mardi 7 septembre 2021

L'incendie d'Izmir (1922) : la piste gréco-arménienne



"Smyrne en désarroi à l'approche des Turcs : Récit de notre envoyé spécial", Le Journal, 9 septembre 1922, p. 1 :


"Smyrne, 31 août.

Au jour où les Grecs orthodoxes fêtent l'Assomption, une morne tristesse plana sur la ville et le plus médiocre observateur demeura stupéfait devant le silence insolite des voies publiques en une pareille solennité. Il n'y a pas longtemps, la fête de la Vierge suscitait la même pompe que celle de Pâques : les cloches sonnaient à toute volée en joyeux carillons, les chants populaires commencés la veille retentissaient toute la nuit à travers les rues illuminées, les cafés se couvraient de drapeaux et de feuillages ; c'était la liesse générale au bon soleil avec bonne chère et larges libations. Or, cette année, les cloches se turent, les cafés sans décorations manquèrent de clientèle, et des visages abattus et soucieux ont parcouru la ville. Le soir, une nouvelle qui jusque-là avait circulé, comme un mot de passe, parvint au grand jour : les Turcs ont déclenché une offensive de style vigoureux, la ville d'Afium-Kara-Hissar est déjà en leurs mains !

Le cauchemar recommence

Pour comprendre l'état d'affaissement moral dans lequel cet événement a jeté Smyrne, il importe de noter que ces populations cosmopolites, et les Grecs au premier rang, ne croyaient plus depuis un an, depuis la bataille de la Sakaria, à une reprise possible de la lutte armée en Anatolie. L'on savait que la fatigue était générale et que l'Europe s'occupait, cette fois sérieusement, de mettre fin au conflit ; l'on suivait avec passion la vie des conférences, souhaitant, de toute façon, la clôture des hostilités. Le pays n'en peut plus, le commerce marche à la ruine totale, les veuves et les orphelins se multiplient sans cesse, les désertions et émigrations dépeuplent la région, et Smyrne perd les meilleurs de ses fils. Depuis les propositions du 26 mars, personne ne croyait plus à une nouvelle effusion de sang. Le bluff de la marche sur Constantinople et celui de l'Etat libre d'Ionie n'avaient rencontré que des sceptiques : et puis Constantinople est loin ! et la victoire si problématique ! L'on espérait plutôt une fructueuse campagne d'affaires pour la saison commerciale 1922-1923, et la paix définitive au printemps prochain ; d'ici là, le repos. Le Smyrnéen se nourrit uniquement de l'exportation des produits de l'Anatolie ; il travaille dur pendant trois ou quatre mois, et le reste de l'année il vit sur les bénéfices de la « saison ».

Or, nous nous trouvons précisément au début même de la période active. Et voilà le cauchemar qui recommence. Déjà le discours de M. Lloyd George en faveur de la nation grecque avait créé du malaise : les louanges du Premier britannique avaient résonné dans les cœurs comme un appel à de nouveaux sacrifices, et l'inquiétude revenait. Et voilà que le cauchemar reparaît plus terrible encore, car la répétition n'affaiblit pas les visions de ce genre. Les Turcs sont toujours nombreux et surtout mieux outillés et mieux armés que par le passé.

En deux jours, le mouvement commercial s'arrête, plus un sac de fruits secs n'atteint le marché, les expéditions pour l'étranger sont suspendues et les commandes faites en Europe sont annulées, la vie active de la saison retombe dans le marasme : — aucun train n'est plus mis à la disposition du commerce, une réquisition soudaine enlève tous véhicules, tous chevaux, ânes, mulets ; la Bourse oscille fortement. Si la situation continue quelque temps, encore, Smyrne connaîtra la misère jusqu'à l'an prochain.

Le cortège des blessés

Puis, c'est le lamentable cortège des blessés qui envahissent la cité ; des écoles, à la veille de la rentrée des classes, sont transformées en ambulances ; le transport des éclopés se fait de nuit afin de ménager les nerfs de la population. Le navire-hôpital Amphitrite qui, depuis de longs mois, reposait dans le port du Pirée, reparaît dans les eaux de Smyrne, et sa présence est un lugubre indice pour ce peuple superstitieux et qui souffre. Des dames grecques, accompagnées de jeunes éclaireurs, quêtent par la ville en faveur des blessés, car les autorités, qui n'ont rien prévu, manquent de ressources et la surprise de tous est étonnante.

Et voici le défilé tragique et burlesque des fausses nouvelles : des ponts sautés, des villes brûlées, la percée du front prend des allures de déroute sans précédent, des escadrilles d'avions italiens ! poursuivent les fuyards grecs ! Comme d'habitude, l'on a capturé des soldats russes et français servant dans les rangs turcs ! le succès ennemi est dû à la puissance de l'artillerie, qui est française, et l'on devine le fiel qui coule de l'âme superficielle de ces pauvres gens impressionnables et malheureux.

