dimanche 6 septembre 2020

Cevdet Bey (beau-frère d'Enver) à Van : un gouverneur jeune-turc dans la tempête insurrectionnelle




Justin McCarthy et al., The Armenian Rebellion at Van, Salt Lake City, University of Utah Press, 2006 :

"D'après tous les rapports des services de renseignement, il est clair que les Arméniens de la région de Van comptaient sur le prochain succès de la Russie et se révolteraient. En décembre 1914, Cevdet, le gouverneur de Van, a tenté de calmer la situation en traitant comme par le passé avec les dirigeants de la communauté arménienne, mais il était convaincu que ce serait futile :

J'ai eu des entretiens avec l'élite arménienne. J'ai expliqué la situation générale à des occasions appropriées. Je leur ai dit que tout incident entre les Arméniens et les musulmans affecterait certainement tous les Arméniens vivant dans les territoires ottomans. J'ai souligné que les conditions créées par d'éventuels affrontements dans des régions comme celle-ci, qui n'affecteraient pas le résultat final des batailles, changeraient rapidement. J'ai réalisé qu'il n'était pas possible d'obtenir de bons résultats, car les exagérations des tribus sur la situation actuelle effraient la population musulmane. Je prends grand soin d'éviter que les Arméniens ne provoquent des incidents. Puisque l'ennemi a avancé depuis Kotur et que certaines tribus se sont soumises à l'ennemi, je ne pense pas que la division de gendarmerie puisse opposer une longue résistance. Par conséquent, je vais commencer à envoyer les familles [des fonctionnaires] à Bitlis.

Cevdet savait qu'il y avait un danger dans la ville de Van, raison pour laquelle il a envoyé les familles des fonctionnaires à Bitlis, mais il a sous-estimé ce danger. Les "exagérations faites par les tribus sur la situation actuelle" n'étaient pas des exagérations en fait, comme le savaient les chefs tribaux. De nombreuses familles sont restées sur place. Cevdet a estimé que le principal danger venait de l'invasion russe depuis l'Iran, à travers le col de Kotur à l'est de Van.

Cevdet n'écartait pas le danger de la révolte arménienne, mais il estimait que la plus grande source d'inquiétude n'était pas les Arméniens de la ville de Van, qui semblaient rester pacifiques à la fin de 1914. C'était l'activité des Arméniens et des Nestoriens à l'est et au sud-est de Van et à la frontière iranienne qu'il craignait. On a estimé que trois mille Nestoriens (un groupe de chrétiens qui n'avaient jamais accepté que leurs propres chefs, toujours armés et maintenant équipés par les Russes) ont combattu les forces ottomanes dans la partie sud de la province de Van. Des officiers ottomans ont rapporté que toute la population arménienne de la région de Salmas en Iran était armée et en état de révolte. Ces Arméniens étaient supposément commandés par Andranik et ses associés. Des unités régulières et irrégulières ottomanes se sont heurtées aux rebelles. En décembre 1914, les Arméniens de l'ouest de l'Iran s'étaient organisés en unités de combat et s'étaient librement placés sous commandement russe. Beaucoup étaient armés d'armes et d'équipements apportés dans la région depuis l'Arménie russe par les rebelles. Beaucoup d'autres étaient désormais armés par les Russes, et des déserteurs de l'armée ottomane ont rejoint des bandes de partisans rebelles en Iran et en Anatolie, apportant avec eux leurs armes. Lors de divers engagements avec les Arméniens aux frontières iraniennes, les forces ottomanes ont parfois pu se défendre mais ont parfois été vaincues. Les forces ottomanes en sous-effectif n'ont remporté aucune victoire.

Les forces qui attaquaient les frontières de Van étaient composées de troupes russes régulières, de la Première Légion arménienne, de volontaires de Russie (dont l'effectif comprenait des Arméniens d'Anatolie) et de bandes arméniennes de l'Empire ottoman et d'Iran.
Certaines tribus ont également rejoint les Russes. Les forces russes étaient nettement plus nombreuses que les défenseurs ottomans. (...)

Les attaques arméniennes contre les unités de gendarmerie et la saisie de routes et de points stratégiques se sont intensifiées en janvier 1915. Istanbul était au courant de la situation, bien que les représentants arméniens dans la capitale aient nié toute activité révolutionnaire, blâmant le manque de sécurité à l'Est pour tout. Des rapports du renseignement décrivent avec précision le danger imminent d'une révolte arménienne générale. Les analyses ont indiqué que les Russes attaqueraient depuis le Nord (Bayazıt à Abak). Dans le même temps, les Arméniens organiseraient un soulèvement général dans la région de Van, facilitant l'occupation russe de la province de Van. Cevdet à Van et d'autres fonctionnaires avaient écrit qu'une telle révolte était attendue, bien qu'ils aient sous-estimé son impact dans la ville de Van. Cevdet a tenté d'organiser des forces tribales irrégulières pour se préparer à la révolte. Il semble cependant que ni le gouvernement central ni le commandement de la Troisième Armée n'anticipaient la férocité et le danger de la guérilla générale qui éclata en février 1915.


