vendredi 12 juin 2020

Le général Kâzım Karabekir et les Arméniens




Kâmuran Gürün, Le Dossier arménien, Paris, Triangle, 1984 :

"Sarikamis fut repris le 29 septembre [1920] au matin ; le soir du même jour, les forces turques occupaient Çalak, Divrik et le passage de Bezirgan, le 31 septembre Mardinik, et le 1er octobre Kâgizman.

Le 13 octobre les Arméniens passèrent à la contre-attaque, mais ils furent repoussés. Le 16 octobre l'armée turque reprit Baskaya et les positions avancées de Kars. Le 24 octobre, Kâzim Karabekir donna l'ordre d'attaquer Kars. Le 27 octobre, l'attaque commença.

Les montagnes de Yahniler et de Vezirköy-Ucler furent prises le 30 octobre. La ville de Kars et ses fortifications le furent le même jour. Karabekir Pacha nota les noms des personnalités qui furent alors faites prisonnières (page 841) :

« A la fin de la journée, les prisonniers qui se trouvaient réunis à la gare, où j'avais installé mon quartier général, étaient les suivants : 3 généraux, 6 colonels, 12 gouverneurs, 16 capitaines, 59 lieutenants, 16 fonctionnaires civils, 12 officiers adjoints, 4 aspirants. Les soldats faits prisonniers étaient au nombre de 1150. On a compté 1100 morts parmi les Arméniens.

« Ont été récupérés 37 canons en état de marche, 339 canons nécessitant une réparation, des fusils-mitrailleurs en grand nombre, toutes sortes de balles et de munitions, d'outillage militaire, des projecteurs, etc.

« Parmi les prisonniers, se trouvait le ministre de la Guerre, Aratov, le chef de l'état-major Vekilov, le commandant du groupe, de la forteresse de Kars, Primov, ainsi qu'un ministre civil.

« Cette offensive (...) nous a fait gagner une grande victoire et a permis d'écraser une grande partie de l'armée ennemie ; nous nous sommes saisis d'une forteresse moderne et nous n'avons eu que très peu de pertes : 9 morts et 47 blessés.

« Dans le communiqué ordonnant l'attaque de Kars, j'avais dit : « Le but de l'offensive est de poursuivre et de détruire aussi bien à l'intérieur qu'à l'extérieur de Kars, l'essentiel des forces arméniennes. » En vérité, mes soldats ont prouvé que l'armée turque est plus puissante que les armées les plus modernes et qu'elle est animée de sentiments supérieurs d'humanité, car, tandis qu'elle attaquait la forteresse de Kars, nos hommes, pareils à des lions, n'ont pas commis la moindre agression contre la population arménienne. Cela a été observé par la délégation américaine qui se trouvait sur place et le 31 octobre celle-ci a adressé à l'amiral Bristol le télégramme suivant :

« Tous les Américains à Kars sont bien, et l'armée turque nous donne d'excellents soins et toute considération. Nous avons la permission de continuer l'organisation comme avant. Les soldats turcs sont bien disciplinés et il n'y a pas eu de massacres. »

EDWARD Fox
District Commander
N.E.B. [Near East Relief] Kars » " (p. 312-313)


Alexandre Khatissian, Eclosion et développement de la République arménienne, Athènes, Editions arméniennes, 1989 :

"Le 24 novembre [1920], à six heures du matin, notre Délégation [chargée de négocier le traité d'Alexandropol] arriva à la gare d'Alexandrapol, où le représentant du Commandant Supérieur de l'Armée turque Kiazim Karabékir pacha était venu à notre rencontre. Il nous salua et déclara que les automobiles étaient avancées pour conduire les délégués dans les logements qui leur étaient réservés. Notre hébergement avait été prévu au Cercle des officiers, qui se trouvait en dehors de la ville. Nous nous y rendîmes aussitôt.

A dix heures du matin, désireux de commencer les négociations dès que possible, nous allâmes saluer Kiazim Karabékir pacha. Il frisait la cinquantaine [?]. Il parlait assez bien le français et, comme tous les fonctionnaires et diplomates turcs, il était d'extérieur très affable." (p. 271)

"Nous attendions un télégramme du nouveau Gouvernement [bolcheviste] de l'Arménie.

Le soir, à six heures, Dro m'invita à correspondre directement avec lui par télétype. Il me dit ceci :

"Je vous déclare, au nom du Gouvernement révolutionnaire, que vous êtes libre de signer ou non le traité [d'Alexandropol]"

Tout à fait conscient de la lourde responsabilité que j'assumais en signant ou en refusant de signer, je demandai pour la deuxième fois :

"Le Gouvernement est-il partisan de signer ou de refuser ? Nous attendons des instructions précises et claires".

