samedi 5 décembre 2020

L'Eglise apostolique arménienne sous le régime kémaliste



"La communauté arménienne.", Bulletin périodique de la presse turque, n° 55, 14-15 décembre 1927, p. 9 :

"Le Gâzi a approuvé l'élection du patriarche Mesrob Naroyan. A cette occasion, la communauté a affirmé son loyalisme (ibidem, 26-9)"


"Arméniens et Kurdes.", Bulletin périodique de la presse turque, n° 88, 30 novembre 1931, p. 21-22 :


"L'information suivante est prise dans la Djumhouriet du 2-10 :

« Les gestes suspects d'un passager nommé Hérant Djanikian, arrivé du s/s Rumania, dans notre ville (Istamboul), ont attiré l'attention de la police qui a voulu l'arrêter à bord même du bateau.

Mais le personnage suspect entra soudain dans la toilette et n'en sortit plus. On a forcé la porte ; puis on s'est aperçu qu'il s'était pendu.

150 livres égyptiennes, 163 livres sterling, 281 dollars, 2 Crédit Foncier Egyptien et 300 drachmes furent trouvés sur lui. Le ministère public a ouvert une enquête à ce propos. Hérant Djanikian est originaire de Guenlik ; il a été chargé, par le Comité révolutionnaire arménien, d'assassiner Karakkhan [Lev Karakhan/Karakhanian], ministre des Affaires Etrangères de Russie. Mais la police soviétique avait pu l'arrêter. Djanikian a trouvé plus tard le moyen de s'enfuir, et il s'était rendu, en Grèce. Il a été expulsé par la police grecque, et se rendait en Roumanie. »

Djanikian était le fils d'un Arménien d'Egypte, Mguirditch Efendi, et l'agent du Comité Dachnak. Il s'était enfui d'Istamboul quelques jours avant la rentrée des troupes turques, et se rendait à Budapest au moment où la police turque allait l'appréhender. Un autre Arménien, Agop Apikian, a été arrêté à bord de la Rumania ; malgré ses dénégations, on a lieu de croire qu'il était le complice du suicidé (ibidem, 3-10). Une enquête a été ouverte ; Krikor, frère d'Agop Apikian a été interrogé. Le patriarche arménien, Mgr Mesrouf [Mesrob] Naroyan, a exprimé son indignation, se portant garant de l'attachement inébranlable de sa communauté à la République turque :

« Les Arméniens ont une profonde gratitude pour les bienfaits que la République leur prodigue ; aussi, la vie de chaque homme d'Etat turc constitue-t-elle un bien précieux pour tout Arménien.

Les traîtres qui oseraient se livrer à d'aussi lâches attentats encourront la malédiction des Arméniens, qui ont la ferme intention de vivre en citoyens dévoués de la République turque (ibidem, 7).


Chacun des deux agents ayant découvert ces personnages suspects a été vivement félicité pour la sagacité dont il avait fait preuve et a reçu une gratification de 500 livres turques. La Milliet du 6 rend hommage à leur zèle, dans un article où elle attire l'attention sur les méfaits des comitadjis :

« Nous le savions depuis longtemps : en dehors de nos frontières, un certain nombre de Comités arméniens travaillent contre la Turquie.

Nous savons aussi que, ces derniers temps, ils ont redoublé d'activité.

On comprend que ces traîtres, voyant une occasion favorable, dans le voyage en Europe d'Ismet Pacha, ont voulu mettre leurs projets à exécution. Mais la vigilance de nos agents et l'heureuse fortune de la nation viennent de démontrer que, dans la Turquie nouvelle, les comitadjis ne pourront plus commettre de crimes. »

Après l'enquête judiciaire, Agop Apikian a été expulsé de Turquie (Djumhouriet, 10). L'Akcham du 22 termine un article sur les agissements des Dachnaks par les mots suivants :

« Les Turcs, en se rendant compte que le but des comitadjis est d'attaquer la République, la laïcité, le chapeau et les caractères latins, éprouvent tout naturellement le besoin de dresser, avec leurs corps, une cuirasse contre les mains impies qui voudraient attenter à ces conquêtes de la Turquie nationaliste. » "


"L'interdiction du costume religieux.", Bulletin périodique de la presse turque, n° 108, 26-27 juillet 1935, p. 7 :


"C'est le 13 juin que le costume civil deviendra obligatoire pour tous les prêtres de tous les cultes, qui ont été convoqués à la Direction de la Sûreté d'Istanbul pour y recevoir des instructions. Beaucoup avaient déjà quitté le costume ecclésiastique, et notamment le patriarche arménien [en fait le locum tenens du patriarcat], Mgr. Aslanian [Arslanyan], qui, a-t-il déclaré, tient à donner l'exemple (Djumhouriet, 1-6). La population, d'ailleurs, a bien accueilli ce changement et témoigne sa sympathie au clergé, ajoute un autre évêque arménien, Mgr. Bakhtyarian, qui demande et compte voir se réaliser d'autres réformes plus profondes :

« Pourquoi, dit-il, un veuf est-il empêché de se remarier, et pourquoi faut-il qu'un prêtre intelligent, parce qu'il est marié, doive renoncer à devenir évêque ? » (ibidem, 8.)

