vendredi 18 septembre 2020

Les Arméniens d'Ankara pendant la Première Guerre mondiale et après l'armistice de Moudros


"Le Soulèvement des Kurdes et ses causes", Mècheroutiette, n° 55, avril 1914, p. 8 :


"Mgr Zavène [patriarche arménien grégorien] dit encore : « Le personnage sur lequel pèse en l'occurrence la plus lourde responsabilité est le vali de Bitlis, Mazhar bey. J'ai vainement attiré, à plusieurs reprises, l'attention du gouvernement sur l'incapacité de ce haut fonctionnaire : on ne l'a destitué [il a été remplacé par Mustafa Abdülhalik Bey et muté à Ankara] que lorsque les troubles [le soulèvement de Molla Selim en 1914] sont survenus »."


Arnold J. Toynbee, Le traitement des Arméniens dans l'Empire ottoman (1915-1916), Laval , G. Kavanagh & Cie, 1916, p. 339-341 :


"DOCUMENTS

GROUPE XII

LA VILLE D'ANGORA

Angora est la Capitale d'un vilayet et le terminus de l'embranchement du chemin de fer d'Anatolie. Elle est à mi-chemin de Constantinople à Sivas, et le centre du trafic de toutes les provinces du nord-est. C'est naturellement un centre important administratif et commercial. Il y avait un fort élément arménien dans la population de la ville.


Nos informations sur la destruction des Arméniens habitant Angora sont relativement rares, — peut-être plus rares que pour aucune autre ville arménienne de même importance de l'Empire. Cependant des documents de ce groupe ainsi que les références qui sont données dans d'autres témoignages suffisent pour montrer que les ordres du Gouvernement ont été exécutés ici de la même manière qu'à Sivas et qu'à X...

DOCUMENT 39

ANGORA, RAPPORT D'UN VOYAGEUR, (PAS DE NATIONALITE ARMENIENNE), QUI PASSA PAR ANGORA AU MOIS D'AOUT 1915.


Tandis que l'on déportait les Arméniens de Sivas et des autres provinces arméniennes, le bruit courait que les déportations seraient limitées aux sept vilayets dans lesquels les réformes devaient être exécutées. Comme en 1894 la promesse de réformes était suivie de massacres, et cela dans presque tout l'Empire Ottoman [ce qui est faux].

Le vali d'Angora [Mazhar Bey], un véritable brave homme refusa d'exécuter l'ordre de Constantinople de déporter les Arméniens d'Angora ; le commandant des forces militaires du vilayet et le chef de la police furent d'accord avec le vali et l'appuyèrent. Les notables Turcs d'Angora, y compris les chefs religieux étaient tous dans les mêmes dispositions. Ils savaient que les chrétiens de la ville étaient tous de loyaux et d'utiles sujets de l'Empire.

Les Arméniens d'ici étaient principalement des catholiques et fidèles au Gouvernement Turc. Ils n'avaient aucune sympathie pour les aspirations nationales. Ils refusaient même d'être appelés Arméniens ; on les appelait simplement : « La Section catholique » et les autorités les considéraient comme tels. Il y en avait de 15.000 à 10.000, et ils étaient à la tête du commerce et des affaires. Ils étaient plus policés que les autres Arméniens. Ils parlaient le turc et l'écrivaient en caractères arméniens.

Il y avait aussi deux cents à quatre cents familles appartenant à l'Eglise Nationale Grégorienne et qui étaient venues des différentes parties de l'Empire s'établir à Angora.

On perquisitionna dans les maisons arméniennes et les boutiques pendant le mois de juillet 1915 et on n'y trouva ni armes, ni documents compromettants. Mais les autorités centrales de Constantinople avaient décrété leur extermination [encore faux], et comme le vali refusait d'obéir, lui et le chef de la Police furent tous deux destitués [remplacés respectivement par Atıf Bey et Manastırlı Bahattin Bey]. Leurs successeurs se firent les instruments du Gouvernement pour l'exécution des ordres, et ils réussirent à déporter tous les Arméniens d'Angora [allégations démenties par les faits, comme on va le voir]."


Kâmuran Gürün, Le Dossier arménien, Paris, Triangle, 1984, p. 242-243 :


"Le 25 février 1915, le commandant du Ve corps d'armée d'Ankara, fit savoir au commandement général, qu'on avait entendu dire que des bombes étaient fabriquées dans le district de Develi [dans le sancak de Kayseri, relevant du vilayet d'Ankara] et que, suite à des perquisitions, on y avait trouvé des bombes, des fusils, de la poudre, etc."