Dro répondit :

"Je vous l'ai déjà dit : Agissez comme vous l'entendrez. Je parle au nom du Camarade Siline et en mon nom propre."

Siline était le représentant des Bolchévistes. Je réunis une assemblée générale des délégués et des parlementaires présents et leur dis :

"Messieurs, le Gouvernement révolutionnaire s'est arrangé pour nous laisser toute la responsabilité du traité à conclure avec l'ennemi. Notre devoir est d'assumer cette responsabilité devant le peuple. Je demande à chacun de vous d'exprimer son avis."

Tous, à l'unanimité, se déclarèrent favorables à l'acceptation du traité et à sa signature.

Les explications de vote des uns et des autres furent identiques. A huit heures du soir, la Conférence se réunit pour la quatrième et dernière fois. Après l'ouverture de la séance, nous déclarâmes accepter les conditions imposées. (...)

A deux heures du matin (nuit du 2 au 3 décembre), le traité fut signé par les deux délégations. Le lendemain, 3 décembre, à huit heures du matin, par télétype direct je prévins Dro que le traité était signé.

Je demandai si la Délégation pouvait rentrer à Erivan et si sa liberté serait garantie.

J'invitai la Délégation tout entière à conférer (16 personnes). (...)

Tous sans exception décidèrent de rentrer à Erivan. (...)

Nous décidâmes de remettre nous-mêmes au Gouvernement le texte du traité que nous avions conclu et de lui expliquer dans quelles conditions il l'avait été.

Mais à six heures, un officier supérieur de l'Etat-Major, nommé Behaeddine Chakir, vint me trouver de la part de Karabékir Pacha. Il parla en allemand et me dit que Karabékir, conscient du danger qu'il y avait pour moi de rentrer à Erivan, me proposait de me rendre à Kars et gagner de là soit Trébizonde via Erzerum, soit Batoum via Artvine, pour passer suivant mon gré à Constantinople ou à Tiflis. Il ajouta que toutes dispositions adéquates seraient prises en vue d'un tel voyage pour moi et pour mes compagnons.


J'exprimai quant à moi mes remerciements et je maintins notre décision de nous rendre à Erivan.

Behaeddine Chakir avait été désigné par Karabékir pacha pour représenter le Gouvernement d'Angora à Erivan. Il prit le même train que nous." (p. 280-281)


"Une Année de Diplomatie Soviétiste en Orient", La Correspondance internationale, n° 13, 23 novembre 1921 :

"Résumé d'une conversation avec G. Tchitchérine.

Paix amicale avec la Turquie. L'année de novembre 1920 à novembre 1921 est surtout caractérisée par le développement du mouvement émancipateur des peuples d'Orient.

Nos premières relations diplomatiques avec Turquie datent de 1920 (6 nov.) Mais peu après nos rapports avec Angora se gâtaient, l'armée turque de Kiazim Kara Békir ayant traité avec le gouvernement Dachnak-réactionnaire d'Arménie réfugié à Alexandropol, pour imposer à tout un pays arménien le protectorat turc, alors que l'Arménie soviétiste était déjà formée. Cette dernière ne reconnut pas ce traité qui fit l'objet des négociations ultérieures entre la Turquie et la Russie. Le gouvernement d'Angora négociait cependant avec l'Entente." (p. 103)


"Les républiques du Caucase : L'Azerbeïdjan et les bolchevistes", Le Temps, 12 janvier 1921 :


"On mande de Constantinople :

Des nouvelles de bonne source, arrivées de Bakou, présentent la situation en Azerbeïdjan comme assez favorable. Il semble que l'Azerbeïdjan soit à la veille de la délivrance du régime bolcheviste russe.

Les commissaires et l'armée rouge voient leurs rangs diminuer de jour en jour, par suite des incessantes désertions. Les soldats déclarent qu'ils sont fatigués des attaques, émeutes et soulèvements qui se produisent continuellement parmi les populations musulmanes, qui leur sont hostiles.

Les vastes districts de Lenkoran, de Kouba, et dernièrement aussi de Djéva, sont en pleine révolte, dirigée par les membres de l'ancien Parlement et par des chefs de l'ancienne armée azerbeïdjanienne.

