mercredi 8 juillet 2020

Bedros Haladjian, un cadre dirigeant du Comité Union et Progrès




"A l'Etranger", Le Figaro, 14 septembre 1909, p. 2 :


"Le nouveau ministre des travaux publics en Turquie

Constantinople, 13 septembre.

M. Haladjian, ministre des travaux publics, a reçu ce matin les représentants de la presse locale, il a prononcé un discours applaudi insistant sur le rôle éducateur de la presse et l'invitant à collaborer à la régénération du pays.

Il a reçu également une délégation de la Chambre ottomane du commerce et il a déclaré sa ferme volonté de combattre toutes les entraves au commerce et à l'industrie.

M. Haladjian a, comme on sait, remplacé M. Noradounghian démissionnaire. C'est un Arménien comme lui, un ancien employé de la Dette ottomane qui avait été, dès le début,
très favorablement remarqué par le commandant Berger.

Le nouveau ministre a fait ses études de droit, à Paris, jusqu'au doctorat.

Quand la révolution éclata, il était chef du contentieux de la Dette. Il fut désigné comme candidat des Arméniens à la députation. Une fois à la Chambre, il vota constamment avec les membres du comité. Ceux-ci trouveront en lui le collaborateur docile qu'ils cherchaient."


"La crise turque", Le Temps, 13 septembre 1912, p. 2 :

"Le congrès d'Union et progrès

Le congrès du parti Union et progrès [évincé du pouvoir par un coup de force des "libéraux" anglophiles] a élu un comité central composé de 24 membres. Abdullah Sabri, Zia et Midhat, anciens députés, Talaat, ancien ministre, qui appartenaient à l'ancien comité central, Ismaïl Hakki, ancien vali de Van, et le prince Saïd Halin, sénateur, ancien ministre, forment le bureau permanent.

Le prince Saïd Halin a été élu président du bureau permanent, avec le titre de secrétaire général.

Le comité central comprend deux chrétiens, Bostani, Arabe, sénateur, et Haladjian, Arménien, ancien ministre ; en outre Djavid, Hairi, Moussa Kiaz, Amroullah et Hadj Adil, anciens ministres ; Djahid et Babanzade, du Tanine ; le chérif Djaffer, Arabe, le sénateur Hussein Kiazin, ancien vali de Salonique ; Munif, ancien vali de Monastir ; Ayoub Sabri, Albanais ; le médecin Nazim, qui appartenait à l'ancien comité, et Nessini, Crétois, ancien député.

Le congrès est clos.

Le comité central élaborera un programme et publiera des brochures pour exposer sa politique dont le but est l'union et le progrès. Le bureau permanent s'occupera exclusivement des affaires administratives du parti."


"La crise balkanique", Le Temps, 6 octobre 1912, p. 2 :


"Manifestations à Constantinople

Des démonstrations patriotiques et belliqueuses assez ardentes se sont succédé à Constantinople dans la journée d'hier. Chacun des deux grands partis politiques a manifesté et envoyé des adresses au sultan. Les légations des Etats balkaniques sont maintenant gardées par la police et par la troupe, pour prévenir des incidents fâcheux qui menaçaient de se produire.

Dès le matin ont défilé dans les rues des centaines de manifestants précédés de drapeaux et de musiques, chantant des airs patriotiques et criant : « A bas les Etats balkaniques ! »

Dans la manifestation sur la place du Sultan-Ahmed, les orateurs ont demandé que la Turquie reprenne sa frontière naturelle du Danube ; d'autres ont prêché la guerre sainte et traité de bâtards les souverains des Balkans.

La manifestation de l'Entente libérale a eu lieu le matin, elle a télégraphié au sultan le texte d'une résolution dans laquelle elle repousse toute idée de réunion d'une conférence en vue de résoudre la question des Balkans et demande que la guerre soit déclarée à la Bulgarie et à ses alliés.

L'après-midi une manifestation de douze mille personnes environ avait été organisée par le comité Union et progrès dans la cour de la mosquée du Sultan-Ahmed. Elle a adopté une résolution affirmant l'union de tous les Ottomans, sans distinction de race ni de religion, en présence de la menace des Etats balkaniques, et déclarant que les Ottomans soutiendront unanimement le gouvernement pour la défense de la patrie, et qu'ils sont prêts à tous les sacrifices pour sauvegarder l'honneur et l'intégrité de l'empire.

Les manifestants, en tête desquels marchaient les anciens ministres Talaat bey et Haladjian, sont allés ensuite prier sur la tombe du conquérant à la mosquée Fatih.

Le sultan a reçu, au palais de Dolma-Bagtché, la manifestation du comité conduite par Talaat bey et par Haladjian. Le sultan a fait le meilleur accueil aux manifestants et les a remerciés.


Dans le même moment, un groupe de manifestants s'est arrêté à Péra, devant la résidence du ministre des affaires étrangères ; Noradounghian effendi a prononcé quelques paroles."


