armenian-Christian identity of the victims or the Muslim identity of the Sunni Ottoman Empire, which they consider responsible for the genocide. Sunni ministers objecting to the holiday also did not entangle their positions with the issue of religious affiliation. Instead, they stressed the need to take into account the existing friendly relations between Turkey and Lebanon, as well as the fact that, given the Turkish state's influence in the region, it would not be in Lebanon’s interest to announce such a holiday.

The source added that, on the surface, the Cabinet debate was an attempt to find a solution to best serve the national interest. However, the fact is, the debate camouflaged clear denominational and sectarian divisions.

The lack of consensus on the issue resulted in the motion being dropped. In an attempt to make it up to the Armenians, the Lebanese Cabinet supported a Ministry of Education decision to close down schools on April 24.

Some educational quarters rejected the decision of Minister of Education Elias Bou Saab, who happens to be Christian, to close down schools. These quarters, in turn, happened to be Muslim. Sunni associations in Beirut rushed to issue a statement objecting to school closures. They tied their objection to political arguments, citing Turkish positions and their interpretation of Lebanon’s interests in relation to Turkey. The issue of the Armenian genocide, they said, is “an issue of historical controversy and there is no Lebanese national consensus about its circumstances.”

Former Minister Panos Manjian, a leader in Lebanon's Armenian Tashnag Party, told Al-Monitor that the issue did not just start during the April 21 Cabinet session and that previous attempts had been made to announce a holiday. All of Lebanon's Armenian parties visited Salam a few days before the latest Cabinet session. A joint delegation from the Tashnag, Hanchak and Ramgavar parties met with Salam and presented to him the scheduled activities for the centennial of the genocide and asked him to pronounce April 24 a holiday.

Manjian told Al-Monitor that Salam was not receptive to the idea. While Manjian disapproved of this position, he said, “More than 200,000 Lebanese are Armenians, and they believe this issue to be existential and important for the formation of their political and national consciousness, especially considering that the case involves more than a million victims.”

Manjian said that Lebanese prime ministers, who are Sunni, “have been making decisions for 10 years to close down the country and declare public mourning on the anniversary of the assassination of one person.” Manjian is referring to the government decision to close down on Feb. 14 each year to commemorate the assassination of former Lebanese Prime Minister Rafik Hariri. Manjian called on all Lebanese to show solidarity with Armenians on April 24 and express national unity by voluntarily closing down.

Former Minister Karim Pakradouni, an Armenian and descendant of genocide survivors, told Al-Monitor that the course of events on April 24 will not be determined by the prime minister. “There are large areas in Lebanon that will respond to the calls for closure, and a major demonstration will be held in Beirut to reflect this position,” he said.

Pakradouni, former head of the Kataeb Party, one of Lebanon's most prominent Christian parties, told Al-Monitor, “All Christian forces will show unity with the call of the Armenian community to close down, and a significant portion of non-Christians will also respond out of a humane compassion with the first genocide of the 20th century and out of national solidarity, which is required for coexistence in one nation.”

Once again, the vertical division in Lebanon seems to be stemming from the past and from history, and is therefore likely to continue into the future.
Source : http://www.al-monitor.com/pulse/originals/2015/04/lebanon-government-armenian-genocide-positions.html

Lebanese deputy: Historical hatred, propaganda against Turkey unacceptable

ANADOLU AGENCY
BEIRUT
Published 14 hours ago

Lebanese lawmaker Khaled al-Daher on Saturday warned Armenians against "offending Turkey," calling to revealing the facts regarding the events of 1915.


"We salute the man behind Turkey's renaissance: [President] Recep Tayyip Erdoğan," al-Daher said at a press conference in Lebanon's northern city of Tripoli, describing Turkey as a country of freedoms and justice.

He called for a "revealing of the facts," adding that he would not tolerate what he described as "lies", "delusions" or "historical hatred" against Turkey.


Tripoli's residents organized a three-day campaign, which kicked off on Friday, in response to an attempt by Armenians to organize events, marking the anniversary of the 1915.

The residents waved thousands of Turkish flags to support Turkey against Armenian claims.

The 1915 events took place during World War I when a portion of the Armenian population living in the Ottoman Empire took sides with the invading Russians and staged revolts.

The relocation by the Ottomans of Armenians in eastern Anatolia following the revolts resulted in numerous casualties.

Turkey does not dispute that there were casualties on both sides, but rejects the definition of "genocide."
Source : http://www.dailysabah.com/mideast/2015/04/25/lebanese-deputy-historical-hatred-propaganda-against-turkey-unacceptable

Voir également : Sandro Gozi (Italie) et Frank-Walter Steinmeier (Allemagne) refusent de "reconnaître" le "génocide arménien"

Liban : les islamistes chiites du Amal-Hezbollah et la commémoration du "génocide arménien"

Syrie : Nerses Kilajyan et le Hezbollah

24 avril 1989 : une commémoration sous le portrait de Khomeini

Le régime des Assad déstabilisé en Syrie : un rappel des compromissions de la FRA-Dachnak, de l'ASALA et du régime arménien
  
Les Arméniens et la République islamique d'Iran

Visite d'Amine Gemayel (Kataëb) à Bakou : protestation du parti nationaliste arménien Ramkavar

Liban : le "martyrologe" des Arméniens, menacés par les milices chrétiennes maronites

Arménie : la Cour d'appel refuse de libérer les opposants politiques

Court Refuses To Free Oppositionists

April 20, 2015 Armenia, Top News, Turkey

Armenia’s Court of Appeals on Monday refused to set free three arrested leaders of a radical opposition group that plans to launch this week a campaign of street protests against the government.

Lawyers for Zhirayr Sefilian, the top leader of the Founding Parliament movement, and his four close associates last week appealed against a lower court’s decision to allow law-enforcement bodies to keep them in pre-trial detention for at least two months.

After brief hearings the Court of Appeals rejected the petitions submitted by attorneys representing Sefilian, Gevorg Safarian and Pavel Manukian.It was widely expected to dismiss the appeals lodged by the two other detained men, Garegin Chukaszian and Varuzhan Avetisian, later on Monday and Tuesday.

“Once again, the court demonstrated that it executes government orders, rather than administers justice,” one of the lawyers, Ara Zakarian, told RFE/RL’s Armenian service (Azatutyun.am).

The five oppositionists arrested earlier this month stand accused of plotting to provoke “mass disturbances” during the high-profile commemorations on Friday of the 100th anniversary of the Armenian genocide in Ottoman Turkey. The Founding Parliament denies the accusations as politically motivated.

Hundreds of Founding Parliament members and supporters marched through central Yerevan on Friday to demand the immediate release of Sefilian and the four other men. Leaders of the group remaining at large made clear that their campaign for “regime change” will start as planned on Friday.

The ruling Republican Party of Armenia (HHK) and some mainstream opposition parties have condemned the Founding Parliament for timing the campaign to coincide with the centenary of the Armenian genocide. They say that anti-government street protests in Yerevan could overshadow the remembrance ceremonies.

The HHK’s parliamentary leader, Vahram Baghdasarian, said on Saturday that law-enforcement bodies should arrest anyone who tries to organize demonstrations on that day.

Source: RFE/RL – Originial Article
Source : http://hyemedia.com/2015/04/court-refuses-to-free-oppositionists/

Voir également : Arménie : un leader de la FRA-Dachnak (parti membre de l'Internationale socialiste) justifie les arrestations d'opposants

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Dashnak Leader Defends Oppositionists’ Arrests

Astghik Bedevian եւ Hovannes Movsisian

Հրապարակված է՝ 10.04.2015

A leader of the Armenian Revolutionary Federation (Dashnaktsutyun) on Friday effectively justified the arrests of six leading members of another, more radical opposition group that plans to stage sustained anti-government protests in Yerevan.


Armen Rustamian again condemned the Founding Parliament movement for scheduling the start of its campaign for April 24, the day when Armenia will mark the 100th anniversary of the Armenian genocide in Ottoman Turkey. He said the planned rallies could help Ankara deflect international attention from the centenary commemorations in Yerevan that will be attended by many foreign dignitaries.

“I have the impression that Zhirayr [Sefilian] and his comrades themselves wanted to be arrested,” Rustamian told a news conference.
“It was always clear that all this [Founding Parliament activity] will lead to that and that linking any action with April 24 could meet with a corresponding response from corresponding bodies.”

“Any opposition force has the right to campaign for regime change but there has to be a right time, place and methods for doing that,” he said.

Rustamian, who urged the Armenian authorities to take “preventive” measures against the Founding Parliament last month,
suggested that Sefilian and five other oppositionists arrested on Tuesday could be freed after April 24.

Five of the detainees, including Sefilian, stand accused of plotting to trigger “mass disturbances.” In a pre-dawn ruling handed down on Friday, a Yerevan court remanded them in a two-month pretrial custody. Their lawyer, Hayk Grigorian, said that during the court hearing law-enforcement officials failed to present any compelling evidence substantiating what he regards as politically motivated charges.

The sixth detainee, who leads the Founding Parliament’s chapter in Gyumri, has been charged with illegal arms possession. Investigators claim to have found a hand grenade in his home.