Dans les contingents qui agissent contre les détachements bolchevistes, on trouve quantité de montagnards du Daghestan, de Persans, de Géorgiens et même d'Arméniens. Ceci prouve que les masses populaires de tout le Caucase ont conscience du danger qui menace toutes ces nationalités.

Les antibolchevistes ont des mitrailleuses et même des bouches à feu, quelques canons leur ayant été fournis par des Arméniens.

Un grand nombre de volontaires de la République de Nakhitchévan-Charouro viennent d'annoncer leur arrivée au secours des antibolchevistes.

Cependant, la principale aide contre les bolchevistes vient surtout de l'armée nationaliste turque. Auprès de Moustapha Kemal, à Angora, et auprès de Kiara Békir, à Kars, se trouvent en ce moment des représentants de toutes les nationalités du Caucase, qui attendent des armes pour la lutte finale. Les chefs des nationalistes turcs sont tout disposés à donner cette aide, surtout à l'Azerbeïdjan. Les populations de l'Azerbeïdjan, de la Géorgie et de l'Arménie n'attendent que cet appui pour rassembler leurs forces et se débarrasser des bolchevistes russes, auxquels même les bolchevistes du pays sont hostiles." (p. 2)


Extrait d'un article du Païkar (organe du Ramkavar aux Etats-Unis), cité dans Le Caucase (revue de Haïdar Bammate et Alikhan Kantemir), n° 7/14, juillet 1938, p. 35 :


"Bien que les Dachnaks n'aiment pas beaucoup qu'on en parle, nous devons tout de même leur rappeler qu'à partir du jour où ils ont sollicité l'aide de Karabekir Kiazim pacha et d'Ankara (lors du soulèvement arménien contre les bolcheviks en 1921 (n. d. l. r.) et jusqu'à la création du « Prométhée », le « Dachnaktsoutioun » est devenu l'instrument de la propagande turque [sic]. S'il existe un gouvernement qui soit particulièrement content de l'animosité des dachnaks envers le pouvoir soviétique, c'est Ankara, car il sait que le « Dachnaktsoutioun » ne sert qu'à brouiller le pouvoir soviétique avec les Arméniens et vice versa. Cela ne profitera qu'à la Turquie, bien que certains journaux (turcs), tel que « Son Posta », prêchent hypocritement l'amitié avec l'Union soviétique."


Serge Afanasyan, L'Arménie, l'Azerbaïdjan et la Géorgie : de l'indépendance à l'instauration du pouvoir soviétique (1917-1923), Paris, L'Harmattan, 1981 :

"Les Soviets organisent une Armée rouge arménienne forte de 18 000 hommes, cela en contradiction avec les clauses du traité d'Alexandropol, que les Turcs considèrent toujours comme valides, et qui prévoient une force de police de 1 500 hommes : Kiazim Karabekir prend ce prétexte pour refuser l'évacuation d'Alexandropol et exige en même temps l'évacuation de l'Arménie par les troupes russes, considérant leur présence dans le pays comme contraire à l'esprit du traité (A.M.A.E.F., Caucase, 653, f° 224)." (p. 191, note 185)


"Une conférence caucasienne", Le Temps, 3 septembre 1921 :


"On mande de Constantinople :

Une conférence vient de se réunir à Kars, sous la présidence de Kiazim Karabekir pacha. Elle réunit des délégués de la Turquie et de trois Etats caucasiens [soviétisés] : Géorgie, Arménie et Azerbeïdjan. La délégation turque comprend, outre Kiazim Karabekir pacha, Moukhtar bey et Veli bey, ainsi que plusieurs conseillers techniques. La Géorgie est représentée par une délégation que préside M. Boudivani." (p. 4)


A. A., "En Turquie : Angora signe des accords avec des républiques du Caucase", L'Intransigeant, 28 octobre 1921 :


"Constantinople, 22 octobre (de notre corr. part.). — Par le traité de Kars, le gouvernement d'Angora s'est assuré une hégémonie sur les pays du Caucase. Aux termes de ce traité le gouvernement d'Angora s'engage à fournir à l'Arménie des céréales et des objets de première nécessité.

De son côté, le gouvernement arménien a accepté — dit-on — l'influence prépondérante du gouvernement d'Angora, et s'est engagé à procurer aux troupes kémalistes des armes et des munitions disponibles dans le pays. En outre, le gouvernement arménien a déclaré cesser toute propagande antikémaliste à l'étranger. Dans le cas où l'Arménie se refuserait à exécuter les engagements pris, l'expédition de céréales sera suspendue.