Şinasi Orel et Sürreya Yuca, Les "Télégrammes" de Talât Pacha. Fait historique ou fiction ?, chapitre III : "Les documents d'archives ottomanes", Paris, Triangle, 1986 :


"DOCUMENT AUTHENTIQUE NO XV

Télégramme circulaire chiffré numéroté 1053 du ministère de l'Intérieur aux préfectures d'Edirne, Erzurum, Adana, Ankara, Aydın, Bitlis, Alep, Hudavendigâr (Bursa), Diyarbakır, Sivas, Trabzon, Mamuretilaziz (Elazığ), Van; aux sandjaks d'Urfa, Izmit, Bolu, Canik (Samsun), Karesi (Balıkesir), Kayseri, Karahisar (Afyon).

« L'apparition à Bitlis des brigands arméniens, les attaques des Arméniens contre les soldats à Alep et à Dörtyol, la découverte de documents chiffrés en russe, français et arménien et celle d'une grande quantité de bombes à Kayseri montrent que nos ennemis préparent une révolte dans le pays ; contre toute éventualité, une déclaration spéciale et générale a été faite aux armées par le commandement en chef par intérim, concernant d'une part les opérations à effectuer dans les régions où de tels mouvements sont susceptibles de se produire, et d'autre part les soldats arméniens qui se trouvent sous les armes.

« En ce qui concerne les affaires qui sont du ressort de l'administration civile, il est vivement conseillé de prendre les mesures nécessaires en contactant les autorités militaires sans perdre de temps.

Le 15 février 1330 (28 février 1915)

Le Ministre de l'Intérieur, Talât. »


Carl Ellis Wandel (plénipotentiaire danois à Istanbul), rapport à Erik Scavenius (ministre des Affaires étrangères danois), 14 mars 1916, DK/RA-UM/Gruppeordnede sager 1909-1945. 139 N. 1, "Armenien" :


"Dans le prolongement de mon rapport n° LIV du 10 de ce mois concernant les persécutions contre les Arméniens, j'ai l'honneur de rapporter que les dernières informations reçues ici indiquent que le déplacement général de la population arménienne, qui a déjà eu lieu dans tous les autres vilayets d'Asie Mineure à l'exception du vilayet d'Aidin (Smyrne), a maintenant aussi commencé dans le vilayet de Castamuni, dans lequel les Arméniens n'ont pas été jusqu'ici dérangés.

Le gouverneur du vilayet de Castamuni, qui n'a pas utilisé l'autorité qui lui a été donnée pour faire expulser la population arménienne, a été démis de ses fonctions, et à sa place, jusqu'à présent, le gouverneur du vilayet d'Angora [Atıf Bey, successeur de Mazhar Bey], qui a été plus zélé, a été nommé [des milliers d'Arméniens sont restés à Kastamonu... comme à Ankara, malgré ce "zèle"]."

Source : http://www.armenocide.net/armenocide/armgende.nsf/$$AllDocs-de/1916-03-14-DK-001


Hans-Lukas Kieser, "From “Patriotism” to Mass Murder : Dr. Mehmed Reşid (1873-1919)", in A Question of Genocide : Armenians and Turks at the End of the Ottoman Empire (ouv. col.), Oxford-New York, Oxford University Press, 2011, p. 145 :


"Après le "succès" de la politique anti-arménienne, le régime avait un intérêt primordial à calmer les choses, afin de ne pas compromettre son avenir sur la scène internationale. A ce stade, le Dr. Reşid [d'origine circassienne] est devenu un inconvénient pour ceux qui étaient au pouvoir, en partie parce que ses méfaits n'étaient pas passés inaperçus pour les puissances étrangères. Ils avaient même suscité de vives protestations de la part de l'allié allemand. Le nom du vali de Diyarbakır était devenu un symbole de l'assassinat prémédité de chrétiens [il y avait encore des milliers d'Arméniens (catholiques, grégoriens et protestants) dans le vilayet d'Ankara, avant, pendant et après son passage en tant que gouverneur...]. De plus, Reşid Bey, en tant que vali d'Ankara (entre le 26 mars 1916 et le 27 mars 1917), s'est retourné contre le système alors en place, qui était rempli de corruption et de profiteurs de guerre. Son intransigeance et sa franchise ont commencé à déranger sérieusement le régime. Confronté, d'autre part, à la corruption parmi fonctionnaires dans le vilayet d'Ankara, le Dr. Reşid ne pouvait pas rester inactif. On ne sait pas si les histoires racontant l'enrichissement du Dr. Reşid pendant son mandat sont vraies. Ses efforts pour gagner sa vie grâce au commerce en 1917-1918, et la pauvreté de sa famille après 1919, semblent suggérer le contraire. Mais peut-être qu'après 1913, il devint à la fois licencieux dans sa haine contre les chrétiens et, comme tant d'autres officiers, corrompu et avide."