Armenia’s Investigative Committee also released on Thursday what it called photographs of a knives and batons confiscated from the suspects’ homes and offices. The law-enforcement body portrayed that as proof of violence planned by the opposition group

Despite disagreeing with the timing of the Founding Parliament’s push for “regime change,” virtually all major Armenian opposition parties except Dashnaktsutyun have described the six men as political prisoners and demanded the immediate release. They argue that the Founding Parliament has never called for violent protests.

“This is definitely a politically motivated case aimed at restricting political rights of Armenia’s citizens,” said Levon Zurabian, the parliamentary leader of the Armenian National Congress (HAK). Zurabian claimed that President Serzh Sarkisian personally ordered the arrests.

“Serzh Sarkisian doesn’t issue such orders,” countered Vahram Baghdasarian, his opposite number from the ruling Republican Party of Armenia (HHK).

Baghdasarian did admit, though, that the authorities are anxious to prevent anti-government street protests on April 24. “We just don’t want to see any obstacles during those events,” he said.
Source : http://www.azatutyun.am/content/article/26949187.html

Voir également : Arménie : tensions entre l'opposition et le régime bananier à propos des commémorations du "génocide"

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Diaspora Armenians Urged To Join Yerevan Rallies

Hovannes Movsisian

Հրապարակված է՝ 03.04.2015

A radical opposition group on Friday urged Diaspora Armenians to travel to Armenia later this month and join its campaign of nonstop street protests aimed at ousting President Serzh Sarkisian.


The Founding Parliament movement plans to launch the campaign on the 100th anniversary of the Armenian genocide in Ottoman Turkey to be officially marked on April 24.

The timing has been condemned by Sarkisian’s political allies and some mainstream opposition parties represented in parliament. They say that the planned rallies could overshadow the high-profile commemorations of the genocide centenary that will be attended by many foreign dignitaries.


“I want to stress that we will take no steps that could interfere with the events of that day. We will only gather to start the practical phase of our struggle,” Zhirayr Sefilian, the Founding Parliament’s Lebanese-born leader, said in a written appeal to the worldwide Armenian Diaspora.

Sefilian said that regime change is imperative because of the “disastrous” state of affairs in Armenia. “On the eve of the 100th anniversary of the Armenian genocide we are being subjected to a white genocide,” he charged in reference to the Sarkisian administration’s socioeconomic policies.

Sefilian said ethnic Armenians from around the world should therefore converge on Yerevan on April 24 and join their “sisters and brothers” there in forcing the government into resignation.

Samvel Farmanian, a parliament deputy from Sarkisian’s Republican Party of Armenia, dismissed the appeal, saying that the Founding Parliament will fail to attract a large Diaspora following. Farmanian also argued that foreign nationals are not legally allowed to participate in the country’s political processes.

The Founding Parliament, which has so far failed to attract large crowds to its rallies, initially planned to begin the campaign in downtown Yerevan’s Liberty Square. However, the municipal authorities have refused to sanction the protests, citing the genocide centenary commemorations and offering the opposition group to rally supporters in the city’s southern Erebuni suburb instead.

Sefilian and his associates have accepted the offer but said they want to occupy Liberty Square on April 26, something which has also been refused by the municipality.
Source : http://www.azatutyun.am/content/article/26937480.html

Oppositionists Arrested Ahead Of Anti-Government Protests

Hovannes Movsisian, Hovannes Shoghikian եւ Tatevik Lazarian

Հրապարակված է՝ 07.04.2015

In what they called an effort stave off “mass disturbances,” Armenian law-enforcement authorities arrested on Tuesday five leaders of a hardline opposition group that plans to launch later this month nonstop rallies aimed at toppling President Serzh Sarkisian.


Officers of the National Security Service (NSS) and the Investigative Committee also raided the Yerevan headquarters of the group called the Founding Parliament early in the morning, confiscating its computers, documents and campaigning material.


The search was still going on there in the afternoon, with Founding Parliament activists unable to enter their offices.
They applauded sarcastically as NSS emerged from the building with the confiscated items.

The opposition movement’s top leader, Zhirayr Sefilian, and three of his close associates had their homes searched at around the same time. They were taken into custody afterwards. An RFE/RL correspondent saw Sefilian’s brother Toros also being taken away by NSS officers from the outspoken oppositionist’s Yerevan apparent.

Sefilian’s wife Nanore told RFE/RL’s Armenian service (Azatutyun.am) that about two dozen law-enforcement officials spent three hours looking for weapons in the apartment. She said they did not find any firearms and only confiscated a knife along with her and her husband’s and children’s computers.

Several other activists, among them the heads of Founding Parliament chapters in Gyumri, Vanadzor and Kapan, were also rounded up and questioned by the NSS. At least one of them, Karo Yeghnukian, was set free several hours later. Yeghnukian told reporters that he was asked questions about the Founding Parliament’s plans to begin nonstop anti-government rallies in Yerevan on April 24. The law-enforcement agency confirmed the fifth arrest later in the day.

The start of the campaign was timed to coincide with the 100th anniversary of the Armenian genocide in Ottoman Turkey, a fact criticized by some mainstream opposition parties. One of them, the Armenian Revolutionary Federation (Dashnaktsutyun), last month called on the authorities to take “preventive” measures against Sefilian’s movement.

In a statement, the Investigative Committee said that Sefilian and the three other senior Founding Parliament figures were arrested on suspicion on planning to stir up “mass disturbances” at the sites of genocide centenary commemorations that are expected to attract large crowds. It accused them of urging supporters to disobey and even attack security forces on April 24.

The Founding Parliament insisted late last week, however, that its street protests will not interfere with the genocide remembrance ceremonies in any way. The group also accepted municipal authorities’ proposal to rally supporters on April 24 and April 25 in Yerevan’s southern Erebuni suburb, rather than the city center. Accordingly, the authorities sanctioned the Erebuni rallies.

Nikol Pashinian, the leader of another opposition force, Civic Contract, cited this fact in a statement strongly condemning the crackdown on the Founding Parliament. He dismissed as “baseless” the allegations that Sefilian’s group is plotting violent protests.

The arrests also prompted strong condemnations from other opposition forces represented in the Armenian parliament. “Regardless of our attitudes towards the Founding Parliament’s political programs and slogans, we condemn these repressions directed against fundamental constitutional freedoms and demand the immediate release of the arrested individuals,” Levon Zurabian, the parliamentary leader of the Armenian National Congress (HAK), said on the parliament floor.

Zaruhi Postanjian, an outspoken lawmaker from the opposition Zharangutyun party, claimed that President Serzh Sarkisian personally ordered the “repressions.” “Mr. Sarkisian, I can understand your fears and state of panic,” she said in the parliament. “But you had better fear meeting the fate of [Ukraine’s deposed former President Viktor] Yanukovich and [Libya’s Muammar] Gaddafi and quit power willingly, quickly and without blood.”

Pashinian visited the five detained oppositionists later on Tuesday. In a Facebook post, he said they all consider their arrests illegal and are in a “resolute mood.” Pashinian also said that one of them, Pavel Manukian, has gone on a hunger strike.

Meanwhile, other Founding Parliament leaders remaining at large claimed that the opposition group was mindful of the possibility of arrests and made contingency plans for such a case. But they declined to reveal who will lead the movement now.

“We do realize that the authorities are looking for targets,” one of them, Vartan Hakobian, told RFE/RL’s Armenian service (Azatutyun.am) “If they think that they can disrupt our movement by arresting Sefilian and others then they must realize that a popular movement usually does not depend on a single leader.”
Source : http://www.azatutyun.am/content/article/26943073.html

Arménie : la CEDH condamne une fois de plus les violations des droits de l'homme

More European Court Rulings Against Rights Abuses In Armenia

Sisak Gabrielian

Հրապարակված է՝ 01.04.2015

In fresh rulings against Armenia, the European Court of Human Rights has fined the authorities in Yerevan a total of 71,000 euros ($77,000) for the torture and other “inhuman treatment” of four Armenian citizens held in custody.


The Strasbourg court on Tuesday also declared illegal a May 2008 government ban on a demonstration against police brutality which an Armenian human rights group had planned to hold in Yerevan.


The group, the Armenian Helsinki Committee, sought no material compensation in its lawsuit filed to Strasbourg later in 2008.

Most of the damages ordered by the court, 62,000 euros, are to be paid to three members of a family that resided in the eastern Armenian town of Vardenis. Bagrat Nalbandian and his wife Narine were arrested in 2004 and subsequently sentenced to 9 and 14 years’ imprisonment respectively on charges of murdering a classmate of their teenage daughter Arevik.

The couple initially confessed to the killing only to retract their testimony during their trial, saying that it was extracted in police custody through torture and blackmail. In particular, Narine Nalbandian claimed to have been “beaten on the soles of her feet with a baton.”


“On the same occasion the police threatened to rape her [16-year-old] daughter, who had been brought to the police station and locked up in a nearby, dark room infested with rats, if she did not confess,” reads the ruling. “As a result, Ms. Nalbandian confessed to the murder and her husband confessed to having assisted her.”

“Their daughter alleges that she was taken to the police station on numerous occasions, frequently at late hours, and threatened with rape if she did not admit that her mother had committed the murder … Arevik was taken to hospital by her uncle on 16 July 2004 and found to have concussion and bruising to her head, back and left arm,” it says.

Armenian prosecutors and judges repeatedly refused to investigate their torture allegations in earnest.

