mardi 13 octobre 2020

Les Arméniens et la pénétration allemande en Orient (époque wilhelmienne)



Edmond Vermeil, "L'Allemagne et l'Europe de 1912 à juillet 1914", L'Europe nouvelle, 16 avril 1928, p. 509-511 :


"Considérée en dehors des guerres balkaniques et de la liquidation générale qui a suivi, la question d'Orient prend, à la veille de la guerre mondiale, un aspect plutôt paradoxal. D'une part de graves affaires : les réformes arméniennes de janvier 1913 à avril 1914, la mission Liman von Sanders et les armements turcs de janvier 1913 à juin 1914, enfin l'union entre Serbie et Monténégro de janvier à juillet 1914. D'autre part, en raison des difficultés que l'effondrement turc peut provoquer dans les Balkans et surtout en Asie Mineure, certains arrangements entre grandes Puissances : convention anglo-allemande et convention franco-allemande sur le Bagdad, entre février 1913 et juillet 1914 ; action austro-italienne en Asie Mineure, de janvier 1913 à juillet 1914 ; conférence financière de Paris pour les créances turques et le Bagdad, de fin 1912 à juillet 1914. Ce n'est donc pas en Asie Mineure que réside le danger. Il est et demeure dans les Balkans.

Les réformes arméniennes.

Les Arméniens réclament des réformes, que contrôlerait la Russie. Celle-ci ne demande qu'à intervenir et à passer outre à l'interdiction allemande. L'Angleterre paraît la soutenir, tandis que l'Italie et la France éludent le problème. L'Allemagne s'efforce d'empêcher la Triple-Entente de s'emparer de la question. Elle sait bien que le groupement adverse peut montrer ici quelque cohésion.

En février 1913, von Wangenheim signale l'extrême gravité du problème. Russes et Arméniens s'accordent ensemble. Or l'Arménie est l'instrument dont la Russie est prête à se servir s'il faut liquider la Turquie d'Asie. La Russie est la seule nation qui ait fait à l'Arménie des promesses autres que platoniques, alors que l'Allemagne a négligé de faire ici connaître son point de vue. Si le radicalisme arménien est pure utopie, il convient cependant d'exiger certaines garanties de sécurité et d'autonomie pour la majeure partie des Arméniens. Von Wangenheim développe son plan de pénétration allemande. Cette pénétration lui paraît possible parce que l'Angleterre se méfie des Slaves en Orient et que l'Allemagne veut la suivre sur ce terrain, tout en évitant de froisser la France. Que l'Allemagne ne cache donc pas ses intentions sur l'Asie Mineure. Qu'elle ne se laisse pas mettre de côté dans la liquidation. Car la Turquie est mûre pour la décomposition. La décentralisation du pouvoir y est inévitable et il faut en profiter.

Von Jagow répond que, si l'Allemagne prend la direction des affaires arméniennes, elle provoquera la méfiance de la Russie et de la Triple-Entente. Maintenir le concert des Puissances, tel est le but. Pourquoi aller si vite en besogne ? Von Wangenheim de rétorquer que les événements se pressent ; que les Turcs, pour gagner l'Angleterre à leurs idées concernant les îles, lui offrent le contrôle en Anatolie ; que l'Italie nourrit aussi certaines ambitions en Asie Mineure. Mais von Jagow interprète autrement la politique anglaise, qu'il croit favorable à la Grèce et non à la Turquie. Von Wangenheim insiste. Il se dit convaincu que la Turquie fera appel aux Anglais. Pourquoi ne pas collaborer avec eux ? Le traité de 1878 empêche-t-il la Turquie de donner à l'Allemagne l'armée et les écoles, à la France les finances, à l'Angleterre le contrôle administratif ? Cette coopération anglo-allemande, c'est l'idée favorite du grand vizir. Pourquoi la Triple-Entente excluerait-elle la Triplice des réformes arméniennes ?

Von Wangenheim ne se lasse pas de revenir à la charge. Il y a désormais, écrit-il, depuis les guerres balkaniques, deux parts dans la question d'Orient : la part européenne et la part asiatique. Or, la Turquie d'Asie n'est nullement une annexe de la Turquie d'Europe. Celle-ci est finie et le traité de Berlin n'existe plus. Le problème d'Asie Mineure est donc un problème neuf. La Turquie d'Asie ne peut sans doute se maintenir par ses seules forces. Mais il n'est pas dans l'intérêt de l'Allemagne que le partage en soit bientôt amorcé. Le prestige allemand y serait engagé tout entier. De graves conflits avec l'Angleterre en résulteraient. L'Allemagne n'est pas prête et ne sait encore où s'installer. La Triple-Entente, elle, sait ce qu'elle veut. La Russie a des vues sur l'Anatolie orientale, la France sur la Syrie, l'Angleterre sur le Golfe Persique et l'Anatolie. Il ne resterait à l'Allemagne que le domaine de Bagdad. Le seul moyen, c'est de réorganiser la Turquie avec l'aide des Puissances, surtout avec la coopération anglo-allemande, coopération à laquelle, naturellement, la Duplice s'opposera de toutes ses forces. Séparer l'Angleterre de la Duplice, dans la Turquie d'Asie comme dans les Balkans, voilà le but suprême de la diplomatie allemande.

Von Jagow se laisse enfin gagner. Il soumet à von Lichnowsky des vues analogues sur la coopération anglo-allemande. Mais il se méfie de l'Angleterre. Il ne la croit guère quand elle affirme que les Puissances de la Triple-Entente ne s'accordent pas sur l'Asie Mineure. Il voudrait mettre la situation au point. Car l'Allemagne ne veut pas ici d'un second Maroc !