En février, des collecteurs d'impôts et des gendarmes se sont rendus au nahiye (sous-district) de Timar au nord de Van pour dénombrer les moutons, qui étaient taxés par le chef. Un désaccord est survenu entre les villageois arméniens et les collecteurs d'impôts. Ce n'était pas un événement inhabituel, mais désormais les villageois étaient armés et prêts à se révolter. La résistance avait été préalablement préparée. Plus d'un millier d'Arméniens armés de Timar et des environs ont déclenché une révolte qui s'est rapidement propagée. Ils ont attaqué les villages musulmans voisins et tué des villageois musulmans. Le poste de gendarmerie du village de Banat a été attaqué, et les gendarmes et leur commandant ont été tués. La révolte s'est rapidement étendue à Gevaş à Van et à Çatak Kazas. A Gevaş, le kadı (juge), İsmail Hakkı, a été assassiné. Les rebelles ont coupé les routes et les lignes télégraphiques.

L'association des villages arméniens à une révolte générale, utilisant les tactiques envisagées dans les "Instructions pour la défense personnelle", avait commencé.
Les Arméniens qui vivaient dans des villages mixtes islamo-arméniens sont partis pour les villages arméniens. L'échange devait devenir général alors que les musulmans et les Arméniens fuyaient les uns et les autres. Les rebelles arméniens ont attaqué des villages et des réfugiés musulmans. Les tribus kurdes ont attaqué des Arméniens. Bien qu'aucune trace n'ait été conservée de l'effet psychologique sur les villageois, on peut supposer que les musulmans et les Arméniens étaient polarisés et que les deux groupes ont dû souffrir d'une mortalité élevée. La migration des Arméniens a également eu pour effet d'augmenter les forces opposées aux Ottomans, car beaucoup de ceux qui ne souhaitaient pas se rebeller faisaient désormais partie de la guerre. Cette guerre n'était plus un conflit entre les soldats ottomans d'un côté, et les Russes et les partisans arméniens de l'autre. C'était devenu une guerre générale entre les musulmans et les Arméniens.

La révolte arménienne générale avait pleinement commencé en février 1915, sauf dans la ville de Van et de ses environs immédiats. La province de Van n'était en aucun cas le seul lieu de révolte. Les Arméniens se révoltaient dans les provinces de Van, Bitlis, Sivas, Adana et Erzurum. (...)

Les responsables militaires ottomans ont réagi face à la révolte, mais leurs forces étaient limitées. Au fur et à mesure que la révolte s'intensifiait et que les attaques contre les villages musulmans et les zones habitées aux frontières de la province se multipliaient, Cevdet Bey, qui avait été avec les forces ottomanes en Iran, s'est rendu dans la ville de Van avec un bataillon de gendarmes de 600 hommes. Il avait reçu deux canons de campagne et avait maintenant sous son commandement dans la ville un bataillon de gendarmerie, un bataillon de dépôt de gendarmerie, 100 fantassins réguliers et 100 cavaliers (2.300 hommes en tout), ainsi qu'un canon de montagne et les deux canons de campagne. Le commandement de la Troisième Armée disposait d'un nombre très limité de troupes et Cevdet devait utiliser les forces dont il disposait pour réprimer la révolte arménienne. En fait, même si l'armée russe n'avait pas été une menace pour Van, les troupes n'auraient pas été suffisantes pour réprimer la révolte. Au moment où les Russes étaient sur le point d'envahir la province par le Nord et l'Est, et où les Arméniens étaient en révolte, la force était lamentablement insuffisante. Elle devait s'avérer trop restreinte même pour sauver la ville de Van elle-même des rebelles, encore moins pour vaincre la révolte dans la campagne.

Cevdet, auparavant moins inquiet pour la sécurité de la ville, commençait à se rendre compte que la ville de Van elle-même était en danger. Dans une communication adressée au commandement de la Troisième Armée le 25 mars 1915, il raconta la situation périlleuse dans la province de Van et demanda un canon et un autre bataillon de troupes :

Les Arméniens ont préparé une révolte générale qui aidera la prochaine attaque russe d'Abaak et Saray et l'occupation ennemie de Van. Ils n'attendent que l'ouverture des routes [après les neiges hivernales]. Jusque-là, ils ne se sont d'abord engagés que dans des incidents occasionnels et isolés, craignant que notre position ne s'améliore complètement si les forces suffisantes que nous avons attendues et espérées arrivaient. [Voyant que les forces ne sont pas arrivées,] ils ont commencé à attaquer les villages musulmans qui se trouvaient à proximité des villages où les Arméniens s'étaient rassemblés. Dans le kariye d'Irelmir, près de Van, ils ont attaqué des gendarmes et des collecteurs d'impôts. Incapables de se retenir jusqu'au moment de la révolte générale, leurs actions ont montré leurs intentions. Bien que les musulmans se soient défendus et que des détachements envoyés de Van aient dispersé les rebelles, ces actions se répéteront encore davantage dans le centre de la province et ailleurs dans la province. Je vois les signes de ces événements à venir. Les rapports des commandants du détachement à Kotur indiquent que les Russes commenceront à avancer dans la vallée de Kotur. Après avoir occupé les points importants du col de Kotur, ils lanceront un assaut sur Saray. Lorsque cela se produira, il ne fait aucun doute que les Arméniens se révolteront de tous côtés.


