mercredi 4 mars 2020

L'arménophilie de Lauro Mainardi




Lauro Mainardi, U.R.S.S. Prigione di popoli, Rome, Cremonese, 1941 :

"L'un des peuples les plus anciens du Proche-Orient est le peuple arménien. (...)

Ce peuple — aryen par excellence situé au carrefour entre l'Orient et l'Occident, a dû subir des guerres séculaires pour conserver sa physionomie nationale menacée par les pressions de Babylone, de l'Assyrie, de la Perse, de Byzance, et enfin par les hordes turco-mongoles.

Si ces guerres ont affaibli et décimé le peuple arménien d'une part, elles ont d'autre part cultivé en lui un amour tenace pour la Patrie, pour la religion et pour ses particularités nationales." (p. 59-60)

"Peut-être qu'aucun peuple n'a participé aussi intimement et avec une sensibilité aussi noble à notre Risorgimento, comme l'a fait le peuple arménien.

Pendant la grande guerre, au cours de laquelle l'Arménie a versé son sang sans restriction pour la cause de l'Entente, qui a ensuite été sacrifiée par les puissances démocratiques sur l'autel de leurs intérêts douteux, et immédiatement après le conflit mondial, des initiatives se sont multipliées en Italie pour la cause arménienne 1).

Dans les principales villes italiennes, des comités « pro-Arménie » ont été constitués, réunissant les esprits les plus connus et les meilleures plumes de notre péninsule. Politiciens, écrivains, artistes, penseurs, dames, poètes et écrivains italiens ont tous témoigné de leur admiration pour les légions arméniennes. Le « Popolo d'Italia » [journal de Benito Mussolini] a continuellement accueilli des articles de Mario Gioda et d'autres consacrés aux problèmes orientaux en général et à l'Arménie en particulier. La feuille généreuse et combative de toutes les interventions, le journal le plus pur de tous les plus grands idéaux humains, ne pouvait manquer de prendre part à la douleur d'un peuple qui a été systématiquement massacré et qui est tombé glorieusement les armes à la main. (...)

1) Pour plus d'informations sur la trahison honteuse des démocraties contre le peuple arménien, voir : Lauro Mainardi, Un'altra vittima dei franco-inglesi : l'Armenia, Roma, Edizioni « HIM », 1941-XIX. 18." (p. 273-274)

Lauro Mainardi, Nazionalità e spazi vitali, Rome, Cremonese, 1941 :

"Parmi les différents peuples opprimés, ceux qui peuvent vivre dans l'orbite du grand empire fasciste sont considérés comme vraiment privilégiés. Lorsque l'Italie s'est unie dynastiquement à l'Albanie, un journaliste arménien, H. Burnazian, a écrit: 1).

« Toutes les nations de la terre ont exploité l'Arménie : mais dans la liste de ces nations, la plus grande nation historique et moderne, l'Italie, est absente. Nous, Arméniens, avons lié notre foi et notre espérance avec elle. Lorsqu'en avril de l'année dernière, la délégation nationale albanaise a remis la couronne de Scandenberg [Skanderbeg] à S. M. Victor Emmanuel III, roi et empereur, dans les cœurs arméniens, un hymne de nostalgie a été chanté, tandis que sur toutes les lèvres arméniennes il a été murmuré : « Bienheureux Albanais, qui avez été placés, avec une couronne, sur une grande orbite, vous avez parcouru le chemin des siècles : de la barbarie à la civilisation ; de la faim à la richesse ; du désert à l'édification et à la lumière. Albanais, que vous êtes chanceux ! Oh, si nous pouvions, nous aussi, avoir une part de votre chance... Depuis longtemps, nous avons de la nostalgie pour la Couronne de Savoie ! »

En rappelant son article pour la défense de l'Italie fasciste, article paru dans tous les nombreux quotidiens arméniens et dans tous les périodiques de langue arménienne, Burnazian écrit :

« Je me suis empressé d'élever la voix de la vérité contre les menteurs du monde entier qui ont sciemment et cyniquement falsifié les événements, voulant faire croire au monde que le 7 avril 1939 l'armée italienne avait plongé l'Albanie dans un bain de sang : que les forces aériennes italiennes et l'artillerie ont bombardé toutes les villes. A l'inverse, aucun citoyen n'a eu le nez qui saigne et pas une boîte d'allumettes n'a été détruite. J'ai élevé la voix, car je ne voulais pas que mon peuple change d'avis ne serait-ce qu'une heure sur la grande Italie de Mussolini. » Et plus loin : « L'un des rois les plus grands et les plus glorieux de notre histoire, est à nos yeux le roi arménien Tirdate [Triridate], qui après avoir été éduqué dans la Ville, nous a été envoyé par Rome. On dit que l'histoire se répète : qu'elle se répète donc !... ». (...)

1) Voir : FRANCESCO TADDEI, Armeni d'Albania in « Testimonianze ». - Edizioni Him, Roma 1940-XVIII." (p. 39-41)


Lauro Mainardi était un officiel du PNF (Parti national fasciste) sous le régime mussolinien, et un expert en géopolitique (spécialisé dans les questions caucasiennes). Contributeur de l'hebdomadaire Fronte Unico (relevant de l'aile radicale du fascisme), il souhaitait la formation d'un axe Tbilissi-Erevan contre la République kémaliste et la démocratie britannique. Arménophile très actif, Mainardi considérait que la FRA-Dachnak avait une idéologie proche du fascisme italien (on lui accordera qu'il était plutôt bien placé pour le savoir...).

Les éditions HIM, dont il est question à plusieurs reprises, ont été mises en place grâce à la coopération entre Mainardi et le Comité arménien d'Italie (ancêtre de l'Union des Arméniens d'Italie). Le premier ouvrage qu'elles ont publié est Armeni Ariani (1939), traduction de la brochure allemande Armeniertum-Ariertum (une publication collective des milieux arménophiles du IIIe Reich).

S'agissant des citations, très intéressantes, de H. Burnazian, elles confirment que l'enthousiasme philofasciste des milieux nationalistes arméniens (dont les dachnaks) a été décuplé, à partir du moment où l'Italie mussolinienne s'est engagée dans des agressions militaires d'envergure (Ethiopie, puis Albanie). Agressions qui ont accru les risques de conflit armé avec la Turquie kémaliste en Méditerranée orientale. Ce qui n'empêche pas leurs représentants actuels de n'avoir que "fascisme turc" à la bouche...

Voir également : L'émigration arménienne (FRA-Dachnak, Union arméno-géorgienne) et le fascisme italien dans les années 30

Les tractations d'Issahakian (représentant nationaliste arménien de l'Union arméno-géorgienne) avec le régime fasciste italien au moment de la crise éthiopienne (1935)

Le parti Dachnak et l'Italie fasciste


Après tout, qui se souvient de ce que faisait Vahan Papazian pendant la Seconde Guerre mondiale ? Du maquis des fedai à la collaboration avec le IIIe Reich, en passant par le soutien au Khoyboun : l'engagement de toute une vie au service de la FRA-Dachnak

L'entente kurdo-arménienne dans les projets des puissances de l'Axe (Italie et Allemagne)


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