dimanche 20 septembre 2020

Première Guerre mondiale : les efforts pour ravitailler et aider les déportés arméniens


Şinasi Orel et Sürreya Yuca, Les "Télégrammes" de Talât Pacha. Fait historique ou fiction ?, chapitre III : "Les documents d'archives ottomanes", Paris, Triangle, 1986 :

"DOCUMENT AUTHENTIQUE NO XXXII

Télégramme chiffré no 73 de la Direction générale de l'installation des tribus et des émigrés, du ministère de l'Intérieur à la préfecture d'Alep.

« Réponse au télégramme du 22 août 1331 (4 septembre 1915) :

« Il vous est envoyé 5.000 livres sur l'allocation des émigrés. Assurer avant tout le transfert des Arméniens entassés dans les stations vers les lieux prévus et leur ravitaillement
; veiller à ce qu'ils soient protégés d'éventuelles agressions.
 
« Consacrer cette allocation à cet objectif et la remettre à la Commission des biens abandonnés. Si cela n'est pas suffisant, faire la demande d'une autre allocation.

23 août 1331 (5 septembre 1915)

Au nom du Ministre, Subhi. » (...)

DOCUMENT AUTHENTIQUE NO XXXIV


Télégramme chiffré no 65 de la Direction générale de l'installation des tribus et des émigrés, du ministère de l'Intérieur au sandjak de Canik.

« Employer l'allocation aux émigrés à ravitailler ceux des Arméniens, convertis ou non à l'islam, qui sont sans famille et indigents.

« Les informations détaillées sont envoyées par la poste.

30 octobre 1332 (12 novembre 1916)

Au nom du Ministre, Şükrü. » (...)

DOCUMENT AUTHENTIQUE NO XXXIX


Télégramme chiffré du ministère de l'Intérieur aux préfectures de Konya (no 69), Adana (no 57), Alep (no 71), Syrie (Damas) (no 43), Ankara (no 69) ; aux sandjaks d'Izmit (no 73), Eskişehir (no 23).

« Afin d'effectuer des contrôles et des études sur les Arméniens qui sont actuellement dirigés vers des régions déterminées, le directeur de l'installation des tribus et des émigrés, Şükrü Bey, est en route vers la préfecture et le sandjak. Les sommes indiquées ci-dessous sont prélevées sur l'allocation aux émigrés. Assurer l'administration et le ravitaillement réguliers de la population arménienne.

« L'acheminement le plus tôt possible des Arméniens vers les lieux prévus dans les meilleures conditions étant d'une grande importance, faire le nécessaire.

« Tenir dans les gares à la disposition des Arméniens les quantités possibles de pain, de céréales, des récipients et tonneaux et d'autres fournitures et faire en sorte qu'ils ne sombrent pas dans le dénuement.

« S'il n'y a pas assez d'argent dans la caisse d'Etat, prévenir par télégramme. 19 août 1331 (1er septembre 1915)

Au nom du Ministre, Şükrü. »

« Le montant en piastres à dépenser pour les Arméniens [100 piastres correspondent à une livre d'or ottomane] :

« Préfecture de Konya : 400.000 ; sandjak d'Izmit : 150.000 ; sandjak d'Eskişehir : 200.000 ; préfecture d'Adana : 300.000 ; préfecture d'Alep : 300.000 ; préfecture de Syrie (Damas) : 100.000 ; préfecture d'Ankara : 300.000. »
(...)

DOCUMENT AUTHENTIQUE NO LII

Télégramme chiffré du ministère de l'Intérieur aux préfectures de Hudavendigâr, Ankara, Konya, Adana, Alep, Sivas, Mamuretilaziz, Diyarbakır, Erzurum ; aux sandjaks d'Izmit, Maraş, Urfa, Zor, Kütahya, Karesi, Niğde, Karahisârisahib, Kayseri.

« L'objectif visé par le gouvernement en faisant déplacer les Arméniens de leurs lieux de résidence vers les régions prévues est d'empêcher leurs agissements contre le gouvernement et de les neutraliser afin qu'ils renoncent à leurs aspirations relatives à la création d'un gouvernement arménien.

