samedi 18 avril 2015

Arméniens : un journal suisse invoquait dès 1917 la nécessité d'une analyse critique

"Arménie", La Nation (Revue suisse hebdomadaire d'informations impartiales et de documentation), n° 19, 7-13 octobre 1917 :
Le National Suisse publie un grand article sur les massacres d'Arménie. Nous ne regrettons qu'une chose, c'est que l'article soit sans signature, sans origine, sans date, sans précision et que certains détails qui prétendent à la documentation soient de la même nature que les potins de cour, les conseils de la couronne secrets et les conversations entre les chefs d'Etat et les personnes de leur entourage. Ainsi :

« Peu après, les autorités locales, à savoir le gouverneur d'Erzeroum, le gouverneur de Trébizonde, le commandant du IIIme corps d'armée, les « Mutessarifs » de Erzinjan et de Gymush Kane, se réunirent pour décider des mesures à prendre en vue d'atteindre le but qu'on se proposait. A cette mémorable et odieuse séance, assistaient plusieurs officiers et un certain nombre de membres du comité « Union et Progrès. »

Qui dévoila tout cela à l'auteur de l'article ? Si c'eût été un des assistants à la réunion, la source était trop précieuse pour qu'on ne la cite pas. Si ce n'était pas « un témoin oculaire » quelle garantie avons-nous d'être bien informés sur cette réunion éminemment secrète ?

« Les consuls allemands ont été les témoins muets de ces carnages. Ils n'ont protesté ni au nom de leur religion ni au nom de l'humanité. Et non seulement ils n'ont point élevé la voix contre ces crimes, mais ils ont fraternisé avec les assassins. Ils ont renié par leur silence, à la fois cette civilisation qu'ils prétendent représenter, et la religion chrétienne dont ils se disaient les protecteurs. Leur nom en demeurera à jamais souillé. »

Ceux qui lisent la presse allemande savent que de nombreuses protestations sont toujours parties d'Allemagne contre les massacres d'Arménie, qu'il y eut des interpellations au Reichstag et des pétitions. Les consuls, isolés, ne peuvent rien. Quant au gouvernement allemand, s'il n'a pas encore fait cesser le scandale, c'est pour la même raison qui fait que les Alliés ont fermé les yeux sur les pogroms de Russie (avant la révolution). Un allié sait bien que s'il insiste trop sur une réforme intérieure que son allié devrait accomplir, il verra immédiatement brandir devant lui l'épouvantail de la paix séparée ou de la rupture.

Ceci n'est pas une excuse, mais une accusation de plus, car un peuple qui sacrifierait la force d'une alliance pour d'aussi nobles motifs remporterait une victoire bien supérieure à celle des armes.

Cependant, à cause même de l'intérêt que suscite la cause arménienne, il importe qu'on n'écrive sur ce sujet que des faits très documentés, très précis, contrôlables et que l'on ose signer. Il n'en manque certainement pas. Nos colonnes en particulier, leur seront toujours ouvertes.

Voir également : Arnold J. Toynbee : de la propagande pro-arménienne au témoignage pro-turc

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