vendredi 6 mars 2020

Joseph Staline et le mont Ağrı/Ararat




Joseph Staline, déclaration à Grigor Arutiunov/Harutiunian (premier secrétaire du PC d'Arménie), été 1945, source : Sergo Beria, Beria mon père. Au cœur du pouvoir stalinien, Paris, Plon, 1999, p. 282 :

"L'emblème national arménien arbore le mont Ararat. Fais quelque chose pour que cet emblème devienne réalité."


Joseph Staline était un bolchevik géorgien, né à Gori dans une famille ossète géorgianisée. Très impliqué dans les activités subversives du parti dans le Sud-Caucase ("expropriations") avant les deux révolutions de 1917, il avait pour camarade et ami Stepane Chaoumian : Chaoumian devint le dirigeant de la "Commune" de Bakou (1918), il supervisa, avec le concours des dachnaks locaux, le massacre de milliers d'Azéris, puis fut finalement fusillé pour ses crimes après le débarquement des Britanniques. Staline protégea le dachnak "Dro" Kanayan en 1921-1924, dans le contexte du recours aux forces dachnakes dans la répression des insurgés musulmans en Asie centrale.

Le long règne totalitaire de Staline a causé la mort de 20 millions de personnes (famines, déportations, exécutions) : crimes de masse aujourd'hui fortement minimisés, occultés ou légitimés dans les milieux politiques occidentaux (en particulier français), ainsi que dans les gauches turque et kurde (cf. Candan Badem, feu Garbis Altınoğlu/Altınyan, l'engagement du MLKP au "Rojava", l'alliance du EMEP avec le HDP, etc.).

Staline réactiva les revendications irrédentistes arméniennes pour faire pression sur la Turquie à propos de la question des Détroits (ce qui marqua le début de la guerre froide). Ses politiques de déportation des musulmans (dès les années 30) et de "rapatriement" des Arméniens diasporiques ont favorisé l'homogénéisation de la RSS d'Arménie. Ses propos privés, tels que retranscrits par le stalinien bulgare Dimitrov dans son journal, révèlent une hostilité vigoureuse à l'égard de l'Etat-nation turc (notamment durant le pacte de non-agression germano-soviétique).

Il circule plusieurs mythes arméniens au sujet de Staline. Ainsi, il est allégué qu'il aurait "donné" le Karabakh à l'Azerbaïdjan, et ce alors qu'il n'a fait que maintenir ce territoire au sein de l'Azerbaïdjan : les Arméniens du Karabakh ont eu droit à un statut d'autonomie, contrairement aux Azéris de la RSS d'Arménie (Zanguezour). La capitale du Karabakh (Khankendi) fut rebaptisée Stepanakert, en hommage à Stepane Chaoumian.

Il est même parfois affirmé que Staline et Beria (chef de l'appareil policier) projetaient de dépeupler l'Arménie, alors que le régime soviétique a fait exactement l'inverse (cf. ci-haut). S'il est probable que Lavrenti Beria ne partageait pas la ligne violemment anti-turque de Staline (il voulait récupérer le Lazistan en échange de concessions politiques de la part de Moscou, selon son fils Sergo), il n'en demeure pas moins qu'il avait de nombreux Arméniens parmi ses plus proches collaborateurs (Bogdan Koboulov, Arutiunov). Et Sergo confirme qu'il les appréciait.

Comme le dit si bien Ilham Aliev : "Si [Nikol Pachinian] n'aime pas Staline, c'est étrange qu'il aime tant Chaoumian."

Voir également : Staline et le chiffre sacro-saint d'1,5 million d'Arméniens

Aux sources de l'insatiable violence stalinienne : la culture de violence clanique des Arméniens et Géorgiens

Le bolcheviste arménien Stepan Shaoumian (Stepane Chaoumian) : un ami intime de Staline et le massacreur des Azéris de Bakou

Anastase Mikoyan : l'exceptionnelle longévité d'un ponte du stalinisme

Drastamat "Dro" Kanayan : de Staline à Hitler, parcours d'un "héros national" arménien

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La double oppression des Azéris en Arménie soviétique

Les "opérations nationales" de "nettoyage" des frontières soviétiques (1935-1937)

Sud-Caucase soviétique : les déportations de divers musulmans dans les années 30 et 40

Le plan stalinien de déportation du peuple azéri

Histoire des Arméniens : les déportations arméno-staliniennes d'Azéris

Agitation irrédentiste en Arménie stalinienne au moment du pacte germano-soviétique

Les revendications de Staline sur Kars et Ardahan (1945)

L'union sacrée de la diaspora arménienne autour du soutien à la dictature stalinienne (20 millions de morts)
  
La turcophobie exacerbée de l'historiographie arménienne et les buts stratégiques de l'URSS vis-à-vis de la Turquie : éclaircissement du cas de la RSS d'Arménie par celui de la RSS de Géorgie

"Comme celui des Tatars !"