Edgar Pech, "Les Alliés à Constantinople (Novembre 1918-mars 1919)", Le Monde slave, mai 1925, p. 217 :


"Quoi qu'il en soit, il semble que le mot d'ordre ait été donné aux Turcs de se rapprocher des Arméniens. Le gouvernement, de son côté, paraît enclin à rechercher les auteurs des massacres arméniens. Les enquêtes se multiplient et sont parfois menées par des fonctionnaires dont l'attitude envers les Arméniens ne fut pas, à proprement parler, digne d'éloges. Ainsi, le président de la grande commission chargée d'enquêter sur les massacres arméniens, Mazhar bey [le "brave homme" d'Ankara], est l'ancien vali d'Ismidt et de Bitlis [et d'Ankara, en 1914-1915], dont les Arméniens ont gardé un cruel souvenir."


B. Sienne, "L'intervention de S. S. Benoît XV en faveur des chrétientés du Liban et de la Syrie", La Croix, 5 août 1916 :


"Des informations que le Vatican a reçues directement de Syrie ce jour-ci, il résulte que les chrétientés du Liban et de la Syrie ont retrouvé le sentiment de la sécurité.

Il y a quelques mois des mesures prises par le gouverneur de Syrie [dans le contexte de la répression contre les nationalistes arabes, chrétiens comme musulmans] avaient provoqué chez ces populations de vives inquiétudes. (...) A la vue de ces graves vexations, les catholiques du Liban et de la Syrie se demandaient s'ils n'assistaient pas au prélude d'une persécution plus générale.

Cette situation fit l'objet, immédiatement, des paternelles sollicitudes du Souverain Pontife. Il chargea donc Mgr Dolci de présenter à la Sublime Porte des représentations sur ce sujet. Le délégué apostolique appela alors l'attention du gouvernement ottoman sur les préoccupations que soulevait le regrettable décret du gouvernement du Liban, et qui légitimait, d'ailleurs, l'attitude récente de certains valis à égard des Arméniens. Un certain nombre d'Arméniens catholiques avaient été déportés, en effet, malgré les ordres que le ministre de l'Intérieur, sur intervention du délégué apostolique, avait envoyés à tel d'entre eux — au vali d'Angora, — et contrairement aux assurances que celui-ci avait télégraphiées à Constantinople. Le Saint-Siège était fondé à craindre que cette fois aussi, les décisions du gouvernement ottoman ne restent lettre morte, par le fait du gouverneur du Liban.

Mgr Dolci s'est manifestement acquitté de sa délicate mission avec sa précision et son tact habituels. Le gouvernement ottoman ne lui en a pas su mauvais gré, semble-t-il. Le ministre des Affaires étrangères [Halil Menteşe] a donné, en effet, au délégué apostolique, avec la prière de les transmettre au Souverain Pontife, les assurances les plus formelles que les chrétientés de l'empire ottoman ne seraient ni persécutées ni molestées, et que des instructions impératives étaient notamment envoyées, à cet effet, au gouverneur du Liban.

Les informations dont il est parlé plus haut montrent que ces instructions ne sont pas restées lettre morte, et que les assurances données au Saint-Siège se sont traduites dans les faits."


Fuat Dündar, entretien avec François Georgeon, L'Histoire, n° 341, avril 2009, p. 16-17 :


"On sait que Talat a ordonné aux gouverneurs de Diyarbakir (le 12 juillet), d'Ankara (27 juillet) et enfin de toutes les provinces (le 29 août) d'arrêter les massacres [d'Arméniens en 1915]."


