mardi 21 avril 2015

Les mensonges d'Archak Djamalian (ancien ministre de la première République indépendante d'Arménie)

Un Géorgien, "Réplique à M. Djamalian", Prométhée, n° 15, février 1928, p. 27-28 :

"Dans les colonnes des Dni, journal de Kérenski, M. A. Djamalian, ancien ministre d'Arménie à Tiflis, pose à M. N. Jordania, Président du Gouvernement National Géorgien, au sujet de sa brochure intitulée « Nos désaccords », la question suivante :

« Vous réclamez pour les peuples de l'U.R.S.S. le droit de disposer d'eux-mêmes, mais que direz-vous pour ce qui regarde le Bortchalo et le Djavakhéthi ? — Etes-vous prêts à étendre à ces deux « districts arméniens » le droit de disposer d'eux-mêmes.

M. Djamalian, selon un proverbe, évidemment, « a entendu le carillon, mais ne sait point d'où vient le son ! » Le droit de disposer de soi est reconnu à la nation, et non pas à chaque lopin de territoire, pris séparément. Il ne se trouve pas d'Etat en Europe qui n'ait sur ses frontières des populations d'origine allogène, mais ceci n'implique nécessairement pas le principe du droit de disposer de soi.

M. Djamalian nous oblige — à notre grand regret — à lui rappeler qu'avant la guerre, ses amis et lui revendiquaient des vilayets (des départements et non des districts) de Turquie, dans lesquels les Arméniens constituaient une infime minorité. On voit qu'eux aussi s'appuyaient sur l'histoire, procédé, qui nous est aujourd'hui reproché avec tant de rigueur ! Mais le Bortchalo et le Djavakhéthi aussi bien historiquement qu'économiquement et politiquement, sont des parties intégrantes de la Géorgie. Nous savons parfaitement qu'à l'heure actuelle on trouve plus d'Arméniens en Djavakhéthi que de Géorgiens, mais nous n'avons pas oublié comment cela s'est produit : au XIXe siècle, les serviteurs de l'Etat russe chassèrent de vive force les Géorgiens musulmans hors des frontières de leur patrie et répartirent leur territoire entre les réfugiés arméniens venus de Turquie. Au Bortchalo la majeure partie de la population arménienne y est d'origine tout aussi récente, mais là encore, les Musulmans sont en plus grand nombre que les Arméniens. Dans cette conjoncture nous craindrions, si l'on appliquait le principe du droit de disposer de soi-même, qu'il ne se retournât contre les Arméniens !

Les Géorgiens disent : « Il chicane pour cette berge-ci, afin que je ne chicane point pour cette autre berge-là. » C'est tout à fait ainsi qu'agit M. Djamalian, qui sait cependant fort bien que Moscou la Rouge, tout comme autrefois l'impérial Pétrograd, a fait cadeau à nos voisins du territoire géorgien et non point arménien. Mais malgré tout, et afin de ne point troubler les rapports d'amitié que nous entretenons avec nos voisins, nous avons signé le 10 juin 1921 avec les Arméniens, les Azerbaïdjaniens, et les Montagnards, un document en vertu duquel, précisément, tous les conflits de frontière doivent être réglés en dernier lieu par un arbitrage obligatoire.

M. Djamalian dit encore : « Les Géorgiens et les Arméniens qui durant plus de deux mille ans ont vécu côte à côte, n'ayant jamais tiré le glaive les uns contre les autres... » Et l'auteur de ces lignes, un Arménien, pour nous témoigner sa bienveillance, invente un conte sur les Géorgiens ! 


Si M. Djamalian ne se laissait point entraîner par sa fougue — ce qui, certes, n'est pas de son âge — il comprendrait que les représentants de ces deux peuples qui, ensemble, ont tant souffert dans le passé et qui sont appelés, par le destin, à vivre encore « côte à côte » dans l'avenir, doivent à tout prix éviter d'introduire une nervosité superflue dans leurs rapports communs.

En réalité, il y a peu d'Etats, voire même dans notre Europe privilégiée, qui, de quelque façon, arrivent à s'entendre au sujet de leurs frontières ? Et parmi ces Etats, combien en est-il qui consentiraient à soumettre le débat à un arbitrage obligatoire ? Il semble que les peuples du Caucase, à cet égard, n'ont pas à rougir devant l'Europe bourgeoise, pas plus que devant l'Europe socialiste.

Il est affligeant au plus haut point de voir un ancien ministre, personnalité responsable, justifier de si singulière façon l'agrément que le Gouvernement arménien reçut en son temps du Gouvernement géorgien."



"Revue de la Presse", Prométhée, n° 17, avril 1928, p. 29 :

"M. Djamalian écrit dans le journal russe les Dni :

Quel Arménien pourrait oublier que la nouvelle (?) capitale de la Géorgie, Tiflis, avec la majorité de sa population arménienne, fût, depuis des temps immémoriaux (?), le berceau de la culture la plus moderne pour toute l'Arménie de Transcaucasie (Dni, 1368).

On ne comprend pas bien pourquoi Tiflis est appelée « capitale nouvelle » de la Géorgie. Tiflis a toujours été capitale depuis sa fondation (Ve siècle). Sa population présente, en effet, une majorité arménienne relative, mais cela a une cause et aussi une explication. C'est précisément parce qu'en Géorgie les Arméniens ont toujours trouvé un refuge, sans aucune restriction de leurs droits ; de plus, exempts du service militaire, ils pouvaient s'adonner tranquillement au commerce. Si dans ces conditions, « la capitale de la Géorgie est devenue pour les Arméniens du Caucase le berceau le la culture la plus moderne depuis des temps immémoriaux » (sic), il n'y a là aucun inconvénient. Ce serait tout à l'honneur de la capitale de la Géorgie, tout comme Varsovie ou Vienne pourraient devenir « un berceau de la culture juive la plus moderne ». Si c'est là une raison pour laquelle un Arménien ne saurait oublier Tiflis, c'est très louable sous sa forme délicate de manifester des sentiments amicaux. Malheureusement il ne semble pas qu'il en soit ainsi et l'article de M. Djamalian prête à des réflexions pénibles.

En effet, l'histoire nous apprend la manière dont la politique impérialiste de la Russie tsariste s'est servie jadis de la Géorgie sous prétexte de prêter aide et protection à un pays chrétien ; elle nous montre aussi comment elle l'avait asservie pour briser ensuite la résistance du Caucase tout entier. Après la Géorgie, ce fut le tour de l'Arménie. La même politique tsariste s'est emparée de la question arménienne, et sous le fallacieux prétexte de défendre des chrétiens en Orient, elle ne manqua pas de s'en servir pour s'immiscer dans les affaires intérieures de l'empire turc et d'en ébranler les assises. On connaît les conséquences tragiques qui en résultèrent pour le peuple arménien. Et lorsque le moment est venu d'arracher le Caucase des griffes de l'impérialisme russe et qu'une entente plus que cordiale s'est établie entre les peuples de ce pays, nous avons le regret de constater que les leçons de l'histoire n'ont point servi. Quelques Arméniens égarés, heureusement un petit nombre, se prêtent volontiers à cette même politique impérialiste russe pour saper l'unité politique du Caucase et paralyser les efforts des peuples pour la conquête de leur liberté.

La question est grave, très grave, et il est extrêmement désirable que des Arméniens plus qualifiés que M. Djamalian prennent la parole, dissipent l'équivoque et assument les responsabilités."



Voir également : La politique arménienne de la Russie tsariste
 
Mir Yacoub Mehtiev : "La Question Arménienne"


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