« L'objectif visé par le gouvernement n'étant pas l'extermination des innocents, le gouvernement exige que toutes les mesures adéquates soient prises pour la protection des Arméniens pendant le transport et pour leur ravitaillement grâce aux allocations des émigrés. Il ordonne de ne plus déplacer les Arméniens, sauf ceux qui sont déjà en train de l'être, de ne plus transférer, comme il a été indiqué auparavant, les familles des soldats, ainsi que les artisans dont on a besoin et les Arméniens protestants et catholiques.

« Procéder immédiatement à des enquêtes judiciaires afin de punir sévèrement d'une part les personnes qui s'attaquent aux convois, qui commettent des vols, qui, emportées par des sentiments bestiaux, violent des femmes et d'autre part les fonctionnaires et les gendarmes qui les ont incitées. Limoger les fonctionnaires qui sont mêlés à ce genre d'affaires, les traduire devant les tribunaux militaires et communiquer leurs noms. Dans ce genre d'incident, la responsabilité incomberait à la préfecture/au sandjak.

16 août 1331 (29 août 1915)

Le Ministre de l'Intérieur. » "


Paul von Wolff-Metternich (ambassadeur allemand à Istanbul), rapport à Theobald von Bethmann Hollweg (chancelier impérial d'Allemagne), 7 décembre 1915, DE/PA-AA/R14089 :


"J'ai sérieusement discuté des atrocités arméniennes, au cours de la semaine dernière, avec Enver Pacha, avec Halil Bey [Menteşe], et aujourd'hui avec Djemal Pacha, et j'ai souligné que de larges cercles, tant dans les pays étrangers amis qu'en Allemagne, étaient en proie au trouble et à l'indignation et que, à moins que ces atrocités ne soient empêchées, ces cercles finiraient par retirer toutes leurs sympathies au gouvernement turc. (...) Djemal Pacha dit que les ordres initiaux étaient effectivement nécessaires, mais que leur exécution avait été mal organisée. Il ne nie pas que le résultat ait été un état de choses déplorable, qu'il essayait de soulager en distribuant de la nourriture et de l'argent. C'est vrai. Sa base militaire autour d'Alep est infestée en raison de la misère des réfugiés, et il cherche des secours ; il a également fait pendre plusieurs personnes qui avaient volé des réfugiés."

Source : http://www.armenocide.net/armenocide/armgende.nsf/$$AllDocs-de/1915-12-07-DE-001


Feroz Ahmad, The Young Turks and the Ottoman Nationalities : Armenians, Greeks, Albanians, Jews, and Arabs, 1908-1918, Salt Lake City, University of Utah Press, 2014 :


"Au milieu de l'année 1915, la possibilité d'une percée de l'Entente aux Dardanelles était une réalité. L'amiral Georg von Müller, chef du cabinet naval, nota dans son journal du 2 juillet que le secrétaire d'Etat Gottlieb von Jagow "était très déprimé du fait de la gravité de la situation désespérée aux Dardanelles, où les batteries turques manquent de munitions... La perspective de tenir les Dardanelles est désormais très incertaine." Quelques jours plus tard, l'ambassadeur Morgenthau a informé le Département d'Etat que la "question arménienne" prenait "une proportion sans précédent", justifiée par la Porte pour des raisons militaires. Il a écrit : "Les populations musulmanes et arméniennes ont vécu en harmonie, mais comme les volontaires arméniens, dont beaucoup sont des sujets russes, ont rejoint l'armée russe dans le Caucase et comme certains ont été impliqués dans des mouvements révolutionnaires armés et que d'autres ont aidé les Russes dans leur invasion du district de Van, une terrible vengeance est en cours."

Les unionistes craignaient également une contre-révolution organisée par les révolutionnaires arméniens. "Ils [les unionistes] admettent qu'ils recourront à tous les moyens pour éviter qu'ils ne perdent le contrôle du gouvernement. Ils disent que c'est la politique nationaliste du Comité Union et Progrès, qu'ils ont refusé de modifier même lorsque la Russie, la France et la Grande-Bretagne ont menacé les ministres ottomans de voir leur responsabilité personnelle engagée."

