mardi 22 septembre 2020

Un choix du nationalisme kémaliste : conserver les populations arméniennes encore présentes sur le territoire turc


"Nouvelles d'Angora", La Croix, 21 septembre 1923, p. 4 :

"Par des amis qui ont visité récemment ces parages ou en ont entendu parler par des témoins, nous recevons les détails suivants :

On ne sait si cette ville sera définitivement adoptée comme capitale de l'empire, mais ce qui est certain c'est qu'elle aura besoin de fameuses transformations pour être digne de l'honneur qui lui est fait.

On commence à continuer quelques bâtiments des Frères : ministère de l'Intérieur, des Finances, de l'Instruction publique, un club, etc. Il y a même un casino avec kiosque à musique et cinéma, mais la ville elle-même dont une bonne partie a été détruite par un incendie pendant la grande guerre n'est composée que de maisons en bois et kerpitchs.

Il semble que les Grecs seuls seront soumis à la loi de l'échange des populations. Les Arméniens et surtout les Arméniens catholiques qui n'ont point de visées politiques resteraient sujets turcs et pourraient vivre librement dans le pays. Toutefois, certains changements se produiront, les questions civiles étant toutes entre les mains du gouvernement et les affaires purement religieuses, seules entre celles des patriarcats et du clergé. Ces changements ne se feront pas sans inquiéter ces pauvres gens qui voient avec anxiété disparaître les privilèges dont ils jouissaient de temps immémorial.

Ceux qui resteront devront s'adapter au nouvel état des choses."


Pierre Rondot, Les Aspects économiques de l'Evolution de la Turquie, Paris, Imprimerie Administrative Centrale, 1954, p. 12-13 :


"Une convention du 30 janvier 1923 stipula l'échange réciproque des populations turques de Grèce et hellènes de Turquie, à l'exception de la Thrace Orientale [occidentale] et d'Istanbul. Après l'exécution de ces mouvements, il ne resta sur le territoire turc, outre des éléments dispersés arméniens, jacobites et grecs-orthodoxes arabes [assyro-chaldéens et maronites, également] dans les vilayets orientaux et méridionaux (auxquels allait s'ajouter en 1939 la notable minorité chrétienne d'Antioche et du Hatay), que l'important noyau judéo-chrétien de l'ancienne Constantinople.

A Istanbul, en effet, devaient demeurer non seulement les minoritaires turcs qui constituaient le cinquième, sinon peut-être le quart du peuplement de la cité (plus de 100.000 Grecs orthodoxes et catholiques, 60.000 Israélites, 50.000 Arméniens), mais aussi les étrangers souvent en partie levantins de Galata et de Péra (devenue Beyoglu), héritiers du vieux comptoir génois. L'ancienne capitale, politiquement déchue au profit d'Ankara, allait donc constituer, en vue de ménager d'importantes ressources industrielles et surtout commerciales et de commodes possibilités de contact, une exception délibérée dans le système du nationalisme économique ; Mustafa Kémal témoignait ainsi de son esprit réaliste."


Fridtjof Nansen, "Rapport du Dr Fridtjof Nansen sur une enquête faite en Arménie par un comité d'experts sous l'égide du Bureau international du Travail (juillet 1925)", in Plan d'établissement des réfugiés arméniens. Exposé général et documents principaux, Genève, Publications de la Société des Nations, 1927, p. 72-74 :

"2. NOMBRE, ETC., DES REFUGIES ARMENIENS.

LE PROBLEME A RESOUDRE

Les renseignements que nous possédons au sujet des réfugiés arméniens dans le proche Orient peuvent être résumés comme suit :

1° En Grèce, il y a environ 45.000 réfugiés arméniens, dont 11.000 ont exprimé le désir d'être rapatriés [en Arménie soviétique]. On a dit que l'enregistrement des réfugiés désireux d'être rapatriés avait eu lieu sous une certaine pression morale, mais cette crainte ne semble pas fondée. Il est important que l'évacuation d'au moins 9.000 à 10.000 autres réfugiés soit effectuée aussi tôt que possible.

2° A Constantinople et en Turquie d'Europe, il y a, à côté de la population arménienne établie dans le pays, environ 5.000 réfugiés arméniens, qui doivent être rapatriés immédiatement. Ils sont actuellement concentrés dans neuf camps aux environs de Constantinople et leur nombre s'élève approximativement à :

941 hommes
1.632 femmes
1.258 garçons
1.141 filles

Soit, au total .. 4.972 personnes

Ces réfugiés sont secourus par les diverses organisations arméniennes
; certains d'entre eux ont aussi des ressources personnelles.