L'armée demeure muette ; on ne sait trop ce qu'elle pense. Pourra-t-elle résister ? La population n'a pas confiance dans la troupe et la troupe tient la population pour suspecte. L'armée n'a pas reçu de solde depuis deux mois, elle est pleine d'éléments ennemis, constantiniens et venizélistes ; elle marche sans enthousiasme et les soldats qu'on fait revenir en toute hâte de la Thrace ne sont pas frais. Tout semble confirmer les renseignements pessimistes fournis récemment sur l'armée hellénique par le général anglais Townshend.

Le désarroi

La venue à Smyrne des ministres grecs de la guerre et de l'intérieur et le conseil qu'ils ont tenu avec le haut commissaire et le généralissime ont encore augmenté le nombre des anxieux, car vous pensez bien que le premier épicier venu connaît à fond, à ce qu'il prétend, les décisions du conseil et il n'ignore pas que les ministres sont aussi pessimistes que lui ! L'on parle aussi de la mise à pied du généralissime Hadjianestis — qui n'est ni populaire, ni aimé de la troupe — et de son remplacement par le général Tricoupis, commandant le groupe principal d'armées, et qui possède un terrible renom de férocité : ses soldats racontent qu'il ne fait pas de prisonniers !

Le désarroi est aussi augmenté par les opérations des colonnes volantes turques qui opèrent bien en deçà du front, vers Smyrne, harcelant les postes isolés, tentant des coups de main sur la voie ferrée. De grandes villes, comme Kara-Hissar, Ouchak, Eski-Cheir, ont été évacuées par la population civile qui commence à affluer vers Smyrne, semant la crainte et accroissant le nombre des fausses nouvelles.

Jamais peut-être moral d'arrière n'a été plus mauvais, ni surtout plus mobile, l'on passe d'une heure à l'autre de la stupide arrogance à la plus basse panique : Mustapha Kemal serait en vue de Smyrne que la peur de beaucoup de gens ne pourrait être plus angoissante ! Par un curieux phénomène de cette faculté de grossissement bien propre aux Grecs, ceux-ci, qui jadis enflaient démesurément leurs victoires, grossissent maintenant leur défaite au delà de toute réalité ! Cette disposition d'esprit en dit long sur l'exaspération des nerfs, après plus de trois ans d'attente vaine d'un statut définitif de la situation à Smyrne.

Pendant qu'on joue “ Rigoletto ”


Mais tout cependant n'est pas triste dans la ville ; il y a des gens qui sourient et qui dansent et cela nous reporte aux jours des guerres balkaniques, alors que les Alliés de la péninsule étaient aux portes de Constantinople. Le correspondant d'un grand journal parisien notait avec mélancolie que pendant l'écroulement de l'empire, des éléments locaux de la capitale passaient outre à la douleur du peuple turc et y voyaient même un sujet de joie : les Grecs et les Arméniens de Péra et Galata gambadaient sur les malheurs de Stamboul. Aujourd'hui, la situation se présente inversement à Smyrne, et les tenants de la justice immanente y trouveront la justification de leurs théories. Bien des éléments non grecs se réjouissent, en effet, des malheurs grecs, et annoncent, le sourire aux lèvres, la capitulation d'une ville ou la mort d'un régiment ; cela attriste le spectateur, mais tout cela est si humain et si explicable dans une ville où non seulement l'union sacrée n'existe pas entre les Grecs eux-mêmes, mais dans laquelle dix éléments se guettent, cherchant à se venger aujourd'hui des avanies d'hier !

Le soir où parvinrent les plus mauvaises nouvelles, une troupe italienne donnait Rigoletto devant une salle comble, un trottin montmartrois chantait des refrains lestes et l'on dansait au club international ! Cependant que des cœurs étaient gros et des regards inquiets, cependant que des milliers de jeunes gens, camarades de ceux qui dansaient, périssaient sur le front...

Et c'est ce qui embue les yeux de ceux qui sont demeurés sensibles aux malheurs grecs malgré leurs convictions politiques. Que les victimes soient turques ou chrétiennes, c'est toujours du sang anatolien, du sang humain qui coule, et pour quelle cause, grand Dieu !... une cause en laquelle personne ne croit plus à Smyrne.

Et comme si les infortunes grecques ne suffisaient pas à l'appétit des politiciens, voilà que l'on cherche à compromettre les Arméniens : le « général » Torcom
[un dachnak] (celui-là même qui jadis, officier bulgare, provoquait grossièrement Pierre Loti en duel) vient de partir sur le front avec 200 volontaires, risquant d'attirer des représailles sur ses coreligionnaires, vivant en pays turcs.

