mercredi 29 avril 2015

Digoin : "si un jour nous devons rentrer en Arménie, nous allons avoir des problèmes"

Digoin La famille arménienne déboutée témoigne
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le 24/04/2015 à 05:00 | Emmanuel Daligand Vu 2727 fois

Déboutée de sa demande d’asile, une famille arménienne hébergée au Cada (centre d’accueil des demandeurs d’asile) de Digoin est priée de quitter les lieux. Sans savoir où aller ensuite.


Discrètement, ils se sont glissés au milieu des manifestants réunis mercredi après-midi pour leur venir en aide. Méfiants, ils n’ont, dans un premier temps, pas voulu répondre à nos questions. Pas souhaité raconter leur histoire. Finalement, après une longue hésitation, ils ont accepté de parler d’eux, de leur parcours, de leur vie. À une condition toutefois, celle de ne pas prendre leurs visages en photo. Et de garder l’anonymat. « Car si un jour nous devons rentrer en Arménie, nous allons avoir des problèmes », disent-ils.
« Tous les jours, des gens sont tués dans la rue »


Nous les appellerons donc Sophie et Arnaud. Il y a six ans, un jour de 2009, ils ont décidé de quitter la terre qui les avait vus naître. Car ils ne s’y sentaient plus en sécurité. « L’Arménie est officiellement reconnue comme un pays sûr mais, tous les jours, des gens sont tués dans la rue, raconte la jeune femme. Chez nous, il n’y a pas de loi. Tout le monde fait ce qu’il veut. » Pour le couple, la situation n’est plus vivable. Il faut fuir. « Ça a été une décision très difficile à prendre car j’étais étudiante en 4e année pour devenir professeur de français et d’anglais, explique Sophie. Mon mari était bijoutier. On a tout laissé. » Direction la Suède où, après deux années de procédures, le statut de réfugié leur est finalement refusé. En 2011, c’est donc vers la France qu’ils se tournent. Et arrivent au Cada de Digoin, après un passage par celui de Chalon-sur-Saône.
Le dernier moment

Quatre ans plus tard, si la vie de ces Arméniens a beaucoup changé, avec la naissance de deux enfants âgés de 4 et 2 ans, leur situation administrative a peu évolué. Leur demande d’asile rejetée, ils viennent de recevoir un nouveau coup sur la tête avec la décision préfectorale de faire sortir du Cada les familles déboutées. Pour eux, l’ultimatum est fixé aujourd’hui. « C’est une catastrophe », se lamente Arnaud. Depuis quelques jours, bénévoles des Amis du Cada et de Réseau éducation sans frontières (RESF) se mobilisent pour leur dénicher un hébergement d’urgence. Hier, personne ne savait encore où ils dormiront ce soir.

« Je vais attendre jusqu’au dernier moment pour trouver une solution et ne pas rester dans la rue, racontait Sophie, très émue. Nous avons peur bien sûr. Nous allons essayer de faire une demande de régularisation à titre humanitaire. » Pas question en tout cas de repartir en Arménie. « Je n’y retournerai jamais », affirme la jeune femme, bénévole au Secours populaire depuis deux ans. Elle et son mari ne souhaitent qu’une chose : obtenir des papiers pour enfin pouvoir travailler. « Je fais des bijoux, je donne des cours de décoration, de cuisine, je pourrai toujours trouver un travail ici. Nous sommes bien adaptés. »

De leur situation incertaine, ils n’ont pas voulu parler à leurs enfants. « Je ne leur ai rien dit mais le grand comprend, dit-elle. Je le vois ». Scolarisé à l’école de la Briérette, Sophie explique qu’« il parle bien français et adore l’école ». En attendant de quoi sera fait leur avenir, elle n’espère qu’une chose : « Trouver une place. »
Source : http://www.lejsl.com/edition-charolais-brionnais/2015/04/24/c-est-une-catastrophe

Voir également : L'Arménie : pays sûr ou système politico-mafieux ?

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