samedi 4 avril 2015

Le général Vehip Paşa (Vehib Pacha) et les Arméniens

B. Nikitine, "Le problème musulman selon les chefs de l'émigration russe", Revue du monde musulman, volume LII, décembre 1922, p. 28 :

"Tant que Bakou est au pouvoir du Soviet présidé par le Commissaire extraordinaire, Chaoumian, et relevant de Moscou, le centre tatare sera à Elisabethpol, appelé désormais de son ancien nom de Gandja. Au mois de mars les Arméniens massacrent la population tatare à Bakou. Sur le front abandonné, en vertu d'un accord verbal, les Arméniens et les Géorgiens remplacent respectivement les Russes à Erzeroum-Kars, Trébizonde-Batoum. D'ailleurs la résistance est presque nulle. Au mois de mars, Vehib Pacha est déjà à Kars, d'où il marchera en mai sur Alexandropol-Djoulfa. Batoum sans coup férir est pris aux Géorgiens en avril. Après de vains appels aux secours adressés aux organisations russes antibolchevistes naissantes, le 22 avril, l'indépendance d'une République transcaucasienne éphémère est proclamée à Tiflis par la Diète."


W., "Les relations russo-turques depuis l'avènement du Bolchevisme", ibid., p. 182-185 :


"Le 10 novembre 1917, le Gouvernement de Kerensky fut renversé et le pouvoir tomba entre les mains des bolcheviks.

A partir de ce moment Petrograd était séparé du reste de la Russie, dont les diverses parties se sentirent dégagées du pouvoir central le séparatisme commença à prendre le dessus. Ce séparatisme s'est fait sentir aussi au Caucase, où les Turcs avaient des intérêts si nombreux.

Les Turcs devaient se libérer des Russes pour le moment et pour toujours pour le momentla débâcle et la démoralisation de l'armée russe faciliteraient la tâche des armées turques, et pour toujours la séparation et l'indépendance du Caucase mettaient la Turquie hors du danger russe.

Les Turcs apprirent donc avec joie la formation d'un gouvernement autonome au Caucase.

Le 4 décembre 1917, le commandant de la IIIe armée turque, le général Véhib-pacha, s'adressa au Commandant de l'armée du Caucase en lui demandant de conclure un armistice entre les deux armées belligérantes. Le document fut remis au Commissariat de Transcaucasie et le 5 décembre la proposition turque fut adoptée.

L'armistice du 5 décembre avait pour but la cessation des hostilités entre les deux armées belligérantes, en interdisant les opérations militaires et stratégiques ; aux termes de cet armistice les armées resteraient sur leurs anciennes lignes.

En signant l'armistice, le Commissariat de Transcaucasie songeait à la pacification du pays, qui permettait de se préparer à la réunion de la Constituante à Pétrograd. (...)

Par une lettre datée du 14 janvier 1918, Véhib-pacha demandait au commandant de l'armée de Caucase des renseignements sur les attitudes du « Gouvernement de la Transcaucasie indépendante ».

D'après lui, Enver-pacha, commandant en chef des armées turques, voudrait bien établir des relations pacifiques avec le Caucase indépendant.


Mais le « Centre des ouvriers, des soldats et des paysans » coupa court aux propositions d'Enver-pacha, en annonçant dès le 17 janvier 1918 que le Caucase n'était pas indépendant.

En ce qui concerne la proposition de paix, le Centre demandait au Commissariat d'examiner la question. Le Commissariat à son tour, en approuvant l'idée de la conclusion de la paix, priait le commandement turc de lui accorder un délai de trois semaines pour lui permettre de prendre l'avis des autres unités autonomes, organisées provisoirement sur le territoire de la République russe.

Ainsi l'ouverture des négociations de paix devait avoir lieu après le Ier février 1918.

Pour ne pas assumer la responsabilité de la conclusion de la paix séparée, le Commissariat en avertit tous les gouvernements autonomes, issus de l'empire russe ; en même temps il prévenait M. Lorenzo Valeri (Italien), doyen du corps consulaire à Tiflis. Par ces démarches le Commissariat de Transcaucasie témoignait de sa sympathie à la cause des Alliés.

Comme nous le voyons, les arrière-pensées du Gouvernement jeune-turc furent déjouées par la conduite politique du Gouvernement de Transcaucasie. Mais il y avait un autre facteur sur lequel devait et pouvait facilement s'appuyer la politique turque ; le Commissariat se trouvait devant un front militaire dégarni.

L'armée russe, fatiguée d'une longue guerre et gagnée par la propagande bolcheviste, s'en allait en Russie, en abandonnant ou vendant aux Turcs ses munitions de guerre.

Les positions militaires, dégarnies par la fuite de l'armée russe, n'étaient tenues que par les unités nationales transcaucasiennes, unités arméniennes ou géorgiennes.

Ce changement d'aspect devait avoir des conséquences très graves et influer sur le sort des peuples de Transcaucasie.

Dès le 22 janvier 1918 Véhib-pacha commençait à se plaindre de la conduite des régiments nationaux arméniens qui avaient participé aux massacres de la population musulmane dans la partie occupée de l'Anatolie.

Le 12 février Véhib-pacha, malgré les assurances du commandant de l'armée du Caucase qu'il prenait toutes mesures utiles pour empêcher les actes de violence, prévint brusquement le Commissariat de son intention de faire avancer, sans rompre les clauses de l'armistice d'Erdzindjan, certaines unités turques pour la protection de la population musulmane.

Bientôt, en effet, les troupes turques commençaient à avancer ; tout en occupant plusieurs villes anatoliennes, elles marchaient sur Erzeroum.

En même temps le Commissariat fut invité par les Turcs à envoyer ses représentants à la première conférence de paix de Brest-Litowsk.

Mais celle-ci prit fin sans trouver des principes communs à une paix russo-germanique.

En conséquence, le Commissariat décida d'engager des pourparlers de paix avec les Turcs. Pour commencer, les délégués se réunirent à Trébizonde. Mais les Allemands avançaient en Russie occidentale, exigeant la signature du traité de paix les bolcheviks furent obligés de revenir à Brest-Litowsk et de signer la paix."


Voir également : La politique arménienne des Jeunes-Turcs et des kémalistes

Les volontaires arméniens de l'armée russe : des criminels de guerre

Les nationalistes arméniens, des idiots-utiles de l'expansionnisme russo-tsariste

Les massacres arméno-russes de musulmans en Anatolie

Le massacre massif des Kurdes par les Arméniens de l'armée russe durant la Première Guerre mondiale

Le massacre des Kurdes par les Arméniens et Assyriens

La tragédie des musulmans d'Anatolie

La dépopulation des arrières du front russo-turc durant la Première Guerre mondiale

Transcaucasie (1918) : les tueries de populations azéries par les forces dachnako-bolchevistes

1920 : les musulmans persécutés en Arménie