Şinasi Orel et Sürreya Yuca, op. cit. :

"DOCUMENT AUTHENTIQUE NO XXXVI

Télégramme chiffré circulaire no 5028 du ministère de l'Intérieur aux préfectures d'Erzurum, Adana, Ankara, Bitlis, Alep, Hudavendigâr, Diyarbakır, Sivas, Trabzon, Konya, Mamuretilaziz, Van; aux sandjaks d'Urfa, Izmit, Canik, Karesi, Karahisârisahib, Kayseri, Maraş, Niğde, Eskişehir.

« Renoncer à transférer les Arméniens protestants qui n'ont pas été déplacés et communiquer leur nombre dans la préfecture et le sandjak, ainsi que celui des personnes transférées et des personnes restées sur place.

Le 2 août 1331 (15 août 1915)

Le Ministre de l'Intérieur » (...)

DOCUMENT AUTHENTIQUE NO XLIX


Télégramme chiffré du ministère de l'Intérieur à la préfecture d'Ankara.

« Réponse au télégramme du 26 décembre 1333 (26 décembre 1917).

« L'autorisation est accordée aux Arméniens catholiques de célébrer des messes dans l'église qui se trouve dans le cimetière catholique arménien.

1er janvier 1334 (1er janvier 1918)

Le Ministre de l'Intérieur, Mehmed Talât. » (...)

DOCUMENT AUTHENTIQUE NO LII

Télégramme chiffré du ministère de l'Intérieur aux préfectures de Hudavendigâr, Ankara, Konya, Adana, Alep, Sivas, Mamuretilaziz, Diyarbakır, Erzurum ; aux sandjaks d'Izmit, Maraş, Urfa, Zor, Kütahya, Karesi, Niğde, Karahisârisahib, Kayseri.

« L'objectif visé par le gouvernement en faisant déplacer les Arméniens de leurs lieux de résidence vers les régions prévues est d'empêcher leurs agissements contre le gouvernement et de les neutraliser afin qu'ils renoncent à leurs aspirations relatives à la création d'un gouvernement arménien.

« L'objectif visé par le gouvernement n'étant pas l'extermination des innocents, le gouvernement exige que toutes les mesures adéquates soient prises pour la protection des Arméniens pendant le transport et pour leur ravitaillement grâce aux allocations des émigrés. Il ordonne de ne plus déplacer les Arméniens, sauf ceux qui sont déjà en train de l'être, de ne plus transférer, comme il a été indiqué auparavant, les familles des soldats, ainsi que les artisans dont on a besoin et les Arméniens protestants et catholiques.

« Procéder immédiatement à des enquêtes judiciaires afin de punir sévèrement d'une part les personnes qui s'attaquent aux convois, qui commettent des vols, qui, emportées par des sentiments bestiaux, violent des femmes et d'autre part les fonctionnaires et les gendarmes qui les ont incitées. Limoger les fonctionnaires qui sont mêlés à ce genre d'affaires, les traduire devant les tribunaux militaires et communiquer leurs noms. Dans ce genre d'incident, la responsabilité incomberait à la préfecture/au sandjak.

16 août 1331 (29 août 1915)

Le Ministre de l'Intérieur. »

DOCUMENT AUTHENTIQUE NO LIII


Télégramme chiffré no 5524 du ministère de l'Intérieur aux préfectures d'Erzurum, Adana, Ankara, Alep, Hudavendigâr, Diyarbakır, Sivas, Trabzon, Kastamonu, Konya, Mamuretilaziz ; aux sandjaks d'Urfa, Izmit, Zor, Karesi, Kayseri, Kütahya, Maraş, Karahisar.

« Conformément aux ordres déjà donnés, communiquer le nombre de personnes punies jusqu'à présent parmi les gens qui ont attaqué les Arméniens.

23 août 1331 (5 septembre 1915)

Le Ministre de l'Intérieur. » "


Johann Heinrich von Bernstorff (ambassadeur allemand à Istanbul), rapport à Georg von Hertling (chancelier impérial d'Allemagne), 16 décembre 1917, DE/PA-AA/R14098 :


"Le patriarche arménien catholique, Monseigneur Terzian, m'a récemment remis le récapitulatif [en français] ci-joint sur l'existence des communautés arméniennes catholiques dans les districts d'Asie mineure et d'Anatolie orientale touchés par la persécution des Arméniens. (...)