Les Russes avaient été retenus par les conditions hivernales des montagnes. Fin mars, les routes étaient ouvertes. Les forces russes ont menacé d'envahir la province de Van dans trois régions (...)." (p. 191-197)

"En avril, le gouverneur Cevdet a pris des mesures contre les dirigeants du parti Dachnak à Van. Il s'attendait sans aucun doute à ce qu'en tuant les dirigeants des partis révolutionnaires, il détruirait la cohésion des rebelles. Ichkhan a quitté Van pour Çatak, apparemment pour y parlementer avec les rebelles. Il a été tué dans le village de Hirj dans la nuit du 16 au 17 avril. Rien ne prouve que le gouvernement a ordonné sa mort, mais c'est très probable. Vramian a été arrêté le 17 avril et envoyé sous garde à Istanbul, en disparaissant (sûrement tué) avant qu'il n'atteigne Bitlis. Sur les trois dirigeants dachnaks, seul Aram Manoukian s'est échappé. Averti de l'arrestation de Vramian, il s'est caché. La politique de Cevdet, brutale et illégale, aurait probablement réussi à désorganiser les rebelles si Aram ne s'était pas échappé. Au lieu de cela, il a laissé le chef le plus compétent des dachnaks avec une autorité incontestée et sans partage sur la rébellion. Cela a également et très probablement convaincu les rebelles que la ville de Van, auparavant un havre de paix pour eux, n'était plus sûre.

La révolte au sud de la ville de Van a continué, et il était impossible aux Ottomans de la réprimer. Malgré le grand besoin de troupes à la frontière iranienne, des unités ont été envoyées à Çatak. Elles ont rencontré des difficultés. Le commandant de la division de gendarmerie mobile de Van, Kâzim Bey
[Özalp], a rapporté depuis Hakkâri le 18 avril que ses soldats avaient été attaqués sur les routes et n'avaient toujours pas pu atteindre Çatak. Ils n'avaient pas reçu de nouvelles de la situation à Çatak, car les lignes télégraphiques avaient été coupées. Il a déclaré : "Van et d'autres villes sont peut-être calmes maintenant, mais lorsque la révolte s'élargira en une insurrection générale, il est probable que toutes les lignes télégraphiques seront coupées."

Kâzim avait raison de s'attendre au pire. Des meurtres et des attaques contre des soldats et des civils étaient désormais observés dans toute la province. Deux jours après le rapport de Kâzim, le 20 avril, le soulèvement est finalement arrivé dans la ville de Van. Cevdet Bey, le gouverneur, a rapporté dès le 20 avril au commandement de la Troisième Armée :

1. Les rebelles arméniens ont ouvert le feu sur les postes de sécurité et les maisons à proximité des quartiers arméniens de la ville. On a répondu aux tirs et la zone a été défendue.

2. A la suite des affrontements avec les bandits [les rebelles] la nuit dernière, un nombre considérable de rebelles ont été tués.
Les villages d'Atalan et de Peltensi ainsi que le monastère d'Akkilise, fortifié comme une forteresse, ont été incendiés et détruits.

3. La ligne télégraphique de Gevaş a été réparée et la communication a repris.

4. Aujourd'hui, la ligne télégraphique Başkale-Havasor-Mirmurtal-Reşat a été coupée.
La réparation de cette ligne est en cours.


La révolte de Van avait commencé.


En fait, la première phase de la rébellion avait commencé quelques jours auparavant. Les musulmans et les Arméniens des quartiers mixtes de la ville ont fui vers les quartiers purement musulmans et arméniens. Les Arméniens avaient commencé à creuser des tranchées et à construire des fortifications autour des quartiers arméniens. Les Ottomans avaient installé des postes de garde et envoyé des patrouilles le long du "no man's land" entre les quartiers musulmans et arméniens. Le 18 avril, les trois partis arméniens se sont réunis et ont créé le Comité militaire d'autodéfense arménien (également appelé Comité national d'autodéfense et autres noms). Les dachnaks ont envoyé des représentants en Iran et en Russie pour décrire leur situation à Van. Le Comité militaire a organisé la distribution d'armes, un commissariat, la production de munitions, la construction de fortifications et les autres fonctions d'un gouvernement en temps de guerre. Le chef du Comité militaire a appelé les Arméniens à reconnaître le "devoir" d'insurrection. Avec la mort d'Ichkhan et de Vramian, Aram Manoukian était le seul dirigeant dachnak à Van. Il n'était pas seulement le chef titulaire du Comité militaire au pouvoir, mais il a également pris le commandement.

Certaines sources arméniennes ont affirmé que la révolte de Van avait commencé par des attaques non provoquées contre les Arméniens le 20 avril. Elles affirment que les forces ottomanes ont commencé à bombarder les quartiers arméniens sans raison. Cela semble extrêmement improbable. Les sources arméniennes, écrivant après coup pour frapper le public, avaient d'amples raisons de proclamer qu'ils étaient complètement innocents. Les documents ottomans, en revanche, étaient des rapports purement internes. Ils n'avaient aucun avantage politique ou diplomatique prévisible, car les auteurs ne s'attendaient pas à ce qu'ils soient vus en dehors du gouvernement. Ces documents étaient simplement des rapports envoyés aux supérieurs avec des descriptions d'événements, généralement rédigées dans une terminologie froide et technique. Ils doivent être considérés comme les sources les plus fiables.