Sans doute, répond von Wangenheim. Mais l'Angleterre abandonne à son sort la Turquie d'Asie. Ce sont des fonctionnaires russes qu'on impose aux provinces turques. Voulez-vous alors, lui dit von Jagow, que l'Allemagne travaille au partage de l'Asie Mineure derrière le dos des Anglais et de connivence avec la Duplice ? Ne vaut-il pas mieux régler la question à Londres et sur le plan international ? Ce qu'il faut, c'est assurer la coopération anglo-allemande, c'est séparer l'Angleterre de la Duplice. Or, von Jagow se trompe. Car l'Italie ne veut pas d'une action collective des Puissances. Von Wangenheim se montre de plus en plus pessimiste. Pour lui, la Duplice travaille en Turquie d'Asie contre l'Allemagne. L'Angleterre, neutre et tiède, laisse faire. Mais il est encore temps d'intervenir. Si on laisse la Triple-Entente résoudre la question, l'Allemagne restera isolée, car elle ne peut ici compter ni sur l'Italie, ni sur l'Autriche.

L'Angleterre, en effet, veille au grain. Von Gwinner a parlé imprudemment, à Londres, du partage éventuel de la Turquie d'Asie. On s'y méfie de l'Allemagne. On y décide, avec la France, d'éviter tout partage. Au même moment paraît le projet russe, le projet Mandelstam, nettement hostile à l'Allemagne. L'Allemagne soutiendra le projet turc contre le projet Mandelstam. Mais comment éviter que les Russes cherchent à persuader les Arméniens que la Russie les protège mieux qu'aucune autre nation ? En outre, la Triple-Entente adopte le projet russe. Elle déclare que c'est à prendre ou à laisser. Comment combattre le projet russe et en même temps préparer les voies à l'expansion allemande ? A Constantinople, à la conférence des ambassadeurs, la Triplice apparaît divisée en face de la Triple-Entente, qui se montre de plus en plus cohérente. Si l'Allemagne s'attaque au projet Mandelstam, ses alliés ne la soutiennent guère. L'Angleterre cache évidemment son jeu. La Triplice ne saurait obtenir de la Triple-Entente l'aveu qu'elle prépare en réalité le partage de la Turquie d'Asie à son profit.

C'est donc, dans ce domaine, le conflit germano-russe à la place de la coopération anglo-allemande tant désirée. C'est, à Constantinople, de Giers contre von Wangenheim. Si la Triplice accepte le projet Mandelstam, ne devrait-elle pas obtenir au moins, s'écrie von Wangenheim, que la Triple-Entente reconnaisse à l'Allemagne une zone spéciale d'intérêts ? Que l'Allemagne n'oublie pas : 1°que ses alliés sont hostiles au partage ; 2° que, si elle admet ce partage, c'est un grave tournant dans sa politique turque. L'Allemagne peut encore sauver la Turquie en déclarant, avec la plus grande fermeté, qu'elle ne se laissera pas exclure du partage éventuel. Il faut aller vite et soutenir la Turquie tout entière. Von Pourtalès est également partisan d'une action énergique et immédiate. Von Wangenheim s'inquiète des menées italiennes à Vienne. Il voudrait un accord entre Russie et Allemagne. D'où les négociations entre l'Allemand Schönberg et le Russe Mandelstam. Il s'agit ici de limiter les prétentions russes sur certains domaines qui doivent revenir à l'Allemagne. Mais comment résoudre le conflit germano-russe ? La Russie veut, ou bien résoudre la question arménienne dans son sens, ou bien la condamner à l'échec. Le conflit atteint son point culminant vers le milieu de septembre 1913. Pour en sortir, de Giers et von Wangenheim reprennent la conversation. La Russie cherche un compromis entre Triplice et Triple-Entente. Comment assurer la coopération germano-russe ? La Russie a évidemment peur que l'Allemagne ne la gêne en Asie Mineure. D'autre part, si l'Autriche s'intéresse à l'accord entre Russie et Allemagne, la France ne cache pas son dépit et la Turquie proteste ouvertement. Que si l'on échoue, et la Russie fera peser sur l'Allemagne la responsabilité de cet échec. Von Wangenheim est plus sceptique que jamais. Le comité Jeune-Turc, très chauvin, ne saurait accepter la transaction germano-russe. De Giers et von Wangenheim modifient leur projet en novembre 1913. La Turquie demeure intransigeante. Le grand vizir se trouve pris entre les Puissances et le parti nationaliste turc. En décembre, on arrive enfin à un résultat. Cette fois, le grand vizir l'emporte sur ses jeunes collègues. L'Allemagne touche au but et Guillaume II félicite von Wangenheim quand, au début de janvier 1914, l'intransigeance russe remet tout en question. Après d'épineux pourparlers, la Russie cède. Elle s'entend avec la Turquie. Von Mutius doute fort de la valeur pratique de cet arrangement. Mais c'est tout de même un modeste succès pour la Porte, succès que la Turquie doit à l'intervention allemande.

De toute cette affaire, von Wangenheim tire, avec sa clarté de vues habituelles, la conclusion logique. Décidément, la Triple-Entente est plus forte que la Triplice. La Turquie ne peut compter sur cette dernière pour la protéger contre la Russie. C'est ce que disent les Turcs et l'ambassadeur allemand est de cet avis. Le succès turc n'est que vain en apparence. Une fois de plus, l'Allemagne a été lâchée par ses alliés."