L'organisation arménienne à Constantinople dispose de $11.000 (onze mille dollars) destinés à assurer l'évacuation immédiate d'environ 800 personnes, mais jusqu'à ces derniers temps elle a éprouvé des difficultés à obtenir le visa arménien. Sur cette somme de 11.000 dollars, 5.000 sont à Constantinople et 6.000 qui sont aux Etats-Unis peuvent être obtenus sur demande.

3° En Anatolie, il semble être resté davantage d'Arméniens qu'on ne le croit en général. Il n'est pas possible de donner des chiffres exacts, mais l'existence de colonies d'Arméniens catholiques romains a été signalée par exemple à Sivas, Kesariye [Kayseri], Erzeroum. Il semble qu'actuellement les Arméniens catholiques n'éprouvent pas de difficultés particulières dans ces localités.

A Van, il ne reste pas d'Arméniens. De même, la population arménienne semble avoir complètement abandonné les districts de Kars et de Surmalinsk, anciennement russes et maintenant turcs.

En Syrie, en raison des diverses observations présentées à la mission sur la situation des réfugiés arméniens en Syrie, il a semblé utile d'inviter M. Carle à se rendre dans ce pays, lors de son retour, dans le but de présenter un rapport sur la question des réfugiés arméniens en Syrie.

D'après les informations données à l'annexe du présent rapport, il paraît y avoir, en Syrie, environ 100.000 réfugiés arméniens et le placement à la campagne de 10.000 réfugiés au maximum fournirait apparemment une solution appréciable de la partie aiguë du problème que pose la présence de réfugiés arméniens dans ce pays.

M. Carle est d'avis que la création d'un fonds de roulement de 1.000.000 de francs français faciliterait dans une large mesure la réalisation de ce projet. Le problème mérite certainement la plus grande attention et la modeste proposition de M. Carle ainsi que les autres suggestions qui pourraient être faites demandent à être examinées de près.

5° Nous ne possédons pas de nouveaux renseignements relatifs aux autres pays situés en dehors de la Russie non mentionnés ci-dessus et où se trouvent un grand nombre de réfugiés arméniens (Bulgarie, Chypre, Palestine, Mosopotamie [Mésopotamie], etc.).

Le nombre total des réfugiés arméniens à l'étranger peut être évalué à 300.000 ou 400.000, mais sur ce grand nombre, abstraction faite des Arméniens de Syrie, environ 15.000 personnes doivent être rapatriées.

Le problème à résoudre se divise donc en deux parties :

1° Rapatrier aussitôt que possible en Arménie environ 10.000 Arméniens de Grèce et environ 5.000 Arméniens de Constantinople, soit au total 15.000 Arméniens.

2° Développer les possibilités futures pour d'autres réfugiés arméniens et Arméniens en général, se trouvant à l'étranger, d'aller s'établir, s'ils le désirent, dans la République arménienne, qui doit être considérée comme le seul foyer national existant où les Arméniens disséminés puissent s'établir.

Nous pouvons mentionner que les chefs arméniens semblent très désireux de voir transporter leurs compatriotes en Arménie et, seulement si cela est impossible, dans d'autres pays, à l'intérieur ou en dehors de la Russie.

En ce qui concerne la réalisation de ces deux problèmes, il serait opportun de s'efforcer dès le commencement de les ramener à un seul, c'est-à-dire d'effectuer, dans la mesure du possible, les rapatriements immédiatement nécessaires d'après les directives d'un grand plan d'ensemble. A mon avis, ce n'est que de cette manière que le problème des réfugiés arméniens pourra être complètement résolu."


