dimanche 17 mai 2020

L'anti-catholicisme virulent au sein du millet arménien (grégorien)

Xavier de Planhol, Minorités en Islam : géographie politique et sociale, Paris, Flammarion, 1997, p. 340-341 :

"Les appendices ruraux de la « Petite Arménie » projetés loin vers le Sud (voir p. 239) se renforcèrent par immigration (jusqu'au XVIIe siècle dans le Cassius), tandis que prospérait particulièrement celui du Musa dağ (= Kızıl dağ) où ils pratiquèrent habilement la sériciculture. Seuls les villages établis à l'Est de Latakié avaient disparu sous la pression alaouite au milieu du XIXe siècle. Une communauté urbaine non négligeable existait à Alep, où la première mention en remonte à 1329,  avant même la chute de la Petite Arménie, et où leur nombre s'accrut sensiblement à la période ottomane à partir de la seconde moitié du XVIe siècle, en provenance aussi bien de Cilicie (Maraş et Zeïtoun au XVIe siècle et vers 1740), que de la Haute Arménie (de Sasun, dans la province de Bitlis (marchands de blé et boulangers), au milieu du XVIIIe siècle ; de Kakarh sur l'Euphrate aux XVIe et XVIIe siècles ; d'Erzurum, Erzincan et Akin aux XVIIe et XIX siècles) ; ou même de Djolfâ sur l'Araxe à la fin du XVIe siècle. Des colonies beaucoup plus clairsemées, essentiellement formées de couvents, existaient en Palestine à Bethléem (100 personnes en 1875) et Jérusalem, en Transjordanie (notamment à Karak) depuis les Croisades, où ils achevaient de disparaître au milieu du XIXe siècle, et dans les villes importantes de Damas, Latakié et Beyrouth, la communauté de cette dernière s'étant largement développée dans les décennies précédant la Première Guerre mondiale. Enfin, la montagne Libanaise, qui en avait accueilli dès la chute de la Petite Arménie en 1375, fonctionna à nouveau comme un refuge aux XVIIe et XVIIIe siècles pour ceux qui se rattachaient à cette époque à la catholicité et étaient persécutés par leurs congénères restés fidèles à l'Eglise apostolique arménienne (monophysite). Le siège du Patriarcat arménien catholique y fut transféré, à Kreim (1742), puis à Bzommar en 1750. La plus grande partie d'entre eux, cependant, s'était progressivement fondue dans la population maronite locale."
 
Christiane Babot, La mission des Augustins de l'Assomption à Eski-Chéhir 1891-1924, Istanbul, Isis, 1996, p. 26 :

"On a vu qu'au début du siècle les arméniens catholiques avaient été persécutés par les arméniens grégoriens. Cela avait donné lieu, sous la pression de la France, à la création d'un millet arménien catholique en 1830, reconnu par le Sultan, avec pouvoir civil sur tous les sujets catholiques non Latins non reconnus par la Porte. Aussi un grec catholique de rite byzantin relevait civilement du patriarche arménien catholique. Le même phénomène se produisit lorsqu'en 1846, le patriarche grégorien Matteos lança un anathème contre les arméniens protestants, et qu'ils furent persécutés. Sous la pression de l'Angleterre, un millet protestant fut reconnu par le Sultan en 1850, et organisé sur des bases démocratiques anglo-saxonnes."

"Arménie : Rapport de S. B. Mgr Azarian. Patriarche arménien catholique. (Suite.)", Œuvre des Ecoles d'Orient, tome XIV : "Janvier 1887. — Novembre 1888", p. 317 :

"Mouche. — Le diocèse de Mouche a reçu l'année dernière un vaillant pasteur en la personne de Mgr Ohannessian, prélat doué des qualités précieuses qu'il fit valoir durant plus de dix années à Arapkir. C'est une véritable bénédiction que le Ciel envoie dans ce pauvre diocèse où tout est à refaire, ou plutôt à commencer.

L'objet des plus vives préoccupations de Mgr Ohannessian1, en partant pour son diocèse, a été, après la construction d'une église dans la ville épiscopale, d'établir dans toutes les missions du diocèse de Mouche un système scolaire qui fût à la fois peu coûteux et propre à faire faire de rapides progrès aux enfants. (...)

1. Le zèle de Mgr Ohannessian pour les écoles lui a valu la haine des sectaires grégoriens. Il y a quelques semaines, un maître d'école schismatique a tenté de l'assassiner à coups de couteau pendant son sommeil. — Voir les détails dans notre Revue illustrée du 15 juin dernier." 

Voir également : Le millet arménien au XIXe siècle : ascension socio-économique, apogée de l'autonomie structurelle interne et montée du nationalisme
 
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