dimanche 6 décembre 2020

İsmet İnönü et les Arméniens


Le colonel İsmet Bey (İsmet İnönü), proclamation reproduite dans le journal Vakit, 19 novembre 1920, source : Bulletin périodique de la presse turque, n° 10, 10 janvier 1921, p. 8 :

"Depuis plus d'un mois nous avons travaillé de toutes nos forces, en vue de vivre en paix et en harmonie avec les arméniens. Nous nous sommes ingéniés à ne jamais nous départir de notre calme et à éviter tout sujet de désaccord avec Erivan. Nous nous sommes adressés maintes fois aux puissances alliées, et nous avons demandé leur médiation. Des démarches empreintes d'un esprit amical et conciliant ont été tentées auprès du gouvernement d'Erivan. Notre bon vouloir a été mis en suspicion par la politique vindicative suivie par le gouvernement Tachnak d'Erivan.

Les arméniens continuèrent leurs incursions sanglantes sur nos territoires, en vue d'anéantir l'élément musulman, là où ils le rencontraient. Le gouvernement nationaliste, justement ému devant ces excès, résolut de mettre fin à un état de choses susceptible de compromettre l'existence du pays. Nous sommes entrés en guerre pour défendre notre juste cause, et nous sommes heureux d'annoncer aujourd'hui une grande victoire : Kars a été prise par nos troupes après de durs combats. L'armée arménienne, coupée en deux, a subi une défaite écrasante. Un ministre ainsi que plusieurs hommes d'Etat d'Erivan sont tombés en nos mains. Le commandant arménien de Kars et 50 généraux et officiers supérieurs, ont été faits prisonniers. Un butin important, qui n'a pu être encore dénombré, a été abandonné par l'ennemi. La vaillance et l'entrain de nos troupes sont splendides. Les Turcs se sont montrés les vrais fils de leurs ancêtres."


İsmet Paşa (İsmet İnönü), exposé à la conférence de Lausanne, 12 décembre 1922, source : Documents diplomatiques. Conférence de Lausanne, tome I : "21 novembre 1922-1er février 1923", Paris, Imprimerie nationale, 1923, p. 162-164 :


"L'histoire nous enseigne donc qu'il ne faut pas perdre de vue dans la question des minorités deux facteurs principaux :

1° Le facteur politique d'ordre extérieur consistant dans le désir nourri par certaines puissances d'intervenir dans les affaires intérieures du pays sous le prétexte de protéger les minorités, l'intervention ainsi visée se réalisant surtout par des provocations préalables et par la fomentation de troubles.

2° Le facteur politique d'ordre intérieur, savoir le désir chez les minorités ainsi encouragées de s'affranchir pour constituer des Etats indépendants.


Les souffrances des minorités en Turquie étant causées par ces deux facteurs, il va sans dire que l'amélioration de leur sort, en tant que cela serait sincèrement désiré par les Puissances Alliées, dépendrait absolument de la neutralisation de l'action de ces mêmes facteurs.

En ce qui concerne le premier point, on est forcément amené à admettre que les minorités devraient avant tout être privées d'une protection politique quelconque, autre que celle qui leur est garantie par les. lois du pays. Comme M. Clemenceau l'a fait justement remarquer à propos des garanties des puissances en faveur des droits des minorités, « l'expérience a montré que cette disposition était en pratique inopérante et qu'on pouvait reprocher à ce système de conférer aux Grandes Puissances, soit individuellement, soit en groupe, un droit d'intervention dans la constitution intérieure des Etats en question, intervention qui pourrait poursuivre des fins purement politiques » (1).

L'organisation actuelle de la Société des Nations ne semble pas, malgré l'opinion de l'homme d'Etat français, être de nature à éviter ce grave inconvénient. En effet, bien que l'examen ultérieur des questions intéressant les minorités soit du ressort de la Cour de Justice Internationale, chaque membre du Conseil de la Société des Nations ayant la faculté de soulever ces questions, rien n'empêcherait les Puissances ayant des visées sur la Turquie, d'exciter secrètement les minorités et de profiter comme autrefois des troubles qui, en résulteraient pour provoquer l'intervention de la Société.