Les kémalistes ont conclu une alliance offensive et défensive avec l'Azerbaïdjan, et une entente avec la Géorgie et les autres Etats caucasiens.

La délégation soviétique du gouvernement de Moscou a approuvé sans réserve les arrangements contractés.

La représentation kémaliste placée sous la présidence du général Kiazim Kara Bekir pacha se rendra incessamment à Angora soumettre à la ratification de l'Assemblée Nationale d'Anatolie, les accords et traité conclus." (p. 3)


Pertinax, "A Lausanne : Une nouvelle crise va s'ouvrir", L'Echo de Paris, 2 décembre 1922 :


"Dans certains milieux alliés, pour modérer les Turcs et les porter au compromis, on espérait, on espère encore, que la crainte de la Russie produira d'utiles effets. Des tiraillements, de véritables conflits turco-russes existent à l'heure actuelle, dans le Caucase notamment. A cet égard, je veux signaler que certains passages de mes articles relatifs au Caucase, ont eu le don d'exaspérer M. Rakowsky, qui les a fait critiquer par certains de ses porte-parole ordinaires. J'ai entre les mains une lettre du commissaire du peuple des affaires étrangères à l'ambassade des Soviets à Berlin, datée du 22 septembre 1922, où la position précaire des communistes dans le Daghestan, la Géorgie, etc., est exposée dans toute sa gravité, où l'action hostile du commandant en chef turc, Kiazim Kara Békir est dénoncée avec la plus grande indignation. Cela dit, il n'en est pas moins vrai que, pêchant par grande témérité, les Turcs renvoient à plus tard leurs démêlés avec les Russes et, pour le moment, inclinent à faire bloc avec eux contre l'Occident." (p. 3)


P. Gentizon, "Lettre de Turquie : La politique turque", Le Temps, 6 avril 1923 :


"Le début du refroidissement des relations entre les Soviets et les nationalistes turcs, date de la conférence de Lausanne, en raison même du peu d'appui qu'accorda Ismet pacha à la thèse russe sur la question des Détroits. On se souvient aussi que, lorsque le même général déclara que la Turquie demanderait son entrée dans la Société des nations aussitôt la paix conclue, les Russes interprétèrent ce fait comme un succès de la politique britannique. Moscou dut en tout cas se rendre compte dès ce moment-là que la politique d'Angora tendait de plus en plus à échapper à l'influence exclusive des Soviets. Le changement d'attitude de la Turquie nouvelle à l'égard de la Russie s'explique en outre par le fait que l'activité des armées rouges au Caucase a toujours été, et dès son origine, d'essence nationaliste. C'est surtout dans cette partie de son ancien empire que la Russie, à travers, ou plutôt au-dessus du bolchevisme, s'est retrouvée elle-même. Les doctrines de la troisième Internationale, le communisme, l'humanitarisme ne jouent en effet aucun rôle dans les mobiles des chefs et les sentiments des soldats qui ont occupé ces terres, lesquelles n'ont d'ailleurs rien de slave. Ainsi, c'est à la frontière de la Turquie que le nationalisme russe a pesé et pèse encore le plus. C'est pourquoi, poussée par sa crainte atavique à l'égard de son voisin du nord et malgré le traité d'alliance entre Moscou et Angora, la Turquie s'est toujours plainte des tendances « russificatrices » des autorités soviétiques au Caucase : elle a toujours eu de la sympathie, par exemple, pour les montagnards musulmans du Daghestan qui, par leurs incursions hardies dans les plaines, renouvellent par intermittences contre les Russes les exploits de Schamyl. Et lorsque les Soviets décidèrent l'an dernier que la Transcaucasie dépendrait désormais directement de Moscou, nombre de personnalités turques — Kiasim Kara Békir en tête, on sait que ce dernier est l'ancien commandant en chef des armées turques de l'est n'ont point caché leurs sympathies à l'égard des aspirations nationales de ces populations du Caucase dont une grande partie est, d'ailleurs, apparentée à la Turquie par la race et la religion.