"La crise intérieure turque : Nouvelles arrestations de chefs Jeunes-Turcs", L'Action, 23 novembre 1912, p. 6 :

"Constantinople, 22 novembre. — Les anciens ministres Jeunes-Turcs Hadji Alil, Nedjemeddin et Haladjian, l'ancien gouverneur Ismid Kiazim, le chef secrétaire du Sénat Mouchtar et le président du club Jeune-Turc de Smyrne ont été arrêtés.

L'ancien ministre Talaat bey a réussi à s'échapper."


"Dans les Balkans", Le Petit Caporal, 28 novembre 1912 :


"Le gouvernement et les Jeunes-Turcs

Constantinople, 27 novembre. — On a mis en liberté sous caution Haladjian à la suite d'une démarche du patriarcat arménien, et Mouchtack sur la demande du prince héritier."


"La crise balkanique", Le Gaulois, 2 juillet 1913, p. 2 :


"La commission financière

Le comité de la Dette de la commission financière des affaires balkaniques s'est réuni hier matin, au ministère des affaires étrangères, sous la présidence de M. de Margerie et la vice-présidence de M. Helfferich (Allemagne).

A l'ordre du jour de cette séance figurent l'examen de tableaux statistiques supplémentaires présentés par la délégation ottomane et la discussion des principes techniques qui peuvent servir de base au calcul de la part contributaire des Etats.

Les tableaux statistiques déposés hier sur le bureau du comité, comprenant notamment l'état général des recettes budgétaires de l'Empire ottoman, feront l'objet d'un examen ultérieur lorsqu'ils auront été imprimés et distribués aux délégués.

Par la bouche d'Haladjian effendi, la délégation ottomane a répondu point par point à l'exposé de principes fait au cours de la deuxième séance du comité de la Dette, tenue le 26 juin dernier, par M. Valaoritis (Grèce), au nom des délégations des Etats balkaniques.


Après un échange de vues très détaillé sur la procédure à suivre, le comité a décidé de reprendre l'examen de cette question cet après-midi, à quatre heures, lorsque le mémoire d'Haladjian effendi sera entre les mains de tous les délégués."


René Moulin, "Andrinople doit rester turque : Interview de S.-E. Haladjian Effendi", Gil Blas, 24 juillet 1913, p. 1 :


"L'entrée des Turcs à Andrinople est aujourd'hui confirmée. Bien que prévu depuis plusieurs jours, l'événement va donner de la tablature aux chancelleries.

Andrinople restera-t-elle aux mains de la Turquie ou, au contraire, sera-t-elle rétrocédée aux Bulgares ? Et si les Turcs refusent d'évacuer la ville sur laquelle flotte de nouveau le drapeau ottoman, l'Europe devra-t-elle intervenir et au besoin recourir à des mesures coercitives.

En France, l'opinion publique paraît très partagée. D'aucuns considèrent que la Turquie est niée par le traité de Londres et qu'il appartient à l'Europe de faire respecter ses décisions. D'autres estiment que la Bulgarie, par son agression préméditée manquée contre les Serbes, a répondu à l'avance à l'objection et témoigné du respect qu'elle professe à l'égard des parchemins où ligure sa signature.

Ce qu'est la thèse turque, il est facile de le deviner ; mais il est intéressant de savoir sur quels arguments le gouvernement ottoman la justifiait. Et voici les déclarations qu'un des délégués à la conférence financière de Paris, Haladjian Effendi, ancien ministre des Travaux publics, et qui fut l'an dernier vice-président de la Chambre, a bien voulu nous faire aujourd'hui :

« Si la Turquie s'est décidée à jeter son épée dans la balance, ce n'est pas sans hésitation et sans regret.

« Après le traité de Londres, et bien qu'il n'ait pas encore été ratifié, nous n'avions qu'un souci et qu'un désir : panser les blessures de notre patrie mutilée, réparer les désastres d'une guerre malheureuse, rendre le calme à un pays que le destin a si cruellement trahi. Sans doute, nous étions inébranlablement résolus à ne pas accorder aux Bulgares l'indemnité de guerre qu'ils réclamaient avec une obstination qui n'a eu d'égale que notre ténacité, mais nous désirions conclure avec nos adversaires une paix durable, sincère.

« Les événements ont dérouté nos prévisions pacifiques. Avec une sauvagerie odieuse, un acharnement farouche, les Bulgares ont soumis les populations musulmanes de Thrace aux plus exécrables traitements.

« Là-dessus les rapports que nous recevons quotidiennement ne peuvent laisser place à aucun doute. Et si nous conservions encore quelques illusions, elles seraient bien vite dissipées par les détails, vérifiés et contrôlés, fournis sur les épouvantables excès, perpétrés en Macédoine par les comitadjis bulgares, détails confirmés par des envoyés spéciaux, non suspects de partialité à notre égard, comme René Puaux, par exemple, qui fut correspondant de guerre du Temps aux armées bulgares.

« Il nous était impossible d'assister plus longtemps, en spectateurs indifférents, aux massacres qui ensanglantaient et meurtrissaient tant de villages musulmans. La marche en avant de notre armée  a été dictée par le souci d'arrêter, par la fonce, les cruautés odieuses auxquelles se livraient, sur des populations inoffensives et sans défense, les vainqueurs d'hier. Ah ! elle est belle la conquête de la Croix sur le Croissant et de la civilisation bulgare sur la barbarie turque !