The European Court said relevant Armenian authorities also violated another article of the European Convention on Human Rights that guarantees citizens’ right to a fair trial. The 2005 trials of Avetisian and her husband took place in an “atmosphere of constant disorder in the courtroom,” it said.
In the third ruling on Armenia, the court awarded 9,000 euros in damages to a former Armenian banker, Artak Davtian, who was arrested in 2003 on fraud charges and subsequently sentenced to 6 years in prison. It backed Davtian’s claims that from 2003-2006 he was denied urgent medical treatment of his life-threatening illnesses outside the prison. He was allowed to undergo two surgeries in hospital only after a drastic deterioration of his condition.

The prison administration’s reluctance to give the convict access to adequate healthcare amounted to “inhuman and degrading treatment” banned by the European Convention, ruled the Strasbourg court.

Davtian expressed his satisfaction with the judgment on Wednesday. “I hope that after this ruling, investigators prosecutors and judges … will stick to the law when dealing with arrested or imprisoned persons,” he told RFE/RL’s Armenian service (Azatutyun.am).

The three rulings highlighting widespread abuses in Armenia’s jails and pre-trial detention centers, raised to 55 the total number of court cases lost by the Armenian authorities in Strasbourg since 2001. They have cost the authorities more than 500,000 euros in compensations to plaintiffs. With hundreds of other European Court cases pending against them, the bill is certain to rise further in the coming months and years.

Armenian human rights lawyers are increasingly calling on the government to ensure that these sizable damages are paid not from the state budget but by law-enforcement officials and judges personally responsible for them.
Source : http://www.azatutyun.am/content/article/26933493.html

Voir également : Résolutions du Conseil des droits de l'homme de l'ONU : les graves manquements du régime bananier arménien

Le Conseil de l'Europe rapporte des cas de mauvais traitements sur des détenus en Arménie

"Négationnisme" à Saint-Pol-sur-Mer ? "Les Arméniens nient tout en bloc"

Saint-Pol-sur-Mer: deux ans de prison pour un violent home jacking

Publié le 04/04/2015

Nord Eclair

Le 11 avril 2014, à 22 h, la sonnette d’une demeure cossue de Saint-Pol-sur-Mer retentit. Le maître des lieux ouvre. Une scène d’une extrême violence s’ensuit. Deux hommes portant une cagoule, couteau à la main, sont là pour voler.


Voilà un an, un couple de Saint-Polois a vécu l’horreur. Il est 22 h, on sonne au portail. François, le mari, prend ses clés et ouvre la porte de la maison du quai Wilson pour voir qui se présente. Là, un homme encagoulé lui saute dessus. Il est armé d’un couteau.

Entendant son mari crier, la maîtresse de maison déboule. Un second homme s’en prend à elle. La dame arrache le bonnet qui lui masque le visage. Malgré la menace d’une arme de poing dirigée vers sa joue, elle fera une description très précise de son agresseur et des vêtements de celui qui maintient son mari au sol. Le couple sait aussi que les « visiteurs » parlent mal le français. D’ailleurs, celui qui s’en est pris à madame lui a tendu un petit texte. Il commençait ainsi : «  Il ne vous sera fait aucun mal si vous nous donnez vos bijoux et votre argent.  »

Courageuse, la dame s’exécute. Elle donne aussi 850 €. L’après-midi, elle avait retiré 1 000 €. «  Nous avions des anniversaires le week-end suivant et j’avais fait des achats dans la journée.  »

Quand, vers 23 h, les policiers interpellent les deux prévenus, la femme est formelle : Karen Grigoryan est son agresseur. Et celui qui l’accompagne, Babken Kazaran, est vêtu comme le second. De la même carrure, aussi.


De l’ADN sur la lampe-torche

Les policiers retrouvent sur lui moult clés de voitures de luxe. Ce qui pourrait expliquer pourquoi l’agresseur de l’époux lui a tordu le pouce pour arracher son trousseau. Mais jamais les enquêteurs ne retrouveront les armes et le butin.

Devant le tribunal, vendredi, comme lors des auditions, les Arméniens nient tout en bloc. Mais quatre fois, la femme reconnaît celui qui l’a tenue en joue.
Le soir des faits, en photo, lors d’une confrontation, et vendredi encore. Des traces d’ADN de Karen Grigoryan ont été identifiées sur une lampe de poche retrouvée dans la maison. «  J’en avais une quinzaine. J’en ai donné à des amis  », lâche-t-il. Son ami, lui, assure qu’ils ont été arrêtés alors qu’ils se baladaient, à proximité du foyer où il vit mais aussi près du domicile des victimes. Et puis, il «  n’était pas sans ressources  », il n’avait «  pas besoin de commettre de tels faits  ». Pourtant, en août 2014, le duo, libéré en raison d’une erreur de procédure, a été arrêté en train de voler de l’alcool à la caisse d’un supermarché. Pas de quoi arranger leur cas. Tous les deux écopent de deux ans de prison ferme. Grigoryan était déjà incarcéré. Kazaran l’a rejoint dans la foulée.
Source : http://www.nordeclair.fr/info-locale/saint-pol-sur-mer-deux-ans-de-prison-pour-un-violent-home-jna60b0n691291

Pour rappel : Home-jacking à Saint-Pol-sur-Mer : deux suspects bénéficient d'un vice de procédure

Sandro Gozi (Italie) et Frank-Walter Steinmeier (Allemagne) refusent de "reconnaître" le "génocide arménien"

Réponses aux propos du Pape François sur les incidents de 1915

Publié 14.04.2015 Mis à jour 14.04.2015

Le Secrétaire d’Etat italien Sandro Gozi a noté que ce n’était pas du ressort des hommes d’Etat de se prononcer sur les faits historiques, alors que l'ONU a préféré de les qualifier "d'incidents tragiques"

Le secrétaire d’Etat italien aux Affaires européennes Sandro Gozi a affirmé que les vérités sur les incidents de 1915 étaient du ressort des historiens.


Le gouvernement italien a répondu à l’appel lancé par l’opposition italienne pour soutenir les propos infondés du Pape François concernant les incidents de 1915 durant la première guerre mondiale se portant aux allégations arméniennes.

“Un gouvernement de doit pas utiliser le mot “génocide”. Ce n’est pas la mission des gouvernements, mais des historiens” a remarqué Sandro Gozi.

Le porte-parole du Secrétaire général des Nations unies Stephane Dujarric a qualifié “d’incidents tragiques” les “événements de 1915”.

Dujarric qui s’est exprimé au siège des Nations unies à New York, a indiqué que le Secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon était conscient de la sensibilité concernant la qualification de ces incidents qui ont eu lieu il y a cent ans.

“Le Secrétaire général est convaincu que la poursuite de la coopération pour mettre à jour les faits réels vécus à cette époque au cours de ces “incidents tragiques” en 1915, contribuera à éviter des incidents similaires dans l’avenir” a dit Dujarric.
Source : http://www.trt.net.tr/francais/europe/2015/04/14/r%C3%A9ponses-aux-propos-du-pape-fran%C3%A7ois-sur-les-incidents-de-1915-205791

"Le ministre allemand des AE refuse le terme de "génocide" arménien
AFP
24/04/2015

Le ministre allemand des Affaires étrangères Frank-Walter Steinmeier refuse toujours de parler de "génocide" au sujet des massacres d'Arméniens entre 1915 et 1917,
un terme pourtant employé jeudi par le président allemand, selon une interview à paraître samedi.

Le mot "génocide" pour décrire ces massacres perpétrés par les forces ottomanes, et qui ont fait 1,5 million de victimes, pourrait être utilisé par ceux qui souhaiteraient banaliser l'Holocauste, estime le ministre social-démocrate dans cette interview à l'hebdomadaire Der Spiegel.

L'utilisation de ce terme, spécialement en Allemagne, pose problème, juge-t-il. "Nous devons faire attention (...) à ne pas, au bout du compte, donner raison à ceux qui (...) disent que l'Holocauste a en fait commencé avant 1933", date de l'arrivée au pouvoir d'Hitler.
"Je suis las de ces débats dans lesquels on attend que je saisisse la perche que l'on me tend, alors que tout le monde sait très bien - ceux qui posent les questions comme ceux qui répondent - que ces dossiers ayant trait à la mémoire ne peuvent se résumer en une seule qualification", affirme M. Steinmeier."

Source : http://www.lorientlejour.com/article/922176/le-ministre-allemand-des-ae-refuse-le-terme-de-genocide-armenien.html

A noter que l'Etat italien avait (en théorie) "reconnu" officiellement par le passé et que le président fédéral en Allemagne ne représente qu'une fonction honorifique. L'ancien président fédéral Christian Wulff avait tenu des propos fort élogieux au sujet de la Turquie en 2010 : il est à parier que les névropathes du "G word" ne les tiennent pas pour des vérités révélées.