Néanmoins, jusqu'à ce jour, les nécessités de la défense nationale ont imposé à la Turquie menacée dans son existence même l'amitié et l'appui bolchevistes, tandis que la Russie rouge comptait de son côté sur les baïonnettes turques et les forces musulmanes pour soulever l'Orient et, peut-être aussi, profitant de l'occasion, pour frapper dans le dos la puissance britannique en Asie. En somme, dans cette aide mutuelle entre Turcs et Russes, chacune des deux parties cherchait à exploiter en sa faveur les forces et les idées de l'autre, Angora pour un but immédiat qui vient d'être atteint, Moscou pour un but lointain, probablement chimérique et qui, jusqu'à ce jour, n'a pas reçu la moindre réalisation. C'est pourquoi, avec la paix prochaine, les principales raisons de l'alliance turco-russe nous paraissent devoir tomber d'elles-mêmes. La Turquie nouvelle, après avoir obtenu l'application presque intégrale de son pacte national, ne se trouvera plus, comme autrefois, dans la nécessité d'accepter encore l'aide de Moscou : elle ne sera plus portée à exploiter les idées bolchevistes en faveur de sa cause comme une arme contre l'Occident." (p. 2)


Kardach, "Les Bolcheviks et l'Indépendance des peuples de l'Orient", Prométhée, n° 5, mars 1927 :

"Bref, les Républiques du Caucase, en tant qu'entités politiques indépendantes, disparaissent. Cette circonstance doit avoir une importante signification, avant tout pour la Turquie qui est limitrophe desdites républiques et qui est presque la seule puissance ayant conclu avec elles un accord formel à Kars, le 13 octobre 1921.

Comme Etat voisin, la Turquie a devant elle la question primordiale de la situation politique et économique du Caucase, dont la majeure partie de la population est formée par des Musulmans, dont plus de la moitié appartiennent à des peuples Turcs-Azéris, apparentés aux Turcs d'Anatolie. Ayant signé les susdits accords, la Turquie a le droit de demander où sont ces Républiques prétendues soviétiques, mais pourtant indépendantes du Caucase du Nord, de l'Azerbaïdjan, de la Géorgie et de l'Arménie, avec les représentants de qui Kiazim Kara Bekir Pacha, le député de Bourdoura Véli bey, l'ancien secrétaire d'Etat au Ministère des Travaux publics Moukhtar bey et le ministre plénipotentiaire de Turquie en Azerbaïdjan, Memdoukh Chevket Bey, ont signé, en 1921, au nom de la Grande Assemblée Nationale d'Angora, un traité en vertu duquel les parties contractantes ont obtenu mutuellement toute une série de droits et assumé toute une série d'obligations réciproques. L'extrême importance de la réponse à cette question pour tout le Caucase, ou plutôt pour tout le Proche-Orient, ne peut être niée." (p. 12-13)


"La Turquie repousse les revendications russes", L'Impartial (quotidien paraissant à La Chaux-de-Fonds), 24 décembre 1945 :


"Indignation à Ankara où l'on craint un nouveau Munich

ANKARA, 24. — AFP. — Une atmosphère d'indignation régnait samedi dans les couloirs de la Grande Assemblée nationale : Tous les députés estiment qu'en aucun cas le gouvernement turc ne peut entamer la moindre discussion avec un gouvernement étranger qui demande l'annexion d'un territoire équivalant au huitième du pays. On ne se dissimule pas que la Turquie traverse actuellement les heures les plus sombres qu'elle ait connues depuis la guerre d'indépendance. Certains redoutent qu'elle ne devienne une nouvelle Tchécoslovaquie et, Moscou, un nouveau Munich.

Cependant, les revendications soviétiques sont si exagérées que les Anglo-Saxons ne peuvent pas, estime-t-on, ne pas leur manifester la plus rigoureuse opposition. (...)

Le discours du général Karabékir est considéré comme officiel

Le gouvernement turc le fait publier intégralement


ANKARA, 24. — AFP. — Contrairement à l'usage, le gouvernement turc a fait publier intégralement, le texte du discours que le général Kiazim Karabékir a prononcé jeudi devant le parlement. Ce discours, dont les extraits sont déjà connus, était consacré entièrement aux rapports turco-russes.

Au lendemain du jour où les Russes posent de nouvelles revendications, le fait que le gouvernement ait ordonné la publication officielle de ce document signifie qu'il en approuve tous les termes, quelque violents qu'ils fussent.

On y relève notamment : « Les Détroits constituent littéralement la gorge de notre nation. Nous ne permettrons pas qu'on y touche. Mais on doit savoir aussi que le plateau de Kars est son épine dorsale. Nous sommes perdus si nous la laissons briser. » Le général a déclaré en concluant : « Si les Russes insistent pour nous demander des terres, il ne fait aucun doute que nous allons nous battre. Mettant en jeu tout ce que nous possédons, nous lutterons jusqu'à la fin du monde, jusqu'à ce qu'il ne reste pas un seul Turc. Notre argent, nous le dépenserons à nous armer jusqu'aux dents. » (...)