Lorsque le Conseil américain des commissaires pour les missions étrangères a demandé au Département d'Etat de prendre des mesures pour protéger les Arméniens, le secrétaire d'Etat Robert Lansing a avoué que "les efforts pour aider les Arméniens sont rendus plus difficiles par le fait que, selon les rapports reçus par le Département, des groupes importants d'Arméniens sont en état de rébellion armée contre le gouvernement turc, et que le gouvernement turc prétend que les mesures qu'il a prises sont seulement celles qui sont nécessaires à sa propre protection"." (p. 83-84)

"La crainte que l'Entente ne s'empare de la capitale avait été le moteur de la guerre pour les unionistes. Cette crainte s'est dissipée à la fin de 1915 après l'échec de l'Entente à Gallipoli et le début de l'évacuation par les forces britanniques. L'attitude de la Porte envers les Arméniens a changé. "Il y avait un apaisement notable des attaques contre les réfugiés arméniens et une volonté apparente de permettre des activités de secours parmi les survivants. Certains officiels étaient même coopératifs. Qu'Enver ou Talat aient estimé qu'ils avaient atteint l'objectif de faire de la "Turquie aux Turcs" une réalité pratique, ou que les protestations vigoureuses et continues de nombreux pays, y compris des citoyens allemands, aient obligé à un revirement opportun, l'histoire ne le retient pas." Au début de 1916, "il y avait un million ou plus d'Arméniens qui avaient survécu au Proche-Orient... [et] la voie avait été ouverte aux opérations de secours, sans aucune entrave des autorités" [citations de James L. Barton (président du Near East Relief), Story of Near East Relief, 1915-1930, New York, Macmillan, 1930, p. 59 et 42]." (p. 87-88)


Jesse B. Jackson (consul américain à Alep), rapport à Henry Morgenthau (ambassadeur américain à Istanbul), 8 février 1916, NA/RG59/867.48/271 :


"Monsieur :

J'ai l'honneur de vous transmettre ci-joint une copie d'un rapport reçu de sources fiables, en référence au nombre d'immigrés arméniens dans ce voisinage, entre ici et Damas et dans ce pays environnant, et sur l'Euphrate jusqu'à Dier-el-Zor, montrant un total d'environ 500.000 personnes. En ce qui concerne l'aide envoyée par M. [William] Peet pour ces personnes, il semblerait approprié de dire que la somme de 500 livres turques par semaine est tout à fait insuffisante pour aider ne serait-ce qu'une petite partie d'entre eux, étant donné qu'une personne ne peut pas vivre avec moins de 2 piastres d'or par jour, il lui faudra la somme de 10.000 livres turques par jour pour garder en vie ceux qui sont en bonne santé, pour ne rien dire des malades.

Les protestants ont une assez bonne organisation pour la gestion et la distribution de l'argent et d'autres aides aux habitants des localités mentionnées dans la liste. Les deux centres de distribution sont Alep, qui comprend tous les lieux mentionnés sur la liste à l'exception de Damas, qui est l'autre centre de distribution. Le révérend Tahmizian peut être chargé de la distribution à ce dernier endroit.

Une copie est jointe pour M. Peet. S'il vous plaît, demandez-lui de prendre des mesures énergiques à ce sujet et de m'en informer.

J'ai l'honneur d'être, Monsieur,
Votre obéissant serviteur.

Signé : J. B. Jackson.
Consul

Annexe : Copie
310/

COPIE

Voici les statistiques des immigrés arméniens selon les meilleures informations :

Damas jusqu'à Maan plus de 100.000

Hama et les villages alentours 12,000

Homs "" 20,000

Alep "" 7,000

Maara "" 4.000

Bab "" 8.000

Mumbidge "" 5.000

Ras-el-Ain "" 20.000

Rakka "" 10.000

Der-el-Zor plus de 300.000

Total 486.000

3 février 1916"

Source : https://web.archive.org/web/20080723111050/http://www.gomidas.org/gida/index_and_%20documents/867.48_index_and_documents/docs/48.271.pdf


Relief of Armenians. Hearings before the Committee on Foreing Affairs, Washington, Government Printing Office, 1916 :


"Les informations directes sur la situation des Arméniens dans l'Empire turc ne sont pas faciles à obtenir. Les éléments suivants montrent que l'aide est très nécessaire et qu'il est possible de l'envoyer aujourd'hui d'une manière qui était impossible à l'automne dernier. (...)