Voir également : Par la voix de Frank-Walter Steinmeier, le gouvernement allemand refuse de qualifier 1915 de "génocide"

Le discours "lemkinien" du pape François

L'ambassadeur israélien à Bakou : Israël n'a pas l'intention de "reconnaître" le "génocide" arménien

Le président israélien Reuven Rivlin a décidé de ne plus soutenir la campagne en faveur de la "reconnaissance" du "génocide" arménien

Un pétard mouillé à la Knesset : la session sur la "reconnaissance" du prétendu "génocide" arménien a été interrompue sous la pression du ministère des Affaires étrangères

Emballement du lobby arménien et de ses nervis : pas de "reconnaissance" du prétendu "génocide arménien" par le gouvernement intérimaire égyptien

Echec de la manoeuvre du parti ultra-nationaliste Ataka en Bulgarie : le Parlement bulgare ne valide pas les allégations génocidaires arméniennes

En Géorgie, pays du discernement, on commémore le génocide circassien mais pas le prétendu génocide arménien

La Géorgie condamne le génocide des Circassiens, à la différence de l'Arménie

Le Sénat du Mexique qualifie le massacre de Khodjali de génocide 
 
Le Sénat colombien reconnaît le massacre de Khodjali comme un génocide

vendredi 24 avril 2015

1988-1989 : la fin des derniers villages azéris en Arménie

"URSS : l'évacuation des villages azéris d'Arménie : "Ils étaient là depuis trois cents ans, nous depuis trois mille ans" disent les Arméniens", Le Monde, 5 janvier 1989 :

"Gueuzaldara, en turc la "belle vallée", est un fort joli bourg, presque cossu même, accroché à flanc de montagne. On y domine la plaine et au loin la ville de Kirovakan, à moitié détruite par le tremblement de terre.

Dans les villages frappés par le séisme, l'ambiance, on peut l'imaginer, n'est pas des plus gaies. Mais là, en grimpant la rue centrale en lacets de Gueuzaldara, à observer ces maisons fermées, pourtant d'apparence intactes, on se sent saisi d'un autre type de malaise. Village azéri situé en Arménie, Gueuzaldara a été évacué de pratiquement toute sa population quatre jours après le tremblement de terre. "On est venus chercher les gens par hélicoptère et avec des voitures", précise un témoin qui a trouvé refuge dans la ville aux trois quarts désertée.

Plus bas dans la vallée, presque à le toucher, le village arménien de Bazoum a lui aussi été relativement épargné. Une partie de la population s'est abritée dans des tentes, mais d'autres familles ont pu rester chez elles. Des gens vaquent. Il y a des animaux dans les cours. Une certaine forme de normalité persiste.

Rien de tel à Gueuzaldara. Sur la place du village, un mécanicien s'affaire autour d'un train avant de tracteur; une queue s'est formée devant une maison qui sert de centre de ravitaillement. Mais tout cela ne donne pas vraiment un sentiment de vie. Il y a deux cents personnes dans le bourg, qui en comptait près de mille cinq cents. Ce sont toutes des déplacées : une trentaine de familles arméniennes arrivées d'Azerbaidjan avant le séisme, quelques réfugiés de Kirovakan, une poignée d'Azéris restés en arrière-garde. "Le gros problème, assure celui qui se présente comme le chef temporaire du village, c'est qu'il n'y a ici que des citadins. Il n'y a plus personne pour s'occuper des installations d'élevage et il faut faire venir des gens de l'extérieur."

La maison de deux étages abrite l'unique famille mixte du village. Le mari, azéri, âgé d'une cinquantaine d'années, a le visage ouvert et toutes les dents de devant en or. C'est un technicien agricole. Sa femme est infirmière. Soeurs et neveux arméniens ont débarqué avec une tripotée d'enfants de Kirovakan pour venir attendre des jours meilleurs. Dans l'agitation de la maisonnée, le couple ne parait pas à son aise. L'homme ne cesse de porter des toasts à la coexistence des Turcs, des Arméniens, des Géorgiens. Il affirme qu'il ne quittera lui-même jamais le village. "C'est mon village, ma maison. Les gens reviendront, assure-t-il, à moitié convaincu. Ils ont eu plus de peur que de mal." Lui-même est allé conduire ses deux enfants, onze et douze ans, à Bakou, pour qu'ils continuent l'école.

Les affrontements de novembre

Les quelques autres Azéris encore sur place s'apprêtent eux à partir. "Je suis resté m'occuper des bêtes. Mais je vais également partir. Je ne peux pas rester tout seul, affirme l'un d'eux, fataliste. Certaines familles étaient déjà parties avant le tremblement de terre, raconte un neveu de l'infirmière, vingt-six ans, témoin de l'évacuation. Les autres voulaient rester. Les gens étaient là depuis longtemps. Certains sont partis en pleurant. Mais ils avaient peur aussi."

La peur ? Jusqu'aux événements du Haut-Karabakh, cette enclave arménienne de l'Azerbaidjan, dont les habitants réclament toujours le rattachement à l'Arménie, les villages arméniens et "turcs" (comme on appelle ici les Azéris) vivaient apparemment en bonne intelligence. "Les Turcs ont toujours été là. Nous avions de bons rapports. Ils parlaient turc, mais aussi arménien", reconnait Mme Zadoulian, l'épouse du chef du sovkhoze de Bazoum.

Depuis le pogrom de Soumgait, en février dernier, les récits, colportées de bouche à oreille, sur les exactions dont seraient victimes les Arméniens en Azerbaidjan, ont bouleversé le pays. "La situation était devenue tendue, indique le médecin d'un village arménien. Il a fallu faire attention pour éviter les incidents." Les quatre agglomérations azéries situées au-dessus de son village ont, elles aussi, été évacuées. "Ils étaient là depuis trois cents ans, nous depuis trois mille ans, ajoute-t-il. Les Turcs sont partis. Ils ne reviendront pas", affirme avec hargne le chef du sovkhose."

Voir également : L'expulsion méthodique des derniers Azéris d'Arménie

Le conflit arméno-azéri : "Les opérations de nettoyage [ethnique], qui concernent en gros 200 000 personnes de chaque côté, semblent avoir été menées plus systématiquement et étalées dans le temps en Arménie et plus par à-coups violents en Azerbaïdjan"

Histoire des Arméniens dans le Caucase : le déchaînement de la violence nationaliste arménienne à l'occasion de la décomposition soviétique

L'épuration générale des minorités ethniques en Arménie

Une aspiration de l'Arménie : devenir un Etat mono-ethnique

La destruction des monuments historiques azerbaïdjanais en Arménie

La destruction des monuments culturels azerbaïdjanais de la ville de Shusha, occupée par l'Arménie

24 avril 1989 : une commémoration sous le portrait de Khomeini

"Le massacre des Arméniens en 1915 a été commémoré à Erevan et... à Téhéran", Le Monde, 26 avril 1989 :
Venant de toute l'Arménie, un million et demi de personnes (selon l'agence soviétique Tass) se sont rendues, le lundi 24 avril, au monument au génocide d'Erevan pour la journée traditionnelle de commémoration du massacre des Arméniens par les Turcs en 1915. Pour la première fois, cette journée avait été déclaré fériée par les autorités. Selon des habitants joints par téléphone, un cortège de cinquante mille manifestants s'était formé dans la matinée avec, à sa tête, quatorze personnes revêtues de costumes de prisonniers pour symboliser les onze membres du comité Karabakh et les trois autres militants nationalistes détenus au secret à Moscou depuis le mois de janvier.

A Paris, l'Association de solidarité franco-arménienne a une nouvelle fois protesté, lundi, contre le refus du gouvernement de prendre à son compte la dénomination de génocide pour les massacres de 1915. Elle a, en outre, rendu public un appel de plusieurs intellectuels français en faveur des membres du comité Karabakh.

Le massacre de 1915 a également été commémoré... à Téhéran, sous la bénédiction des mollahs. Plusieurs milliers d'Arméniens d'Iran se sont rassemblés sous des grands portraits de Khomeiny et des banderoles dénonçant "le régime fasciste turc". Une polémique a récemment opposé l'Iran et la Turquie, où le laïcisme est de rigueur, à propos du port du voile pour les femmes dans les universités.

Voir également : Les Arméniens et la République islamique d'Iran

L'antiracisme de la FRA-Dachnak

L'"antisionisme" de la mouvance ASALA

Liban : les islamistes chiites du Amal-Hezbollah et la commémoration du "génocide arménien"

L'Université d'Arménie accorde un doctorat honorifique au chef du Amal, mouvement islamiste libanais

Le discours anti-israélien du dirigeant libanais Nabih Berri (chef du mouvement islamiste chiite Amal) applaudi par les députés du Parlement arménien
  
L'antisémitisme arménien : quelques pistes à explorer

Jean K. : "Alors, mon grand-père a commencé à attaquer des villages turcs"

" « Mon grand-père avait créé une milice arménienne »

Jean K., 78 ans, retraité

Depuis des siècles, nous vivions paisiblement avec les Ottomans. La première guerre mondiale a été l'élément déclencheur. En 1915, les Russes ont commencé à pénétrer avec des soldats dans le nord de la Turquie. Nous, Arméniens, voulions profiter de l'arrivée des Russes, de nos frères, pour nous libérer des Ottomans, comme les Grecs. Mon grand-père et ses amis avaient créé une milice arménienne grâce aux armes que les Russes leur fournissaient.

Alors, mon grand-père a commencé à attaquer des villages turcs ; il n'y avait pas beaucoup de résistance, puisque tous les hommes en âge de se battre étaient partis au front.
Les Turcs étaient très surpris de la visite des Arméniens armés. Ma maman racontait que grand-père disait : « Aujourd'hui nous avons une armée, demain un pays. » Pour stopper cette milice, l'armée turque ne s'est pas fait attendre.