Appel à l'Europe

Tout ce monde smyrnéen, ceux qui rient et ceux qui pleurent, ceux qui espèrent encore et ceux qui « flanchent », se retournent,. malgré, eux, malgré les cruelles expériences, vers l'éternelle Europe : tout ce monde la maudit, puis il l'adjure de mettre fin à la tuerie, de sauver la jeunesse qui disparaît « inutilement ». Et, devant la dureté de l'Europe, les Smyrnéens se demandent avec épouvante quelle est la catastrophe qui obligera l'Europe à intervenir enfin pour le salut de tous : l'angoisse les étreint de si poignante inquiétude qu'ils en sont arrivés à souhaiter cette catastrophe qui peut-être arrachera enfin une décision à l'Europe « sans entrailles »."


"Les dernières heures de Smyrne sous le régime grec : Récit de notre envoyé spécial", Le Journal, 15 septembre 1922, p. 1 :


"SMYRNE, 3 septembre. — Dans la déroute où l'armée hellénique se trouve , réduite, le désastre moral dépasse l'importance de l'échec militaire. En moins de huit jours, le front grec a été brisé en tronçons épars, des divisions entières se sont rendues, la panique a gagné les rangs, les désertions ne se comptent plus. Le pillage des villes par les fuyards a commencé ; les demeures grecques sont saccagées avec autant de sauvagerie que les habitations turques.

Les communiqués officiels ne cachent pas grand chose et, chaque soir, Smyrne, dans la fièvre, apprend que les troupes continuent à se replier ; c'est tantôt Ouchak et tantôt Eski-Cheir qui sont abandonnées après avoir été soumises à un pillage éhonté, puis à l'incendie.


Terreur et joie

Nous vivons ici des heures extraordinaires : la terreur et la joie intimement mêlées au sein d'une même cité. La liesse des Turcs et des éléments non grecs est extrêmement correcte, si l'on peut dire ; pas un mot déplacé, pas un signe de satisfaction trop exubérant, et, malgré l'espérance d'un triomphe tout proche, une profonde pitié pour les vaincus, malgré les rancœurs de la veille.

L'élément franco-latin, digne de sa civilisation, donne d'ailleurs l'exemple de cette attitude vraiment humaine.


On ne pourrait en dire autant de l' « intempérance » de la panique grecque. Les plus puissants des Grecs montrent une étrange défaillance ; les abandons de postes civiques ne se comptent plus : ceux qui, durant quatre ans, excitaient leurs concitoyens à passer outre aux sages avertissements de l'Europe et du bon sens plient bagage et s'enfuient sans régler leurs dettes ! Les blessés sont abandonnés au hasard d'ambulances de fortune ; pas une des nombreuses cliniques grecques de la ville ne s'est ouverte pour les recevoir. L'égoïsme règne en maître sur ces gens désemparés par l'attaque soudaine et la défaite plus prompte encore : des remords les tenaillent. Ajoutez-y la crainte de représailles de la part des Turcs et celle, plus forte, du vandalisme de l'armée grecque dispersée lorsqu'elle ralliera Smyrne.

Les causes de la débâcle

Les causes de la débâcle — imprévoyance du haut commandement, insouciance de l'arrière, relâchement de la discipline militaire, querelles politiques intestines, perte de la foi en la victoire — s'aggravent de minute en minute au lieu de recevoir le moindre redressement. Le haut commandement, qui vivait sur l'assurance qu'une nouvelle offensive turque n'était plus possible, se trouve impuissant devant le malheur : rien, absolument rien n'a été envisagé, en cas de recul éventuel, pour une concentration des forces sur un nouveau plan de défense, pour un mouvement quelconque destiné à interrompre l'élan de l'ennemi.

Depuis les lamentables journées de la Sakaria, il n'existait plus guère de discipline dans l'armée hellénique ; le soldat grec ne voulait plus se battre ; la cause de l'Anatolie le laissait indifférent ou même suscitait son hostilité, et quand une armée ne veut plus se battre... Le mal atteignait le corps des officiers :
pour consoler ceux-ci, on les avait autorisés à se faire accompagner par leurs femmes non seulement en garnison, mais aussi sur le front ! Les retranchements étaient devenus de galantes villégiatures et jamais il n'y eut tant de mariages dans les états-majors !

Personne ne songeait à ordonner le « Pas de femmes » du Petit Duc ! On devine sans peine le désarroi que la présence de ces dames a dû causer dans la nuit où l'attaque turque fut déclenchée, et quel fut le défaitisme de leurs propos lorsqu'elles gagnèrent Smyrne, de celles du moins qui ne sont pas demeurées entre les mains des Turcs.

Le moral de l'arrière

Le moral de l'arrière fut de tout temps lamentable, car les tristes expériences des opérations en Asie Mineure n'avaient pu dissiper dans l'esprit des gens l'illusion que l'aventure anatolienne n'était autre chose qu'une simple promenade militaire. D'où nul effort de sacrifices. L'on songeait à son petit commerce, sans se soucier des combattants : jamais armée ne fut plus moralement séparée de l'arrière que l'armée grecque. Les querelles politiques intestines n'ont permis, d'autre part, à aucun moment du conflit, la réalisation d'une ombre même d' « union sacrée ». Comme dans la Grèce antique, ce sont leurs divisions intérieures qui ont provoqué la catastrophe des Grecs modernes.