Raymond H. Kévorkian, Le génocide des Arméniens, Paris, Odile Jacob, 2006, p. 198-199 :

"Quoi qu'il en soit, dès le mois de juin 1913, les premières discussions entre ambassadeurs des puissances se tiennent à Constantinople. C'est le texte du mémorandum de 1895, complété par celui que le Patriarcat arménien vient de leur présenter, qui sert de base de discussion aux diplomates. A la même époque, Nubar sonde également les milieux politiques italiens en la personne du député Galli, qui vient de faire une déclaration publique devant le parlement romain. Il lui réaffirme que les Arméniens ne visent nullement à l'autonomie, impraticable dans le contexte présent, mais à mettre en oeuvre une administration capable d'assurer la sécurité des biens et des personnes. Plus encore, il demande à ses appuis britanniques de convaincre les milieux financiers de la nécessité absolue des réformes pour une meilleure garantie de leurs créances en Turquie et obtient un appui appréciable du Comité arménien de Berlin, présidé par G. V. Greenfield, qui a entrepris une campagne d'explication auprès de la Wilhelmstrasse, consistant surtout à développer la thèse arménienne selon laquelle la meilleure garantie de non intervention russe reste l'application des réformes. A Constantinople, la presse s'est emparée de l'affaire au cours du mois de juillet et certains milieux proclament violemment leur opposition, allant jusqu'à incendier la maison occupée par Talât, près de Sainte-Sophie. En pleine débâcle financière, l'Empire attend précisément de l'Europe une aide matérielle, que Nubar conseille d'attribuer moyennant une décision politique des Turcs sur les réformes. A peine entendu des chancelleries occidentales, cet appel n'est évidemment pas pris au sérieux. Il est manifeste que Pétersbourg, dont le Comité arménien est présidé par l'historien Nicolas Adontz, est la seule capitale vraiment intéressée par la question des réformes en Arménie. Et c'est sans doute pour attiser les antagonismes entre puissances, que la Sublime Porte fait courir le bruit qu'elle donnerait la direction de la gendarmerie en Arménie à des officiers britanniques ou encore que les Arméniens ne voudraient pas du contrôle européen. On voit donc que dans la partie extrêmement complexe qui se joue durant toute l'année 1913, les dirigeants arméniens s'investissent totalement et recherchent tous les appuis possibles.

Finalement, la Porte se décide à publier un contre-projet qui prend en compte l'ensemble des provinces de Turquie d'Asie, y compris les vilayet arméniens, et vise à y établir un réseau d'inspecteurs généraux censés régler tous les problèmes, économiques et sociaux, sous couvert de « décentralisation ». Parallèlement, l'ambassadeur allemand Hans Wangenheim continue à bloquer les négociations de Constantinople, en s'attaquant notamment aux diplomates russes, qu'il accuse d'avoir des arrière-pensées. C'est pourquoi Nubar décide de se rendre à Berlin au début d'août 1913, pour y rencontrer le ministre des Affaires étrangères allemand et tenter d'infléchir sa politique d'obstruction aux réformes. Cette visite à la Wilhelmstrasse s'avère décisive, car elle permet un déblocage de la situation au niveau des ambassadeurs à Constantinople et l'amorce de véritables pourparlers. Quelques jours après, le docteur Lepsius télégraphie en effet à Nubar que « la situation (est) favorable » pour achever les négociations et lui suggère de venir aussitôt que possible à Constantinople pour diriger les opérations. Boghos Nubar répond alors au pasteur allemand qu'il ne peut décemment pas venir se substituer au Conseil politique qui a en charge le dossier. Précisément, Lepsius semble jouer un rôle considérable dans les progrès des pourparlers, comme intermédiaire entre le Patriarcat et l'ambassade d'Allemagne, en collaborant étroitement avec Krikor Zohrab. Fin septembre 1913, les diplomates allemands et russes semblent être parvenus à un compromis : « Le pays sera divisé en deux secteurs : l'un comprenant Trébizonde, Erzerum et Sivas, l'autre comprenant le reste. La Porte prie les puissances de nommer deux inspecteurs, un pour chaque secteur. Les inspecteurs auront le droit de nommer et de destituer les employés secondaires. Il y aura participation aux fonctions administratives locales et représentation dans les assemblées et les conseils par moitié entre chrétiens et mahométans [ce qui aurait signifié que les Arméniens auraient été surreprésentés par rapport à leur poids démographique réel] ». La nouvelle, confirmée dans la correspondance du Comité de Pétersbourg, révèle le rôle ambigu mais déterminant des diplomates russes pour l'obtention de l'accord. B. Nubar ne manque pas de manifester sa satisfaction au ministre russe des Affaires étrangères, Serge Sazonov, lors de leur entrevue du 17 octobre. Il reste pourtant à régler certains détails, notamment la réalité des pouvoirs exécutifs à concéder aux deux inspecteurs désignés. C'est K. Zohrab qui s'en charge avec le docteur Schönberg, après que l'ambassadeur Hans Wangenheim ait été convié par la Wilhelmstrasse à s'entendre avec les diplomates russes. La France et l'Angleterre, qui ont observé le bras de fer entre Russes et Allemands d'un oeil intéressé, se rallient également au compromis. Le ministre français Pichon promet même l'appui de la France."


