dimanche 5 avril 2020

Le sénateur Manuk Azaryan Efendi et la guerre de libération nationale turque

Said Naum Duhani, Vieilles gens, vieilles demeures : topographie sociale de Beyoglu au XIXème siècle, Istanbul, Editions du Touring et Automobile Club de Turquie, 1947, p. 116-117 :

"Tout à côté de la maison habitée par Ziya Bey, en montant vers le Taxim, existait alors un petit hôtel particulier, précédé d'un jardinet, où étaient installés les « Services de l'Observatoire Ottoman »... Bizarre position, pour étudier le firmament.

Le Directeur de l'Observatoire se nommait Ali Riza Bey.

Monsieur Vlastari Senior, possédait la maison qui porte actuellement le No. 36, Istiklal Djaddessi. (...)

Un peu plus haut et sur le même côté, un long couloir recouvert aboutit à une salle de spectacles, qui fut le vieux « Ciné Cosmographe », à l'origine « Manège de M. Castelli ».

A côté de cet établissement, le four-pâtisserie, Meral, surmonté d'un café chantant à la turque (indjé saz), étale son enseigne aux regards des passants.

Cet immeuble fut partiellement brûlé pendant les années de l'Armistice (Guerre Générale No. 1) ; c'est là qu'Azarian Efendi, a péri dans les flammes d'une façon tragique. S'étant rendu auprès d'un habitant de la maison, pour affaires, il se trouva emprisonné dans l'appartement en feu ; une porte, qu'il ne put ouvrir s'étant renfermée [refermée] derrière lui. Cette claustration fut cause de son incinération macabre. Horrible fin !...

Ancien Consul Général de Turquie à Galatz [en Roumanie] et à Malte ; Ministre Plénipotentiaire à Belgrade ; Sous-Secrétaire d'Etat au Ministère des Affaires Etrangères et enfin Sénateur, Feu Azarian Efendi, était un diplomate de valeur, un honnête serviteur du Pays, qui avait su acquérir la sympathie générale de tous ceux qui ont eu l'heur de le connaître et de l'approcher."

Edouard Bernier, "La question turque : Dans l'attente de la solution", L'Europe nouvelle, 28 février 1920, p. 341 :

"Les Grecs ont été désagréablement surpris par l'échec de M. Clemenceau dont les sympathies connues le portaient trop souvent à voir la politique orientale à travers les lunettes grossissantes de M. Venizelos. La victoire du Tigre, c'était le triomphe de l'hellénisme, la possibilité pour celui-ci d'assouvir ses ambitions les moins légitimes. A Péra on devait illuminer le 17 janvier, et il a fallu remiser les lampions. A Stamboul le résultat de l'élection présidentielle fut accueilli avec satisfaction, mais aussi avec un calme qui surprend chez un peuple pour lequel l'ancien président du Conseil n'était pas toujours un juge impartial et averti. Cette attitude qui était de la bonne politique fut également déterminée par les dernières nouvelles reçues de Paris. La presse française, dans sa quasi-unanimité, opposait un « non possumus » formel aux projets de M. Lloyd George, et les Turcs pensaient avec raison que la leçon donnée au Premier anglais aurait une influence certaine sur les décisions à prendre par M. Clemenceau, installé à l'Elysée. La position ainsi prise par l'opinion publique française dans la question de Constantinople, a produit dans les milieux turcs la meilleure impression, et nous avons regagné en quelques heures le terrain que des fautes multiples nous avaient fait perdre. Au Sénat, Izzet Pacha, Mahmoud pacha, Abdurahman Cheref bey, président du Conseil d'Etat m'ont témoigné en termes émus leur vive gratitude, et le sénateur arménien Azarian concluait en paraphrasant les paroles célèbres : « La Turquie c'est Constantinople, et Constantinople c'est la Turquie. »

La situation reste toutefois pas mal embrouillée. La Chambre maintenant au complet, va se mettre au travail. Nettement nationaliste, elle comprend beaucoup de jeunes, très peu de religieux, et une majorité importante (80 %) d'intellectuels. Seuls, quelques membres de l'Entente libérale, serviteurs passionnés de l'Angleterre, formeront une opposition d'importance à peu près nulle. Trois hommes, Bekir Samy bey, Khara Vassif bey et Reouf bey apportent les volontés du Mouvement National dont ils sont parmi les chefs les plus écoutés. Ils exigent l'application intégrale des résolution votées à Sivas et à Erzeroum et qui se concrétisent dans cette formule lapidaire : Aux Turcs les parties turquisantes de l'ancien Empire Ottoman. A peine élu président de la Chambre, Rechad Ikmet bey, a posé la question et les applaudissements unanimes qui, à plusieurs reprises, ont interrompu son discours, ne laissent plus de place, fut-ce à Londres, pour l'équivoque."

Informations complémentaires sur Manuk Azaryan Efendi : Le loyalisme constant de Manuk Azaryan envers les Turcs

Voir également : La place des Arméniens dans les révolutions jeune-turque et kémaliste

La politique arménienne des Jeunes-Turcs et des kémalistes 

  
Les tentatives de rapprochement turco-arménien en 1918

Le rôle d'Agop Martayan Dilaçar et de Petros Zeki Karapetyan dans le développement des théories turcocentristes

Berç Keresteciyan : un député arménien sous Atatürk et İsmet İnönü