dimanche 19 avril 2015

Les regroupements (dans des camps) et les recasements (dans des villages et villes préexistants) de populations civiles durant la guerre d'Algérie

Certains Turcs (l'érudit Murat Bardakçı les a critiqués) croient utile de répondre au soutien frénétique d'une partie des élites françaises aux allégations arméniennes, par un soutien aux allégations sur un "génocide algérien" (pour ceux qui se gaussent d'une telle tactique : se reporter à la liste des génocides établie par "saint" Lemkin). Dans cette optique, ces Turcs citent la pratique de la torture des prisonniers FLN au sein de l'armée française, les massacres qui étaient en fait intercommunautaires (1945, 1955) et même des atrocités (mutilations et décapitations) qu'ils attribuent à l'armée française alors qu'elles étaient perpétrées par le FLN (photographies issues des brochures publiées par les autorités françaises). Mais jamais ils ne font mention des déplacements forcés de populations civiles musulmanes (majoritaires sur le territoire algérien, bien entendu) par l'armée française, qui avaient pour objectif de couper les rebelles de leurs sources de ravitaillement. Or ces évacuations comportent certaines similitudes avec celles de 1915, en ce qui concerne leur logique contre-insurrectionnelle et leurs conséquences humaines (résultant là aussi de la conjoncture, plutôt que d'une intentionnalité criminelle). La loi provisoire du 27 mai 1915 conférait à l'armée ottomane le droit de déplacer des populations, lorsque la nécessité sécuritaire s'en faisait sentir.


Benjamin Stora, Les mots de la guerre d'Algérie, Toulouse, Presses universitaires du Mirail, 2005, p. 29 :

"La décision de procéder aux regroupements des populations musulmanes est prise dès la fin 1955 par les préfets responsables du maintien de l'ordre. D'abord appliqué dans l'Aurès, le procédé s'étendra à Ouarsenis, puis à toute l'Algérie. Dans les nouveaux centres où vivent les villageois déracinés, l'armée procède d'abord au recensement, au numérotage des maisons, à l'inventaire des familles. Regroupés dans ces camps de « villages », ces familles sont ainsi soustraites à l'influence jugée néfaste des « rebelles ». Ces déplacements sont de véritables traumatismes pour la population, qui se voit enlevée à ses terres. Près de deux millions de paysans algériens ont été ainsi déplacés, selon un rapport (confidentiel) établi en 1960 par Michel Rocard, alors haut fonctionnaire."


Fabien Sacriste, "Surveiller et moderniser. Les camps de « regroupement » de ruraux pendant la guerre d'indépendance algérienne", Métropolitiques, 15 février 2012 :

"Pendant la guerre d'Algérie, la population rurale a été massivement déplacée et regroupée dans des camps, destinés à la surveillance militaire, puis censés moderniser la société rurale. Accélérant la dépaysannisation algérienne, cette politique a provoqué une désorganisation sociale, économique et territoriale majeure.

Pendant la guerre d'indépendance algérienne (1954-1962), les déplacements forcés de populations civiles ont entraîné un bouleversement sans précédent du milieu rural. Afin de mieux contrôler la population colonisée, les autorités françaises ont décrété la création de « zones interdites » et le déplacement des populations qui s'y trouvaient vers des « centres de regroupement ». Ceux-ci eurent d'importantes répercussions sur les programmes d'aménagement du milieu rural : dans les dernières années de la guerre, les pouvoirs publics tentèrent d'en transformer une partie en de « nouveaux villages » censés favoriser la « modernisation » des campagnes algériennes. (...)

En Algérie, la répression de l'insurrection et les opérations militaires contre le Front de libération nationale (FLN) s'accompagnent d'un important encadrement de la population colonisée. Dans les Aurès, plusieurs mesures sont prises en ce sens au cours de l'année 1955, posant les bases de ce qui deviendra la « pacification ». Outre l'enrôlement d'Algériens dans les troupes supplétives, la création des Sections administratives spécialisées (SAS), confiées à des officiers chargés de surveiller et d'encadrer les populations, vise à renforcer un quadrillage administratif considéré comme insuffisant (Mathias 1998). Les zones interdites et le déplacement des ruraux vers les « camps/centres de regroupement », s'inscrivent dans une même logique.