Compte tenu de l'histoire passée des révolutionnaires arméniens à Van, il est presque impossible de douter que l'impulsion principale derrière la rébellion arménienne était exactement ce qu'elle avait toujours été : l'indépendance des Arméniens d'Anatolie orientale. Des sources arméniennes indiquent également une autre cause contribuant à la révolte dans la ville de Van : la peur. Bien qu'elles ne mentionnent jamais que les Arméniens se rebellaient dans toute la province de Van et ailleurs, les sources arméniennes accordent beaucoup d'attention aux pertes arméniennes qui ont accompagné ces révoltes. Les Arméniens de Van ont dû voir ce qui se développait dans les campagnes. Comme on le verra au chapitre 9, la révolte s'est rapidement transformée en guerre intercommunautaire. Les Arméniens ont attaqué les troupes et les troupes ont brûlé des villages rebelles. Les musulmans innocents et les Arméniens innocents ont souffert. Chacun a été contraint de prendre parti pour ses coreligionnaires. Il y avait des raisons pour les Arméniens de Van de craindre que la guerre ne les atteigne, en particulier parce que leurs dirigeants dans la ville étaient également les dirigeants de la révolte arménienne dans la province. Après que les deux dirigeants dachnaks, Ichkhan et Vramian, aient été tués, leur mort s'est répercutée dans la communauté arménienne de la ville. Lorsque Cevdet a ordonné, tout à fait légalement, que la communauté arménienne remette de jeunes hommes en âge de travailler pour l'armée, les Arméniens ont peut-être senti qu'ils perdraient leurs défenseurs. Si le gouvernement commençait à stationner des forces dans les quartiers arméniens, ne serait-il pas en train de planifier une attaque ? Même les Arméniens qui n'avaient aucune envie de se battre ont peut-être estimé qu'il valait mieux agir d'abord, car la guerre entre musulmans et Arméniens semblait inévitable.

Cevdet prenait incontestablement des précautions contre la révolte dans la ville. De nouveaux postes de police ont été occupés. Des unités de gendarmerie étaient stationnées dans le quartier musulman qui séparait la vieille ville du côté ouest du quartier arménien des jardins. Les jeunes hommes arméniens étaient appelés à servir dans l'armée en tant que constructeurs de routes et ouvriers agricoles (une question de devoir et de loi, mais aussi un moyen de retirer les rebelles potentiels). Ces actions pouvaient en effet susciter de la crainte chez les Arméniens, mais quel choix avait le gouvernement ? Seuls les plus stupides auraient pu croire qu'il n'y avait aucun danger de révolte arménienne dans la ville de Van. Des précautions devaient être prises.

Le gouvernement ne pouvait ignorer les preuves dont il disposait. Les révolutionnaires arméniens avaient depuis longtemps démontré leurs intentions. Le gouvernement pouvait-il ignorer les deux mille armes découvertes à Van en 1908 ou le réarmement constant des dachnaks depuis lors ? Pouvait-il ignorer le fait que l'organisation dachnake, le même groupe qui a dirigé les Arméniens de la province de Van, organisait ses troupes en Iran pour envahir l'Empire ottoman et entraînait des Arméniens anatoliens en Russie dans le même but ? Pouvait-il ignorer tous les rapports du renseignement qui détaillaient les plans de révolution du Dachnak ? Pouvait-il ignorer l'information selon laquelle les mêmes Arméniens ruraux qui étaient maintenant en révolte avaient été organisés et formés par les "enseignants" qu'Aram Manoukian avait envoyés d'Akhtamar ? Plus révélateur, pouvait-il ignorer les révoltes arméniennes qui étaient apparues dans toute la province ? (...)

Lorsque Cevdet a écrit au commandement de la Troisième Armée au début de la journée du 20 avril, il était manifestement de plus en plus préoccupé par les événements. Les troubles avaient commencé dans la section arménienne du quartier des jardins à l'aube. Les quartiers musulmans et les unités de gendarmerie près du quartier des jardins ont été la cible de tirs. Cevdet croyait toujours, cependant, qu'il pouvait contrôler la situation, si seulement il avait suffisamment de forces. En particulier, il a demandé des unités d'artillerie avec des canons à tir rapide, ce qui indique qu'il pensait qu'il ferait bientôt face à une force majeure. Ce soir-là (la nuit du 20 au 21 avril), la situation s'était considérablement détériorée. Les forces arméniennes ont fermé la plupart des routes de Van, les fortifiant contre l'arrivée de renforts. Au début, seule la route de Van à Gevaş restait ouverte. C'était la seule corde de sauvetage avec le reste de l'empire, alors les soldats ottomans ont concentré leurs forces limitées pour la sécuriser. Les villages arméniens proches de Van, qui étaient déjà des scènes d'attaques contre les fonctionnaires et les soldats (en particulier dans les districts de Havasor et de Timar), se sont joints à la révolte générale. Jusqu'à l'arrivée des renforts de la division de gendarmerie mobile de Van, la campagne était effectivement aux mains des Arméniens.

Les Ottomans ont expédié les forces disponibles à Van : un bataillon détaché de la division mobile de gendarmerie, vraisemblablement les troupes qui avaient combattu les rebelles à Çatak, avec leur canon mobile. Ceux-ci sont arrivés le 23 avril et ont commencé à combattre les soulèvements au Nord, et au nord et à l'ouest immédiats de la ville, et à patrouiller aux frontières du quartier des jardins occupé par les Arméniens.
Ils ont vaincu les rebelles dans le district de Havasor et ailleurs, brûlant des villages rebelles. Les réfugiés arméniens ont fui vers la ville de Van. D'autres villages rebelles sur les collines et à flanc de montagne du mont Erek ont ​​résisté aux troupes ottomanes jusqu'au 8 mai, date à laquelle leurs combattants et d'autres se sont échappés vers Van.

