jeudi 16 avril 2020

L'intégration scolaire et militaire des déportés arméniens

Fuat Dündar, Crime of Numbers : The Role of Statistics in the Armenian Question (1878-1918), New Brunswick, Transaction Publishers, 2010 :

"Le 21 juin 1915, le gouvernement a émis des ordres pour déporter "tous les Arméniens, sans exception" dans les zones qui n'avaient pas été évacuées jusqu'alors - Trabzon, Diyarbekir, Canik, Sivas et Ma'muretü'l-aziz (voir annexe 23).

Cet ordre énonçait également de nouveaux principes régissant l'installation, leur principal objectif étant de s'assurer que les Arméniens apprennent le turc. Il était interdit aux Arméniens de créer leurs propres écoles dans les zones où ils avaient été installés et les enfants étaient obligés de fréquenter des écoles d'Etat. Les Arméniens étaient soit dispersés dans des villages musulmans, soit autorisés à établir leurs propres villages dans des zones désignées par le gouvernement, à condition qu'ils comptent moins de 50 ménages et à une distance d'au moins cinq heures entre eux." (p. 91-92)

"(...) du point de vue unioniste, la population était en soi presque la seule source d'énergie, de puissance et de richesse. Tant qu'elles ne créaient pas de problèmes, ne se révoltaient pas ou ne constituaient pas une menace statistique, les personnes étaient synonymes de richesse. On s'attendait à ce que, une fois l'élément révolté éliminé avec toutes ses "causes", le reste du peuple puisse devenir à la fois une force militaire et une population productive, capable même de réformer les déserts." (p. 80)

  
Fuat Dündar, entretien avec Talin Suciyan, Agos, 7 avril 2007 :

"Est-ce que des Arméniens sont enrôlés dans l'armée durant les déportations ?

Oui. Des Arméniens sont même enrôlés dans l'armée à Der Zor en 1916, en 1917.

Quelle est la source ?

Il existe des télégrammes codés.

Et est-ce qu'ils y vont ?

Je ne sais pas. Mais le pouvoir central l'ordonne. A condition qu'ils soient incorporés dans les bataillons de travail et sans armes..."


Voir également : La Mésopotamie envisagée comme une région de réinstallation pour les populations (avant la Première Guerre mondiale)

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