De plus, la suppression d'une intervention officielle serait encore sans effet pour rendre certaines minorités inaccessibles aux provocations du dehors. La dernière campagne de dévastation et de carnages mêlés de toutes sortes de crimes abominables a mis en évidence les visées agressives de l'Etat hellénique sur l'Asie Mineure turque.

La conscience éclairée des peuples civilisés ne peut consentir à une solution qui créerait une nouvelle source de difficultés.

Laisserait-on, au grand détriment de la tranquillité du monde, des populations musulmanes ou chrétiennes s'entre-déchirer, pour le profit d'intérêts politiques étrangers ?

L'exclusion de cet élément de provocation ne serait possible qu'en rendant en premier lieu les non-musulmans de la Turquie inaccessibles aux agitations du dehors. A cette fin, le remède le plus radical et le plus humain consisterait dans l'échange des populations chrétiennes de la Turquie contre les musulmans des pays voisins et surtout contre ceux de Grèce qui, à l'instar des Turcs de la Morée et de la Thessalie, se trouvent condamnés à une extermination certaine. L'échange des populations effectué, en vertu de la convention conclue entre la Turquie et la Bulgarie le 15/2 novembre 1913 à Andrinople ainsi que les pourparlers engagés dans le même but entre la Turquie et la Grèce en 1914, constituent des précédents qui méritent d'être suivis à cet égard.

Pour ce qui est du facteur politique intérieur, c'est-à-dire du désir naturel d'affranchissement des minorités, il y a lieu de faire remarquer que l'Empire ottoman, réduit aux provinces essentiellement turques, ne contient plus aucune minorité qui puisse y former un état indépendant. Avant que le principe des nationalités n'eût reçu partout une application égale, l'on pouvait peut-être justifier jusqu'à un certain point les mouvements séparatistes dans les parties de l'Empire ottoman comprenant un nombre considérable d'habitants non-turcs. La situation est toute autre aujourd'hui. De même que les Grecs établis à Marseille ne sauraient raisonnablement penser à y créer un Etat grec indépendant ou à annexer ce port à leur métropole, de même les Grecs ou Arméniens de Turquie ne pourraient être en droit de soutenir de semblables revendications en Turquie.

L'Etat turc, conscient de son droit de conservation, n'hésiterait pas à agir, comme tout état indépendant, vis-à-vis des attentats dirigés contre son existence.


L'impossibilité matérielle de créer un gouvernement à part persuadera-t-elle les minorités restées en dehors de l'application de mesures d'échange réciproque, de la nécessité de ne pas se départir de la voie qui leur est tracée par la sagesse comme par la logique la plus saine ?

Après que les Grecs ottomans auront été échangés contre les Musulmans de Grèce, on pourra répondre affirmativement à cette question. En effet, en ce qui concerne les Arméniens, les relations amicales et de bon voisinage consolidées par des traités entre la Turquie et l'Arménie excluent la possibilité d'une provocation quelconque de la part de l'Etat arménien. D'autre part, ceux des Arméniens qui décideront de rester en Turquie ont déjà dû se rendre compte de la nécessité inéluctable de vivre en bons citoyens. Quant à la communauté israélite, l'esprit de loyauté dont elle a fait toujours preuve vis-à-vis du Gouvernement turc fait présumer que ses membres continueront paisiblement à collaborer avec leurs concitoyens turcs au relèvement et à la prospérité du pays.

Pour résumer, la Délégation de la Grande Assemblée Nationale de Turquie est d'avis :

1° que l'amélioration du sort des minorités de Turquie dépend avant tout de l'exclusion de toute espèce d'intervention étrangère et de possibilité de provocations venant du dehors ;


2° que ce but ne peut être atteint qu'en procédant avant tout à un échange des populations turques et grecques ;

3° que les meilleures garanties pour la sécurité et le développement des minorités restées en dehors de l'application des mesures d'échange réciproque, seraient celles que fourniraient tant les lois du pays que la politique libérale de la Turquie à l'égard de toutes les communautés dont les membres ne se sont pas départis de leur devoir de citoyens turcs. (...)