Michel Pavlovitch, "La lutte pour l'Asie Mineure. Le chemin de fer de Bagdad", Le Mouvement socialiste, n° 261-262, mars-avril 1914, p. 182-185 :

"En négligeant les exagérations de la presse allemande, nous voyons cependant que l'Allemagne impérialiste a des intérêts politiques et économiques considérables en Asie Mineure. Ces intérêts sont si réels, si importants, si étroitement liés à toute la politique extérieure du capitalisme allemand dans ces dernières années, que les gouvernements des grands Etats européens ne peuvent pas ne pas compter avec eux. L'essai fait par une puissance ou un groupe de puissances de commencer le partage de l'Asie Mineure sans tenir compte des intérêts allemands dans ce pays, pourrait amener une guerre à côté de laquelle pâliraient toutes les catastrophes de ce genre des siècles passés. En répandant le bruit d'un accord pour le partage de l'Asie Mineure entre les puissances de la Triple-Entente en dehors de l'Allemagne et contre elle, la diplomatie allemande et les sphères intéressées au renforcement des armements ont su toucher la bourgeoisie allemande et obtenir son consentement à leurs projets militaires : renforcement inouï de l'armée allemande, dont la masse est accrue d'un quart, augmentation de plus d'un milliard de marks des dépenses militaires. On sait qu'à la séance du Reichstag du 28 janvier 1913, le leader national-libéral Basserman a posé au chancelier une question sur la réalité des bruits touchant les projets de partage de l'Asie Mineure par les puissances de la Triple-Entente. Et le lendemain, 29 janvier, dans un dîner de gala au club allemand Teutonia à l'occasion de l'anniversaire de Guillaume, l'ambassadeur allemand à Constantinople, Wangenheim, semblant répondre aux rumeurs dont s'inquiétaient les patriotes allemands, déclarait que ni dans le présent, ni dans l'avenir, l'Allemagne ne permettrait qu'on portât aucune atteinte à l'Anatolie où se trouvent tant d'intérêts allemands. Il disait notamment : « Jamais l'Allemagne ne permettra à la Russie de faire pression sur la Turquie. Il serait naïf de l'espérer. Pour ménager la liberté d'action du cabinet Sazonov, jamais l'Allemagne ne songera à sacrifier les intérêts considérables qu'elle a en Anatolie ; ni maintenant, ni jamais nous ne permettrons à personne de mettre la main sur l'Anatolie. »

Cette solennelle proclamation du principe de l'inviolabilité de l'Asie Mineure produisit une forte impression sur la société turque. Quelle importance peut-on accorder à de semblables déclarations ? Il est clair que c'est une importance très limitée. En effet, les puissances de la Triplice ont commencé le partage de l'empire ottoman renaissant : l'Autriche, en annexant la Bosnie et l'Herzégovine ; l'Italie, en envahissant la Tripolitaine ; et il faudrait être naïf pour penser que l'Allemagne sacrifie les os de ses grenadiers poméraniens afin seulement d'empêcher que la Russie s'empare de l'Arménie et l'Angleterre de l'Arabie. La presse allemande a donné des menaces de Wangenheim un commentaire suffisamment clair. Voici ce qu'écrivait à ce propos le Deutsche Tageszeitung au sujet des projets prêtés à la Russie :

« Si la Russie met sa menace à exécution et dirige ses troupes vers l'Arménie, elle créera une situation nouvelle et déterminera une action correspondante des autres Etats... La Triplice s'opposera à la liquidation définitive de la Turquie, tant que celle-ci sera un organisme vivant ; mais si son salut est impossible, la Triplice s'efforcera de défendre ses intérêts ».


Mais c'est dans les Dernières Nouvelles de Berlin que le point de vue allemand s'exprime avec le plus de netteté :

« Peut-être les jeunes-turcs, ces héros de la liberté turque, pensent-ils que l'Allemagne et ses alliés se dresseront en face de la Triple-Entente afin de sauver la Turquie. A notre avis, cet espoir est sans fondement. Certes, nous nous efforcerons de prolonger, aussi longtemps que ce sera possible, l'existence de la Turquie d'Asie, mais nous ne nous sacrifierons pas à la sauvegarde de l'Etat turc. Si la Turquie d'Asie est jamais la cause d'une guerre européenne, ce ne sera pas parce que l'Allemagne voudra empêcher la destruction de l'empire ottoman, mais seulement parce que l'Allemagne ne pourra pas permettre qu'on la mette à l'écart de ce nouveau partage du globe terrestre. Il est clair, d'ailleurs que la Turquie ne peut rien gagner à une semblable guerre ».

La pangermaniste Deustche Tageszeitung avec le comte Reventlof, la Post, organe des conservateurs libres, le Zeit und Mittag, organe démocratique très répandu, ont tous écrit dans le même sens à partir du 16 janvier 1913. Comme le disait l'organe de Basserman et du parti national-libéral, la Magdeburger Zeitung, « le partage de l'Asie Mineure contre la volonté de l'Allemagne ne sera pas permis ». Il faut aussi ajouter que l'ambassadeur allemand Wangenheim, dans ses déclarations ultérieures au gouvernement turc, ne s'est pas gêné pour mettre les points sur les i. C'est ainsi que le 8 mai 1914, il déclarait au grand vizir que si les troubles anti-arméniens avaient pour conséquence l'occupation de l'une quelconque des régions de l'Asie Mineure par les armées d'une nation étrangère, l'Allemagne prendrait rapidement ses mesures pour sauvegarder ses intérêts et occuperait militairement toutes les régions traversées par le chemin de fer d'Anatolie.