Les forces arméniennes de la ville de Van ont combattu les troupes ottomanes et les résidents musulmans dans deux séries de batailles déconnectées : dans la vieille ville (quartier de Kale) et dans le quartier des jardins. La bataille dans le quartier des jardins était essentiellement une action de maintien pour les rebelles arméniens. Tôt le matin du 20 avril, les avant-postes de police de la partie ouest du quartier ont été rapidement envahis. Le combat est alors devenu une série d'escarmouches à la frontière des quartiers arméniens et musulmans. Les deux camps ont fortifié des bâtiments à partir desquels des tireurs d'élite ont visé l'adversaire. Les seules incursions ottomanes réussies dans le territoire rebelle ont été les saisies du consulat britannique et de l'église arménienne d'Arak et l'incendie de certaines maisons fortifiées arméniennes. Il n'y avait tout simplement pas assez de troupes et de gendarmes pour avancer, et l'emplacement du consulat britannique a été bientôt brûlé par les forces arméniennes, obligeant une retraite ottomane. Les bombes et les engins incendiaires, y compris la dynamite et les grenades incendiaires, étaient les armes arméniennes les plus efficaces dans le quartier des jardins. En plus du consulat britannique, les Arméniens ont réussi à détruire des emplacements ottomans tout le long de la ligne. La grande caserne Hamid Ağa, un centre des forces gouvernementales, a été incendiée avec succès. Les rebelles ont plus que tenu bon face aux soldats, mais peu de terrain a changé de mains.

Les Ottomans ont bombardé les positions arméniennes avec des obus tirés depuis la citadelle et Toprak Kale, au nord-ouest de la ville. Des batteries mobiles ont tiré sur les rebelles depuis la périphérie de la zone sous leur contrôle. Les obus ont causé de gros dégâts aux habitations en briques de terre crue, mais aucun des bombardements ne semble avoir eu d'effet significatif sur les lignes arméniennes ou sur la détermination des rebelles. Des photos de Van après les batailles montrent une ville en ruines, mais il est impossible de déterminer dans quelle mesure ces dégâts ont été causés par les tirs de canon d'une part, et la dynamite et les incendies des Arméniens d'autre part. Les deux ont joué un rôle dans la destruction de la ville.

Des sources arméniennes décrivent leur position comme "assiégée", mais cela ne doit pas être interprété comme signifiant qu'ils étaient encerclés, sans aucun moyen d'entrer ou de sortir. Les Arméniens, combattants et réfugiés, ont pu entrer dans la ville. Ils pouvaient sortir de leur territoire dans le quartier des jardins, apparemment sans opposition significative. Le 23 avril, des combattants arméniens du quartier des jardins se sont rendus dans le village de Darman, à dix kilomètres au Nord, pour aider les Arméniens qui y combattaient. Début mai, un petit nombre d'hommes, ainsi que des munitions et des fournitures, ont été envoyés à Shoushantz (sud-est du mont Erek), depuis le quartier des jardins, pour aider les Arméniens qui y combattaient. La capacité de transporter des munitions ainsi que "du pain, du sucre, du savon, des vêtements et des produits de première nécessité" de la ville montre que les Arméniens n'étaient pas encerclés par les troupes ottomanes. Cela concorde avec les déclarations de Cevdet selon lesquelles il avait relativement peu de soldats à sa disposition. Il est plus juste de dire que les Arméniens ne désiraient pas partir, et non pas qu'ils étaient étroitement assiégés. Les rebelles n'ont jamais eu l'intention de quitter la ville pour trouver une plus grande sécurité ailleurs. Les Arméniens avaient l'intention de conserver Van jusqu'à ce qu'ils soient libérés. C'est exactement ce qui s'est passé, bien sûr.

Les forces ottomanes se sont maintenues dans le quartier des jardins après les premières attaques arméniennes. Elles ont eu moins de succès dans la vieille ville. A partir du 20 avril, des batailles ont fait rage dans la vieille ville alors que les Arméniens repoussaient les soldats et les gendarmes ottomans. Les unités ottomanes de la vieille ville ne pouvaient pas tenir contre les rebelles. Elles ont été contraintes de se retirer d'abord des quartiers arméniens à l'ouest de la vieille ville, puis du voisinage des bureaux gouvernementaux au Sud. Les Arméniens ont incendié la poste, la banque ottomane, les bâtiments de la Commission de la dette publique et du monopole du tabac et d'autres bâtiments gouvernementaux. Les soldats et les gendarmes ont été contraints de fuir dans la citadelle (İçkale). Les musulmans de l'ouest de la vieille ville qui pouvaient s'échapper ont fui aux côtés des troupes et des gendarmes dans la citadelle, qui s'est remplie de réfugiés musulmans. Les Ottomans ont répondu par des tirs de canon depuis la citadelle.

Les Arméniens avaient planifié très à l'avance leur révolte. Ils étaient bien armés et avaient même préparé des drapeaux et des pancartes révolutionnaires avec les mots "Arménie libre". Les unités rebelles portaient des couvre-chefs militaires (kalpak) venus de France et de Russie, certains arborant le mot "vengeance".