Le premier mars, des informations sont parvenues à ce pays [les Etats-Unis] selon lesquelles le ministre turc des Affaires étrangères a affirmé avec insistance que "toute déportation des Arméniens avait cessé et qu'il n'y en aurait plus, et que les Arméniens protestants et catholiques qui ont été déportés seraient autorisés à retourner chez eux". A Constantinople, il a été signalé qu'une certaine amélioration de la déportation des Arméniens était évidente et que l'aide pour les Arméniens était maintenant distribuée parmi les Arméniens sans ingérence locale.

Le 17 mars, des informations sont parvenues au Département d'Etat de la part du chargé d'affaires de Constantinople concernant des fonds supplémentaires pour l'aide aux Arméniens. Une paraphrase de la dépêche est la suivante :

"Le consul américain à Alep rapporte qu'un demi-million de réfugiés arméniens se trouvent maintenant dans les districts de Damas, Zor et Alep. Tous ces éléments sont à la portée des comités de secours de Damas et d'Alep. Tous les responsables des secours demandent instamment des envois de fonds plus importants. Peet déclare que les secours déjà reçus ont fait des merveilles et, s'ils sont poursuivis de manière correcte, contribueront à sauver une nation chrétienne de l'extermination. D'après ses informations, trois cent mille réfugiés en Turquie ont besoin d'aide en plus du demi-million dont il est question. Les sommes actuelles sont insuffisantes pour permettre à ces gens de passer l'hiver, et un million de dollars peut être employé de manière très fructueuse." M. Peet est l'agent d'affaires et le trésorier des quatre missions en Turquie du Conseil américain des commissaires pour les missions étrangères, dont le siège est à Constantinople.

La dépêche montre que le nombre de survivants est supérieur à ce qui avait été indiqué dans les estimations précédentes, qui variaient entre trois cent cinq cent mille. Maintenant il est câblé qu'il y en a cinq cent mille dans les seuls districts de Damas, Zor et Alep. Le nombre total de réfugiés arméniens en Turquie qui ont besoin d'aide est d'au moins 800.000. Comme il y a 800.000 réfugiés aujourd'hui en Turquie et, comme indiqué ci-dessus, il y en a 182.800 dans le Caucase et 12.100 dans les districts de Turquie conquis par les Russes, au moins un million d'Arméniens sont toujours en vie. Si les chiffres de la dépêche n'incluent pas les 150.000 Arméniens qui n'ont pas encore été déportés de Constantinople et la population arménienne toujours à Smyrne, on peut peut-être estimer le nombre de survivants aujourd'hui entre 1.150.000 et 1.200.000.

Au début de la guerre, la population arménienne totale en Turquie était estimée entre 1 600.000 et 2.000.000. Divers membres du Comité ont évalué le nombre de décès causés par les massacres et les déportations entre 800.000 et 1.000.000. Ce dernier chiffre est sans aucun doute trop important. Ces estimations peuvent maintenant être révisées de telle façon que le nombre de morts se situe probablement entre 450.000 (ou 600.000) et 800.000, suivant les chiffres que l'on prend pour la population arménienne de Turquie avant la guerre.