Car c'est vraiment une catastrophe. La Bourse fait des bonds formidables. Toutes les transactions sont condamnées pour la présente campagne d'affaires ; des ruines sensationnelles sont imminentes : elles atteindront beaucoup d'éléments étrangers. Les banques sont assaillies par les retraits de fonds ; elles expédient leurs titres, valeurs, archives hors de Smyrne. Les gens font leurs malles ; des bateaux sont déjà partis pleins de familles qui fuient en Grèce.

Tout travail a cessé, et les conversations défaitistes vont leur train. Les autorités sont faibles, aucune mesure n'est prise pour calmer l'affolement de la foule. Pour fiche de consolation, l'on a inventé un petit complot turc, inexistant, mais qui a permis d'assouvir certaines vengeances de la dernière heure et d'exiler quelques douzaines de pauvres diables.

Un généralissime égaré

Par une cruelle ironie, le général Tricoupis, qui venait d'être désigné comme généralissime, a été « égaré » avec tout son corps d'armée !

Le « général » arménien Torcom, l'adversaire bulgare de Pierre Loti, a échoué dans sa tentative de soulever la population arménienne contre les Turcs. Devant ses excès, — il faisait arrêter des jeunes gens, les obligeait à signer un engagement de volontariat, puis les envoyait sur le front ! — la communauté arménienne, archevêque en tête, a protesté contre Torcom ; les autorités grecques, qui l'avaient pourtant appelé, l'ont prié de quitter la ville. Pas plus que les Grecs, les Arméniens n'ont aucune envie de se battre.

Pour la première fois depuis de très longues années, l'on n'entend point parler de « massacres turcs », et cela est un phénomène extrêmement curieux.


Les Grecs ont peur des Grecs, tout simplement ! Les Turcs apparaissent puissants, mystérieux, et marchant, muets, droit devant eux, avec l'approbation tacite de l'Europe, qui abandonne les Grecs définitivement à eux-mêmes ; et eux-mêmes se sentent si faible chose !

M. Lloyd George a une mauvaise presse ; il n'est malédiction grecque — et l'on sait qu'elles sont nombreuses qui ne lui ait été servie. Sic transit gloria mundi.

En ville le débraillé des soldats n'a pas de nom, les officiers ne sont plus salués. On s'occupe de vider les dépôts de munitions ; les transports se succèdent dans le port, arrivant vides et repartant chargés à couler.


Navires alliés dans la rade

Un certain réconfort a été apporté aux Grecs — les autres éléments gardent tout leur sang-froid — par les navires de guerre qui commencent à garnir la rade : dreadnoughts anglais, croiseurs et destroyers français et italiens, cuirassés grecs arrivent l'un après l'autre, et l'on espère que des mesures énergiques seront prises, si nécessaire, par les amiraux étrangers, — mesures moins inopérantes que celles qui permirent les désordres du 15 mai 1919.

Ce matin, la panique semble plus considérable et s'accroît de minute en minute ; des gens font des provisions de vivres, — et pourtant nulle information d'évacuation n'a été donnée, ni par les autorités grecques ni par les consulats étrangers ; et nul ne sait encore positivement où sont les Turcs et si la situation militaire est vraiment désespérée !..."


George Horton (consul général américain à Izmir), télégramme à Charles Evans Hughes (secrétaire d'Etat américain), 2 septembre 1922, source : Papers Relating to the Foreign Relations of the United States (1922), volume II, Washington, USGPO, 1938, p. 414 :


"Situation militaire extrêmement grave en raison de l'épuisement et du faible moral des forces grecques. Ushak et Kutay Aïntab [Kutaya et Aïdin ?] ont été évacuées et brûlées hier. Le premier corps d'armée fortement démoralisé s'est replié sur ses positions à l'ouest d'Ushak. Il a été rejoint par un second corps qui a échappé de peu à la capture en faisant un large détour. Cette force empêche maintenant l'avance turque sur Smyrne mais n'est pas fiable. Le troisième corps d'armée est à Eskishehir mais évacuera probablement bientôt et brûlera la ville. Division de renforcement attendue aujourd'hui et d'autres bientôt. Mon opinion est que la situation est si grave qu'elle ne peut pas être sauvée à présent. La panique se propage parmi la population chrétienne, les étrangers ainsi que les Grecs et beaucoup essaient de partir. Lorsque l'armée grecque démoralisée atteint Smyrne, de graves problèmes plus que probables et des menaces de brûler la ville sont volontiers entendues. Compte tenu de ce qui précède, je demande respectueusement que le croiseur soit envoyé à Smyrne pour protéger le consulat et les ressortissants [l'incendie éclatera le 13 septembre].