"La Mission de Koniah (1892)", Missions de l'Assomption en Orient 1862-1924, n° 274, janvier-février 1925, p. 103 :


"Cette assistance, fraternellement accordée, amena un rapprochement qui fit naître dans le cœur de nombreux Arméniens [de Konya] le désir de devenir catholiques. Les demandes, d'abord timides, commencèrent avec l'année 1922. Puis le mouvement prit corps. Et quand on sut que nous commencions l'instruction de ceux qui voulaient être des nôtres, ce fut une vraie et consolante avalanche. Durant les années 1922, 1923, plus de 400 familles se présentèrent. Trois fois par semaine et à certains jours, devant une assistance de quarante à cinquante personnes, les Sœurs arméniennes de l'immaculée Conception d'Angora, puis les Oblates de l'Assomption firent les catéchismes préparatoires à l'abjuration. Le résultat très appréciable fut l'abjuration individuelle de plus d'une centaine de familles. Le nombre de nos familles catholiques atteignait 237, lors de l'exode des chrétiens. Il ne nous en reste guère aujourd'hui que 70 ; mais, malgré les vides, malgré le ciel d'orage qui plane sur nos contrées d'Anatolie, la Mission de Koniah garde ses espérances de plus consolant avenir, car elle a en perspective, Dieu fasse que ce soit pour bientôt, un nombre de conversions peut-être plus grand que celui qu'elle a eu déjà le bonheur de compter.

Et pour l'instant, malgré la tourmente, les écoles, les patronages, l'association d'Enfants de Marie fonctionnent comme aux jours les plus paisibles de son histoire.


B. Sienne, "L'Orient à l'Exposition universelle des missions", La Croix, 23 avril 1925, p. 3 :


"Des postes [de missionnaires catholiques] ont cependant été gardés en Asie Mineure, même là où les fidèles ont complètement disparu [ce qui est faux] : à Angora, à Brousse, à Eski-Chéir, à Konia... Cette persévérance a été récompensée : 400 Arméniens se sont convertis récemment à Konia, et leur ferveur rappelle cette des chrétiens de la primitive Eglise."


P. Gentizon, "Angora", L'Illustration, n° 4373, 25 décembre 1926, p. 713 : 

"Les commodités de l'existence restent cependant, à cette heure encore, presque entièrement bannies d'Angora. C'est ainsi qu'en attendant l'édification complète de la ville moderne, il est des plus difficile de se loger. Les hôtels sont rares, les chambres à prix d'or, et parfois même vous êtes contraint de partager la vôtre avec plusieurs autres voyageurs. Les fonctionnaires, même les plus huppés, ne sont pas d'ailleurs logés à meilleure enseigne. L'afflux de dizaines de milliers d'habitants a suscité non seulement une hausse inouïe des loyers les plus modestes, mais aussi de folles spéculations sur le prix des terrains. Le renchérissement du sol, telle est la première difficulté que rencontrent les bâtisseurs d'Angora. Il s'agit là d'un grave problème. Car il est bien certain que l'avenir de la nouvelle cité sera sérieusement menacé si la moindre parcelle de terre doit être payée à des prix exorbitants. Le mètre carré par exemple a atteint à certaines enchères plus de 1.000 livres turques, soit près de 15.000 francs français, ce qui dépasse le coût du terrain des villes les plus populeuses d'Occident. A Péra même, dans le quartier le plus commerçant de Constantinople, la même surface n'atteint pas le dixième de cette valeur. De même, des maisons dont le loyer annuel était de 15 livres turques en 1919 rapportent aujourd'hui plus de 4.000 livres à leur propriétaire. C'est dire que la situation est devenue peu à peu anormale et qu'une pareille hausse sur le prix des terrains et des immeubles menace de nuire considérablement au développement harmonieux de la cité.

La cause profonde de la situation anormale n'est autre que la brusque augmentation, dès 1923, du nombre des habitants. Angora souffre d'une fièvre de croissance. En 1837, Texier évalue la population ancyrienne à 28.000 âmes, dont un tiers de chrétiens. Perrot, en 1865, parle de 25.000 Turcs, 12.000 Arméniens catholiques, 4.000 Arméniens orthodoxes, 3.000 Grecs et un millier de Juifs. Au début de la guerre mondiale, la ville contient 60.000 âmes. En 1920, après l'incendie, après le départ des Grecs et des Arméniens, ce chiffre se réduit à 35.000. Mais avec la désignation d'Angora comme capitale, en 1923, un brusque afflux porte la population à 90.000. On l'évalue à cette heure à plus de 125.000.
Parmi ces 125.000 habitants ne se trouve aucun Grec. Quant aux Arméniens, ils se réduisent à un petit noyau de 50 familles catholiques [les grégoriens et protestants sont oubliés, curieusement]. Les Juifs autochtones parlant un dialecte espagnol constituent encore, comme en 1865, une communauté d'un millier d'âmes. A part ces faibles minorités et quelques étrangers collaborant à la rénovation du pays, la ville est, à cette heure, entièrement peuplée de Turcs musulmans. Dans les campagnes environnantes se trouvent quelques villages kurdes turquisés. Aucun recensement, cependant, n'a encore été fait. Mais on tire ces conclusions de la vente journalière du pain, c'est-à-dire du nombre de wagons de blé nécessaires pour l'alimentation de la ville. Ainsi, la nouvelle capitale est devenue, en moins de quelques années, la ville la plus peuplée de toute l'Anatolie, laissant bien loin derrière elle Smyrne, Konia, Brousse ou Trébizonde.