Avec une grossière franchise qui contracte [contraste] vivement avec les phases nuageuses des diplomates et des hommes politiques des autres pays, les publicistes et quelques diplomates allemands ont formulé l'essence du programme allemand sur la question d'Asie Mineure. Si les sphères dirigeantes de la société turque pouvaient comprendre le sens des événements actuels, elles devraient voir combien il est vain, dans de telles conditions, de se casser la tête à chercher vers lequel des deux groupements européens la Turquie doit orienter sa politique extérieure si elle veut conserver son empire asiatique. Et pourtant il est sûr que si Guillaume va en Palestine visiter les colonies allemandes et Jérusalem pour montrer au monde entier l'importance des intérêts allemands en Asie Mineure, on trouvera par milliers des Turcs optimistes, qui affirmeront la possibilité de sauver l'empire ottoman en faisant de nouvelles concessions de voies ferrées à la Deutsche Bank et à d'autres groupements financiers allemands.

Il est clair aujourd'hui que de nouvelles concessions à l'Allemagne n'empêcheront pas qu'une puissance européenne ou un groupe de puissances tombe sur les possessions asiatiques de la Turquie ; elles n'obligeront pas l'Allemagne à jouer le rôle de défenseur chevaleresque de l'inviolabilité territoriale de l'Asie Mineure ; elles serviront seulement de gages précieux entre les mains des impérialistes allemands pour exiger leur part dans le partage général de l'héritage turc d'Asie. Certes, à l'heure actuelle, l'Allemagne a encore intérêt à ce que la Turquie d'Asie prolonge un peu son existence. La Deutsche Bank, en effet, trouve son compte à ce que les revenus des provinces éloignées de la ligne de Bagdad servent à la garantie kilométrique de cette ligne. N'empêche que l'Allemagne n'a nullement l'intention de faire la guerre pour le seul principe de l'inviolabilité de l'Asie Mineure. Ce serait tout autre chose si quelqu'un essayait de mettre la main sur l'Anatolie ou sur quelqu'une des régions traversées par les voies allemandes. L'Allemagne alors ne s'arrêterait devant rien pour défendre, les armes à la main, ses droits sur le patrimoine turc.

L'Allemagne comme puissance impérialiste a fait son apparition trop tard sur la scène du monde, quand toutes les meilleures places au soleil étaient déjà occupées par des puissances plus heureuses : Angleterre, Russie, France, Hollande, etc...
N'est-il pas affligeant et comique, disent les patriotes allemands, qu'un Portugal ou une Belgique ait des possessions coloniales plus précieuses que celles d'une puissance militaire et industrielle de premier rang, comme l'Allemagne ? Renoncer à ses droits sur une partie de l'Asie Mineure serait pour l'Allemagne un suicide moral ; ce serait reconnaitre la vanité et la folie de tous les efforts faits dans ces dernières dizaines d'années par le gouvernement allemand et par sa diplomatie pour soutenir le prestige de la nation ; ce serait déclarer stériles les colossales dépenses faites pour une armée et une flotte qui, pendant plus de quarante ans, se seraient préparées à la lutte et auraient tenu leur poudre sèche afin seulement de livrer honteusement aux insatiables convoitises de la Russie, de la France et de l'Angleterre des régions où l'Allemagne a mis tant d'or, tant d'énergie et tant de travail tenace."


Comité Dupleix, "L'appétit Colonial de l'Allemagne", L'Indépendant du Berry, 18 janvier 1914 :


"Il faut lire les écrits des apôtres de l'expansion allemande pour comprendre à quel point ce peuple désire des Colonies, et pour apprécier le cynisme avec lequel il se déclare prêt à s'emparer des possessions des autres puissances européennes.

Voici un exemple de cette littérature pangermaniste. Il est tiré d'un livre sur l'Allemagne en 1913, et a pour auteur M. Paul Rohrbach.
La traduction française en a été publiée par notre confrère : Les Nouvelles de France.

Parlant d'abord de l'éventualité du partage de l'Asie Mineure, M. Rohrbach écrit : « Nous ne pourrions pas tolérer que la Turquie disparut au profit de la puissance de nos concurrents. L'Allemagne n'a que le choix ou de maintenir l'indépendance de la Turquie en Asie ou de s'emparer des territoires Turcs d'accord avec l'Autriche."


*** (Léon Ostroróg), Le problème turc, Paris, Ernest Leroux, 1917, p. 230-231 :

"Encore maintenant à Constantinople et dans toute l'Anatolie, il y a des légions d'avocats, de médecins, de journalistes, de banquiers, de négociants arméniens. Tous, présentement, initiés aux théories du droit public européen contemporain, instruits du principe des nationalités qui en est la base, aspirent ardemment à redevenir une nation maîtresse exclusive de son sol et de ses destinées. Mais s'ils n'y peuvent point atteindre, peut-être ne risque-t-on point de se tromper en affirmant que, très subsidiairement, comme diraient des hommes de loi, leur désir serait de continuer à vivre dans une Turquie qui demeurerait turque par le maintien de tous les hauts privilèges que leur concédèrent jadis les sultans, accrus, cela va sans dire, des prérogatives capitales que leur obtinrent, au nom de l'Europe, dans les négociations de 1913-1914, la Russie et — ô ironie ! — l'Allemagne ; turque encore par l'usage persistant d'une langue qui leur est familière, par la sauvegarde de leurs situations acquises dans la sphère des professions libérales, des affaires, de l'influence sociale ou administrative (...)."


Max Erwin von Scheubner-Richter (consul allemand à Erzurum), note à l'attention de Hans von Wangenheim (ambassadeur allemand à Istanbul), 15 mai 1915, DE/PA-AA/BoKon/168 :


"Un fort sentiment de mécontentement était évident non seulement à Van et ses environs, dans les zones frontalières adjacentes à la Russie et dans les régions arméniennes locales gravement touchées par les réquisitions et les concentrations de troupes, mais aussi dans les villes arméniennes qui étaient pour la plupart situées au plus profond de l'intérieur du pays. Dans de nombreux endroits, des armes avaient été rassemblées depuis un certain temps maintenant – aux premiers stades, uniquement pour la légitime défense contre un éventuel massacre, mais plus tard également en vue d'un soulèvement armé.