Dans ce sud-est algérien où l'insurrection a connu une certaine ampleur, la faible présence de l'administration coloniale ne permet pas d'assurer un contrôle exhaustif d'une population majoritairement rurale et vivant en habitat dispersé. Dès novembre 1954, les responsables civils et militaires des Aurès déterminent une zone comprenant la plupart des douars aurésiens, interdisent en son sein toute présence et circulation humaines, et imposent à la population de se déplacer vers les principales villes de la région. Le recours à cette stratégie se poursuit dans les Aurès au cours de l'année 1955, sans qu'aucune doctrine d'ensemble ne soit définie : elle apparaît pour la première fois dans les directives du général Parlange, officier des Affaires indigènes du Maroc, nommé en mai 1955 commandant civil et militaire des Aurès-Nementchas (CCMAN). La mission de ce général consiste à renforcer le réseau administratif – et, pour lui, le regroupement est l'un des moyens pour y parvenir : dès janvier 1956, il propose d'en généraliser la pratique afin de faciliter la « reprise du contact » entre les populations et l'administration.

Entre 1956 et 1957, l'arrivée en Algérie d'officiers ayant servi en Indochine et la montée en puissance corrélative de la Doctrine de la guerre révolutionnaire (DGR) dans les cercles de réflexion et de décision militaires contribuent à une reformulation de cette première doctrine de « regroupement » et à sa diffusion massive comme instrument de la « guerre contre-révolutionnaire » menée contre le FLN. Jusqu'alors principalement limités aux Aurès, des programmes de regroupement sont mis en oeuvre au cours du premier semestre 1957 en différents points du Constantinois (le nord et l'est, surtout), sur les ordres de Maurice Papon, qui dirige alors la région de Constantine et se montre fervent défenseur de la DGR. Dans les mois qui suivent, des centres de regroupements sont créés sur l'ensemble du territoire algérien, notamment suite aux directives du général Raoul Salan, ancien d'Indochine et commandant en chef des forces armées en Algérie depuis novembre 1956. De 1957 à 1959, la domination idéologique de la DGR au sein de l'armée explique la croissance continue des camps de regroupements, qui deviennent une sorte d'habitude opérationnelle : même après mars 1959, date à laquelle des directives civiles tentent d'en interdire la pratique, elle est massivement utilisée, jusqu'au milieu de l'année 1961, notamment lors de la mise en oeuvre du Plan Challe (1959-1961).

Présenté par les acteurs militaires comme un moyen de protéger la population rurale contre le FLN, le regroupement des populations a surtout pour but de faciliter les opérations dans des zones « évacuées » de leurs habitants, où les nationalistes ne disposent plus des ressources logistiques nécessaires pour mener une lutte de guérilla. A défaut d'un quadrillage administratif exhaustif, le regroupement permet également un contrôle direct des ruraux algériens qui, déplacés dans des lieux créés ex nihilo, sont placés sous la surveillance des officiers de SAS et soumis à leur discipline. Pour les autorités coloniales, le regroupement est une technique visant à assurer la sécurité du territoire et l'homéostasie4 de cet ordre social particulier qui caractérise la situation coloniale. Il facilite la surveillance d'une population qui, de par sa proximité socio-historique avec les membres du FLN, reste susceptible de lui apporter son soutien logistique, voire politique : considérée comme un « milieu vivant » où « prolifère » la « subversion révolutionnaire » (Rigouste 2008), elle reste donc toujours potentiellement suspecte aux yeux de l'autorité coloniale.

