mardi 14 avril 2015

Le discours "lemkinien" du pape François

"Hier, le pape François a qualifié de "génocide" le massacre des Arméniens perpétré il y a cent ans par la Turquie au cours de la Première Guerre mondiale. Ces propos ont provoqué les foudres des dirigeants turcs.

Dimanche 12 avril, une messe à la mémoire des Arméniens massacrés entre 1915 et 1917, a été célébrée avec le patriarche arménien Nerses Bedros XIX Tarmouni dans l’enceinte de la basilique Saint-Pierre de Rome.

Le Point retranscrit les propos du pape François : "Au siècle dernier, notre famille humaine a traversé trois tragédies massives et sans précédent. La première, qui est largement considérée comme le premier génocide du XXe siècle a frappé votre peuple arménien. Les deux autres ont été ceux perpétrés par le nazisme et par le stalinisme. Et plus récemment d'autres exterminations de masse, comme celles au Cambodge, au Rwanda, au Burundi, en Bosnie"."

Source : http://www.touteleurope.eu/actualite/revue-de-presse-genocide-armenien-le-pape-francois-fait-enrager-la-turquie.html

La qualification de génocide pour les déportations d'Arméniens dans l'Empire ottoman, pour la famine ukrainienne (appelée Holodomor par les Ukrainiens) et les déportations de nationalités en URSS, est loin de faire l'unanimité chez les historiens spécialisés. Mais il est vrai que Raphaël Lemkin avait une conception extrêmement large de la notion de génocide, qui englobait expressément toute une série de "génocides" soviétiques (et bien d'autres encore). Or le régime bananier arménien s'est toujours refusé à "reconnaître" le "génocide" ukrainien, contrairement à de nombreux Etats de par le globe. "Négationnisme" arménien qui ne semble pas préoccuper grand monde.

La référence du pape au Burundi est sibylline : fait-il référence aux massacres de Tutsi ou de Hutu (1965, 1972, 1988) ?

Quant à la Bosnie, le chirurgien Yves Ternon (proche du lobby arménien) déclarait ceci :

"Je crois qu'il faut bien comprendre que la décision récente est celle de la Cour internationale de justice (CIJ), qui siège à La Haye et qui est un organe de l'ONU, et qui est différente du Tribunal pénal pour l'ex-Yougoslavie, donc la CIJ est un organe consultatif qui donne un avis sur une question, et la première question est d'abord de savoir si un génocide a été commis à Srebrenica. La CIJ répond "oui", et je pense que c'est là tout le problème, car cette décision ouvre une boîte de Pandore qui fait du crime contre l'humanité un génocide."

"On peut considérer qu'il y a génocide lorsque sont réunies cinq conditions : destruction physique, c'est-à-dire meurtre, d'un groupe humain, troisièmement, en tout ou en partie, mais en fait dans une part substantielle de ce groupe. Quatrièmement, les personnes sont tuées pour leur appartenance à ce groupe sans distinction d'âge ni de sexe. Cinquièmement, ce meurtre de masse est planifié, et seul un Etat ou une organisation qui prend la place de l'Etat, est à même de planifier un génocide à l'échelle géographique d'une nation, voire d'un continent. Voilà pourquoi je pense que Srebrenica, qui représente le pic de violence dans les guerres dans l'ex-Yougoslavie, est un acte génocidaire et non un génocide." ("chat" du site Lemonde.fr, 27 février 2007)

"Négationniste" ?

On remarquera que l'extrême droite occidentale (généralement pro-russe et pro-serbe) soutient avec ferveur les déclarations du pape, sans avoir mesuré, manifestement, toutes leurs implications.