Annexe 1

Liste des arméniens catholiques se trouvant dans leurs pays mais pauvres et dans la nécessité, et dont le nombre n'est connu qu'approximativement.


1) A Marache. Mgr. A. Arpiarian Evêque de Marache 1
Prêtre au nombre de dix 10
Religieuses au nombre de dix 10
Population 4000
2) A Adana. Population, avec un prêtre 50
3) A Tarsous. Un prêtre 1
Population 50
4) A Mersine. Population 40
5) A Angora. Population 2500
[ce qui n'inclut, évidemment, ni les grégoriens ni les protestants]
6) A Mardine. Population 3000
7) A Diarbekir. Un prêttre 1
Population 75
8) A Panderma. Un prêtre 1
Quatre Religieuses 4
Population 20
9) A Bandjedjik et Ismid.
Population 125

Constantinople, le 12 November 1917.

Annexe 2

Liste des arméniens catholiques déportés [on va pouvoir constater qu'une partie de ceux d'Ankara ont été seulement déplacés dans le vilayet voisin de Konya, ils n'ont donc pas quitté l'Anatolie] dans diverses localités et dont le nombre n'est qu'approximativement


1) A Alep et dans ses environs

a. Mgr. P. Keklikian Evêqe d'Adana 1
b. Quatre prêtres du diocèse d'Adana 4
c. population du diocèse d'Adana 1300
d. population de Hadjin diocèse d'Adana 200
e. Quatre prêtres du diocèse d'Angora 4
f. Dix religieuses du diocèse de Trébizonde 10
g. Un prêtre du diocèse de Sivas 1
h. population de Curin (Dioc. de Sivas) (à Hama, Nisib, Birédjik) 100
i. population de Kharpout (à Alep, Rakka, Nisib, Zor, Ourfa) 100
j. Sept prêtres du diocèse d'Angora (à Rakka, Nisib, Zor, Ourfa) 7
k. population de Marache 1000

2) A Damas

a. Mgr Grég. Bahabanian Evêque d'Angora 1
b. Deux prêtres du diocèse d'Angora 2

3) A Konia et environs.

a. Trente religieuses du diocèse d'Angora 30
b. population du diocèse d'Angora 2800
c. population du diocèse de Kaisséry 100
(...)

Constantinople, le 12 Novembre 1917

Annexe 3

Liste des arméniens catholique déportés dans diverses localités et de ceux restés dans leurs pays mais qui se trouvent dans une extrême pauvreté. (...)

3) Angora.

Avant la guerre : habit. armén. cathol. 10000
dont
a) déportés à Konia 2800
b) destin[ation] inconnue 4700 7500 [une partie de ceux qui ont été déportés (à l'encontre des ordres du gouvernement central) reviendront par la suite, comme on le verra ci-dessous]
restés sur place 2500
Ev. et clergé 18
L'Evêque Mgr. Bahabanian et 1 prêtre sont à Damas; 4 prêtres à Alep, 7 prêtres à Rakka, Nisib, Zor, Ourfa ; 1 à Jérusalem et 4 destin[ation] inconnue. 18
38 Religieuses (dont 6 décédées) déportées à Konia. 32"

Source : http://www.armenocide.net/armenocide/ArmGenDE.nsf/$$AllDocs/1917-12-16-DE-001


Kâmuran Gürün, op. cit., p. 278 :

"Après l'armistice, il avait été décidé que les Arméniens transférés pouvaient revenir chez eux et que leurs biens leur seraient rendus. On passa immédiatement à l'application de cette décision.

A ce sujet, le patriarche arménien donna les renseignements suivants :

« Les Arméniens d'Istanbul, ainsi que ceux du sandjak de Kütahya et de la province d'Aydin, n'avaient pas été transférés. Ceux qui l'ont été et sont revenus sont ceux du sandjak d'Izmit, ainsi que ceux de Bursa, de Kastamonu, d'Ankara et de Konya.

Beaucoup d'Arméniens sont revenus dans le sandjak de Kayseri, ainsi qu'à Sivas, Harput, Diyarbakir et surtout, en Cilicie, mais ils n'ont pas pu aller jusqu'à leurs villages d'origine. Les Arméniens d'Erzurum et de Bitlis sont tous en Cilicie. » "


Kaman, "Lettre de Palestine : Deux questions compliquées : la question arménienne, la question syrienne. -- Une petite histoire qui peut se conter aujourd'hui.", La Croix, 6 juin 1919, p. 3 :


"L'heure paraît venue de donner à la nation arménienne un territoire défini et une autonomie qui deviendrait pour ses habitants une garantie de sécurité, de calme et de prospérité.