(1) Lettre de M. Clemenceau, Président de la Conférence de Versailles adressée à M. Paderewsky, le 24 juin 1919, lors de la remise du projet définitif du Traité de Paix."


"U. R. S. S.", Bulletin périodique de la presse turque, n° 109, 30 septembre-2 octobre 1935, p. 19 :

"M. Djelal Bayar, ministre turc de l'Economie, est arrivé à Moscou, avec sa suite, le 15 juillet. Ils y ont été reçu par MM. Rozegolts, commissaire du peuple pour le commerce extérieur, Zuckermann, chef du premier département oriental des Affaires étrangères, Zolotarev, directeur du Turkstroy, l'ambassadeur de Turquie, son personnel et de nombreux membres de la colonie turque et les ingénieurs turcs présents à Moscou (Djumhouriet, 16-7). Son voyage a pour objet des études économiques et financières. Rentrés à Moscou après un voyage à Leningrad, une réception fut donnée en leur honneur à la Chambre de Commerce (ibidem, 22). Le 27, il quittait Moscou, accompagné de MM. Mouammer Erich, directeur de la Banque d'Affaires, et Nouroullah Sumer ; des discours cordiaux furent prononcés. Renouvelant ses déclarations, le ministre affirma qu'il faisait un simple voyage d'études, et n'avait signé aucun contrat (ibidem, 29).

Le 18, MM. Ismet Ineunu, président du Conseil, et Tevfik Ruchdi Aras, ministre des Affaires Etrangères [issu de la faction de Talat Paşa], se trouvant à Sari Kamieh, sur la frontière, furent invités par une délégation soviétique à passer sur le territoire arménien, où une réception des plus cordiales les attendait. Ils examinèrent le barrage de Serdarabad, et, une fois de plus, l'amitié turco-soviétique fut célébrée (ibidem, 19)."


Tekin Alp, Le Kemalisme, Paris, Félix Alcan, 1937, p. 254-255 :

"Le vice-président du Parti [CHP], Ismet Inönü, s'est exprimé à ce sujet dans un de ses discours avec plus de franchise et de clarté :

« Est Turc, a-t-il dit, celui qui désire et aime l'être. »


Il va sans dire qu'il ne faut pas déduire de ces mots laconiques d'Ismet Inönü qu'il n'est pas besoin d'une communauté de langue, de culture et d'idéal, comme l'exige la définition de Nation dans le programme du Parti du Peuple. Car, au fond, peut-on sincèrement désirer et aimer être Turc sans s'en approprier la langue, l'idéal et la culture nationaux ? Il est évident qu'entre la définition scientifique du programme du Parti et la devise laconique d'Ismet Inönü, homme d'Etat pratique et réaliste, il y a parfaite identité.

Ainsi donc, la communauté de race et de religion ne signifie plus, pour la nouvelle Turquie, communauté nationale. Pour appartenir à la même Nation, il n'est pas indispensable d'appartenir à la même race et à la même religion, mais parler la même langue, avoir la même culture et le même idéal."



"La vie locale", Beyoğlu, 11 décembre 1938, p. 2 :


"DEUIL 

LES FUNERAILLES DE Me CIALIAN

Des funérailles particulièrement impressionnantes ont été faites hier à Me Antonio Cialian.
Un immense catafalque, dressé au milieu de la nef, disparaissait littéralement sous les fleurs ; d'autres couronnes étaient rangées devant l'autel et sur les bas côtés de la nef. Un nombreux clergé a célébré le rite funèbre et a donné l'absoute.

Une foule recueillie d'amis du défunt avait tenu à apporter un suprême hommage au disparu. Il nous serait impossible de citer des noms parmi cette affluence. Disons seulement qu'à côté de nombreuses personnalités turques on pouvait reconnaître des notabilités de la colonie italienne ainsi que de la communauté arménienne..

Le fils du défunt, M. Pierre Cialian, dont le désespoir faisait peine à voir ainsi que ses gendres, M.M. Beghian et Costa recevaient les condoléances émues de tous ceux que cette mort si soudaine a plongés dans une douloureuse stupeur."