Le ministre de l'Intérieur autorise le port du costume religieux aux enterrements et aux cérémonies religieuses célébrées en dehors des lieux du culte.
A Istanbul, le clergé musulman portera des vêtements noirs ; les prêtres catholiques, des vêtements de couleurs diverses, mais sombres ; les religieuses, des costumes tailleurs qu'elle ont confectionnés elles-mêmes (ibidem, 12). Toutefois le patriarche grec a interdit à son clergé de se faire raser la barbe (ibidem, 15)."


"L'odieuse tentative d'attentat contre Atatürk", Beyoğlu, 25 octobre 1935, p. 1 :


"Perquisitions en Syrie

Le Cumhuriyet et La République sont informés, via Bruxelles, que des perquisitions ont été opérées au domicile de certains Circassiens de Homs et de Hama, à l'occasion de l'attentat projeté contre Kamâl Atatürk. De nombreux documents compromettants ont été trouvés à cette occasion. L'enquête à laquelle on attache la plus grande importance se poursuit.

Nos confrères font suivre cette information de la note suivante :

Nous constatons que les administrations étrangères contigues à notre frontière du sud ont adopté le droit chemin.

Il n'y a pas de raison pour que nous n'accueillons pas ceci avec satisfaction. Nous possédons également certains renseignements puisés à nos propres sources venant à l'appui de l'information particulière de Bruxelles publiée ci-dessus. Le fait de la découverte de documents compromettants dans certaines villes de Syrie est digne de retenir l'attention.

Nous avons le droit d'attendre de plus grands résultats de la décision prise par les administrations voisines de s'occuper enfin sérieusement de la chose.

Il est nécessaire que les Etats voisins n'acceptent plus que leurs territoires soient le quartier général des criminels et qu'ils y donnent pas droit de vie aux personnes nuisibles.

Les prières de nos compatriotes arméniens

Ainsi que nous l'annoncions, des prières ont été dites à l'église arménienne de Galata, pour la conservation des jours précieux d'Atatürk, après que deux moutons eussent été immolés à la porte de l'église [les chrétiens arméniens pratiquent le sacrifice animalier]. Le vicaire du Patriarcat a fait un sermon en turc."


A. Assathiani, "Le problème du Caucase", Prométhée, n° 136-137, mars-avril 1938, p. 26-28 :


"Les tendances « russophiles » du peuple arménien à l'époque ont causé bien des erreurs aussi bien parmi les siens que parmi les étrangers.

L'Arménie turque a été complètement saccagée pendant la guerre mondiale ; cela explique pourquoi dans l'espace de quelques années après ces événements, les relations entre Arméniens et Turcs ne pouvaient être les mêmes qu'entre ces derniers et ses voisins Caucasiens.

Depuis lors, des années ont passé et de nos jours tout laisse supposer que de grands changements se sont opérés aussi bien parmi le peuple arménien que parmi ses dirigeants, tout au moins en ce qui concerne l'estimation de ces tragiques événements. Dans la presse arménienne de l'étranger aussi bien que dans les déclarations des chefs des différents partis politiques on remarque un changement radical dans les rapports avec la Russie et avec la Turquie actuelle. D'après les conceptions nouvelles, la responsabilité pour les tragiques moments au cours de l'histoire plusieurs fois séculaire de l'Arménie est également partagée entre la Turquie des sultans et la Russie des tsars. A la lumière de ces conceptions la Nouvelle Turquie échappe à toute responsabilité pour les faits antérieurs. Dès lors trouve place une juste compréhension de la politique de la Nouvelle Turquie nationale, si différente de la Turquie ottomane dans toutes les sphères et à l'égard de ses voisins en particulier.