La population s'est vengée et a commencé à nous persécuter. Un village voisin d'Arméniens a été massacré. Nous vivions près de Samsun (dans le nord du pays, au bord de la mer Noire). Mon grand-père a voulu rester et se battre.

En 1920, mes parents se sont enfuis à Istanbul avec un voisin, cachés dans de la paille, pour se rendre ensuite en France. Ils avaient tous déguisé leurs identités. Un été, je suis allé dans la région de mon grand-père. J'ai rencontré un Turc qui m'a dit que toute sa famille était d'origine arménienne, mais qu'ils étaient devenus musulmans."

Source : http://www.lemonde.fr/europe/article/2015/04/24/genocide-des-armeniens-mon-pere-se-souvient-de-trois-noms_4621648_3214.html

"Toute sa famille était d'origine arménienne" -> pas question d'orphelin donc ici, mais d'une famille entière qui s'est islamisée au XXe siècle (a priori).

Voir également : Le docteur Gérard Papertian : une critique au vitriol des lamentations victimaires et mémorielles

La dépopulation des arrières du front russo-turc durant la Première Guerre mondiale

Les nationalistes arméniens, des idiots-utiles de l'expansionnisme russo-tsariste

La question grecque-pontique

"Génocide arménien" : le saviez-vous ?

Sources bibliographiques sur le contentieux turco-arménien

"Génocide arménien" : connaître les thèses contradictoires en présence

"Génocide arménien" : la parole aux historiens turcologues et islamologues

La marche vers la tragédie arménienne de 1915

Stéphane Yerasimos, Hommes et idées dans l'espace ottoman, Istanbul, Isis, 1997, p. 112-125 :

"LA NAISSANCE DES NATIONS

A) Le commerce et la bourgeoisie

L'Empire ottoman, fut déjà à son apogée (XVe-XVIIe) une structure archaïque. Tentant d'une part de réunir d'énormes étendues, de tout point de vue disparates, sous un système bureaucratique plus ou moins centralisé ; essayant d'autre part de survivre en s'agrandissant sans cesse, il finit par s'épuiser, comme tout organisme qui s'engage dans le même schéma d'évolution. Par contre, l'Occident, en organisant dès le XVIe siècle l'exploitation, sinon le pillage, des ressources du monde entier, entra dans une phase d'accumulation pratiquement inconnue, ou très marginalement tentée du côté ottoman. L'incidence directe de ces deux phénomènes sur les rapports entre l'Europe et l'Empire ottoman fut le déplacement des grands axes du commerce oriental vers les océans et le lent mais sûr dépérissement de l'espace méditerranéen et proche-oriental.

Au moment où ce phénomène apparaît désormais comme irréversible, c'est-à-dire au XVIIe siècle, les groupes dirigeants turcs-musulmans avaient déjà développé leurs propres secteurs mercantiles. Des commerçants turcs ou arabes sillonnaient aussi bien les routes caravanières que les itinéraires maritimes méditerranéens. Mais ces négociants vont vite succomber à deux adversaires formidables : la bureaucratie ottomane, qui prélève impitoyablement pour son propre compte toute plus value, sans se soucier des questions de profit ou d'investissement ; et le négoce occidental qui atrophie progressivement par son activité de plus en plus dévorante l'espace ottoman.

Cet état des choses entraîne deux conséquences majeures.

a) Les groupes dirigeants ottomans opèrent un retour à la terre. Face à la régression des échanges, la terre devient la seule valeur sûre. Le phénomène n'est nullement spécifique à l'Empire. On assiste à la même tendance dans des Etats commerçants autrement prospères, comme Venise ou Florence, quand, avec le glissement de la primauté économique vers la façade atlantique, les bourgeois italiens se transforment en seigneurs terriens.

De même, les ethnies turques-musulmanes investissent complètement l'Etat, dont la haute administration était auparavant, comme on l'a vu plus haut, quasi exclusivement recrutée auprès des non-musulmans. L'investissement de l'Etat et de la terre par les ethnies turques-musulmanes signifie par conséquent l'exclusion des ethnies non-musulmanes des sources institutionnelles des richesses et des revenus. Or, le commerce, étant déjà traditionnellement dans le système bureaucratique ottoman, la source de richesses la moins institutionnellement réglementée, il s'est naturellement retrouvé encore plus marginalisé avec la crise de l'espace méditerranéen. C'est ainsi que l'activité commerciale échut aux ethnies non-musulmanes. Un pendant à ce phénomène, se retrouve dans la Perse Safavide contemporaine où l'ethnie arménienne est investie de la fonction commerciale quasiment par ordre impérial.

b) L'espace proche et moyen-oriental, tout en perdant sa fonction de lieu de transit, garde celle de producteur d'un certain nombre de matières premières, de plus en plus supplantées par celles des colonies des puissances occidentales, et acquiert progressivement, notamment à partir de la fin du XVIIIe siècle, — avec le début de la révolution industrielle — , la fonction de marché pour les produits finis occidentaux. D'où besoin pressant pour l'Europe d'un réseau d'intermédiaires, courtiers, caravaniers et boutiquiers de toute sorte, qui vont être recrutés parmi les représentants de ethnies chrétiennes de l'Empire, déjà enclins à s'orienter vers ces besognes par l'évolution interne du pays.

Le chemin sera donc ouvert pour la formation d'une classe de commerçants, négociants « bourgeois » non-musulmans et notamment chrétiens orientaux dans l'Empire ottoman.

B) L'éclosion du sentiment national

L'apparition de ce groupe au sein d'une ethnie modifiera décisivement ses équilibres antérieurs, aussi bien externes qu'internes.

a) A l'extérieur, la dépendance forcée de ce groupe par rapport au capitalisme occidental, modifie radicalement les rapports entre l'Europe et les chrétiens orientaux. L'opposition irréductible entre le catholicisme et les dogmes orientaux se dissipe devant les nouveaux idéaux de la bourgeoisie montante : l'effort individuel et ses récompenses, la richesse et la liberté. L'Occident devient alors, en tant que dispensateur de richesses et maître à penser d'une idéologie libératrice, le parrain des nationalismes orientaux.

b) Cette inversion des rapports a une double conséquence interne :

— Premièrement, conflit au sein de l'ethnie elle-même entre l'Eglise, fidèle à son approche religieuse globalisante et largement compromise avec le système ottoman d'une part, et la nouvelle bourgeoisie de l'autre. Conflit souvent aigu, qui se soldera toutefois par un compromis. L'Eglise garde son rôle de guide spirituel de la communauté en intégrant tant bien que mal les nouveaux idéaux. Ainsi, les formidables réseaux éducationnels, indispensables pour la transformation des ethnies de l'Empire en nations modernes, financés par la nouvelle bourgeoisie et inculquant une idéologie libérale, seront placés sous le patronage de l'Eglise.

Ensuite, et ceci est déterminant, début d'une rupture irrémédiable avec les structures de l'Empire. Les intérêts et les aspirations de la nouvelle bourgeoisie naissante étaient déjà par définition incomptables avec le système semi-féodal, semi-bureaucratique de l'Empire en pleine décomposition. A cela vient s'ajouter la collusion, cette fois-ci bien réelle, et sans cesse grandissante, avec l'Occident, pour l'exploitation des richesses du territoire ottoman. Et pour finir, s'élèvent les réactions des ethnies turques-musulmanes — la classe dirigeante ottomane en tête — , appauvries et aigries, sous forme d'exactions et des brimades contre les nouveaux parvenus, lesquels non contents de s'enrichir osent aussi afficher cette richesse. L'effort d'enrichissement des uns ne peut qu'attiser les appétits d'exaction des autres. Ainsi va apparaître et s'approfondir sans cesse le gouffre entre la « civilisation » et la « barbarie » qui fera les délices de l'historiographie classique de cette partie du monde.

Dans ces conditions, il ne restait qu'une seule solution, la rupture. L'existence d'un noyau riche et actif, muni d'une idéologie émancipatrice, l'aide active de l'Occident et la faiblesse sans cesse grandissante de l'Empire rendait cette rupture possible, mais il fallait encore que, dans le grand brassage opéré depuis l'arrivée des Turcs, et même parfois avant, sous les byzantins, des noyaux ethniques localement compacts puissent exister, afin de pouvoir livrer d'abord une lutte armée et de constituer ensuite en Etat national. Ainsi chaque ethnie suivra son propre chemin dans la lutte pour l'indépendance nationale.

C) La réaction ottomane

La réaction de la classe dirigeante ottomane fut évidemment de se défendre contre le démembrement de l'Empire par tous les moyens connus.