Cette forme particulièrement poussée de contrôle et de mise sous surveillance des civils a certainement gêné le FLN dans une lutte de guérilla qui nécessite, en premier lieu, le soutien des populations colonisées. Pour autant, elle ne parvient pas à instituer une rupture radicale entre les ruraux et les nationalistes : la création des centres de regroupement, dans lesquels se trouvent souvent les familles des moudjahidines, déplace ainsi l'un des principaux enjeux de la guerre dans un espace clos que le FLN tente généralement d'investir, ici comme ailleurs, mais avec plus de difficultés, par la mise en place d'une « organisation politico-administrative » visant l'encadrement des populations.

De 1954 à 1962, le regroupement a contribué à un bouleversement sans précédent des campagnes algériennes : d'après Michel Cornaton, près de 2 350 000 personnes ont été regroupées par l'armée, auxquels s'ajoutent 1 175 000 ruraux à avoir fui les zones interdites pour chercher refuge dans les périphéries et surtout les bidonvilles des principales cités algériennes (Cornaton 1967).

La création de zones interdites et le regroupement des populations entraînent un bouleversement considérable du milieu rural.
Souvent, les villages sont détruits afin qu'ils ne puissent servir de refuge au FLN, et les populations déplacées sont coupées de leurs moyens de subsistance traditionnels, l'agriculture et l'élevage. Ce processus de destruction crée une situation particulièrement problématique pour les pouvoirs publics, le déplacement contribuant à renforcer la crise du logement et de l'emploi. Dans les camps de regroupement, les Algériens vivent sous tentes et, si certains peuvent continuer à cultiver leurs terres sous la surveillance de l'armée, trouver un emploi dans les villes proches ou dans les troupes supplétives des SAS, le chômage frappe la plupart d'entre eux et leur survie dépend essentiellement des ressources distribuées par l'Etat.

Les crédits alloués pour ces distributions s'avèrent le plus souvent insuffisants face aux importants besoins générés par le regroupement : aussi l'idée d'une planification comme préalable nécessaire à tout déplacement s'impose-t-elle rapidement dans les cercles de l'administration locale. Dans les Aurès, au début de l'année 1956, le général Parlange incite ses subordonnés à ne pas regrouper sans que « les plans de masse sommaires de l'organisation des villages aient été établis ». Il s'agit, avant toute opération, d'évaluer si la création d'un « centre viable » est possible, et d'agir en fonction par une sélection rationnelle du terrain, une prévision des besoins et un équipement minimal des lieux, devant permettre aux regroupés de ne pas dépendre uniquement des secours distribués par l'Etat. À défaut de préserver les conditions de vie, la planification de telles opérations doit donc amortir les effets socio-économiques du déracinement.

Sur le terrain opérationnel, ces directives seront toutefois peu suivies : dans cette histoire, les enjeux stratégiques et militaires dominent toujours les impératifs socio-économiques. La « diffusion » du regroupement sur l'ensemble du territoire algérien contribue alors à une précarisation sans précédent des ruraux et, malgré les directives qui tentent d'imposer cette planification, les deux problèmes du logement et de l'emploi restent, sur toute la durée de la guerre, au coeur des préoccupations des officiers de SAS chargés de l'administration des camps. (...)

4 Selon Michel Foucault, l'homéostasie est « la sécurité de l'ensemble par rapport à ses dangers internes » (2004, p. 222)."


Marcel Thiébault, "Près d'un million de musulmans vivent dans des centres de regroupement : Les autorités se préoccupent d'améliorer leur sort", Le Monde, 12 mars 1959 :

"Il existe actuellement en Algérie environ un millier de camps de regroupement, abritant au total près d'un million de personnes, soit le huitième de la population non européenne. Il s'agit généralement de musulmans fixés dans des zones d'insécurité, qui ont dû être déplacés pour des raisons militaires, mais aussi parfois d'habitants de mechtas, voire de villages entiers, qui, exposés dans des régions isolées, ont demandé à être regroupés.