Ces nouvelles dispositions des Arméniens ont trouvé une confirmation hautement compétente par la voix du patriarche arménien Mesrop Neroïan qui fit la déclaration suivante au collaborateur du journal turc Djumhuriet en novembre 1936, déclaration qui expliquait la solidarité qui existe entre les Turcs de Syrie et les Arméniens dans la question du partage du sandjak d'Alexandrette : « Turcs et Arméniens ont vécu côte à côte des siècles durant, comme s'ils ne formaient qu'un seul peuple, une seule race. Malheureusement les derniers jours de l'histoire ottomane furent attristés par des événements dus à des malentendus entre Arméniens et Turcs. Il en résulta une rupture dans les relations fraternelles entre ces deux peuples, rupture où chacun eut sa part de culpabilité. Du jour où le régime républicain fut proclamé en Turquie, ouvrant ainsi une nouvelle époque de progrès et de développement culturel, ces anciens malentendus arméno-turcs ont complètement disparu et les deux peuples frères sont revenus dans le giron de leur unité historique.

Au début de l'ère heureuse de la république, non seulement les Arméniens de Turquie, mais ceux aussi qui habitent hors de leur pays ont, ce me semble, ressenti les sentiments, les mêmes dispositions que nous. Conséquemment, en ma qualité de chef spirituel du monde arménien, je considère la conduite des Arméniens de Syrie qui agissent solidairement avec les Turcs, au nom des buts et des tâches à remplir en commun comme l'événement le plus positif et le plus naturel que j'approuve entièrement. Je ne doute pas que cette conduite ne trouve son entière approbation parmi les Arméniens de Turquie. »

Cette même thèse est développée par le président de l'administration ecclésiastique du patriarche arménien, Bedros Khorassandjian qui fait les déclarations suivantes : « En tant qu'ayant vécu une bonne partie de ma vie parmi les Turcs et au service de l'Etat, je dois dire que mon plus grand désir est de voir les Arméniens et les Turcs marcher la main dans la main sur la voie du progrès pour le plus grand développement de la Patrie. Le régime républicain encourage cette collaboration. Rien ne sépare aujourd'hui les Turcs des Arméniens. Ceux qui s'obstinent à ne pas voir ferment les yeux à la réalité. Les Arméniens qui habitent hors de Turquie et qui n'ignorent pas les bons rapports qui existent entre Turcs et Arméniens s'efforcent d'établir avec les Turcs de l'étranger ces mêmes rapports de solidarité. On ne peut trouver de plus brillant témoignage de solidarité arméno-turque qu'à Antioche, et cela est parfaitement naturel. L'amitié traditionnelle et la fraternité turco-arméniennes se rétablissent aujourd'hui avec plus de force que jamais, non seulement en Turquie même, mais encore dans le monde. » (...)

Dans ces déclarations de représentants éminemment compétents du monde turco-arménien on ne peut que constater le profond changement dans les dispositions des Arméniens par rapport à la Nouvelle Turquie.

Ni Arméniens, ni autres « russophiles » du Caucase s'efforçant de démontrer la nécessité de nouer une amitié, de créer une union avec le peuple russe n'ont jamais cherché ni pu trouver une affinité quelconque de race avec ce peuple. Nous ne devons pas nous étonner si nous voyons des Géorgiens et autres Caucasiens trouver des liens lointains de parenté avec les Turcs. On n'ignore pas, en effet, que, les historiens géorgiens considèrent les Géorgiens comme les descendants de Hettes. Or, les historiens turcs contemporains considèrent également les Hettes comme étant les aïeux lointains des Turcs.

Mais la base principale susceptible de faciliter l'union des peuples du Caucase et pour la communauté de leurs intérêts avec la Turquie ne doit pas être recherchée dans les affinités de race ou dans des liens religieux ; elle doit être cherchée dans les profonds intérêts économiques et politiques, dans la situation géographique toute particulière entre deux mondes.

Les pénibles leçons de passé n'ont pas été sans profit pour les peuples du Caucase. Ils ont cessé de se considérer et de regarder leurs voisins sous l'aspect de phénomènes menus et passagers ; ils ont élargi leur horizon et considèrent la destinée qui leur échoit du haut de leurs principaux intérêts fondamentaux, non pas à travers une période de plusieurs années, mais sur une étendue millénaire, non pas dans le cadre étroit de leur pays, mais de tout le Caucase et de sa situation sur un plan mondial.

Les groupements politiques du Caucase sont déjà entrés dans cette voie. Ces groupements, en réalité, na s'en sont jamais détournés. Les bru antes divergences entre nationalités et l'hostilité qui se manifestait entre peuples caucasiens n'ont jamais été que superficielles au sein de milieux politiques et sociaux peu nombreux.