Répression contre les tentatives de sécession, mais aussi utilisation des armes de l'adversaire, c'est-à-dire modernisation, « occidentalisation » et prise en compte progressive de l'idéologie nationale avec l'élaboration d'un nationalisme, ottoman d'abord, turc par la suite.

a) La modernisation de la bureaucratie ottomane, à travers l'injection des membres d'une classe moyenne turque-musulmane, qui commençait à s'ouvrir aux idées occidentales, donne comme premier fruit la tentative de préservation de l'Empire à travers la fiction d'une « nation » et d'une nationalité ottomane. Or, au fur et à mesure que les différentes ethnies de l'Empire s'élevaient progressivement à la conscience nationale, et les ethnies chrétiennes furent les premiers à le faire à travers le processus esquissé plus haut, ce qui constituerait la nation ottomane ne pouvait être qu'un résidu ; c'est-à-dire l'ensemble des ethnies, lesquelles n'ayant pas suivi le processus d'individualisation autour d'une nouvelle force entraînante, se reconnaissaient encore tant bien que mal dans l'ottomanité des siècles précédents. Mais ce résidu ne pouvait pas se transformer globalement en nation ; il ne pouvait le faire que par morceaux en se détachant de l'ensemble dans la mesure où les conditions mûrissaient au sein de chaque groupe. Ainsi la « nation ottomane » ne pouvait jamais devenir une réalité, elle n'était tout au plus qu'une peau de chagrin.

Les ethnies chrétiennes s'étant détachées de l'Empire, ou ayant déjà manifesté d'une façon ou d'une autre leur volonté de le faire, la classe dirigeante ottomane a dû se rabattre sur les populations musulmanes, afin de conférer à l'Empire une nouvelle identité à travers l'islam. Tentative qui s'est également avérée vaine, quand les ethnies musulmanes se sont mises elles aussi à suivre, tardivement mais sûrement le chemin de la sécession. Il resta alors ce qu'on a appelé le groupe turc-musulman, celui qui avait abdiqué depuis le début sa propre identité pour gagner en contrepartie la direction de l'Empire. Il fallait alors reconstruire cette identité perdue depuis des siècles, et la reconstruire par un chemin différent de celui suivi par les autres ethnies de l'Empire. Dans l'absence d'une bourgeoisie qui pourrait jouer la rôle de locomotive, la bureaucratie de l'Empire, et notamment sa fraction « progressiste », issue des classes moyennes, se chargerait de transformer d'en haut les ethnies turques-musulmanes en nation turque.

Avant de poursuivre l'histoire faisons une incursion dans ce processus alchimique qui s'appelle la naissance d'une nation. On peut en imaginer le noyau, qui se reconnaît à travers une langue, une religion, un fil d'histoire réel ou mythique, éventuellement des caractéristiques raciales, mais aussi un territoire, et on a vu que la question du territoire a toujours posé problème dans le cas de l'espace ottoman. Mais autour d'un noyau, définissable par ces critères, il y a des franges, des franges d'hommes et des franges de territoires. Des unités que l'idéologie nationale présente comme des éléments égarés ou usurpés au cours des siècles, ayant oublié leur langue, perdu leur religion, abdiqué leurs origines sous la férule du barbare, de l'occupant, de l'étranger, mais qu'il s'agit de faire rentrer au bercail, de purifier, de sauver. Le problème serait relativement simple si ces brebis égarées n'étaient revendiquées que par une seule nation. Mais là où les frontières d'une nation finissent, commencent celles d'une autre et les franges sont les lieux de chevauchement de plusieurs d'entre elles. Aussi, ces éléments marginaux sont revendiqués par plusieurs pays.

Ainsi, la constitution d'une nation n'est jamais un acte scientifique, décidé par un aréopage d'éminents ethnologues, historiens et linguistes, mais un acte politique et militaire, où l'équipe dirigeante de la nation en gestation décide, dans la mesure de ses moyens, de ce que sera cette entité nationale, de ceux qui en feront partie et dans quelles conditions ; les principaux intéressés, et notamment les groupes marginaux et litigieux, étant le plus souvent les derniers à pouvoir donner leur avis.

Deuxième problème, bien plus grave, les territoires libérés et élevés à la dignité de patrie, contiennent des éléments impurs, des populations appartenant à l'ennemi. Deux possibilités se présentent alors : les assimiler ou s'en débarrasser, la première solution nécessitant toutefois une volonté et un savoir faire.


Voyons maintenant comment ces considérations s'appliquent globalement dans le cadre de l'empire ottoman. Le brassage d'ethnies, systématiquement opéré par la classe dirigeante ottomane, depuis la conquête, et les mouvements volontaires, avaient conduit d'une part à une colonisation turque-musulmane de l'ensemble de l'Empire, et de l'autre à l'éparpillement de certaines ethnies non musulmanes dans des noyaux géographiquement distincts.

Ainsi, chaque nouvel Etat, constitué à partir d'une ethnie de l'Empire, se trouvait devant deux problèmes. Tandis qu'une partie de son ethnie constituante se trouvait en dehors de ses frontières, celles-ci englobaient des quantités non-négligeables de populations turques-musulmanes. Double nécessité donc : premièrement se débarrasser de ces populations, puisque la dualité fondamentale barbarie-civilisation, sur laquelle repose l'idéologie nationale, rend impossible, et non souhaitable, toute tentative d'assimilation ; ensuite avancer les limites de l'Etat-nation pour y inclure les « frères irrédimés ». Or, plus on avance vers les franges, plus les populations sont mélangées, et ainsi, à chaque extension des frontières, le nombre des indésirables, dont il faut par la suite se débarrasser augmente. La gestation de l'Etat-nation devient d'autant plus pénible et sanglante.

Vue du côté de l'empire ottoman la situation se résume ainsi : à chaque rétrécissement, dû à la création d'un nouvel Etat-nation, ou à son extension, la population turque-musulmane reflue vers ce qui reste de l'Empire tandis que les populations non-musulmanes qui y résident encore se trouvent de plus en plus menacées de représailles. Le processus de transformation des ethnies en Etats-nations secrète ainsi son sous-produit : les minorités. Situation peu enviable comme on verra par la suite.

DES MINORITES, OU COMMENT S'EN DEBARRASSER

Pour l'idéologie nationaliste du XIXe siècle, l'empire ottoman n'est donc qu'un magma amorphe d'où émergent progressivement des entités nouvelles. Le reste n'étant alors qu'un rébus où se trouve rejeté tout ce qui est inapte à former une nation civilisée. Pour les dirigeants de l'Empire, en revanche, il s'agit de la mutilation, du dépeçage impitoyable d'un corps, dont il faut sauver le cœur. Ce cœur est l'Anatolie, la patrie de la nouvelle nation turque régénérée. Tandis que pour l'Occident, une fois les dernières aspirations nationales accomplies, les plateaux de l'Est rendus à un Etat arménien et les côtes égéennes à l'Etat grec, le reste ne serait qu'un amas contenant les reliquats des tribus venues il y a longtemps d'on ne sait où et n'ayant jamais su s'adapter à la civilisation.


Ainsi, à la fin du XIXe siècle et au début du XXe, une rupture terrible se manifeste entre la réalité et l'idéologie et ce n'est qu'en se rendant compte de l'importance de cette rupture qu'on peut essayer de comprendre les faits, d'autant plus que ce sont les considérations idéologiques qui vont finalement tailler dans le vif pour reformer la réalité à leur image. Sur le terrain, la longue tradition ottomane de symbiose, maintient tant bien que mal les structures de vie communautaire polyethnique, avec, tout de même, des spasmes de plus en plus fréquents. Mais dans les esprits la fin est proche, avec la différence que chacun l'imagine à sa façon. L'ère des ethnies est révolue ; trop de différences, trop de griefs, trop de sang s'est accumulé et personne ne souhaite plus continuer. Chacun rêve à son territoire d'où l'autre serait exclu, disparu même. Tous attendent l'occasion pour le réaliser, la Première Guerre mondiale la fournira.

A) Le massacre : mode d'emploi

Le système ottoman, avec sa politique de reconnaissance des ethnies, n'avait jamais suivi une politique d'assimilation. Depuis, comme on l'a vu, les différences se sont accrues, des gouffres se sont creusés, jusqu'à ce que personne ne souhaite, ni ne soit capable, d'assimiler personne. Bien au contraire, il s'agissait de s'en débarrasser. Et pour cela il n'y avait pas cent solutions, il n'y en avait que deux : la déportation et le massacre.

L'empire ottoman, avait systématiquement pratiqué la déportation, depuis le début de son histoire, mais dans un sens inverse, qui était celui du brassage des ethnies et non de leur isolation. Ainsi, des tribus turkmènes, récalcitrantes à l'ordre ottoman, se trouvaient transportées dans les Balkans, pour équilibrer les nouveaux territoires à majorité chrétienne, tandis que le trop-plein des chrétiens se trouvait dispersé dans d'autres régions. Si cette politique avait, entre autres, pour objectif d'éviter la constitution ou le maintien de noyaux ethniques trop denses, elle ne visait pas une islamisation et encore moins une turquification. Cela explique que des populations aussi bien musulmanes que chrétiennes aient pris part au repeuplement des régions dévastées par les guerres, de la sorte qu'il n'existât pratiquement aucune région de l'Empire à peuplement exclusivement musulman. Des populations chrétiennes ou juives y étaient toujours représentées.

Quant au massacre, il n'a été pratiqué jusqu'au XIXe siècle que d'une façon plus ou moins ponctuelle, comme forme de punition, dans deux cas majeurs. Un : la conquête ; où il était proportionné d'une part au degré de résistance des conquis en tant qu'élément de représailles et de l'autre à leur richesse comme corollaire du pillage réglementaire qui suivait la conquête. Deux : la révolte ; et les premiers massacres à grande échelle furent dirigés contre les populations turkmènes, par excellence donc turques-musulmanes, à la suite de leur tentative de collusion avec la Perse safavide au début du XVIe siècle, et contre les populations turques-musulmanes, pendant les révoltes des petits détenteurs des fiefs et des gouverneurs à la fin du XVIe siècle et au début du XVIIe.