Quoi qu'il en soit, c'est près de cent mille personnes qui, en attendant la construction des quartiers modernes, ont dû se caser au petit bonheur, s'entasser sans le moindre confort dans des maisonnettes de boue. Aussi ne soyez pas stupéfait, si, à cette heure encore, en cherchant la demeure d'un député connu, vous vous trouvez devant une masure décrépite, aux planches disjointes et au sol de terre battue. Etonnez-vous plutôt de l'abnégation de tous ces gens, l'élite de la nation acceptant bénévolement et sans murmure un genre de vie qu'aucun ouvrier européen ne voudrait supporter. Etonnez-vous, car il y a vraiment là, dans cette courageuse adaptation à une vie rude et austère, dans cette absence de besoins de luxe et de confort, dans ce stoïcisme, une vertu profonde qui, en face de notre continent gavé d'aises, donnera un jour une force énorme à l'Asie qui vient.

Bref, à cette heure encore, Angora est loin d'être un paradis. Restaurants, hôtels, égouts, bains, électricité, eau, rien n'est encore au point."


Guillaume de Jerphanion, "A travers la Turquie nouvelle. — Angora", Etudes (Compagnie de Jésus), tome 186, n° 5, 5 mars 1926, p. 599-600 :


"J'ai dit combien réduites étaient les communautés arméniennes des villes que j'ai traversées. Celle d'Angora est la plus nombreuse de toutes, car elle y jouit d'une sécurité qu'on ne trouve pas ailleurs. Les catholiques y ont deux prêtres, les seuls que j'aie rencontrés en tout mon voyage, et, si leur grande église de Saint-Clément a été brûlée, ils peuvent librement célébrer leurs offices dans la chapelle de leur cimetière. L'assistance y vient sans avoir à craindre le moindre ennui. Cependant, malgré la paix dont elle jouit, cette communauté va diminuant de jour en jour. Les Arméniens catholiques étaient 6000 avant la guerre ; après les déportations, ils sont rentrés environ 2000 à l'armistice [d'après les chiffres de Paul-Pierre XIII Terzian (patriarche arménien catholique) : 2.500 sont en fait restés sur place, et parmi ceux qui ont été déportés (à l'encontre des ordres du gouvernement central), 2.800 ont été réinstallés à Konya] ; ils ne sont plus aujourd'hui que 650. Les Arméniens schismatiques atteignent à peine à la moitié de ce chiffre, et la plupart ne sont pas d'Angora : ce sont des réfugiés venus des villes voisines, notamment de Yuzgat [région où se produisirent deux révoltes anti-kémalistes en 1920], pour chercher plus de sécurité."


Guillaume de Jerphanion, "La Turquie sur la voie du progrès", Etudes, tome 193, n° 19, 5 octobre 1927, p. 81-82 :


"Le besoin fébrile d'atteindre immédiatement au résultat est une des caractéristiques de ces aspirations vers le progrès industriel. Césarée [Kayseri] est à près de 200 kilomètres du chemin de fer (gare d'Oulou-Kychla, sur la ligne Konia-Adana). Le transport du matériel pour l'établissement des usines coûte un prix énorme. Puisque la ligne d'Angora doit atteindre Césarée d'ici peu de mois, n'eût-il pas été sage d'attendre, pour entreprendre ces travaux, que le train pût amener les matériaux à pied d'oeuvre ? On se fût épargné de grosses dépenses et on eût évité peut-être de recevoir comme je l'ai vu de très importants lots de glaces pour le vitrage des hangars avec 70 p. 100 de casse. Mais allez demander à un enfant de ne pas saisir aussitôt la pomme qu'il a entrevue !