Dans les premiers mois de la rébellion, l'armée ne procédait à des regroupements que lorsque la conduite des opérations l'y obligeait. Aujourd'hui elle tend de plus en plus à concevoir ces mesures comme l'inévitable contrepartie à la guerre qui lui est imposée. En soustrayant certaines populations à l'emprise de la rébellion, elle a le sentiment de priver celle-ci de ses sources de ravitaillement ; elle peut d'autre part exercer plus aisément son action psychologique. Le regroupement prélude à la "mise en condition", et la favorise.

Le "recasement"

Le camp de regroupement se présente sous l'aspect soit d'une mechta traditionnelle, soit d'un groupe de constructions en "dur". Selon que l'opération a été prévue et organisée à l'avance, ou improvisée à l'occasion d'une action militaire. Suivant aussi les intentions de l'autorité militaire, qui distingue entre le regroupement provisoire (dont l'efficacité doit être suffisante pour justifier le coût) et celui qu'elle pense être définitif, la région abandonnée étant particulièrement pauvre en ressources.

Dans un cas comme dans l'autre, le camp est d'abord confié à un chef de S.A.S. (section administrative spéciale), secondé par un élément de protection. Diverses opérations doivent être d'emblée accomplies : achat du terrain nécessaire à la construction du village de recasement, construction de logements, d'une école, alimentation en eau, électrification, développement de l'assistance médicale etc. Pendant quelque temps ces divers travaux suffisent a occuper les émigrés. Mais il faut ensuite leur trouver un emploi. Des lots leur sont attribués chaque fois que cela est possible. Lorsqu'il s'agit de terrains domaniaux, cela va sans difficultés. Mais si les terres appartiennent à des particuliers, il faut souvent agir selon la procédure d'expropriation. Parfois l'armée doit faire montre d'autorité pour vaincre les résistances des propriétaires. A l'inverse, d'autres colons se montrent sensibles aux malheurs de ces paysans transplantés et acceptent une solution à l'amiable.

Il advient qu'une population regroupée perde une partie de ses revenus. L'alimentation, la situation sanitaire (très variable d'un camp à l'autre) de ces "personnes déplacées", la mortalité infantile, sont les principaux sujets de préoccupation des autorités qui en ont la charge (1).

De nouvelles directives

Des directives avaient déjà été élaborées tant par M. Robert Lacoste que pas le général Salan, mais il est apparu que cette conséquence de la guerre n'avait pas toujours retenu suffisamment l'attention. M. Delouvrier a décidé de créer un "groupe de travail" composé de quatorze personnes qui doit se réunir pour la première fois ce soir mercredi à la délégation générale, sous sa présidence. Ce groupe de travail aura pour mission de préparer un projet de directives générales qui seront adressées par la suite aux autorités civiles et militaires, et de proposer au délégué général les réformes qui se révéleraient nécessaires. Bref, d'élaborer une véritable politique du "recasement " qui se substituera aux mesures empiriques et fragmentaires adoptées jusqu'ici.

(1) D'après divers témoignages il apparaît que dans certains centres les populations regroupées vivent dans des conditions précaires et ne reçoivent qu'une nourriture insuffisante. La carence alimentaire ne leur permet pas de résister à la maladie. - (N.D.L.R.)"


"Un rapport révèle la situation souvent tragique du million d'Algériens "regroupés"", Le Monde, 18 avril 1959 :

"Le rapport précise d'emblée que "tous les centres visités ont été créés par l'autorité militaire seule" et que "les motifs de la décision sont toujours d'ordre exclusivement militaire". Parfois, mais rarement, des considérations économiques ont fait varier d'un à deux kilomètres l'installation du centre.

On distingue les regroupements "spontanés" (effectués rapidement pour permettre un "bouclage" ou le "nettoyage" d'une zone) et "volontaires" (opérés en quelque sorte "à froid" en l'absence d'opérations de grande ampleur, après parfois construction de mechtas).