Le premier massacre important, dirigé contre une ethnie chrétienne, fut celui entrepris contre la population grecque, notamment dans les grands centres urbains, à l'arrivée des nouvelles de la révolution grecque, en mars 1821. Il a eu plutôt un caractère d'intimidation et fut d'ailleurs suivi d'un massacre bien plus systématique de la population turque de la Grèce libérée, lui-même suivi de représailles turques dont le plus célèbre fut le massacre de Chio en 1822. Parallèlement à ces événements, l'avance russe dans le Caucase, suivant la conquête de la Crimée, rejetait les premières populations musulmanes vers l'Anatolie.

Finalement, on peut dire que le massacre, c'est-à-dire l'exécution massive des hommes, femmes et enfants sans autre forme de procès, fut un fait endémique, dans une société dont les structures économiques, ne valorisaient pas suffisamment l'être humain en tant que producteur de richesses et les structures sociales n'assuraient pas les équilibres nécessaires entre les différents groupes. Mais le nationalisme du XIXe siècle allait donner une nouvelle dimension, aussi bien idéologique que pratique, à ce phénomène. C'est ainsi que le massacre deviendra un argument avant de devenir un fait.

Pour l'Europe éclairée de l'époque, la lutte des ethnies chrétiennes, menée par une bourgeoisie imbue des idéaux de la révolution française, contre un empire islamique rétrograde qui fut de surcroît pendant des siècles, le fer de lance de la « guerre sainte » contre la chrétienté, ne pouvait être qu'une lutte de la civilisation contre la barbarie. Barbarie, dont le Turc massacreur tenant dans sa main le yataghan ensanglanté, était le symbole majeur. Le massacre des chrétiens devenait ainsi à chaque fois l'argument principal, capable de mobiliser l'opinion publique européenne en faveur d'une intervention des puissances occidentales qui ferait naître la prochaine nation nouvelle du corps pourri de l'Empire. Alors le massacre devenait le sacrifice nécessaire à la naissance de la nation, le bain de sang qui lavait le peuple de la souillure de l'esclavage en l'élevant au niveau des nations civilisées. Argument donc idéologique, mais aussi politique et diplomatique majeur.

Le cas exemplaire fut celui de la Bulgarie, pays peuplé à égalité de Turcs-musulmans et de Bulgares-orthodoxes. Première révolte bulgare en 1876, réaction de la population musulmane et des autorités entraînant des massacres relativement limités. Grande indignation en Europe, englobant aussi bien les libéraux gladstoniens que les absolutistes russes. Intervention de la Sainte Russie au nom du panslavisme et de l'orthodoxie réunis. Guerre turco-russe, constitution d'un Etat bulgare avec massacre en beaucoup plus grand échelle de la population turque-musulmane et déportation, ou fuite, du reste vers les terres de l'Empire.

Cet événement, qui ne fut pas pourtant le seul, puisqu'il y a eu des scenarii similaires dans la révolution Cretoise de 1866 et l'intervention française au Liban de 1860, fit école. Ecole qui sera notamment suivie par les révolutionnaires arméniens.

Ainsi, un schéma de libération nationale s'établissait notamment pour les régions où l'absence de majorités ethniques nettes n'assurait pas la réussite immédiate d'une révolte. Mouvements de révolte ou attaques des villages musulmans par des bandes révolutionnaires. Riposte des populations, aidées par les autorités, sous forme de massacres. Diffusion, avec l'amplification nécessaire, de ces événements auprès de l'opinion mondiale. Intervention des puissances occidentales et imposition de mesures en faveur de l'ethnie en question, aboutissant à travers des phases successives d'autonomie à l'indépendance. De cette façon, le sacrifice prévu et décidé de certains amènerait le salut de l'ensemble.

Ce schéma n'avait qu'un tort, celui de considérer les sentiments humanitaires comme moteur principal du comportement des puissances occidentales.


B) La marche vers la tragédie finale

Quand ce scénario sera appliqué en 1893-1894 en Arménie, il achoppera tout simplement sur la trop grande subtilité des rapports anglo-russes de l'époque. Cet échec aura des conséquences très graves pour l'avenir. 

Conséquences générales d'abord : Les événements d'Arménie, suivant ceux de la Bulgarie, venaient de consacrer le massacre comme un outil majeur, aussi bien dans la lutte pour la libération nationale que dans sa répression. N'étant plus un moyen d'administration d'un empire polyethnique mais un outil des luttes ethniques il perdait son caractère de punition pour revêtir celui de l'extermination. De même, les classes dirigeantes de l'empire ottoman et les classes dominantes turques-musulmanes, possédées peu à peu à leur tour par le démon du nationalisme, s'apercevaient des limites de la pression étrangère et par conséquent du terrible avantage que ce jeu pourrait leur accorder.

Au niveau local, les conséquences n'étaient pas moins dramatiques. Radicalisation d'une part des populations arméniennes meurtries sans espoir de salut immédiat. Mais radicalisation aussi des différentes strates des populations turques-musulmanes, du haut vers le bas, devant l'éventualité de la perte de ce qui commençait à se dessiner comme la mère patrie d'un sentiment national en gestation.

Quant aux événements qui ont suivi, ils n'ont fait qu'aggraver la situation. De 1908 à 1913, le dépeçage de l'Empire culminera par les guerres balkaniques et le déracinement des populations turques-musulmanes établies depuis cinq siècles sur les territoires européens. Celles-ci se déversent, amères et vindicatives, sur le territoire ottoman où pèse déjà l'ombre du prochain partage. Effectivement, la Thrace orientale, restée ottomane, est peuplée d'une majorité relative grecque ; de même le littoral égéen de l'Anatolie en contient également des fortes minorités, économiquement et culturellement très actives. De l'autre côté, le bouillonnement des territoires de l'Est, peuplés d'Arméniens, arrive à un tel point qu'il ne peut plus être ignoré de personne. L'Angleterre et la Russie, ayant déjà scellé leur alliance en vue de l'imminence de la guerre mondiale, imposent leur médiation qui aboutit cette fois-ci à la signature des statuts de l'autonomie arménienne. Ceux-ci sont précisément en train de se mettre en application au printemps de 1914.

Or, entre-temps, en 1908, l'élément turc-musulman de l'Empire avait fait, lui aussi, sa première révolution avec l'arrivée au pouvoir des Jeunes Turcs. Ceux-ci, tout en poursuivant plusieurs chimères à la fois, celle de la conservation d'un empire polyethnique ou celle du « pantouranisme », qui réunirait sous leur direction toute la race turque, se rendent assez vite à l'évidence de l'urgence qu'il y a à construire un noyau, une patrie, pour les populations turques-musulmanes, à l'exclusion, si nécessaire, de tous les autres. A partir de ce moment il n'y a plus de pouvoir arbitre, même partiel, d'un empire polyethnique, mais que des ethnies dressées les unes contre les autres, avec la différence qu'une d'entre elles possède un avantage de taille, le pouvoir.

Pour le cas grec le problème est plus simple. Un Etat grec, depuis longtemps constitué et récemment agrandi, contenant encore d'importantes minorités turques-musulmanes, peut servir de contrepoids et de repoussoir. D'ailleurs l'idée d'un échange de populations entre les deux pays, qui ne sera finalement accomplie qu'en 1923 après tout le sang versé, est déjà en gestation depuis 1913. Pour forcer la main du gouvernement grec, les autorités turques préparent alors en 1913-1914 des campagnes d'intimidation à grande échelle parmi les populations grecques de la Thrace orientale et du littoral égéen. Là, les massacres sont marginaux et sporadiques, l'objectif étant d'embarquer au plus vite une population terrorisée à destination de la Grèce.

En revanche la question arménienne possède la caractéristique propre à toute tragédie, elle est insoluble. La population arménienne se trouve partagée entre deux empires — russe et ottoman — qui ne veulent d'un mouvement national arménien que chez l'autre. Ainsi, pour l'empire russe, les révolutionnaires arméniens ne sont qu'un fer de lance pour la conquête, par lui et pour lui comme la suite le prouvera, de l'Est anatolien, et les Jeunes Turcs ne manqueront pas de faire des propositions dans le même sens à la direction du mouvement arménien.

Mais pour l'idéologie nationale arménienne le choix ne fait aucun doute. La Première Guerre mondiale qui se profile à l'horizon sera celle de la victoire finale de la civilisation sur la barbarie et à la fin de la guerre le fléau turc disparaîtra également de la terre. Peu importe si un très large éventail d'opinions va de la participation active aux côtés de l'armée russe, avec constitution de milices d'avant-garde, jusqu'à la neutralité, ou même le semblant de collaboration avec les Turcs en attendant le dénouement ; le rêve est quasiment le même.

En même temps, du côté turc, se développe jusqu'au paroxysme la psychose d'une société aux abois. Le tronc de l'Empire ne peut survivre qu'en devenant une nation et cette nation naîtra dans le sang, son propre sang comme prix de l'alliance avec l'Allemagne et celui des autres. Ainsi la participation à la guerre aux côtés de l'Allemagne est d'une part une nécessité imposée par l'alliance anglo-franco-russe, qui a déjà dans ses cartons le partage définitif de l'Empire, et de l'autre la couverture nécessaire pour la réalisation du rêve national.