Malgré ces critiques, la ville de Césarée m'a fait bonne impression. Elle m'a paru à la veille de prendre un réel développement.
Même observation au sujet des raffineries de sucre. Moins de deux mois après leur inauguration, elles devaient suspendre le travail, faute de matière première. On n'avait pas songé à développer la culture de la betterave

La gare du chemin de fer s'y construisait le marché était animé. Alors que les autres villes de cette région tâchaient à grand'peine de retrouver leur aspect d'autrefois, Césarée semblait franchement s'orienter vers un avenir nouveau. J'y ai senti quelque chose de la fièvre qui agite Angora. Et, comme un indice qui ne trompe pas, les prix tendaient à se rapprocher de ceux de la capitale. J'ajouterai que cette ville a conservé un noyau chrétien assez nombreux. Quatre ou cinq cents familles arméniennes sont encore groupées autour de l'unique église qui leur reste et — chose rare — de l'école qu'elles ont su garder. Dans les petites villes et les gros villages des environs, il y a encore, m'a-t-on dit, des communautés chrétiennes non négligeables. Ce district est, de toute l'Asie Mineure, celui où l'élément chrétien, malgré d'immenses pertes, a été le moins réduit. Et c'est peut-être pour cela que l'industrie des tapis n'a pas entièrement péri. Mais de quinze mille, le nombre des métiers est tombé à deux mille environ. Ce sont les familles chrétiennes qui soutiennent les restes de cette industrie, autrefois la fortune du pays."


Michel d'Herbigny, "Une visite aux patriarches orientaux", Etudes, tome 194, n° 2, 20 janvier 1928, p. 151-152 :

"Il faut, enfin, rendre hommage aux communautés latines d'hommes et de femmes qui travaillent partout dans cet Orient avec une générosité et une abnégation admirables. Leur accueil, plein de charité cordiale et vraiment fraternelle, me donnait l'occasion de constater leur sincère dévouement aux Orientaux, catholiques et dissidents, à qui le Saint-Siège les délègue comme des apôtres de charité, de vérité chrétienne et de science : Assomptionnistes en Roumanie et Bulgarie, à Constantinople, à Kadi-Keuï, à Konia, à Jérusalem, à Athènes ; Dominicains à Constantinople et Jérusalem ; Fils de saint François partout en cet Orient, sous diverses obédiences ; Capucins de Sofia, de Constantinople, de Mersine ; leur P. Cyrille au service des Arméniens de Grèce ; Conventuels à Péra ; Franciscains dans toute la custodie de Terre Sainte, en Egypte, à Constantinople Carmes d'Alexandrette ; Lazaristes de Constantinople, de Syrie, de Salonique ; Passionistes du diocèse de Routschouk, en Bulgarie, avec le souvenir de Mgr Doulcet vivant dans la cathédrale érigée par lui et sa famille Missionnaires Africains de Lyon au Caire ; Pères Blancs a Jérusalem ; Bénédictins en Palestine ; Jésuites à Bucarest, Constantinople, Adana et surtout en Syrie, dans cette Syrie où tous les rites catholiques et même les chrétiens dissidents assurent à l'envi que le christianisme y a été sauvé et y prospère grâce à l'admirable université de Beyrouth, trop peu connue, mais centre prodigieux de rayonnement religieux et scientifique dans tout le Proche-Orient : en Irak et en Turquie, comme en Syrie, en Palestine et en Egypte."


Guy de Courson, "L'Œuvre d'Atatürk", Revue de Paris, 1er décembre 1938, p. 613-614 :


"Si Ataturk ne tenait de la Constitution aucun pouvoir draconien, il n'en exerçait pas moins en fait une dictature reposant non sur les lois, non sur l'usurpation et la force, mais sur son prestige propre, sur l'amour et le concours librement consenti de tout un peuple.

Les directives que, dans tous les domaines, le chef donnait à son entourage étaient aveuglément suivies ; aucun de ses ministres, même ceux doués de la personnalité la plus forte, n'eût osé contrevenir à ses moindres désirs. Cependant, le Ghazi parut, il y a quelques années, se lasser de cette soumission aveugle à toutes ses volontés ; peut-être aussi pensait-il au danger des lendemains de dictature, quand un peuple se trouve brusquement privé du chef auquel il s'était abandonné. Un beau jour il décida donc de créer un parti d'opposition, dit « libéral », dans lequel il fit même entrer sa sœur. Il en confia la présidence à son ami Fetih Okiar. Certains incidents survenus lors d'un voyage de ce dernier à Smyrne firent toutefois comprendre à Kemal qu'il avait trop préjugé la maturité politique de son peuple. Fetih bey fut écarté, puis pourvu d'une ambassade et l'on n'entendit plus parler du parti libéral. Le Ghazi, cependant, n'avait pas renoncé entièrement à son idée et, depuis les dernières élections, on voit siéger sur les bancs de l'Assemblée un certain nombre de députés indépendants, dont Refet pacha [Refet Bele].