« Voilà de grands mots qui, je l'espère, auront fait leur temps. Et j'imagine que, cette fois, l'Europe comprendra notre légitime indignation.

« Quant à Andrinople, la ville est prise, et il faut qu'on sache que nous ne la rendrons que contraint par la force. Puisque les Bulgares ont levé contre nous l'étendard au nom du principe des nationalités, ils ne sauraient trouver mauvais qu'au nom de ces mêmes principes, nous gardions une ville qui est turque, exclusivement et rigoureusement turque, à l'exception de quelques milliers de Grecs et d'Arméniens.

« Nous nous refusons à croire que la France, qui nous a prodigué, naguère, tant de preuves de sa sympathie agissante et à laquelle nous entendons donner — en l'associant étroitement à notre relèvement — les témoignages les plus tangibles de notre reconnaissance, puisse accepter de prendre part aux mesures coercitives que certains de vos confrères voudraient voir diriger contre nous. Oublient-ils que le gouvernement qui rendrait Andrinople risquerait d'être balayé par la colère populaire ! Oublient-ils l'intérêt moral, matériel, traditionnel, que la France, plus que toute autre nation, possède au maintien à Constantinople d'un gouvernement fort et respecté, à la tête d'une Turquie réorganisée et prospère ! » "


Georges Lechartier, "Un empire qui ne veut pas mourir : Le Programme des “ Jeunes Turcs ” : Ils tâcheront d'orienter leurs compatriotes vers le progrès moderne", L'Action, 24 novembre 1913, p. 1 :

"Chaque année, le Congrès Jeune-Turc se réunit au mois de septembre, avant la rentrée du Parlement. Cette fois, il a pris une importance inaccoutumée. Le parti a été entièrement réorganisé et son activité politique a pris une orientation nouvelle.

Le Congrès a eu tout d'abord à délibérer sur le nouveau programme qui lui était soumis. Ahmed Riza bey, sénateur, ancien président de la Chambre, avait été élu président. Venu tout exprès de Paris, il n'a assisté qu'aux trois premières séances, sans qu'on ait connu le motif de son abstention ultérieure ; il a été ensuite suppléé dans ses fonctions par Fethi bey, secrétaire général du Comité, qui vient d'être nommé ambassadeur à Sofia. Détail caractéristique : pas un Grec n'a voulu participer au Congrès, et très peu d'Arméniens en ont suivi les travaux.

La réorganisation du parti « Union et Progrès »

Le Comité de l'Union est redevenu un organisme politique militant. Son but avoué est de s'assurer le plus longtemps possible le Pouvoir. Il n'a plus rien de secret, tout Osmanli peut en faire partie, il n'a qu'à en exprimer le voeu, sans aucune formalité de serment ni d'affiliation. L'intention du Comité est d'éviter tout sujet de friction avec le Gouvernement, de manière qu'on ne puisse l'accuser d'être dans l'Etat une sorte de second Gouvernement irresponsable. (...)

Au nombre des vint-six membres du conseil général, on trouve l'ancien ministre des Finances Djavid bey, le directeur du Tanine Djahid bey, le rédacteur politique de ce journal Babansadeh Hakki bey. Il est remarquable qu'il n'ait élu à la direction du parti que deux Arabes et un Arménien, Haladjian effendi. Aucun juif, aucun Grec. Pour ceux-ci, qui sont hostiles aux Unionistes, il n'y a rien d'étonnant. Il n'en est pas de même pour les israélites, qui sont en général favorables au Comité."


Voir également : La place des Arméniens dans les révolutions jeune-turque et kémaliste
  
Le projet ottomaniste d'admission des Arméniens dans l'armée ottomane : des Tanzimat à la révolution jeune-turque

Le prétendu "massacre jeune-turc" d'Adana en avril 1909

Hrant Bey Abro et les relations gréco-ottomanes

Le contexte des exactions dans l'Empire ottoman tardif : insuffisances de l'administration, difficultés des réformes et du maintien de l'ordre

Le rôle des Arméniens loyalistes dans l’Empire ottoman durant la Première Guerre mondiale
  
"Génocide arménien" : les télégrammes secrets (authentiques) de Talat Paşa (Talat Pacha)
  
 
"Génocide arménien" : les élites arméniennes d'Istanbul (après la descente de police du 24 avril) et les Arméniens d'Anatolie exemptés de déportation

Les Arméniens de l'armée ottomane ont-ils été "exterminés" pendant la Première Guerre mondiale ?

"Génocide arménien" : la présence persistante de nombreux Arméniens au sein de l'armée ottomane


La politique arménienne des Jeunes-Turcs et des kémalistes

Le gouvernement de Talat Paşa (Talat Pacha) et la reconnaissance de la République d'Arménie (1918)
    
Le sénateur Manuk Azaryan Efendi et la guerre de libération nationale turque
 
Arménag Sakisian et les auteurs nationalistes turcs