C'est ainsi que l'acte final devient, par une progression insensible au cours des siècles, le dénouement d'une tragédie. L'avance russe, l'ouverture des hostilités, n'est pas aussi foudroyante que les Arméniens l'espéraient, mais assez pour que, doublée de l'attaque alliée aux Dardanelles elle affole non seulement les dirigeants turcs mais aussi une grande partie de la population. L'activité des révolutionnaires arméniens au sein de l'armée russe et à l'intérieur, la première assez importante, la seconde somme toute assez limitée et surtout désordonnée, alimente la psychose au sein de la population turque-musulmane qui demande souvent la première une action gouvernementale contre les Arméniens.

Cette action n'aura pas dans sa conception et sa réalisation ni la simplicité ni la clarté qu'elle va plus tard acquérir dans l'imaginaire national arménien. Si quelques idéologues du parti Jeune Turc sont sans doute convaincus de la nécessité d'une extermination, ni l'appareil du parti, notamment dans ses échelons locaux, ni l'appareil d'Etat, marqué par ses habitudes d'administration polyethnique ne sont préparés psychologiquement et matériellement pour assumer cette tâche. En plus, l'armée, qui pourrait en être l'outil majeur est et restera hostile dans son ensemble.

Le mouvement commença par une déportation dans tous les sens, comme si on voulait s'en débarrasser sans savoir quoi faire. Par la suite, c'est dans les régions les plus soumises au danger russe, où des mouvements arméniens de résistance armée seront organisés, que les déportations seront complétées par des massacres organisés. Mais le plus souvent la nature elle-même sera mise en contribution pour décimer les interminables colonnes de déportés. Il y a d'abord la rigueur du climat et de la topographie ; des plateaux de 1 000 à 2 000 mètres d'altitude avec des différences extrêmes de température entre le jour et la nuit, l'été et l'hiver. A cela vient s'ajouter l'absence de toute infrastructure, routes, ponts, etc., qui pourrait faciliter le déplacement, à supposer que cela fût souhaité (il y a eu pourtant quelques transports par chemin de fer sur la ligne de Bagdad). Ensuite il y a des centaines de milliers d'hommes, femmes et enfants lancés sur les chemins rudes d'un pays qui a toujours oscillé autour des limites de l'autosubsistance et qui se trouve même au seuil de la famine depuis que les hommes sont mobilisés et que le pouvoir prélève tout surplus, et même au-delà, pour approvisionner l'armée. Ceci serait déjà suffisant pour assurer des pertes énormes. Mais il a fallu aussi aider la nature. Des milices organisées par les sections locales du parti ont entrepris des massacres systématiques, notamment des hommes valides, dans les groupes de déportés. On ne saura jamais l'ampleur de ce type d'actions mais il semble à lire l'ensemble des récits disponibles de tous les côtés que la plus grande partie des morts violentes ont été dues plus au massacre « spontané » qu'organisé.

Ici il serait nécessaire d'écrire une sociologie, ou plutôt une psychosociologie du massacre qui ne serait pas inutile de nos jours. Sans aller jusque-là, précisons seulement une impression constante qui se dégage de la lecture de l'ensemble des récits susmentionnés : Que la « déshumanisation » progressive d'un groupe attire plus les attaques qu'elle ne les épargne. Ceci dépasse le simple constat de rapport des forces et ne semble même pas s'expliquer par le fait que le groupe en question est désigné comme « traître » à la vindicte populaire. C'est-à-dire, plus les groupes déportés se clochardisent, perdant non seulement tout attrait lucratif — ils étaient déjà dépouillés en amont — mais aussi toute force physique, plus ils sont l'objet d'attaques de la part des populations turques ou kurdes qui viennent, hommes, femmes et enfants, les attendre au passage devant leur village, sans que ceci soit forcément le résultat d'un endoctrinement politique ou religieux. Au fur et à mesure qu'on avance, les actes absurdes : meurtres gratuits, mutilation des cadavres, etc., semblent s'accroître, sans que cela empêche la charité individuelle de prendre le contrepied de la cruauté de groupe. Personnes isolées, qui, recueillies après ce défoulement, notamment des enfants, furent adoptées et insérées dans la communauté d'accueil.

Le résultat est connu et la bataille des chiffres vue d'ici paraît aussi inutile qu'indécente. Ce qui est moins connu est que l'avance russe en 1915-1916 jusqu'au centre de l'Anatolie entraîna des terribles représailles russo-arméniennes qui ont également contribué à faire pratiquement le vide dans cette région.

En 1918, l'Empire vaincu disparaît, mais le mouvement national turc revendique comme territoire national les limites de l'armistice du 30 octobre. Les puissances victorieuses tendent de réintégrer les restes des populations arméniennes et grecques dans ce territoire et utilisent à fond l'armée grecque et celle du nouvel Etat arménien fondé dans le Caucase, pour imposer leur volonté. Erreur on ne peut plus funeste, mais les dés étaient déjà jetés. Le mouvement national turc est décidé de bâtir un Etat sans minorités. Ce sera pratiquement fait en ce qui concerne les ethnies chrétiennes avec l'échange des populations entre la Grèce et la Turquie en 1923.

LES ETATS-NATIONS ET LA QUESTION DES MINORITES AUJOURD'HUI

Ainsi la nouvelle nation turque a pris conscience d'elle-même dans le refus de l'autre, mais ce sont ces autres qui lui ont appris ce refus. Ce refus absolu, dont on a essayé d'esquisser la genèse, éclaire également la position extrêmement crispée et sourcilleuse de toute autorité turque depuis cette date. Il explique les raisons de l'acharnement contre la minorité grecque restée à Istanbul et dans les deux îles égéennes turques Imbros et Tenedos (Bozcaada), acharnement qui continue encore aujourd'hui contre une poignée de résidents mais qui est bien rendu par le comportement du gouvernement grec contre la minorité turque de la Thrace occidentale. Il explique surtout la position du gouvernement turc dans le problème kurde et la résurgence de la question arménienne.

A) Le dernier mouvement national

L'opposition kurde à la domination ottomane fut peut-être la plus ancienne et la plus permanente. Des principautés kurdes, formellement attachées à l'Empire, ont conservé leurs propres dynasties et leurs propres structures sociales et ce n'est qu'au XIXe siècle que des campagnes systématiques de « pacification » seront entreprises par le pouvoir central. Mais précisément la conservation si tardive de cette autonomie, en reproduisant sans cesse une fragmentation politique à l'extrême, assura la pérennisation des structures tribales et retarda l'apparition d'une conscience nationale.

Le premier pas décisif dans cette direction fut encore la question arménienne. Il faut reconnaître que la revendication d'un seul territoire par trois nations en gestation, Arméniens, Kurdes et Turcs, fut un élément aussi mobilisateur que lourd de conséquences. Dans ce conflit, les Kurdes, utilisés par le pouvoir ottoman, devinrent dans un premier temps les bourreaux — pas toujours inconscients — mais aussi, par moments, les victimes des Arméniens.

La deuxième occasion se présenta au cours du grand festival des nations que fut la conférence de paix de Paris en 1919. Cette fois-ci, avec le soutien actif des puissances intéressées, des personnages n'ayant que des affinités lointaines avec les réalités et les aspirations kurdes signèrent des alliances avec les représentants arméniens.

De son côté le mouvement national turc semblait vouloir intégrer les Kurdes à condition que ceux-ci ne présentent aucune revendication nationale. L'ethnie kurde devrait se fondre avec le reliquat des différents peuples turcs-musulmans se trouvant sur le territoire anatolien, revendiqué par le mouvement national turc, pour constituer la nouvelle nation turque. Chose que ne pourraient permettre ni le long passé d'opposition entre les Kurdes et l'empire ottoman ni les différences ethniques, politiques et culturelles très marquées, ni la capacité d'assimilation du nouvel Etat turc.

La troisième étape vers la naissance d'une conscience nationale kurde sera alors atteinte au cours de la révolte de 1925 contre la nouvelle république turque et notamment par la répression qui s'ensuivit. Quelque soit l'origine de cette révolte, où les éléments tribaux-féodaux ont sans doute pesé plus que les motivations proprement nationales et où l'instigation étrangère — britannique à cause de la question de Mossoul — ne fut pas sans doute absente, la répression fut un stimulant déterminant pour une prise de conscience nationale."


Ce passage est extrait du chapitre VII de ce livre, chapitre qui est une reproduction de l'article de Stéphane Yerasimos : "Ethnies et minorités en Turquie : quelques réflexions sur un problème insoluble", Les Temps Modernes, n° 456-457, juillet-août 1984.

Du même auteur : 1912-1914 : la réactivation du thème de l'"autonomie arménienne" et les velléités de la Russie tsariste sur les vilayet d'Anatolie orientale

Les nationalistes arméniens, des idiots-utiles de l'expansionnisme russo-tsariste

La question grecque-pontique

Voir également : "Génocide arménien" : le saviez-vous ?

Sources bibliographiques sur le contentieux turco-arménien

"Génocide arménien" : connaître les thèses contradictoires en présence

"Génocide arménien" : la parole aux historiens turcologues et islamologues