Allant plus loin, Atatürk a voulu que les différents éléments ethniques de la nation turque fussent représentés au sein du Parlement et c'est ainsi que l'Assemblée nationale compte aujourd'hui un député israélite [Samuel Abravaya Marmaralı], un député grec [Nikola Taptas] et un député arménien [
Berç Türker Keresteciyan].

En 1934, la région d'Andrinople connut une véritable tentative de pogrom et les Juifs de Thrace affluèrent en masse à Stamboul. Le ministre de l'Intérieur [Şükrü Kaya] accourut aussitôt sur les lieux et châtia les fonctionnaires responsables. L'affaire fut évoquée au Parlement.

Le président du Conseil d'alors, Ismet Ineunu, déclara du haut de la tribune qu'il flétrissait de pareils agissements, et que l'antisémitisme était une notion étrangère à la mentalité kemaliste. On voit, par ce qui précède, combien le racisme turc se tient loin des excès auxquels, en plein vingtième siècle, se laissent aller certains Etats totalitaires."


Voir également : La place des Arméniens dans les révolutions jeune-turque et kémaliste 

"Génocide arménien" : les télégrammes secrets (authentiques) de Talat Paşa (Talat Pacha)

Le contenu des "carnets" de Talat Paşa (Talat Pacha)

"Génocide arménien" : les élites arméniennes d'Istanbul (après la descente de police du 24 avril) et les Arméniens d'Anatolie exemptés de déportation 

Les officiers arméniens de l'armée ottomane pendant la Première Guerre mondiale

Aram Efendi, une figure laïque de la communauté arménienne catholique

La lutte d'Ohannès Bey Alexanian au sein de la communauté arménienne catholique

Le pape Benoît XV et l'Empire ottoman

L’Empire ottoman tardif et ses catholiques (y compris les Arméniens catholiques)

Les Arméniens d'Ankara pendant la Première Guerre mondiale et après l'armistice de Moudros

Les Arméniens de Konya pendant la Première Guerre mondiale et après l'armistice de Moudros

Première Guerre mondiale : les efforts pour ravitailler et aider les déportés arméniens 

L'intégration scolaire et militaire des déportés arméniens

La déportation des Arméniens : une mesure conjoncturelle et temporaire

Les combattants arméniens à Erzurum (1918) : lâcheté et massacres de civils 

Le sultan Mehmet VI et les Arméniens

Les catholiques (y compris les Arméniens catholiques) et la guerre d’indépendance turque

L'émigration des Arméniens de Cilicie (1921)

Aristide Briand : "On a essayé d'exciter contre nous les Arméniens de Cilicie"

Le lieutenant-colonel Sarrou : "Les chrétiens de Cilicie, Arméniens et Grecs, ont abandonné malgré nos conseils, leur pays."

Le témoignage de Lord Saint-Davids sur la politique de la terre brûlée accomplie par l'armée grecque en Anatolie     

Les Grecs à Izmir : le témoignage de Philippe de Zara (1922) 

Le général Kâzım Karabekir et les Arméniens

Le maréchal Fevzi Çakmak et les Arméniens

La Turquie kémaliste et sa minorité arménienne

Le sénateur Manuk Azaryan Efendi et la guerre de libération nationale turque
 
Arménag Sakisian et les auteurs nationalistes turcs

Le rôle d'Agop Martayan Dilaçar et de Petros Zeki Karapetyan dans le développement des théories turcocentristes

Berç Keresteciyan : un député arménien sous Atatürk et İsmet İnönü 
 

Papa Eftim, le patriarche des Karamanlides (Turcs chrétiens-orthodoxes)

Les naturalisations de Russes blancs sous le régime kémaliste

Cevat Rıfat Atilhan (nationaliste extrémiste, complotiste et réactionnaire) et les Arméniens

Le général Cemal Gürsel et les Arméniens

Les "Loups Gris" et les Arméniens 

Les Arméniens dans la Turquie du général Kenan Evren