Mais vraiment, quand on aborde le problème, les difficultés de toute nature surgissent, qui en compromettent ou en retardent la solution, et pourtant, il la faudrait immédiate et radicale.

Où est et où sera l'Arménie ? Il y a, bien loin, vers le Caucase, la Grande Arménie : mais il y a aussi, vers le Taurus, la Petite Arménie, et les deux fragments ne se rejoignent pas : ils se trouvent géographiquement séparés par des régions où vivent des Turcs, des Grecs et des Kurdes. A vrai dire, la Petite Arménie ou plus exactement la Cilicie n'est qu'une province de l'Asie Mineure. Si pendant deux siècles environ les Arméniens, fuyant l'invasion des Seldjoukides, y menèrent une vie prospère, il reste cependant acquis que, du côté de l'Occident, l'Arménie proprement dite n'a jamais dépassé l'Euphrate. Le sort de la Petite Arménie resterait donc lié à celui de l'Asie Mineure, à moins qu'elle n'entre dans la zone d'influence des provinces syriennes.

La terre classique de l'Arménie se trouve donc constituée par le massif montagneux qui s'étend de l'Euphrate supérieur à la mer Caspienne, et, c'est là, sans doute, qu'on cherchera l'assiette du nouveau territoire à offrir à la nation arménienne.

La victoire remportée sur les Turcs de même que l'anarchie sanglante qui règne en Russie ne peuvent que favoriser la récupération à son profit des cinq vilayets et des deux provinces arméniennes que les deux empires détenaient depuis longtemps.

Resterait la région d'Ourmiah et de Tabriz jusqu'à la mer Caspienne. La Perse, qui gouverne si mal cette province depuis le XVIIe siècle, voudra dire son mot. Mais même si l'Arménie restait amputée de cette fraction importante, elle conserverait un développement assez vaste pour recueillir dans ses limites les 3 millions d'Arméniens dispersés.

Dispersés : C'est bien, en effet, la nation dispersée. Indépendamment des deux territoires mentionnés plus haut où on les rencontre en grand nombre, les Arméniens forment des groupes importants dans les villes principales d'Asie Mineure : Sivas, Césarée [Kayseri], Koniah, Eski-Chéhir, Angora, Smyrne ; dans la Syrie du Nord et à Constantinople.

S'il fallait concrétiser ces indications par des chiffres, voici comment on pourrait distribuer la population arménienne :

Asie Mineure, 450 000 ; Caucase, 600 000 ; Perse, 50 000 ; Vilayets ottomans [désigne probablement les provinces arabes], 500 000 ; étranger, 150 000.

C'est donc à peine si l'on arrive au chiffre de 3 millions.

Je m'imagine difficilement les Arméniens d'Europe, d'Amérique et des Indes abandonnant leur commerce et leur situation pour accourir dans l'ancienne patrie reconstituée. Des intérêts souvent considérables les retiennent à l'étranger et la plupart y vivent depuis trop longtemps.

Pour les mêmes raisons, ceux qui habitent les grandes villes commerçantes Constantinople, Smyrne, Alexandrie, Le Caire, etc..., ne voudront pas se hasarder à renoncer à des avantages très réels pour aller courir la chance dans un pays nouveau ; et ceux-là mêmes qui seraient décidés à la tenter, exigeront sans doute de sérieuses garanties de sécurité. Et alors, en fait, il faut compter au maximum sur 500 000 citoyens. 500 000 sur 7 millions. C'est exactement 14 pour 100 de la population qui réside actuellement sur le territoire de la Grande Arménie.

Il paraîtrait assez naturel que les Arméniens fussent maîtres chez eux mais les 6 millions et demi de Kurdes ou de Turcs seraient-ils réduits à une migration forcée ?

S'ils restent dans le pays, prévoit-on un gouvernement exclusivement arménien et cette minuscule fraction tiendra-t-elle en respect la masse hostile des Kurdes et des Turcs ? ou bien suppose-t-on une collaboration amicale des diverses races ?