Au cours deux jours suivants, les Arméniens ont incendié la plupart des maisons musulmanes de la vieille ville de Van.
Les rebelles ont sélectionné une unité choisie de sept cents hommes pour monter une attaque concertée sur la citadelle, mais ils ont été repoussés. Les soldats ottomans ont été incapables de monter une contre-attaque réussie. La bataille s'installa dans un siège partiel de la citadelle par les rebelles. Cependant, ils n'ont jamais pu entourer efficacement la citadelle. Les Ottomans ont gardé des routes ouvertes vers l'Ouest (vers le lac de Van) et vers le Sud-Ouest (vers Gevaş)." (p. 200-206)

"Le postulat selon lequel les Ottomans étaient des assassins de masse aveugles colorent les informations faisant état de la mort d'Arméniens dans les sources arméniennes. Les forces ottomanes sont principalement accusées d'avoir massacré des Arméniens pacifiques et loyaux dans cinq régions : Havasor, Timar, Başkale, Çatak et Saray. La documentation ottomane identifie ces mêmes zones comme des bastions de la rébellion. Les récits ottomans racontent que les Arméniens se sont d'abord rebellés, tuant des fonctionnaires, des gendarmes et des villageois musulmans. Les soldats et les gendarmes ont répondu en attaquant des Arméniens. Les actions de la division de gendarmerie mobile de Van le démontrent. On s'attendait à ce que la division fasse partie de la bataille de Halil Paşa en Iran. Elle était absolument nécessaire là-bas, et son absence a probablement décidé de l'issue de la bataille. Pourtant, le gouvernement a envoyé une grande partie de la division à Çatak. La division n'y a pas été envoyée jusqu'à ce que les rapports sur la rébellion ont été bien vérifiés. Même les sources arméniennes affirment que les attaques ottomanes contre les Arméniens des régions de Havasor et de Timar ont commencé le 19 avril, bien après le début des révoltes et un jour avant la révolte dans la ville de Van. En fait, contrairement à ce que prétendent les sources arméniennes, la plupart des attaques à Timar et à Havasor ont eu lieu quelques jours après le début de la révolte dans la ville de Van, lorsque les troupes de la division de gendarmerie sont arrivées. Les Ottomans voulaient sûrement combattre les rebelles avant cela, mais ils n'avaient pas de troupes.

Le fait que les Ottomans combattaient des révoltes ne signifie pas qu'un grand nombre d'Arméniens innocents ne sont pas morts. La vengeance, la haine et la mauvaise discipline ont dû affecter les soldats, tout comme elles ont affecté les rebelles. Les Arméniens ont sans aucun doute fui les soldats et les tribus kurdes." (p. 235-236)

"De Nogales [officier vénézuélien ayant servi dans l'armée ottomane] (Four Years beneath the Crescent, p. 79) affirme que Cevdet avait l'intention de faire entrer dans la ville autant de réfugiés arméniens que possible, afin d'épuiser les provisions des rebelles. Il affirme également, avec une grande indignation, que le commandement arménien percevait le danger et tentait de l'empêcher, en tirant et en tuant même des réfugiés essayant d'entrer à Van (p. 93). Ter Minassian ("Van, 1915", p. 238-239) ne mentionne pas le meurtre : "C'était aussi une période de grand drame au cours de laquelle le Comité militaire a refusé l'entrée dans le cercle défensif des 'bouches inutiles', un grand groupe de femmes et d'enfants réfugiés arméniens conduits par les Turcs pour affaiblir les défenseurs." Poharyan ("The Legendary Clash in Van", p. 24–31) dit que Cevdet a envoyé des Arméniens dans la ville, mais ne mentionne pas qu'ils ont été refoulés." (p. 229, note 90)

"Tous les membres de la division de gendarmerie ne combattaient pas les rebelles, mais ils remplaçaient les troupes de Cevdet Bey dans leurs autres fonctions, principalement la garde des passages. Dans le plan ottoman, ces tâches devaient être assumées par les troupes de Cevdet. Les hommes de Cevdet étaient par ailleurs occupés, toutefois, dans la ville de Van. S'ils avaient pu prendre leur place sur la frontière, la division de gendarmerie aurait été disponible pour les forces de Halil." (p. 231, note 129)

"La situation militaire à Van se détériorait alors que les Arméniens attaquaient la citadelle avec une vigueur renouvelée. La citadelle était pleine de musulmans sans abri qui s'y étaient réfugiés. On s'attendait à ce que tous soient tués lorsque la citadelle serait tombée. Cevdet, le gouverneur de Van, a évalué la situation et a demandé au ministère de l'Intérieur l'autorisation d'évacuer : "Les rebelles ont coupé les routes, et attaqué et incendié les villages voisins. Il est impossible de les arrêter. De nombreuses femmes et d'enfants sans-abri restent [ici]. Il n'est pas possible de les envoyer dans les villages des tribus pour y trouver refuge. Est-il acceptable de les envoyer dans les provinces de l'Ouest ?"

Le 8 mai, les Arméniens ont lancé une attaque générale sur Van et les villages environnants. Les musulmans ont commencé à fuir le côté ouest du quartier des jardins. Des flammes pouvaient être vues depuis la citadelle alors que ce qui restait du quartier musulman de la ville et des villages musulmans voisins était incendié. Cevdet a donné l'ordre de commencer le transfert des femmes et des enfants musulmans et de certains fonctionnaires. Quatorze bateaux ont été utilisés pour les transporter sur le lac de Van à Tatvan, à travers le lac, puis à Bitlis. Sept des bateaux ont été dirigés par mauvais temps vers la région d'Erciş, où trois ont été coulés par les Arméniens, sans survivants. Les salves arméniennes depuis le rivage en ont tué d'autres. Sur les douze cents qui sont partis, seulement sept cents ont survécu en atteignant Bitlis.
 