Horton"


"Le gâchis oriental : Le gouvernement anglais redouble d'activité pour triompher en Orient", La Dépêche coloniale et maritime, 17 septembre 1922 :

"L'incendie de Smyrne

Les informations, de source grecque parvenues à Londres au sujet des événements qui se sont déroulés à Smyrne ont soulevé une vive émotion. Les messages d'Athènes décrivent avec une complaisance de détails pour le moins surprenante les atrocités et les massacres dont les Turcs se seraient rendus coupables et ils accusent ces derniers d'avoir volontairement incendié Smyrne, afin d'effacer les traces de leurs crimes. Ces informations n'ont été accueillies qu'avec réserves dans les milieux officiels anglais et l'on se rend compte, en effet, qu'ils contiennent une grande part d'exagération et qu'ils sont basés principalement sur des récits de réfugiés affolés ou de témoins dont l'impartialité peut être mise en doute.

C'est ainsi qu'on dément en particulier la nouvelle venue d'Athènes et suivant laquelle plusieurs sujets britanniques auraient été tués à Smyrne. On n'a d'ailleurs que des informations très vagues sur la façon dont l'incendie a éclaté. Suivant un message que l'amiral Bristol, haut-commissaire américain à Constantinople, vient d'adresser au département d'Etat, il aurait commencé mercredi vers treize heures, dans le quartier arménien.

Un autre message indique que l'incendie éclata tout près du quartier turc de Basma-Kahné et que ce dernier n'échappa à la destruction que grâce à une circonstance fortuite, le vent poussant les flammes dans la direction opposée. Le sinistre se développa rapidement, et, en dépit des efforts tentés par les détachements de marins alliés, il s'étendit bientôt au quartier européen, qui fut presque entièrement détruit.

Plusieurs établissements anglais, français et américains, notamment le collège français de Saint-Joseph, plusieurs autres écoles françaises et le consulat des Etats-Unis ont été la proie des flammes.

On signale que quatorze sujets américains auraient disparu."


"Ce sont des Arméniens qui incendièrent la ville de Smyrne", L'Action, 17 septembre 1922, p. 1 :


"Londres, 16 Septembre.

Le Daily Mail reproduit un long télégramme de son correspondant spécial à Smyrne, qui donne les détails suivants sur l'incendie de cette ville :

« A l'exception des quartiers pauvres turcs et d'une très légère partie de sa banlieue nord, la ville de Smyrne flambe de toutes parts et est sur le point de disparaître sous le plus formidable incendie connu dans l'histoire.

« Du haut du pont du croiseur Iren Duke, j'ai pu contempler le spectacle effrayant de cet incendie qui s'étend sur deux milles de long et dont vingt foyers distincts projettent dans le ciel des langues de flammes de plus de cent pieds.

» Derrière ce rideau de feu, on aperçoit les silhouettes des campaniles des églises grecques et des dômes des mosquées.

» Le restant des membres de la colonie britannique a été embarqué dans la matinée de vendredi.

» Le même jour, en compagnie de deux officiers anglais et du général Kiazim pacha
[gouverneur militaire], qui est le commandant turc de la ville, je me suis rendu sur une hauteur avoisinante et interrogeai le général sur ce formidable incendie.

» Nous allons essayer de l'enrayer et de le circonscrire en faisant sauter les maisons qui sont en contact immédiat avec l'incendie.


» Le feu, a-t-il ajouté, a été allumé par les Arméniens. Toute une bande de ces derniers s'étaient réfugiés dans une église située au centre de la ville, où ils avaient amassé des quantités d'armes et de munitions. Quand ils ont vu qu'ils ne pouvaient plus nous échapper, ils ont mis le feu à leur quartier en neuf endroits différents : nous avons pu arrêter 22 d'entre eux. » [il n'est pas inutile de rappeler ici que l'armée kémaliste avait précédemment repris Kars (1920), sans massacrer la population arménienne et sans réduire la ville en cendres (cf. les sources américaines)...]

Au moment où je vous télégraphie, conclut le correspondant du Daily Mail, l'incendie fait toujours rage. La situation des habitants survivants est désespérée. On estime à près de 100.000 le nombre de personnes condamnées à mourir de faim faute de pouvoir se sauver et être ravitaillées. — (Havas.)"


