vendredi 10 juillet 2020

Les massacres de musulmans persans à Ourmia (1918)




Le lieutenant Nicolas Gasfield, "Au Front de Perse pendant la Grande Guerre : Souvenirs d'un officier français", Revue d'Histoire de la Guerre mondiale, 2e année, n° 3, juillet 1924, p. 131-133 :

"L'auteur raconte alors comment il parvient à organiser quelques troupes, formées de « djilos » [montagnards assyro-chaldéens]. Mais le gouverneur d'Ourmia appelle dans la ville plusieurs centaines de cavaliers persans.

Quelques jours après l'arrivée de cette garde étrange, vers le soir du 24 février 1918, des coups de fusil éclataient dans différents quartiers de la ville ; des Persans, armés de fusils et de poignards, entourèrent le quartier chrétien et l'attaquèrent ; bientôt la ville d'Ourmia se transforma en champ de bataille ; des hommes, des chevaux tués gisaient par terre ; comme par enchantement, des milliers de djilos, dispersés dans les environs, accoururent dans la ville ; il faut leur rendre cette justice qu'aguerris par leur brigandage, ils se battaient vaillamment et ripostaient aux Persans avec beaucoup d'entrain. Nos canons bombardèrent les quartiers musulmans, où les adversaires, terrorisés par les obus et par la défense acharnée des djilos, commencèrent à lâcher pied le lendemain même ; le troisième jour de cette bataille dans les rues et sur les toits des maisons, les Persans demandaient grâce et envoyaient une délégation, composée de notables et de mollahs, supplier Mar-Choumoun de faire la paix... Cette délégation, drapeau blanc en tête, traversa la ville à pied (tous les chevaux persans ayant été enlevés par les djilos), humiliée par cette défaite rapide et inattendue, blessée dans son fanatisme, elle contemplait, en traversant les rues encombrées de ruines, le triste tableau que présentait la ville. Ici je laisse la parole au Dr Caujole qui, dans ses souvenirs d'Ourmia, intitulés : Les tribulations d'une ambulance française en Perse, dit : « Quel souvenir, je garderai de cette journée tragique.. Quelles visions d'horreur passent devant mes yeux !

« Des fillettes éventrées, les intestins dévidés sur la neige, vivant encore et retenant leurs entrailles dans leurs mains. Un enfant, l'œil tiré de l'orbite, un poignet coupé, hurlant sa douleur et me tendant son moignon sanglant pour que je l' arrache du milieu des décombres fumants où ses bourreaux l'ont jeté. Des crânes fracassés, des cervelles dont la  bouillie a giclé sur les murs. Dans les boutiques saccagées, des cadavres tombés l'un sur l'autre. »

Dans ce tableau, décrit avec le réalisme d'un médecin, il s'agit des vaincus, des Persans ; nos pertes étaient relativement peu élevées ; les vainqueurs, dans leur fureur et leur soif de vengeance, continuaient le massacre et il n'y avait plus moyen de les arrêter.

Dans cette orgie de cruauté bestiale, les djilos, ces montagnards primitifs, étaient plus humains et plus nobles que les brigands d'Erivan, composés d'Assyriens et d'Arméniens du Caucase ; je n'arrivais pas à comprendre que des êtres humains pussent être aussi cruels. Les Persans se sont rendus, sans conditions, à la merci de l'ennemi, et ces bêtes féroces massacraient et torturaient les vaincus, sans aucune raison, sans aucune nécessité. Ils se promenaient en bandes dans les rues et tiraient des coups de feu sur des enfants qui jouaient, sur des vieillards qui traînaient péniblement leurs jambes, sur des femmes.

Les apercevant un jour en train de s'amuser de cette façon, je leur déclarai qu'ils méritaient d'être pendus pour leur barbarie et que si je les voyais encore une fois à une telle occupation, je les tuerais de mes propres mains. Ils me répliquèrent que si les Persans avaient été vainqueurs, ils auraient fait la même chose ; en effet, il n'y avait pas de doute que les Persans, s'ils avaient réussi dans leur complot, auraient dépassé encore ces bandits dans leur férocité ; il y avait déjà des exemples de la conduite des musulmans dans le passé.

Un détachement de la brigade persane était en garnison à Ourmia. C'était l'unique troupe régulière persane formée et instruite par les Russes du temps du Tsar ; les hommes étaient des Persans, encadrés par les Russes ; ce détachement était commandé par le colonel russe Stolder et quelques officiers. Les hommes de ce détachement, qu'on appelait les cosaques persans, voyant, le jour du massacre, les musulmans vaincus, prirent parti pour leurs coreligionnaires, et du toit de leur caserne tirèrent des coups de feu sur les chrétiens, malgré les ordres formels du colonel Stolder de s'abstenir de toute intervention dans le conflit d'Ourmia. Les Assyriens, pour se venger, attaquèrent la caserne persane, et après l'avoir prise d'assaut, anéantirent les cosaques ; le colonel Stolder, sa femme et son fils, par crainte de vengeance de la part des Assyriens, se sauvèrent au Consulat de Russie, et le lendemain à l'aube quittèrent en voiture Ourmia, se rendant à Tauris. Le jour même, à 11 kilomètres de la ville, on trouva leurs cadavres gisant sur la route ; les brigands, qu'on n'a jamais pu découvrir, s'emparèrent de tous leurs biens, de leurs bijoux et de l'argent que la famille Stolder emportait avec elle ; ils enlevèrent même leurs vêtements, laissant les victimes toutes nues sur la route.

Un officier russe appartenant à cette brigade, se voyant poursuivi par les Assyriens, dans sa fuite se brûla la cervelle en présence de sa femme, pour ne pas tomber dans les mains des brigands.

L'assassinat de la famille Stolder, que nous estimions beaucoup tous et que nous fréquentions souvent, impressionna profondément la colonie européenne d'Ourmia ; tout le personnel de l'hôpital russe, qui consentait au début à rester à la disposition des Assyriens, quelques officiers russes de l'ancien état-major du 7e corps d'armée, comme le général Karpoff, le colonel Ern, et d'autres, détachés à Ourmia pour la liquidation de ce corps d'armée, quittèrent le lendemain et en toute hâte la ville sinistre."

Voir également : Le massacre des Kurdes par les Arméniens et Assyriens

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