Bien que la situation du point de vue de la vie humaine ne soit pas aussi sombre qu'il semblait, les estimations croissantes du nombre de survivants pèsent encore plus lourd sur les infrastructures de secours." (p. 12-13)


"Rapports entre belligérants et neutres", Bulletin quotidien de presse étrangère, n° 204, 21 septembre 1916 :

"Etats-Unis.Déclarations de M. Abraham Elkus, le nouvel ambassadeur des Etats-Unis, à son départ pour Constantinople : « J'ai l'intention de coopérer avec les institutions américaines en Turquie pour les aider dans leur œuvre de bienfaisance. L'ambassade continuera aussi l'œuvre accomplie par M. Morgenthau pour la défense des intérêts des belligérants confiés à ses soins au début de la guerre. Naturellement aussi, notre attention se portera vers l'organisation des secours à la population indigène. Les Syriens et les Arméniens ont particulièrement besoin d'aide. La situation des juifs en Palestine réclame aussi une attention immédiate. Les fermiers de Syrie sont exposés à une crise économique sérieuse qui menace l'existence de l'activité agricole israélite dans cette région. Par ailleurs, les parents et les amis des Américains résidant en Turquie ont souffert de grandes inquiétudes par suite de l'interruption des courriers. Tous les efforts de l'ambassade tendront au rétablissement des communications et à l'obtention de renseignements sur la situation des parents et des amis. » — New York Herald, 18.8." (p. 4)


"Régions envahies", Bulletin quotidien de presse étrangère, n° 260, 16 novembre 1916 :


"— Dans l'affaire des secours si noblement offerts par le Président Wilson pour soulager la Pologne, les belligérants ont fait preuve d'une égale mauvaise volonté et d'une égale mauvaise foi. Seule l'Amérique sort grandie de cette controverse. (Ed.) World, 18.10. — « L'échec total des efforts tentés par le Président Wilson pour amener les belligérants à trouver un moyen de secourir les populations non combattantes de Pologne, de Serbie, du Monténégro et d'Albanie, menacées de famine, marque le point le plus bas où soit jamais tombée une portion considérable du monde civilisé. Le souvenir de ce crime pèsera sur l'humanité pendant des siècles à venir, et la nation, ou le groupe de nations, qui devra porter la responsabilité de cette inutile annihilation de femmes, d'enfants et de vieillards sans défense, représentant tout ce qui reste de peuples entiers, s'attirera la condamnation du monde entier longtemps après la fin de la guerre. (Ed.) Brooklyn Eagle, id.

Quel contraste ! Les Turcs sanguinaires ne s'opposent pas à l'envoi de secours aux Arméniens, alors qu'il est impossible d'en faire parvenir à la Pologne. (Ed.) Chicago Herald, id." (p. 5)


Abram Elkus (ambassadeur américain à Istanbul), rapport à Robert Lansing (secrétaire d'Etat américain), 5 février 1917, NA/RG59/867.4016/313 :


"Dans peu de temps, cependant, j'espère reprendre avec Talaat Pacha, grand vizir et ministre de l'Intérieur, la question de l'extension des secours et autres aides aux Arméniens, et j'espère pouvoir parvenir à un accord, étant donné que Talaat Pacha montre depuis quelque temps une disposition plus favorable à la distribution de secours, et a déjà envoyé des instructions à Alep, à ma demande, pour supprimer certains obstacles qui avaient été placés dans la distribution de secours, par M. Jackson, aux Arméniens et à d'autres. Maintenant que Talaat Pacha est grand vizir, son attitude favorable, si elle se poursuit, aura plus de poids et d'influence."

Source : https://web.archive.org/web/20061014163536/http://www.gomidas.org/gida/index_and_%20documents/867.4016_index_and_documents/docs/4016.313.pdf


Walter Rössler (consul allemand à Alep), rapport à Theobald von Bethmann Hollweg, 14 février 1917, DE/PA-AA/R14095 :


"Le représentant du consulat américain, qui a été récemment envoyé, avec l'accord du gouvernement turc, pour distribuer des fonds d'urgence aux Arméniens déportés, est revenu et rapporte ce qui suit : Il a acheté 20 000 kilos de céréales à Raqqa, que le représentant de la compagnie de réglisse américaine, avec 2 fonctionnaires turcs, distribua, et il a distribué 4500 ltq., en remettant personnellement au moins un quart de livre, parfois plus, à chacun des 6000 expédiés. Néanmoins, il est d'avis qu'une très grande partie devrait succomber à la faim et aux privations. Parce que maintenant il y a non seulement la famine parmi les Arméniens, mais aussi parmi la population de Raqqa elle-même, de sorte que la distribution par le gouvernement de nourriture aux déplacés a presque complètement cessé. 160 à 175 kilos de blé coûtent 500 piastres d'argent papier, soit pas tout à fait trois fois plus d'argent papier, de sorte qu'un kilo de blé équivaut à environ 2 marks."