"Le couronnement de S. S. Pie XII : L'imposante cérémonie d'hier à la Basilique de St. Pierre", Beyoğlu, 13 mars 1939, p. 1 :


"LA CELEBRATION EN NOTRE VILLE

Le Te Deum d'hier à la basilique du St. Esprit


Un Te Deum d'action de grâce, pour le couronnement de Pie XII a été chanté hier, à 16 h., en la basilique du St Esprit à Pankaldi [Pangaltı]. Au milieu du flamboiement des lumières et des ors des vêtements sacerdotaux, l'hymne de Longhi, des Trombes de St. Pierre, salua l'entrée dans le temple de Mgr Roncalli [le futur Jean XXIII] que précédaient un très nombreux clergé ainsi que les évêques arménien catholique et grec uni, Mgr Kireciyan, et Mgr Varuchas. Ainsi s'exprimait le lien subtil entre la cérémonil [cérémonie] en notre ville et celle de Rome. A la sortie également le chœur devait chanter, toujours comme à la basilique de St.-Pierre le triomphal « Christus regnat, Christus incet ». (...)

A gauche du chœur était une délégation officielle du patriarcat œcuménique, composée du grand archidiacre Mgr Maximos, le grand vicaire étant indisposé, et de M. Sp. Constantinidès, grand interprète du du Patriarcat. L'Eglise arménienne grégorienne étant représentée aussi par l'évêque de Beyoglu. Le rabbin Saban, M. Reisner, président de la communauté israélite d'Istanbul, et M. de Médina, président de la communauté juive italienne étaient venus apporter l'hommage de leurs coreligionnaires au Chef de l'Eglise catholique."


René Houille, "Lettre de Turquie : La sixième législature de l'Assemblée nationale de Turquie", Le Temps, 20 avril 1939, p. 2 :

"Ankara, avril.

Le lundi 3 avril, deux jours avant la réélection du président Lebrun, le général Ismet Ineunu, qui occupait la présidence de la République depuis le décès d'Ataturk, a été réélu à la plus haute magistrature de l'Etat turc.

Cette réélection était obligatoire, aux termes de la Constitution, un nouveau Parlement étant issu des élections populaires à la suite du renouvellement de l'Assemblée décidé fin janvier 1939. (...)

La Chambre, tout en prononçant son renouvellement, avait décidé que la nouvelle Assemblée se réunirait pour la première fois le lundi 3 avril.

Ainsi les élections, qui, aux termes de Constitution, sont à deux degrés — les deux sexes étant à la fois électeurs et éligibles, depuis la loi du 5 décembre 1934 qui a accordé ces deux qualités aux citoyennes turques — devaient se dérouler sans perdre de temps. (...)

Il en est résulté un renouvellement sensible des élus, puisque 130 nouvelles personnalités siègent maintenant à la Chambre. L'ancien ministre de l'intérieur du cabinet Djélal Bayar, M. Chukru Kaya, fait lui-même partie des parlementaires de la cinquième législature non réélus. Les députés représentant les minorités arménienne, grecque et juive n'ont pas changé : ce sont toujours MM. Bertch, Turker [Berç Türker Keresteciyan], le docteur Taptas, le docteur Abrévaya Marmarali et Istamat Euzdamar. Au surplus, parmi les nouveaux élus figurent principalement des membres du corps enseignant et des journalistes, ces derniers qui étaient au nombre de 24 dans l'ancienne Chambre voyant porter leur total à près de 50. En revanche le nombre des députés femmes qui était de 16 précédemment est légèrement diminué."


"La vie locale", Beyoğlu, 17 novembre 1939, p. 2 :


"Des cours de langue turque pour les adultes

Conformément aux instructions du secrétariat du Parti Républicain du Peuple [CHP] des cours du soir dits « populaires » ont commencé à être créés dans les divers Halkevleri [Maisons du peuple]. On procède actuellement aux inscriptions. Ces cours seront réservés aux concitoyens qui ne savent ni lire ni écrire et aussi à ceux qui ont fait leur instruction primaire avec les caractères arabes.