Si la plupart des centres sont connus de l'administration dès l'instant où les militaires sollicitent pour eux des crédits, il en est qui, subsistant grâce aux crédits pour travaux d'intérêt communal, n'ont pas d'existence officielle. Dès lors il est difficile de chiffrer avec exactitude le nombre des "regroupés". Néanmoins, après avoir fait sur place des constatations qui permettent de corriger les statistiques actuelles, les enquêteurs concluent : "Il paraît difficile d'admettre que le nombre total des regroupés soit encore actuellement inférieur à un million." Près des deux tiers des regroupements ont eu lieu l'an dernier, 1957 ayant été l'année de "rodage de la méthode".

"Dans tous les secteurs visités, poursuit le rapport, un plan de regroupement est prévu, soit par agrandissement des villages actuels, soit par création de nouveaux centres. Seule l'insuffisance du dispositif de quadrillage ralentira la création de nouveaux villages. Il faut cependant s'attendre à voir le rythme demeurer important en 1959, les officiers S.A.S. et les commandants de quartier considérant pour la plupart que les populations regroupées leur causent beaucoup moins d'"ennuis" que celles qui ne le sont pas."

Les centres hébergent en moyenne un peu plus de huit cents personnes, soit cent à cent cinquante familles. Le nombre des hommes est très inférieur à celui des femmes, particulièrement lorsqu'il s'agit des classes mobilisables. La proportion d'enfants est fort élevée (neuf cents enfants sur mille deux cents personnes dans un centre particulièrement misérable).

Les distinctions entre recasement, resserrement, regroupement ou encore entre regroupements provisoires ou définitifs sont jugées sans grande utilité pratique. Ce qui compte, c'est que "tout déplacement de population entraîne une amputation toujours sensible, parfois totale, des moyens d'existence des intéressés" et que "les regroupements déclarés provisoires dureront le temps que durera l'insécurité".

"Une mortalité infantile élevée"

Un long chapitre intitulé "La situation des regroupés est souvent tragique", évoque la condition des personnes fixées dans les centres.


"Un premier élément leur garantit une longévité égale à la durée des combats : la sécurité. Le village, parfois protégé par un réseau de barbelés, est le plus souvent situé juste à côté ou auteur du poste militaire... Lorsque, dans les cas heureux, la sécurité de la zone a rendu superflu ce rapprochement des maisons paysannes et du poste militaire, il reste vrai que la défense collective est plus facile à organiser pour un village que pour des maisons isolées et que les fellahs sont ainsi mieux soustraits à l'influence rebelle.

"Il semble confirmé d'autre part que le regroupement des populations diminue dans une grande mesure l'appui que celles-ci apportent au F.L.N..."


En ce qui concerne le logement (problème sur lequel les autorités ont le plus insisté) le rapport expose les avantages et inconvénients des diverses solutions imaginées et conclut que hors le cas des nomades l'effort fait dans ce domaine "est suffisant par rapport au mode de vie des populations et aux possibilités de progrès social que leur ouvrent leurs revenus actuels".

Il n'en va pas de même de la situation sanitaire, "très généralement déplorable".


"Aucune statistique de mortalité n'est évidemment disponible. Toutefois certaines constatations ont été faites. Dans un village ou neuf cents enfants ont été recensés, il en meurt près d'un par jour (vallée de la Soummam). Un village de l'Ouarsenis rassemble mille cent personnes, dont près de six cents enfants. Il en est mort un (deux ans) au moment précis du passage de l'enquêteur : l'officier S.A.S. remarqua que c'était le troisième en quatre jours. Une loi empirique a été constatée : lorsqu'un regroupement atteint mille personnes il y meurt à peu près un enfant tous les deux jours. Cela ne vaut pas pour les regroupements du département d'Alger, où la facilité des communications et la densité médicale permettent une surveillance très sensiblement meilleure, mais paraît exact, semble-t-il, pour tout le reste de l'Algérie.