Source : http://www.armenocide.net/armenocide/armgende.nsf/$$AllDocs/1917-02-14-DE-001


Walter Rössler, rapport à Theobald von Bethmann Hollweg, 16 mars 1917, DE/PA-AA/R14096 :


"Entre-temps, Sœur Rohner [missionnaire suisse travaillant pour le Christlicher Hilfsbund im Orient, structure de bienfaisance allemande] a été sollicitée par le consul américain et l'arrière turque pour réorganiser le travail d'urgence à Alep. Pour le consul américain, la raison était qu'il y avait des lacunes dans le travail. L'officier turc, le colonel Kemal Bey, qui a d'ailleurs récemment reçu la Croix de fer, est responsable des filatures et des ateliers de tissage, dans lesquels le travail et les salaires sont si bas qu'ils sont insuffisants pour assurer l'existence des ouvriers et de leurs enfants. Ses supérieurs lui permettraient de les laisser périr [affirmation infondée, étant donné ce que l'on sait de l'attitude de Cemal Paşa en Syrie], mais il a un cœur et souhaite aider. Avec la collecte de Sœur Rohner, il espère utiliser les fonds d'urgence pour les femmes et les enfants. Il a l'intention de créer deux orphelinats, que ce soit en internat ou en externat, avec une soupe populaire. La sœur a accepté. Tout d'abord, ces jours-ci, elle a placé sur une base nouvelle la distribution de fonds d'urgence pour les 20 000 Arméniens pauvres de la ville d'Alep. Le 19 du mois elle ira à Marach se détendre pendant un mois puis se rendra disponible pour travailler sur les 1200 enfants négligés. Elle a refusé de commencer un nouvel emploi sous son propre nom, mais a dit au colonel Kemal Bey qu'elle serait heureuse d'aider. En plus des 1200 enfants mentionnés, il y en a 450 dans l'église grégorienne sous la garde des Arméniens et 400 dans l'orphelinat arménien nouvellement rempli, mentionné ci-dessus."

Source : http://www.armenocide.net/armenocide/ArmGenDE.nsf/$$AllDocs/1917-03-16-DE-001


"Politique générale et diplomatie", Bulletin quotidien de presse étrangère, n° 445, 20 mai 1917 :


"Etats-Unis et Turquie.Les Etats-Unis n'ont pas la moindre raison de déclarer la guerre à la Turquie. D'autre part, de nombreux Américains désirent que la paix soit maintenue entre les deux pays, parce que la plupart des missions chrétiennes en Turquie sont américaines. Leur œuvre est indispensable à la sécurité de ce qui reste de la nation arménienne. Dans l'intérêt de l'humanité, il ne faut pas qu'elle soit interrompue. — (Ed.) Philadelphia Record, 15.4." (p. 2)


Jesse B. Jackson (ancien consul américain à Alep), rapport, 4 mars 1918, source : Ara Sarafian (dir.), United States Official Documents on the Armenian Genocide, tome I : "The Lower Euphrates", Watertown, Armenian Review, 1993, p. 153-154 :


"Au printemps 1916, les autorités ont décidé d'éloigner tous les chrétiens des villes côtières du nord de la Syrie. Cela a englobé ceux d'Alexandrette, Arsous, Swedia, Antioche et des villages environnants, bien que la dernière ville nommée soit à environ 20 miles à l'intérieur des terres. Comme les Arméniens avaient déjà été déportés de ces lieux, il ne restait plus que les orthodoxes grecs, et après avoir été envoyés à l'intérieur, curieusement, les déportations ont cessé, laissant les catholiques latins tranquilles. Il y avait plus de 3.000 orthodoxes grecs se trouvant ainsi dans le même état regrettable que les Arméniens, et j'ai donc abordé la question avec l'ambassade pour demander la permission de les aider à partir du fonds de secours général. Cela a été accepté immédiatement, et ils ont donc été placés sur les listes de secours, l'allocation mensuelle étant en général versée directement par moi à l'évêque grec, l'homme le plus estimable que je connaissais personnellement depuis plusieurs années. Les Grecs avaient été déportés pour la plupart vers Idlib, Mumbudge et Bab, et un bon nombre d'entre eux restaient à Alep alors qu'ils traversaient le chemin de l'intérieur.