René Puaux, "L'incendie de Smyrne", La Revue politique et littéraire, 7 juillet 1923, p. 463-464 :


"A la Chambre française, au courageux et juste exposé de M. Edouard Soulier qui précisait la culpabilité turque, M. Lenail [Pierre Lenail] répliquait en soutenant la même thèse de la responsabilité grecque. M. Poincaré lui-même déclarait : « L'amiral Dumesnil est en pleine contradiction avec vous sur le récit de l'incendie de Smyrne ». Le président du Conseil n'en disait pas davantage sur le rapport que l'amiral lui avait envoyé, mais l'affirmation était catégorique. Il est facile de deviner le contenu de ce rapport par une simple opération de recoupement. Il n'y a qu'à lire le rapport de la mission de la Ligue maritime et coloniale, présidée par M. Lenail, et qui passa à Smyrne quelques jours après l'incendie. Ce rapport est tout au long dans Mer et Colonies, l'organe de la ligue, n° 196 b, décembre 1922. C'est auprès de l'amiral Dumesnil, dont le portrait orne la première page, que ces messieurs se sont renseignés. Et on lit, sous la plume de M. Maurice Rondet-Saint :

« Voici ce qui semble résulter des informations recueillies et puisées à diverses sources d'ordre différent :

« Le 13 septembre, l'incendie éclatait de toutes parts. Dès le début, les pompiers accourus furent attaqués par des bandes, les tuyaux coupés ; des fusils partirent seuls ; les postes occupés par les marins étrangers qui durent se replier furent abandonnés ; ce fut alors, hors de toute répression possible, le pillage, le massacre, l'horreur.

Une interrogation est sur toutes les lèvres ici. Et le monde entier se la pose on ce moment.

« Comme jadis Moscou [en 1812], la destruction de Smyrne par le feu a été décidée de propos délibéré et organisée. Le doute à ce propos n'est pas permis. Les foyers d'incendie se sont déclarés simultanément en de multiples points de la ville. On a saisi non seulement sur des hommes, mais sur des femmes et sur des enfants, des bombes incendiaires. Mais à l'instigation de qui la destruction de la ville a-t-elle été décidée ? Naturellement, les Grecs et les « Hellénisants » accusent les Turcs, lesquels, ajoutent-ils, ont maintes fois prouvé dans le passé quels « maîtres spécialistes » de l'atrocité ils se sont montrés. Toutefois, une question s'impose : Les Turcs avaient-ils intérêt à détruire Smyrne ? Non, de toute évidence : Smyrne était la plus belle conquête que pût désirer le gouvernement d'Angora.

« Les apparences sont donc bien pour qu'on ne puisse attribuer aux Turcs l'adage : « Is fecit cui prodest ».

« Les Grecs ? Un mouvement de fureur, alors, qui les aurait poussés à anéantir ce que leurs armes n'avaient su leur conserver, et à en priver ainsi leurs adversaires ?


« Certains l'affirment sans pouvoir le prouver. Comme d'autres assurent que les Arméniens n'ont pas reculé devant le forfait pour exercer contre leurs ennemis séculaires, les Musulmans, une vengeance terrible. »

M. Lenail ayant, dans la séance de la Chambre du 26 octobre 1922, tenu exactement la même raisonnement que son collègue de la Ligue maritime et coloniale, il apparaît clairement que ces deux personnalités n'ont fait que reproduire l'exposé qui leur fut fait à la table de l'amiral Dumesnil huit jours après l'incendie [1) le rapport de Dumesnil était riche de précisions particulièrement convaincantes, comme on le verra ci-dessous ; 2) Lenail, tout comme Poincaré, avait rappelé à juste titre que les troupes grecques avaient déjà incendié auparavant des localités en Anatolie : les militants philhellènes ne pouvaient rien trouver pour démentir honnêtement ces faits]."


"Chambre des Députés : Les interpellations sur la politique générale du gouvernement", La Dépêche de Brest & de l'Ouest, 28 octobre 1922, p. 1 :


"POLITIQUE INTERIEURE ET ETRANGERE

M. E. Soulier

M. Edouard Soulier, député de la Seine, interpelle sur la politique intérieure et la politique étrangère du gouvernement.

Le pasteur Soulier, après avoir constaté que la France est la quatrième puissance musulmane du monde, déclare qu'il ne faut pas oublier cependant que la France est surtout une puissance chrétienne. M. Soulier cite divers témoignages, notamment de journalistes américains et de religieux français, affirmant que l'incendie de Smyrne a été scientifiquement organisé par les Turcs dans les quartiers habités par les Grecs.

M. Soulier s'étonne que le gouvernement n'ait pas encore envoyé de félicitations aux marins français, qui ont été admirables.

M. Poincaré. — Nous l'avons déjà fait. Vous ne connaissez pas nos télégrammes à nos marins ; vous ne connaissez pas non plus les télégrammes de ceux-ci, car l'amiral Dumesnil a télégraphié un récit de l'incendie, qui est en complète contradiction avec le vôtre. (Applaudissements.)

M. Soulier fait des récits effroyables des atrocités attribuées aux autorités turques et à leurs soldats.

L'héroïsme de nos marins à Smyrne


M. Lenail, questeur de la Chambre, qui revient d'Orient, interrompt l'orateur pour l'adjurer avec une grande éloquence de ne pas persister dans l'erreur qu'il commet en rendant responsable l'armée turque, avec qui la France a fait la paix.