Que des erreurs persistantes ont été commises par les Turcs dans le traitement de la question arménienne, cela n'est que trop connu de Votre Excellence, et également que ces erreurs ont été exploitées par les Russes bien avant le déclenchement de la guerre pour parvenir à une incitation systématique.

En particulier, Van et le consulat russe ont toujours été le centre des activités subversives russes, qui pouvaient être menées d'autant plus tranquillement qu'il n'y avait pas de représentation allemande pour les contrebalancer. Le nouveau consulat d'Erzerum en raison également de la distance que cela impliquait n'a pas été en mesure d'étendre son influence à un degré suffisant ; une intervention, à l'heure actuelle, qui requiert ici une attention absolument totale, semble impossible. De plus, la communication avec Van est actuellement interrompue.

Alors que les cercles arméniens d'ici, grâce à de meilleures liaisons postales et aux installations du consulat local (salle de rédaction, salle de lecture, articles de journaux, affiches sur la situation de la guerre) sont bien informés sur la situation générale dans le monde et les revers des Russes sur les théâtres de guerre européens, leurs compatriotes de Van en revanche n'auront probablement pas été mis au courant. Les Arméniens qui s'y trouvaient, se méfiant naturellement de toutes les publications turques, ne recueillaient leurs informations que de sources russes qui n'étaient en aucun cas irréprochables. Comme beaucoup d'autres peuples du monde, ils ont donc une image totalement fausse de la situation en Europe. Raison de plus pour exprimer la sympathie déjà existante pour la Russie à travers un soulèvement.

Votre Excellence est consciente que les Arméniens vivant en Turquie ont toujours considéré la Russie comme leur protectrice naturelle, et la Russie a toujours revendiqué pour elle-même ce droit à la protection et en a profité. Le fait que les Arméniens russes, outre qu'ils jouissent d'une plus grande sécurité pour leur vie, bénéficient également d'un meilleur niveau de vie [ce qui est vrai pour les Tatars de la Volga par rapport aux Turcs ottomans, mais contestable pour les Arméniens russes par rapport aux Arméniens ottomans], exerce également une forte attraction pour les larges masses. Cependant, d'un autre côté, la prise en compte du fait qu'une influence russe accrue aurait entraîné un danger de dénationalisation, restait limitée aux seuls chefs spirituels des Arméniens. Il existe deux courants différents parmi ces dirigeants : l'un d'eux accorde une grande importance à la nécessité de sauvegarder l'identité nationale, ce qui n'est jugé possible qu'en Turquie ; et l'autre met l'accent sur les intérêts économiques et le maintien des liens religieux avec les Russes.

L'influence allemande sur les Arméniens était jusqu'à présent négligeable. Seule une petite fraction des Arméniens instruits connaissaient l'Allemagne et les Allemands. La majorité des jeunes Arméniens instruits ont été éduqués dans des écoles françaises et plus tard en France et en Russie. Au début de la guerre, la population arménienne doutait même que les Allemands soient des  “chrétiens”, puisqu'ils s'étaient alliés aux Turcs. Le fait que l'Allemagne était déjà une amie du régime absolutiste en Turquie, sous lequel les Arméniens avaient considérablement souffert, les remplit encore de méfiance. La responsabilité de la guerre est également attribuée à l'influence de l'Allemagne, et les pertes économiques résultant de l'influence de l'Allemagne sont particulièrement ennuyeuses pour un peuple qui tient à préserver et à accroître ses possessions. Plus remarquable est le fait – comme cela a également été noté dans d'autres pays – que nous avons peu d'amis arméniens parmi ceux qui ont été éduqués en Allemagne ou ont reçu leur éducation par l'intermédiaire de missionnaires allemands. A ma connaissance, les seules exceptions sont les anciens élèves de l'école Sanassarian, qui a été transférée à Sivas il y a quelques années, alors que la crainte grandissait qu'Erzurum ne soit occupée par la Russie ! Cette amitié n'existait cependant que dans la mesure où ils faisaient leurs études supérieures en Allemagne.

Le sentiment général des Arméniens envers les Allemands était moins amical au début de la guerre, mais il a sensiblement changé au cours des derniers mois. La cause de ce changement d'humeur a pu être, en partie, les succès militaires allemands sur tous les champs de bataille, ainsi que la présence d'officiers militaires allemands à Erzurum. Ce changement d'humeur était particulièrement perceptible lorsque les Arméniens locaux croyaient être sûrs – c'était à la mi-mars – que le déclenchement d'un massacre n'avait été empêché que par la présence et l'activité du consulat ici. L'évêque arménien a remercié le général Posseldt et moi-même à plusieurs reprises pour avoir protégé les Arméniens [Scheubner-Richter loue ensuite le rôle positif du vali Tahsin Bey]."

Source : http://www.armenocide.net/armenocide/armgende.nsf/$$AllDocs/1915-05-15-DE-012


"L'Arménie invoque la “kultur” allemande", Le Radical, 15 avril 1918 :


"Stockholm, 14 avril.

Le plénipotentiaire du Soviet national d'Arménie, M. Nicolas Adones [Nicolas Adontz], professeur à l'Université de Petrograd, a adressé le radiotélégramme suivant au ministère des affaires étrangères à Berlin et au président du Reichstag :

« Le Soviet national de l'Arménie, qui est l'expression suprême de la volonté du peuple arménien, s'adresse à vous pour vous exposer la situation pénible créée aux Arméniens.