En outre des cours spéciaux seront institués à l'intention des éléments minoritaires. Arméniens, Grecs ou Israélites qui ne savent pas le turc pourront fréquenter librement ces cours où ils apprendront, en un bref laps de temps et suivant une méthode particulièrement pratique, la langue nationale."


"La vie locale", Beyoğlu, 17 avril 1942, p. 2 :

"La messe de Requiem pour le Cardinal Boggiani

Une cérémonie solennelle de Requiem s'est déroulée hier en l'église paroissiale de Saint-Pierre, à Galata, pour le repos de l'âme de Son Em. Révérendissime le cardinal Tommaso Pio Boggiani.

Le défunt avait été envoyé tout jeune à Istanbul, à peine ordonné prêtre et à peine il avait endossé l'habit des Rév. Pères Dominicains. Il fut le premier à diriger l'église et l'école de Yedikule.

De retour en Italie, après un apostolat exemplaire en notre ville, il enseigna la théologie et la philosophie en divers collèges dominicains. Ce fut le début d'une carrière sacerdotale qui devait le conduire aux plus hautes dignités de l'Eglise. Il avait été créé cardinal en 1916.

Le délégué apostolique, Mgr Roncalli, a assisté pontificalement à la cérémonie d'hier à Saint-Pierre. A l'issue du service religieux, l'éminent prélat a su trouver des paroles d'une haute inspiration pour commémorer la noble figure du défunt. Puis il a donné l'absoute. Mgr Kireciyan, archevêque des Arméniens catholiques, Mgr Varouhas, évêque des Grecs Unis et de nombreux représentants du clergé et des communautés religieuses d'Istanbul ont assisté à la cérémonie."


P. Gentizon, "A travers l'Europe en guerre : XIX. — De l'observatoire d'Istamboul", Le Temps, 23 juin 1942, p. 2 :

"Quelle est, avec la guerre, la prise de position des minorités non musulmanes qui, depuis le traité de Lausanne, ont reçu l'autorisation de rester à Istamboul ? A cette heure, 100.000 Grecs, 60.000 Juifs et 40.000 Arméniens, tous sujets turcs, vivent encore dans la métropole des Détroits. D'une façon générale, ces minorités ont consenti dans une certaine mesure à se fondre dans le turquisme, c'est-à-dire à parler, lire, écrire la langue officielle, à abandonner quelque peu de leur particularisme et à ne plus faire ouvertement état de leur caractère ethnique. Les communautés juives et arméniennes, notamment, ont été des plus souples. Elles ont même pris des noms de famille turcs. Les Grecs ont été plus réfractaires. Néanmoins une union plus intime entre les diverses communautés islamiques, juives et chrétiennes s'est manifestée sous le signe de la République turque. Avec la guerre, la jeunesse des trois minorités en question (20 à 42 ans) a été mobilisée par rotation, comme les classes turques, sans toutefois que des armes lui fussent distribuées. Elle a été placée sous les ordres, non du ministère de la guerre, mais du ministère des travaux publics, pour la construction des routes. Cette mobilisation n'en a pas moins suscité quelque émoi parmi les intéressés du fait que les minorités étaient exemptes de service militaire. Mais aucun sévice n'a eu lieu, car la mesure n'avait d'autre but que la patrie turque. S'il y a eu des troubles ce fut uniquement entre ces diverses jeunesses mobilisées. Car si les Juifs et les Grecs sont anglophiles [une partie des Juifs restaient toutefois italophiles], la majorité des Arméniens, de russophiles qu'ils étaient jadis, sont devenus germanophiles. Ce qui provoqua des bagarres entre les recrues."


Jean Savant, La Turquie d'Ismet Ineunu, Paris, Sorlot, 1944, p. 102-103 :


"Les autres journaux notables [publiés en Turquie], l'« Istanbul » (français), le « Beyoglu » (italien), la « Türkische Post » (allemand), le « Journal d'Orient » (juif), l'« Apoghevmatini » (grec), l'« Aravelh », le « Jamanak », le « Nor Lour » (arméniens) ne sont pas des journaux turcs à proprement parler."