Or, ces malentendus étaient toujours alimentés et soutenus par les autorités russes, très intéressées au renforcement des divisions entre peuples de Russie. Fort heureusement, ces conditions spécifiques ont disparu, bien que les chefs communistes spéculent encore sur elles pour arriver à leurs fins ; disparue également toute une génération de gens imprégnés de ces divergences. Ainsi que le dit un proverbe géorgien « les torrents voient les eaux s'écouler, le sable rester. » Ce sable par rapport aux peuples du Caucase c'est la terre où ils ont vécu côte à côte des dizaines de siècles, partageant le même sort, les mêmes joies, les mêmes tristesses. Au cours des siècles, ils ont vu les mêmes invasions, les mêmes conquêtes ; ils ont mené la même lutte pour la liberté. Pendant ces invasions ils se sont souvent trouvés dans des camps différents, mais dès qu'ils récupéraient leur liberté ils vivaient en paix. Il semble même qu'il n'est pas d'exemple dans l'histoire des peuples ou à l'époque des guerres de religion ou de races, des peuples de race et de religion différentes aient eu moins de conflits.

L'histoire de ces peuples est marquée par d'innombrables guerres, mais ces guerres venaient toujours de l'extérieur.

Il n'existe pour ainsi dire pas de guerres, dans le sens propre du mot, d'origine purement caucasienne. Il y en eut en tout cas moins qu'en Orient et qu'en Occident, non seulement entre les différentes races et religions, mais même entre les différentes sectes d'une même religion.

Un destin commun, au cours des siècles a façonné parmi ces peuples une tolérance religieuse et raciale toute particulière ; elle en a fait, si on ose ainsi s'exprimer, une race psychologique exceptionnelle, qui servira de base la plus sûre pour l'union caucasienne.

Le fait qu'un prêtre arménien s'est trouvé à la tête des insurgés musulmans et qu'un cheikh musulman, dans une région voisine s'était mis à la tête des Arméniens ainsi qu'en a parlé ouvertement dans la presse le chef communiste Eliava, comme symbole d'union de tout le Caucase contre-révolutionnaire peut, effectivement, être considéré comme un symbole d'unité des peuples du Caucase dans leur lutte pour l'indépendance."


"Trente Etats seront représentés aux funérailles de Kemal Ataturk", L'Ouest-Eclair, 13 novembre 1938, p. 3 :

"Stamboul, 12 novembre. — Trente Etats seront représentés aux funérailles de Kémal Ataturk, qui auront lieu dans dix jours. M. Stoyadinovitch représentera la Yougoslavie. Pour la première fois, un prince royal anglais sera présent aux funérailles d'un Président de la République, auxquelles assisteront des détachements militaires balkaniques et un détachement iranien. Les ambassades et légations turques à l'étranger prendront le deuil pendant un mois. Les patriarches arménien et orthodoxe et les autres chefs des communautés religieuses ont signé le registre spécial au palais Dolmabagtche."

Voir également : L'anti-catholicisme virulent au sein du millet arménien (grégorien)

Empire ottoman : la lutte à mort des nationalistes arméniens contre les Arméniens loyalistes

La place des Arméniens dans les révolutions jeune-turque et kémaliste

Les relations entre les Jeunes-Turcs et l'Eglise apostolique arménienne 

Kemal Atatürk et les Arméniens

Le général Refet Bele et les Arméniens

Le général Kâzım Karabekir et les Arméniens

Le maréchal Fevzi Çakmak et les Arméniens

Bekir Sami Kunduh : entre racisme anti-arménien et pragmatisme

Un choix du nationalisme kémaliste : conserver les populations arméniennes encore présentes sur le territoire turc

La Turquie kémaliste et sa minorité arménienne

Le sénateur Manuk Azaryan Efendi et la guerre de libération nationale turque

Aram Efendi, une figure laïque de la communauté arménienne catholique

La lutte d'Ohannès Bey Alexanian au sein de la communauté arménienne catholique

Arménag Sakisian et les auteurs nationalistes turcs

Le rôle d'Agop Martayan Dilaçar et de Petros Zeki Karapetyan dans le développement des théories turcocentristes

L'assassinat de l'archevêque Léon Tourian (1933)

Berç Keresteciyan : un député arménien sous Atatürk et İsmet İnönü 
 

L'élimination de Lev Karakhan (Karakhanian) par Staline et le refroidissement des relations turco-soviétiques

Papa Eftim, le patriarche des Karamanlides (Turcs chrétiens-orthodoxes)

Les naturalisations de Russes blancs sous le régime kémaliste

Le général Cemal Gürsel et les Arméniens