Et l'assistance se poursuivit ainsi lorsque les relations diplomatiques furent rompues entre les Etats-Unis et la Turquie en avril 1917. Je me suis alors arrangé pour que tous les fonds de secours soient ensuite envoyés à M. Emil Zollinger, un éminent gentleman suisse d'Alep, qui s'intéresse vivement aux activités philanthropiques, et qui reçoit et donne aux comités l'argent nécessaire à la distribution mensuelle.

Hormis environ 50.000 personnes dépendantes des secours à Alep, il y en a deux fois plus dans les villes et villages environnants, qui reçoivent tous des secours grâce aux comités qui ont été organisés sous ma direction avant mon départ en mai 1917. Les principaux lieux où se trouvaient alors les Arméniens et les Grecs déportés étaient Alep, Aintab, Mossoul, Ourfa, Biredjik, Mardin, Marach, Killis, Mumbudge, Seroudge, Bab, Idlib, Meskene, Hamam, Rakka, Abou-Harara, Sebha, Selimie, Hama, Homa et Damas.

L'American Committee for Armenian and Syrian Relief, n° 1, Madison Avenue, ville de New York, est en contact avec les comités d'Alep par l'intermédiaire de M. Zollinger et, d'après les derniers comptes rendus, le travail avance de manière très satisfaisante.

Au cours de ces jours, de nombreuses personnes craignant des ennuis ont laissé de l'argent ou des objets de valeur au consulat, qui ont tous été rendus sauf quelques-uns qui ont été remis au consul des Pays-Bas, mon successeur temporaire, quand on a vu que je serais obligé de quitter Alep, car il était impossible de prévoir qu'il y aurait un consul pour assumer en permanence la charge des intérêts que je protégeais alors, il n'y avait pas de consul de carrière à Alep représentant un pays neutre."


Voir également : La déportation des Arméniens de 1915 : une réponse contre-insurrectionnelle

"Génocide arménien" : les télégrammes secrets (authentiques) de Talat Paşa (Talat Pacha)

Le contenu des "carnets" de Talat Paşa (Talat Pacha)

Tahsin Bey : protecteur des Arméniens, homme de confiance de Talat Paşa et membre de l'Organisation Spéciale

Les témoignages arméniens sur le "génocidaire" Cemal Paşa (Djemal Pacha)

Cemal Paşa (Djemal Pacha), figure majeure de l'arménophilie turque 

Ali Fuat Erden et Hüseyin Hüsnü Erkilet : d'une guerre mondiale à l'autre

Les Arméniens de Konya pendant la Première Guerre mondiale et après l'armistice de Moudros

L'intégration scolaire et militaire des déportés arméniens

L'évacuation meurtrière de 300.000 Arméniens d'Anatolie par l'armée russe et les nationalistes arméniens

La dépopulation des arrières du front russo-turc durant la Première Guerre mondiale

Les expulsions de musulmans caucasiens durant la Première Guerre mondiale

Première Guerre mondiale : les épidémies (meurtrières) et les famines (d'origine criminelle) dans les territoires ottomans 

Famines du Liban et de la Syrie : le témoignage du grand-père maternel de Walid Joumblatt
  
Epidémies et carence de moyens de transport dans l'Empire ottoman en 1914-1918
 
La tragédie des musulmans d'Anatolie

Les déportations et expulsions massives dans l'Empire russe au cours de la Première Guerre mondiale

Les atrocités de l'armée russe contre les civils (sujets russes ou étrangers) durant la Première Guerre mondiale 

La violence de l'antisémitisme tsariste pendant la Première Guerre mondiale