A quelque supposition que l'on s'arrête, il n'y a de résultat possible qu'avec le concours d'une puissance étrangère qui prendrait en tutelle la jeune nation, mettrait à sa disposition les ressources de son expérience, et assurerait par le prestige de sa force l'équilibre et la paix. — Conseils, direction, collaboration administrative, ressources en argent et en personnel, beaucoup peuvent les donner ; il y en a peu qui utiliseraient aisément leurs propres forces militaires pour intervenir en cas urgents, et ces cas ne sont pas problématiques, malheureusement. Le pays en question est en effet très lointain, peu abordable, sans voies de communication rapides. Le moindre voyage à l'intérieur exige des journées et des semaines. Je comprends, dès lors que, malgré la grande pitié que tout le monde éprouve pour des gens sans cesse traqués, personne n'envisage avec enthousiasme la perspective d'un pareil rôle à tenir en un pareil pays. L'Angleterre, avec ses nouvelles possessions de Mésopotamie, est la seule qui se trouve à proximité. Voudra-t-elle prendre la succession de la Russie bolcheviste et se constituer tutrice ?"


"Inquiétante anarchie en Asie-Mineure : Le gouvernement de Constantinople est sans force pour imposer sa volonté aux fauteurs de troubles", Le Matin, 8 septembre 1919, p. 3 :


"CONSTANTINOPLE, 2 septembre. — La situation dans l'ensemble de la Turquie apparaît inquiétante. Le gouvernement est sans force, le grand-vizir [Damat Ferit Paşa] ayant perdu toute autorité à la suite de son malheureux voyage à Paris et de son renvoi par les alliés. Il est sans action sur les éléments turbulents qui s'agitent en Asie-Mineure.

Dans cette région, les « vrais patriotes », c'est-à-dire les restes du comité Union et Progrès, s'organisent avec l'appui de l'opinion musulmane exaspérée par la mainmise des alliés et en particulier des Grecs sur d'importantes régions. Moustafa Kemal, général et inspecteur d'armée envoyé par le cabinet en mission de pacification, a convoqué un congrès à Angora et s'est mis à la tête des patriotes. En leur nom, il a adressé au sultan des télégrammes menaçants exigeant la démission de Damad Ferid, la constitution d'un cabinet patriote et des élections immédiates, faute de quoi le sultan serait déposé et remplacé par le prince héritier Abdul Medjid.

Les bandes turques qui opèrent en Anatolie constituent une véritable force nationale commandée par des officiers de l'armée régulière et parfaitement disciplinée. Elles témoignent d'égards particuliers envers les religieux français. Elles sont fournies d'armes et de munitions et possèdent des canons qui se trouvaient dans la zone d'occupation italienne [Adalia/Antalya].

Le commandement britannique semble disposé à agir contre elles. Il a fait débarquer des munitions à Trébizonde. Le dépôt a été détruit par une explosion. Moustata Kemal a fait savoir que le même accident se reproduirait si le dépôt était renouvelé. Les forces anglaises sont du reste insuffisantes pour réduire ces bandes. L'Amérique fera-t-elle les frais d'une expédition ?"


Berthe Georges-Gaulis, La Question turque. Une page d'histoire turque et d'erreurs européennes, 1919-1931, Paris, Berger-Levrault, 1931, p. 136-137 :

"Le soir commençait, le premier soir à Angora [en 1920]. Après quinze heures de visions précipitées les unes sur les autres, après tant de visages nouveaux, d'entretiens souvent vifs, de réceptivité soumise à une tension excessive, par l'imprévu d'un milieu en plein bouillonnement, je me trouvais, pour la première fois, dans la petite maison que l'Assemblée Nationale, dont j'étais l'hôte, avait fait préparer à mon intention.

La porte extérieure, peinte en bleu, le mur également bleu, le nègre qui veillait sur le seuil et présiderait aux entrées et aux sorties, les marches raides de l'escalier que je gravirais tant de fois, le salon, meublé à l'orientale, avec sa multitude de fenêtres basses et grillagées, la chambre très simple, mais spacieuse, tout me plaisait déjà, car j'avais pressenti partout une délicatesse et une grâce discrète, qui ne se démentiraient jamais. L'on paraissait connaître ce que j'aimais et ce que je n'aimais pas. La servante arménienne, attachée à ma personne, était fine et de bonne éducation. Suivant la coutume orientale, tout recherchait le contentement de l'hôte et l'adaptation à ses usages ; l'exquise politesse de l'Orient avait pris des allures plus rapides, plus résolues, mais elle conservait sa grâce native.