« Ne parlez pas de 75.000 morts à Smyrne, dit-il, alors qu'il y en a eu 800. Ce que vous soutenez, c'est la thèse de l'adversaire. (Mouvements.)


« Vous parliez des marins français. Eh bien ! l'amiral Dumesnil m'a dit que ces marins, véritables héros, qui ont maintenu l'ordre parmi des centaines de mille de personnes affolées, avaient été accueillis par les mitrailleuses des Arméniens et des Grecs quand ils s'efforçaient d'éteindre l'incendie. (Mouvements.) Quand on étudie les événements de Smyrne, on voit qu'une nation en sort grandie, et c'est la France. Est-il vraisemblable que l'armée turque ait voulu détruire la base méditerranéenne où elle arrivait triomphante, où elle trouvait enfin le contact avec l'Occident ? (Applaudissements.) Ce sont les Grecs qui, sur leur passage, ont incendié villes et villages et commis les atrocités les plus abominables. J'ai vu des témoins. Les Américains, eux, ont protégé les Américains ; les Anglais ont protégé les leurs, les Italiens aussi, La France toute seule a protégé tout le monde. » (Vifs applaudissements sur de nombreux bancs.)

Le président du Conseil applaudit très vivement.
"


Chambre des députés, séance du 10 novembre 1922, source : Journal officiel de la République française, n° 106, 11 novembre 1922, p. 3056-3058 :


"M. le président du conseil [Raymond Poincaré]. Messieurs, les deux principales questions qui ont été abordées dans les discussions de politique étrangère sont celles de la politique orientale de la France et celle de la politique des réparations.

La conférence de Lausanne devant se tenir très prochainement, en vue de l'établissement, ou du rétablissement, de la paix en Orient, et la conférence Bruxelles ne devant se tenir qu'un peu plus tard, je suivrai, si vous le voulez bien, l'ordre chronologique de ces des réunions diplomatiques et je m'expliquerai d'abord sur la politique orientale française, pour aborder, en fin de discussion la question des réparations.

Le jour où le cabinet s'est présenté pour la première fois devant les Chambres, c'est-à-dire le 19 janvier de cette année, il s'exprimait ainsi, dans sa déclaration ministérielle, au sujet de notre politique en Orient :

« Nous aurons à nous concerter avec l'Italie et avec l'Angleterre pour essayer de prévenir, en Orient, une reprise d'hostilités entre les Turcs et les Grecs, pour réaliser, d'accord avec nos alliés, le bénéfice de la convention d'Angora et pour ramener enfin la tranquillité aux portes de l'Europe. Nous pourrons ainsi exercer plus librement notre mandat en Syrie, sans dépenses excessives et pour bien de populations qui ont été de tous temps les fidèles amies de la France. »

Et dans la discussion de l'interpellation qui a eu lieu le même jour, j'ajoutais :

« La signature des conventions nous a libérés, en Asie Mineure, de préoccupations qui pesaient sur notre mandat syrien ; mais la paix orientale n'est pas, pour autant, tout à fait rétablie. A la prochaine fonte des neiges, c'est-à-dire d'ici à quelques semaines, les hostilités peuvent reprendre entre les Grecs et les Kémalistes. Nous avons, d'autre part, à nous entendre avec l'Angleterre et avec l'Italie sur les conséquences des accords que avons passés avec les Turcs et qui ont soulevé à Londres, momentanément, des objections que vous connaissez.

« Ces accords, bien entendu, n'ont jamais eu qu'un caractère provisoire. C'est la raison pour laquelle M. Briand ne les avait pas soumis aux Chambres. Aucun des alliés n'aurait pu faire une paix séparée. Aussi bien n'est-ce pas encore une paix que nous avons faite en Orient. Il faut maintenant la préparer et la conclure. C'est à quoi nous nous emploierons de toutes nos forces et de toute notre bonne volonté. »

Nous avons tenu de notre mieux la promesse que, dès le premier jour, nous avons faite au Parlement. (Très bien ! très bien !)
Dans la seconde quinzaine de mars, les ministres des affaires étrangères de Grande-Bretagne et d'Italie, lord Curzon et M. Schanzer, ont bien voulu venir tous deux à Paris, et nous avons eu ensemble de longues conversations, où, assistés tous trois d'experts financiers et d'experts militaires, nous avons étudié, dans l'esprit, je n'ai pas besoin de dire le plus amical, les divers problèmes que devait poser en Orient le rétablissement de la paix.

La situation était alors, vous vous en souvenez, très complexe et même très périlleuse. Le traité de Sèvres n'avait pas été accepté par les Turcs, ni même ratifié par les Chambres françaises. Ce n'était en réalité qu'un projet mort-né.