"Le sous-équipement médical ne permet pas de faire des enquêtes précises en la matière. Il ne semble d'ailleurs pas que l'effort doive porter en priorité sur la situation sanitaire, mais bien sur la situation économique : dans un des cas les plus tragiques rencontrés, un rapport médical précise que l'état physiologique général de la population est tel que les médicaments n'agissent plus. C'est donc bien le niveau de vie qu'il faut d'abord assurer." (...)

En conclusion, le rapport suggère de constituer un réseau de coopératives agricoles, au profit desquelles seraient effectuées les réquisitions ou expropriations. Cette formule aurait en outre pour avantage de décharger les cadres locaux de l'armée de tâches que déjà accablés de besognes ils ne sont pas à même d'assumer ; elle faciliterait en outre le passage ultérieur de l'administration militaire à l'administration civile. Elle soulève, il est vrai, des difficultés juridiques, mais que les enquêteurs ne jugent pas insurmontables.

Ce qui importe à leurs yeux, c'est que "soit posé dans ses termes propres", et résolu, un problème qu'ils résument ainsi :

"Par suite des nécessités de la pacification un million d'hommes et de femmes et d'enfants sont pratiquement menacés de famine. Les méthodes administratives traditionnelles sont totalement inadaptées pour faire face à un tel problème. Les mesures à prendre doivent être plus remarquables par leur ampleur que par leur perfection réglementaire. Elles seront nécessairement appliquées dans une première phase par le commandement militaire et les officiers des affaires algériennes, seuls en mesure de le faire. Ces mesures n'en devront pas moins tendre à mettre en place des organismes et des circuits économiques viables pour des temps plus cléments.""


"Pour les enfants algériens de la région de Collo", Le Monde, 19 décembre 1959 :

"Le Centre français de protection de l'enfance attire l'attention sur la situation de trente-cinq mille habitants de la région de Collo, répartis dans onze camps de regroupement.

"Il y a plus dix-huit mille enfants, indique-t-il, parmi ces trente-cinq mille réfugiés, dont la moitié vivent dans un état de dénuement absolu. Partout les mêmes problèmes se posent : réfugiés entassés à quinze ou vingt dans de petites maisons en dur, sous des tentes ou des huttes de roseaux et de bouse de vache ; nourriture très insuffisante puisque depuis des mois elle se compose essentiellement d'une ration quotidienne de 125 grammes de semoule (ni matières grasses, ni lait, ni sucre, ni savon) ; vêtements inexistants. Les mères de famille, veuves en majorité, n'ont aucun moyen pour raccommoder, encore moins pour acheter de quoi se nourrir et se tenir chaud."

Le Centre demande que les dons soient envoyés le plus tôt possible, en précisant bien "Pour les enfants d'Algérie", à l'adresse suivante : Centre français de protection de l'enfance, 97, boulevard Berthier, Paris (17e). C.C.P. Paris 6409-47."


Voir également : La déportation des Arméniens de 1915 : une réponse contre-insurrectionnelle

La dépopulation des arrières du front russo-turc durant la Première Guerre mondiale

La côte égéenne et la Syrie sous les Jeunes-Turcs : les Arméniens comme rempart démographique contre les nationalismes grec et arabe

Les Arméniens de l'armée ottomane ont-ils été "exterminés" pendant la Première Guerre mondiale ?

"Génocide arménien" : le saviez-vous ?

Un non-sens du matraquage arménocentriste : la déportation des Arméniens de 1915 a-t-elle vraiment "inspiré" et "désinhibé" les Allemands ? L'occultation de la brutalité des méthodes de guerre des Etats occidentaux contemporains

Les déportations de populations civiles durant la Première Guerre mondiale : l'exemple de la Bosnie austro-hongroise

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Les prétendus "génocides" arménien et algérien : le fil rouge de la stratégie soviétique de déstabilisation de l'Alliance atlantique durant la Guerre froide