« L'Arménie, inondée de sang, à peine sortie de l'état d'asservissement séculaire, est de nouveau condamnée à la souffrance.

Profitant du départ des armées russes, les armées turques ont envahi le pays sans défense [lapsus révélateur qui confirme involontairement la nullité militaire d'Andranik] et ont voué à la destruction fatale non seulement les Arméniens turcs [1) Une partie importante des Arméniens ont été exemptés de déportation en 1915-1916 ; 2) l'armée ottomane comportait toujours des soldats et officiers arméniens en 1918 (y compris à Batoum) ; 3) le gouvernement commençait alors à organiser le retour d'une partie des déportés arméniens (la menace stratégique de l'impérialisme russe ayant disparu à la frontière caucasienne)], mais également les Arméniens russes [le général Halil Paşa (oncle d'Enver) entretiendra des relations plus que correctes avec divers représentants arméniens lors de l'avancée de l'armée ottomane vers Bakou].

« Malgré les conditions de paix qui reconnaissaient aux trois districts du Caucase (Kars, Ardahan et Batum) le droit de disposer de leur sort, les armées turques marchent sur Kars et Ardahan, pillent le pays et massacrent la population rurale.

« La responsabilité pour le sort futur des Arméniens est tout entière entre les mains des Allemands. Les armées russes ont été retirées des provinces de l'Arménie ; maintenant, les Allemands seuls peuvent empêcher les armées turques
de se livrer à leurs excès habituels, à leurs instincts de vengeance [parler de vengeance, c'est un autre lapsus révélateur : en effet, les Arméniens n'avaient pas les mains propres] et de destruction.

« Il ne faut pas que les Arméniens aient l'impression qu'un Empire aussi cultivé que l'Allemagne, et qui a les moyens d'agir sur son alliée la Turquie, a permis que le traité de Brest-Litovsk ait servi à asservir le peuple de l'Arménie contre sa volonté.


« Le Soviet national de l'Arménie est persuadé que vous prendrez les mesures qui ne dépendent que de vous, pour agir auprès des autorités turques, afin d'éviter au peuple arménien de nouvelles horreurs. » " 


"La Transcaucasie et les Allemands", Journal des débats politiques et littéraires, 12 juin 1918, p. 4 :


"(De notre correspondant)

Berne, le 11 juin. — Les journaux allemands continuent d'adresser au gouvernement turc des avertissements menaçants au sujet de ses entreprises en Transcaucasie.

« Les hommes d'Etat turcs — écrit la Deutsche Tageszeitung — feraient bien de dissiper tous les doutes que la République transcaucasienne pourrait avoir encore car la presse ennemie ne cesse de répandre le bruit que les Turcs s'apprêtent à conquérir le Caucase et à lui ravir son indépendance. Nos ennemis prétendent même que des troupes turques marchent sur Tiflis et n'en sont plus très éloignées.

» L'empire allemand a, nous le répétons, un grand intérêt à ce que la république transcaucasienne [qui a en fait déjà implosé en trois républiques indépendantes, sous la pression ottomane] soit indépendante et prospère. N'oublions pas qu'il s'y trouve des colonies allemandes qui comptent 30,000 âmes et que le Caucase est une région produisant en quantités considérables des matières premières dont l'Allemagne a besoin.

» A cela s'ajoute la très grande importance de la Transcaucasie comme pays de transit. Par sa situation entre la mer Noire et la mer Caspienne, la Transcaucasie ouvre au commerce la Perse et l'Asie centrale. L'indépendance de la république est donc pour l'Allemagne d'une importance évidente.

» Les représentants de la république transcaucasienne qui séjournent actuellement à Berlin pourront se convaincre de la sympathie qu'inspire partout en Allemagne la cause de l'indépendance de leur pays, et du désir qu'a l'empire allemand de nouer avec lui des relations étroites et amicales [les Allemands souhaitaient une Transcaucasie unie sous l'hégémonie géorgienne (ce qui sera aussi le choix de l'Ostministerium pendant la Seconde Guerre mondiale), les Ottomans sont parvenus à déjouer ce plan]. » "


Frederic von Rosenberg (diplomate allemand), rapport à Johann Heinrich von Bernstorff (ambassadeur allemand à Istanbul), 28 juillet 1918, DuA Dok. 414 (re. gk.) :


"1. Géorgie. Veuillez vous référer à l'annexe 1 pour connaître la politique à suivre en Géorgie du côté allemand. Le général von Kress en est venu à croire qu'il est nécessaire d'envoyer davantage de troupes allemandes en Géorgie. Ce souhait peut-il être satisfait ?

2. Arménie. Si la situation en Géorgie est déjà vague et floue, c'est encore davantage le cas avec les autres structures étatiques qui ont vu le jour sur le sol caucasien. L'Arménie s'est proclamée république indépendante. La majeure partie de son territoire est occupée par les Turcs, la population est en partie entassée dans les montagnes, a en partie fui vers la Géorgie et le gouvernement arménien à l'extérieur du pays à Tbilissi. Dans ces conditions, cela semble encore plus restreint pour l'Arménie que pour la Géorgie. Comme indiqué ci-dessus, la reconnaissance de l'Arménie en tant qu'Etat indépendant est hors de question car notre désintérêt pour les pays non géorgiens du Caucase est une condition préalable à la concession de la Russie sur la question de la reconnaissance de la Géorgie. Cependant, la situation des Arméniens, comme le montrent les télégrammes ci-joints des représentations impériales de Constantinople et de Moscou, est telle qu'il faut faire quelque chose pour eux. Ceci est également important car il y a de nombreux Arméniens déplacés à Bakou qui, s'ils ne sont pas autorisés à rentrer, se livrent à des violences et empêchent ainsi l'approvisionnement en pétrole.