Marguerite Jouve, "Le dilemme de la Turquie", France Illustration, n° 47, 24 août 1946, p. 188 :


"Mais chacun connaît le magnifique patriotisme des Turcs, leur courage, et, telle quelle, cette armée [dirigée par le général Kâzım Orbay (beau-frère d'Enver Paşa), de janvier 1944 à juillet 1946] représente une force non négligeable. Les officiers sont soumis à une discipline spartiate : défense de fumer dans la rue, de danser en uniforme, de se marier avant le grade de capitaine. Dans les petites garnisons d'Anatolie ils vivent comme des espèces de moines guerriers groupés dans des phalanstères, où on leur assure le minimum de bien-être indispensable, mais rien qui puisse les amollir ni les détourner de leur austère devoir. Les minoritaires : Grecs, Juifs et Arméniens, sont soumis à la conscription, comme les Turcs musulmans. La seule différence, c'est qu'on ne les arme pas. D'après toutes les informations que j'ai pu recueillir, leur sort est loin d'être aussi mauvais qu'il ne l'était du temps des sultans."


Sur İsmet İnönü (ancien officier ottoman issu du Comité Union et Progrès et de l'Armée d'Action) : Les complots terroristes contre les kémalistes

Thrace, 1934 : la lutte implacable d'İsmet İnönü et Şükrü Kaya contre l'agitation pogromiste locale

İsmet İnönü et les ressortissants juifs de Turquie

La présidence d'İsmet İnönü (1938-1950) : un souffle nouveau pour la République turque

La Turquie kémaliste face à l'expansion de l'Axe dans les Balkans
  
 
La neutralité turque pendant la Seconde Guerre mondiale 

La pression fiscale en Turquie pendant la Seconde Guerre mondiale

Seconde Guerre mondiale : le sauvetage des Juifs d'Europe par la Turquie kémaliste 

Sur le maréchal Fevzi Çakmak : Le maréchal Fevzi Çakmak et les Arméniens

Le maréchal Fevzi Çakmak et les Grecs

Sur Hüseyin Cahit Yalçın : Hüseyin Cahit Yalçın et les Arméniens

Hüseyin Cahit Yalçın et les Grecs

Hüseyin Cahit Yalçın et Refik Saydam face à la question des Juifs turcs et étrangers en Turquie

Sur Fethi Okyar et son Parti républicain libéral (SCF) : Les idées défendues par le Parti républicain libéral (1930)

Ali Fuat Erden et Hüseyin Hüsnü Erkilet : d'une guerre mondiale à l'autre

Voir également : Kemal Atatürk et les Arméniens

Le général Refet Bele et les Arméniens

Le général Kâzım Karabekir et les Arméniens

Bekir Sami Kunduh : entre racisme anti-arménien et pragmatisme

La place des Arméniens dans les révolutions jeune-turque et kémaliste

Un choix du nationalisme kémaliste : conserver les populations arméniennes encore présentes sur le territoire turc

La Turquie kémaliste et sa minorité arménienne

Le sénateur Manuk Azaryan Efendi et la guerre de libération nationale turque

Aram Efendi, une figure laïque de la communauté arménienne catholique

La lutte d'Ohannès Bey Alexanian au sein de la communauté arménienne catholique

Arménag Sakisian et les auteurs nationalistes turcs

Le rôle d'Agop Martayan Dilaçar et de Petros Zeki Karapetyan dans le développement des théories turcocentristes

Berç Keresteciyan : un député arménien sous Atatürk et İsmet İnönü

L'Eglise apostolique arménienne sous le régime kémaliste

L'élimination de Lev Karakhan (Karakhanian) par Staline et le refroidissement des relations turco-soviétiques

Cevat Rıfat Atilhan (nationaliste extrémiste, complotiste et réactionnaire) et les Arméniens

Berlin, 1942 : rencontre entre Nuri Killigil (frère d'Enver Paşa) et Alexandre Khatissian (dachnak)

Le général Cemal Gürsel et les Arméniens