Il était minuit à la franque : les serviteurs dormaient, des troupes passaient, martelant les petits pavés ; le sabot des chevaux avait une cadence régulière, Des sifflets aigus résonnaient çà et là, ceux des veilleurs de nuit qui conversaient ainsi, de loin, revêtus de l'uniforme gris des gendarmes nationalistes ; ils remplaçaient les « bektdji » du passé. N'étais-je pas en Turquie nationaliste, si loin du vieux Constantinople blessé à mort et de Stamboul à l'agonie ? Ici, même en pleine nuit, la vie s'infiltrait de toutes parts, les voitures se succédaient sans arrêt. Encore des troupes scandant une marche guerrière. Les coqs chantaient, comme par toute l'Anatolie, ne tenant aucun compte de la nuit ; l'on ne dort guère à Angora. Dès l'aube, les maisons s'éveillaient, les rues fourmillaient, les bataillons de travailleurs grecs ou arméniens, prisonniers de guerre [capturés sur les fronts turco-grec et cilicien], encadrés par les soldats et les gendarmes, partaient en corvée. Ils devaient arriver des camps de concentration tout proches de la ville ; revêtus du costume anatolien, ils portaient sur l'épaule la pelle et la pioche ; d'autres allaient vers l'usine de la gare, où se fabriquaient les munitions."


"Décret du 19 novembre 1947 portant naturalisation, réintégration, francisation, statut métropolitain et libération des liens d'allégeance.", Journal officiel de la République française, n° 275, 23 novembre 1947, p. 11607 :


"Art. 4 — Sont naturalisés Français, par application des articles 60, 62 et 64, paragraphe 4, du code de la nationalité française, et sont autorisés à porter légalement à l'avenir un nom francisé, au bénéfice de l'article 34 de l'ordonnance du 2 novembre 1945 : (...)

BALIKDJIAN (Garabed), livreur, né le 20 juin 1918, de père arménien, à Angora (Turquie), qui est autorisé à s'appeler légalement à l'avenir BALIDIAN au lieu de BALIKDJIAN, et TCHOUBANIAN (Lussapert), sa femme, née le 15 mai 1920, de père arménien, à Angora (Turquie), demeurant à Meudon (Seine-et-Oise)."


"Décret n° 2162 du 2 août 1943 portant naturalisation et réintégration.", Journal officiel de l'Etat français, n° 195, 15 août 1943, p. 2154 :


"Nous, Maréchal de France, chef de l'Etat français,

Sur le rapport du garde des sceaux, ministre secrétaire d'Etat à la justice [Maurice Gabolde],

Décrétons :

Art. 2 — Sont naturalisés Français par application des articles 6 (§ 1°) et 7 (§ 1er) de la loi du 10 août 1927 : (...)

KOUCHKOUCHIAN (Karabet), tailleur, né le 7 août 1908 à Zongouldak (Turquie), et SEMERDJIAN (Chaki), sa femme, née le 1er novembre 1920 à Ankara (Turquie), demeurant à Valence (Drôme)."


Voir également : "Génocide arménien" : les télégrammes secrets (authentiques) de Talat Paşa (Talat Pacha)

Le contenu des "carnets" de Talat Paşa (Talat Pacha)

"Génocide arménien" : les élites arméniennes d'Istanbul (après la descente de police du 24 avril) et les Arméniens d'Anatolie exemptés de déportation

Les officiers arméniens de l'armée ottomane pendant la Première Guerre mondiale

Le rôle des Arméniens loyalistes dans l’Empire ottoman durant la Première Guerre mondiale

De l'espionnage hamidien au nationalisme grand-arménien : l'itinéraire de Krikor Sinapian

Aram Efendi, une figure laïque de la communauté arménienne catholique

La lutte d'Ohannès Bey Alexanian au sein de la communauté arménienne catholique

Le pape Benoît XV et l'Empire ottoman

L’Empire ottoman tardif et ses catholiques (y compris les Arméniens catholiques)

Les catholiques (y compris les Arméniens catholiques) et la guerre d’indépendance turque

Le sénateur Manuk Azaryan Efendi et la guerre de libération nationale turque 

La place des Arméniens dans les révolutions jeune-turque et kémaliste   

Le général Kâzım Karabekir et les Arméniens

La Turquie kémaliste et sa minorité arménienne