La zone dont disposent les Arméniens est si limitée que les Arméniens ne peuvent y vivre et, si la situation actuelle persiste, ils seront condamnés. Il faudra donc persuader les Turcs de remonter au-delà de la frontière qui leur a été accordée dans le traité de Brest-Litovsk et de laisser un maximum des gardes ferroviaires sur le territoire arménien pour assurer la gestion ininterrompue des transports militaires en direction de Julfa et Tabriz. Les Arméniens ne pourront regagner leur ancien territoire que s'ils sont protégés à la fois contre de nouvelles incursions turques et contre les excès des bandes tatares. Cela ne peut être réalisé que si le pays est occupé par des troupes fiables. Le gouvernement russe [bolchevik] accepterait peut-être sans objection la présence de troupes allemandes en Arménie s'il était précisé que cette mesure n'est prise que pour des raisons humanitaires, afin de sauver les restes du peuple arménien, et c'est également dans l'intérêt de la Russie, si les Turcs sont tenus à l'écart de l'Arménie. Pouvons-nous fournir les forces nécessaires à cet effet ? Il faut souligner que le rapatriement des Arméniens est urgent pour que la récolte dans les régions en question soit au moins partiellement sauvée et que l'Arménie soit sauvée de la famine."

Source : http://www.armenocide.net/armenocide/ArmGenDE.nsf/c203453a30188dfac1256ad7003e16fa/1a8ba7c517fa675fc1256ad7003a90e8


"La Roumanie.", Bulletin périodique de la presse allemande, n° 87, 6 août 1918, p. 3 :


"— On s'installe maintenant en Crimée. Leo Lederer décrit ses pérégrinations à travers les villages tartares, son séjour sur la Riviera russe, au château du tzar à Livadia et il commente symboliquernent l'incendie de la forêt de Siméïs (Berl. Tagbl., 18). — Il s'agit également de restaurer le Caucase que la débâcle russe a plongé dans l'anarchie et que de départager Géorgiens, Tartares et Arméniens et les intérêts allemands et turcs sont en conflit au Caucase (Vossische Ztg., 15.7, Kreuzzeitung, 16.7 ; Bull. quot. n° 877). L'Allemagne surveille la réorganisation du cabinet Talaat Pacha où entrent deux membres du comité jeune turc, le Dr Nazim et le populaire Kemal-bey [Kara Kemal], organisateur éminent. En même temps, on reçoit à Berlin le Khédive Abbas-Hilmi, champion de la libération de l'Egypte (Nordd. Allg. Ztg., 17, Frankf. Ztg., 23, Deutsche Tagesztg., 24). — La Bulgarie et la Turquie sont plus que jamais en désaccord au sujet de la Dobroudja et de Dedeagatch (presse du 15, Vossische 17, Kreuzzeitung, 19, Frankf., 21). Enfin le tronçon de parlement serbe qui siège à Corfou publie, lui aussi, ses « buts de guerre » (Münch. Augsb. Abendztg., 22)."


Sur les archives allemandes : Les sources documentaires ottomanes et russes démentent les mensonges de Taner Akçam

Tahsin Bey : protecteur des Arméniens, homme de confiance de Talat Paşa et membre de l'Organisation Spéciale

Cemal Azmi Bey et les Arméniens

Première Guerre mondiale : les efforts pour ravitailler et aider les déportés arméniens

Ali Fuat Erden et Hüseyin Hüsnü Erkilet : d'une guerre mondiale à l'autre

Voir également : Un non-sens du matraquage arménocentriste : la déportation des Arméniens de 1915 a-t-elle vraiment "inspiré" et "désinhibé" les Allemands ? L'occultation de la brutalité des méthodes de guerre des Etats occidentaux contemporains

Le contexte des exactions dans l'Empire ottoman tardif : insuffisances de l'administration, difficultés des réformes et du maintien de l'ordre

1912-1914 : la réactivation du thème de l'"autonomie arménienne" et les velléités de la Russie tsariste sur les vilayet d'Anatolie orientale

Première Guerre mondiale : le tsarisme russe et le "barrage arménien"

Sauver l'Empire ottoman : les négociations multilatérales des Jeunes-Turcs, en vue du maintien de la neutralité ou d'une alliance défensive

Enver Paşa (Enver Pacha) : une conception dynamique et froidement réaliste des relations internationales

Le grand-vizir Sait Halim Paşa et les Arméniens

Ernst Jäckh et les Arméniens

Archak Zohrabian et Alexandre Parvus : anti-tsarisme, nationalisme économique et ralliement aux Centraux

Le rôle de l'Organisation Spéciale/Teşkilat-ı Mahsusa (dirigée par l'immigré tunisien Ali Bach-Hamba) pendant la Première Guerre mondiale

Rôle de l'Allemagne : les désaccords profonds de Hilmar Kaiser avec Vahakn Dadrian et Taner Akçam

Cavit Bey (Djavid Bey) et les Arméniens

La rivalité germano-ottomane dans le Caucase (1918)  

Le gouvernement de Talat Paşa (Talat Pacha) et la reconnaissance de la République d'Arménie (1918)

Mémoires de guerre : les contradictions entre le général Ludendorff et le maréchal Hindenburg

L'arménophilie de Paul Rohrbach
 
Johannes Lepsius dans l'imaginaire nazi

National-socialisme allemand : la filière germano-balte