Les Russes ont marché sur Van depuis le Nord. Le général russe qui commandait, Nikolaï Youdenitch, a ordonné à la brigade cosaque du général Troukhine et aux quatre droujini [unités de volontaires] arméniennes de Bayazıt de passer par le col de Teperiz, d'attaquer la position ottomane à Bargiri et de se déplacer pour secourir les Arméniens à Van. Le danger était si imminent que le gouverneur de Van Cevdet a envoyé un canon et deux cents hommes sur la ligne de Muradiye depuis Van. Le 24 mai, les Russes ont atteint Bargiri et ont vaincu les défenseurs turcs. Aucune force turque ne se tenait entre eux et Van. Les Russes avaient également commencé à marcher de Kotur à Van. Les Arméniens ont marché avec eux dans la province de Van. Les renseignements ottomans ont appris que le chef partisan Andranik, avec ses douze cents hommes, avait quitté Salmas et avait rejoint la division du commandant russe d'Azerbaïdjan Chernoroyal, marchant en direction de Başkale. ​​Les Russes du général Foma Nazarbekov ont avancé depuis Dilman, ont pris Başkale (7 mai), et se sont déplacés lentement vers le Nord-Ouest, vers Van. La province de Van a été perdue.

Les forces ottomanes ont été obligées de se retirer pour rejoindre l'armée principale dans la province de Bitlis, où elles ont pu prendre position de manière concertée contre les Russes. Les restes du corps expéditionnaire de Halil et de la division de gendarmerie mobile de Van, qui représentaient désormais un tiers de son effectif initial, se sont retirés au sud du lac de Van, en direction de Bitlis.

Cevdet a envoyé 450 hommes de sa force limitée au Nord, pour garder les routes ouvertes pour les troupes en retraite, et d'autres au Sud-Ouest pour garantir la fuite à Bitlis. Le 12 mai, il a ordonné l'évacuation définitive des musulmans de Van. Une partie de la population musulmane s'était déjà déplacée vers l'Ouest, mais beaucoup avaient été tués sur les routes par des bandes partisanes. Parmi ceux qui étaient restés à Van, craignant les dangers sur les routes, la plupart avaient fui désormais. Certains ont été contraints de rester parce qu'ils ne pouvaient pas voyager ou parce qu'ils étaient encerclés par les Arméniens.

Du 16 au 17 mai, les derniers soldats et civils ottomans quittèrent la citadelle. Cevdet et ses troupes ont dépassé Gevaş le 21 mai. Les troupes de Van ont été forcées de se déplacer lentement sur la route de Bitlis alors qu'elles tentaient de protéger les réfugiés musulmans des partisans arméniens sur les routes.

Les Arméniens victorieux ont pris le contrôle de la ville et incendié les quartiers musulmans restants, ainsi que les bâtiments gouvernementaux ou islamiques restants. Quelques jours plus tard, le 20 mai, des soldats russes sont entrés à Van. Avant l'arrivée des Russes, les Arméniens avaient installé leur administration dans la ville, avec Aram Manoukian à sa tête (voir chapitre 9). Les rebelles ont accueilli le général Nikolaïev, lui présentant la clé de la ville. Deux jours plus tard, Nikolaïev a déclaré solennellement la formation du "gouvernement arménien de la province de Van". Aram Manoukian a été nommé gouverneur. Le tsar a télégraphié ses félicitations." (p. 214-216)


Michael A. Reynolds, Shattering Empires : The Clash and Collapse of the Ottoman and Russian Empires 1908-1918, New York, Cambridge University Press, 2011 :


"La politique déclarée des Russes consistant à traiter tous les habitants de l'Anatolie sur un pied d'égalité leur semblait [aux Arméniens] moins une position de principe universaliste qu'un stratagème cynique pour refuser aux Arméniens leur dû. Après avoir occupé Van, les Russes ont nommé le chef de la rébellion, le dachnak Aram Manukian, comme gouverneur. Manoukian a rapidement dénoncé la décision des Russes, en juin 1915, d'autoriser le retour des membres d'une tribu kurde à Van. Il a ostensiblement rappelé à Youdenitch que, seulement un mois plus tôt, la Russie, avec la Grande-Bretagne et la France, "avait déclaré que tous ceux qui avaient participé au massacre et au pillage des Arméniens seraient personnellement responsables de leurs crimes devant tout le monde civilisé". Pourtant, à présent, la Russie accueillait à nouveau ces criminels. Cela était moralement répugnant, selon Manoukian. C'était également dangereux, a-t-il averti, car cela affaiblirait la détermination des Arméniens à se battre, renforcerait la conviction des Kurdes qu'ils pouvaient tuer et voler en toute impunité, et permettrait aux Ottomans d'obtenir des renseignements de la part d'espions parmi les Kurdes. Dans sa réponse, le général Andreï Nikolaïev a reconnu "les sentiments irréconciliables de Manoukian envers les Kurdes" en raison de leurs "représailles barbares, sauvages et déloyales contre la population arménienne". Cependant, a-t-il expliqué, l'opportunité militaire et administrative était primordiale, et même les Kurdes qui se soumettent temporairement à l'autorité russe sont préférables à ceux qui résistent. Pour ces raisons, il a également refusé d'annuler l'ordre enjoignant aux Arméniens de "ne pas attaquer ni voler la population kurde"." (p. 159-160)