Nouvelles déclarations du général Karabékir


ANKARA, 24. — Agence d'Anatolie. — Le général Kazim Karabékir, qui fut commandant du front oriental et négocia le traité turco-russe, a pris la parole à l'Assemblée nationale au sujet des relations turco-soviétiques. Il a réfuté les allégations selon lesquelles la Turquie aurait occupé par la force la ville de Kars et les territoires avoisinants. Il a également réfuté l'affirmation que ces territoires appartiendraient à l'Arménie et que les Turcs en auraient massacré les habitants après avoir saccagé leurs demeures.

De l'avis du général Karabékir, les Russes ont profité tout autant que les Turcs de l'amitié nouée entre les deux pays et que les Russes, Lénine en premier lieu, sont redevables aux Turcs d'avoir pu mener à chef leur révolution, car, a-t-il précisé, si à ce moment là les Turcs étaient entrés en guerre contre la Russie, les affaires auraient tourné tout autrement. C'est ce que les Russes ont admis du reste dans des discours officiels.

Les territoires revendiqués sont authentiquement turcs


Le général Karabékir a démontré ensuite que le caractère foncièrement turc des régions revendiquées en relevant que les Turcs n'ont pas pris celles-ci aux Russes. En effet, lorsque les Turcs y pénétrèrent, les Russes s'étaient retirés dans leur propre patrie. Les Turcs ont pris ces régions aux envahisseurs arméniens qui avaient massacré la moitié de la population turque. Le général a cité à ce propos des témoignages écrits de citoyens américains, ainsi que les témoignages de généraux arméniens sur la façon humaine dont se comporta l'armée turque à l'égard des prisonniers de guerre arméniens. Ces documents ont été remis au président du Conseil.

Le général Karabékir a cité enfin le discours prononcé par le délégué soviétique Ganteski, signataire du traité de Kars, au nom de Lénine et de Tchitchérine, dans lequel il disait : « Nous avons reconnu les droits de la Turquie et invitons les autres nations européennes à agir de même. A l'est, nous avons tracé les frontières auxquelles les Turcs ont droit." (p. 10)


Sur Kâzım Karabekir (officier issu du Comité Union et Progrès et de l'Armée d'Action) : Les combattants arméniens à Erzurum (1918) : lâcheté et massacres de civils

Ce que cache le pathos sur les "Arméniens cachés" (expression ridicule puisqu'il s'agit de descendants partiels d'orphelins arméniens)

L'anti-bolchevisme de Kâzım Karabekir et Fevzi Çakmak

L'opposition du Parti républicain progressiste (1924-1925)
  
La présidence d'İsmet İnönü (1938-1950) : un souffle nouveau pour la République turque

Sur les sources américaines (l'amiral Mark L. Bristol, les humanitaires Edward Fox, Veronica Harris et George T. White) confirmant l'absence de massacre lors de la reprise de Kars : Heath W. Lowry, "American Observers in Anatolia ca. 1920 : The Bristol Papers" 

Sur la persistance d'une présence chrétienne à Kars sous la République turque : Les populations musulmanes et chrétiennes de Kars, au gré des fluctuations militaires et géopolitiques
 
Les Allemands de la Volga en provenance d'Anatolie orientale

Voir également : La politique arménienne des Jeunes-Turcs et des kémalistes

Les tentatives de rapprochement turco-arménien en 1918


Le gouvernement de Talat Paşa (Talat Pacha) et la reconnaissance de la République d'Arménie (1918)
  
Enver Paşa (Enver Pacha) et les Arméniens

Ahmet Rıza et les Arméniens
  

Le général Vehip Paşa (Vehib Pacha) et les Arméniens
     
Bekir Sami Kunduh : entre racisme anti-arménien et pragmatisme


La place des Arméniens dans les révolutions jeune-turque et kémaliste

Berlin, 1942 : rencontre entre Nuri Killigil (frère d'Enver Paşa) et Alexandre Khatissian (dachnak)

Agitation irrédentiste en Arménie stalinienne au moment du pacte germano-soviétique
 
Les revendications de Staline sur Kars et Ardahan (1945)
 
L'union sacrée de la diaspora arménienne autour du soutien à la dictature stalinienne (20 millions de morts)
  
 
La turcophobie exacerbée de l'historiographie arménienne et les buts stratégiques de l'URSS vis-à-vis de la Turquie : éclaircissement du cas de la RSS d'Arménie par celui de la RSS de Géorgie