"En mars 1917, la section du contre-espionnage du premier corps d'armée du Caucase a découvert un mouvement anti-russe dans la ville d'Erzincan. Le chef de file du mouvement n'était pas un musulman turc, kurde ou circassien, mais un sous-officier arménien nommé Devoiants. La découverte d'un complot arménien au sein de l'armée russe elle-même était peut-être sensationnelle, mais pas une surprise totale. De nombreux officiers et fonctionnaires se sont plaints de ce qu'ils considéraient comme l'esprit de clan des Arméniens, leur propagation de rumeurs et leur habitude irritante et suspecte de se regrouper. Pour le prince Gadjemoukov, les Arméniens subvertissaient le contrôle russe en utilisant, entre autres, de l'argent destiné à racheter les réfugiés arméniens pour corrompre les Kurdes pour qu'ils s'opposent aux Russes et soutiennent une "révolution arménienne". Gadjemoukov a désigné Devoiants comme un acteur de cette conspiration apparemment fantastique. Plusieurs mois auparavant, Boris Chakhovskoï avait averti que, selon ses sources, les Arméniens, sous les ordres de leurs dirigeants à Moscou, s'entretenaient avec les Kurdes et les Yezidis au sujet de la formation d'un front anti-russe. Les Russes étaient faibles, ont-ils dit aux Kurdes. S'attendant à ce que la paix arriverait bientôt, Manoukian et d'autres auraient contacté l'ancien gouverneur de Van, Cevdet Bey, dans l'espoir qu'ils pourraient retirer quelque chose de la guerre.78 (...)

78 AVPRI, Chakhovskoï au chef d'état-major de l'armée du Caucase, 8.10.1916 [21.10.1916], f. 151, o. 482, d. 4120, II. 2–3." (p. 161-162)


Le comte de Salis (ambassadeur britannique auprès du Saint-Siège), message à Lord Curzon (secrétaire d'Etat aux Affaires étrangères britannique), 25 février 1920, FO 371/5089 :


"Votre Seigneurie,

J'ai l'honneur d'attacher ci-joint une note du cardinal secrétaire d'Etat [Pietro Gasparri] relative à Said Halim Pacha, ex-grand vizir de l'Empire ottoman, et huit ou neuf autres personnes, dont Djevded Bey [Cevdet Bey], dont on me dit qu'elles ont toutes appartenu au Comité Union et Progrès et qui se trouvent actuellement détenues à Malte.

Le pape [Benoît XV] demande à Votre Seigneurie de considérer favorable son espoir que, si une liberté absolue ne peut pas être accordée à ces prisonniers, au moins pourrait-on leur accorder des privilèges particuliers, eu égard à leur rang."

Source : https://twitter.com/MaximeGauin/status/745696722781896704


Le cardinal Pietro Gasparri, copie de son message au comte de Salis, 17 février 1920, FO 371/5089 :


"Excellence,

La bienveillante intervention du Saint Père vient d'être sollicitée en faveur de quelques prisonniers de guerre de haut rang internés à l'Ile de Malte par les Autorités britanniques.

Il s'agit de SAID HALIM PACHA, ex-grand Visir de l'empire Ottoman, et de huit ou neuf personnages (parmi lesquels DJERDED BEY [Djevded Bey, une faute dactylographique qu'on retrouve dans la presse et la littérature occidentales pour ce nom]) faisant partie, parait-il, du Comité "Union et Progrès" des jeunes Turcs.

On implore pour eux si non la liberté absolue, au moins quelque adoucissement dans leur captivité et un traitement plus conforme à leur condition sociale [le catholicisme était implanté dans le vilayet de Van, une grande partie des chrétiens du sancak d'Hakkari étant rattachés au rite chaldéen].

Sa Sainteté n'a pas hésité à faire bon accueil à une telle requête, et Elle me charge de la recommander d'une manière toute spéciale aux bons soins de Votre Excellence.

M'acquittant de mon mieux de cette auguste mission j'aime à espérer qu'il ne sera pas impossible à Votre Excellence de la prendre à coeur et d'appeler sur elle l'attention la plus bienveillante de la part des Autorités.

Dans cet espoir je présente à Votre Excellence mes remerciements anticipés et je La prie de vouloir bien agréer etc. etc."

Source : https://twitter.com/MaximeGauin/status/1223580867202863108
 
 
Sur Enver Paşa et sa faction : Enver Paşa (Enver Pacha) et les Arméniens

Le pape Benoît XV et l'Empire ottoman

  
Enver Paşa (Enver Pacha) et les chrétiens de Jérusalem
  
 

Voir également : Le contexte des exactions dans l'Empire ottoman tardif : insuffisances de l'administration, difficultés des réformes et du maintien de l'ordre

Le vaste réseau paramilitaire de la FRA-Dachnak dans l'Anatolie ottomane

Les sources documentaires ottomanes et russes démentent les mensonges de Taner Akçam

Automne-hiver 1914-1915 : le rôle militaire décisif des belligérants arméniens, d'après la presse française


Première Guerre mondiale : les Arméniens et les offensives russes en Anatolie

Les nationalistes arméniens, des idiots-utiles de l'expansionnisme russo-tsariste

Les volontaires arméniens de l'armée russe : des criminels de guerre


Le massacre massif des Kurdes par les Arméniens de l'armée russe durant la Première Guerre mondiale
 

Le massacre des Kurdes par les Arméniens et Assyriens

Les massacres arméno-russes de musulmans en Anatolie


Les atrocités des insurgés arméniens en Anatolie orientale (avant les déportations de 1915)
 
La dépopulation des arrières du front russo-turc durant la Première Guerre mondiale

Le rôle de l'Organisation Spéciale/Teşkilat-ı Mahsusa (dirigée par l'immigré tunisien Ali Bach-Hamba) pendant la Première Guerre mondiale
  
Le 24 avril 1915, la décision des déportations vers la Syrie-Mésopotamie n'avait pas été prise
 
La déportation des Arméniens de 1915 : une réponse contre-insurrectionnelle


Les massacres de musulmans persans à Ourmia (1918)

Les combattants arméniens à Erzurum (1918) : lâcheté et massacres de civils