L'accord d'Angora avait mis fin aux hostilités entre les kémalistes et nous, mais cet accord laissait subsister un état de choses qui n'était en vérité ni tout à fait la paix ni tout à fait la guerre.


Il était en outre particulier à la France.


Il n'avait été signé ni par l'Angleterre, ni par l'Italie. De sorte que la situation générale restait instable. D'autre part, la Grèce, qui avait été notre alliée sous le gouvernement de M. Venizelos, avait laissé revenir à Athènes un roi qui, au cours même de la guerre, avait fait tirer sur nos troupes, et nous n'avions pas reconnu — et pour cause — son nouveau gouvernement. La Grèce restait en guerre avec les Turcs, et d'autre part, elle n'était pas restée notre alliée, mais, de temps en temps, elle n'en recevait pas moins, du cabinet britannique d'alors, ou de certaines personnes qui gravitaient autour de ce cabinet, des paroles d'encouragement et d'exhortation, qui, du reste, nous semblaient fort imprudentes.

Dans cette réunion du mois de mars, lord Curzon, M. Schanzer et moi, nous nous sommes mis loyalement et résolument en face des difficultés, et nous avons fait tous nos efforts pour les résoudre et pour proposer, dès cette époque, aux Grecs et aux Turcs, un règlement qui fût acceptable pour les deux peuples.

Le Gouvernement français avait donné, à ce moment, l'exemple du plus large esprit de conciliation et s'était rallié, notamment dans la rédaction des clauses territoriales, à des propositions beaucoup plus favorables aux Grecs que celles sur lesquelles l'accord s'est fait hier. Et, dans les séances des 23, 24 et 25 mars dont j'ai ici les procès-verbaux, je n'ai cependant pas cessé de répéter à lord Curzon, qui représentait alors le cabinet britannique, qu'il ne fallait rien arrêter entre nous d'irrévocable, qu'il était infiniment probable que les Turcs n'accepteraient pas telles quelles les solutions que nous allions leur proposer, et qu'il y aurait intérêt pour tous les alliés à ouvrir des négociations avec eux le plus rapidement possible.

Les événements n'ont, hélas ! que trop justifié mes appréhensions. La note collective que nous avons alors si laborieusement rédigée, n'a contenté, comme il fallait s'y attendre, comme au moins, pour mon compte, je m'y attendais, ni les Grecs ni les Turcs. Le temps a passé, et il a passé sans que l'on trouvât le moyen de réviser les propositions faites. Les Grecs encouragés ont repris les hostilités, et, finalement, les opérations militaires ont tourné contre eux. Leur défaite est rapidement devenue une débâcle et ils ont été forcés d'évacuer l'Asie mineure en désordre après avoir, il faut bien le dire, dévasté, au cours de leur retraite, toute la contrée qu'ils traversaient et incendié de nombreux villages.

Il n'y a malheureusement aucun doute sur ce point, en dépit de toutes les dénégations intéressées. L'armée grecque en outre était en proie à une indiscipline qu'avait poussé à l'extrême la très longue mobilisation qui avait été ordonnée par le roi Constantin et elle s'est livrée, ou du moins des soldats indisciplinés se sont livrés, au passage, aux pires excès.

Il ne serait pas juste cependant d'attribuer à l'armée grecque la responsabilité de l'incendie de Smyrne. Les causes de cette catastrophe ne sont pas encore nettement déterminées. D'après les uns, ce sont des habitants grecs qui ont mis le feu ; d'après d'autres, ce seraient des Arméniens. D'après M. le pasteur Soulier, ce seraient les Turcs. J'ai déjà dit que l'allégation de l'honorable député de la Seine est en contradiction avec l'opinion très arrêtée de l'amiral Dumesnil qui était sur les lieux.

M. Edouard Soulier. Et le consul Graillet ?

M. le président du conseil. Le consul Graillet n'est point d'un autre avis. (On rit.)

M. Edouard Soulier. Il peut y avoir des rapports successifs.

M. le président du conseil. Je vous mets au défi de produire un rapport où les faits que vous avez apportés à cette tribune soient confirmés par un agent du ministère des affaires étrangères, par un agent de la marine ou par un agent de la guerre.

Dans tous les cas, dans un rapport du 28 septembre, l'amiral Dumesnil s'exprime comme il suit :


« Ma conviction que les Turcs ne devaient pas être incriminés au sujet de l'incendie de Smyrne, n'a jamais été basée sur le simple sentiment ; elle n'est pas non plus la conséquence du raisonnement :

« 1° Des témoignages précis (supérieur des lazaristes, qui a vu tuer des pillards turcs par les soldats réguliers), ont prouvé la volonté des Turcs de supprimer le pillage et de mettre l'ordre dans la ville ;

« 2° L'armée turque possède des cadres plus complets que ceux d'aucune autre armée et, en général, la discipline y est bien appliquée ;


« 3° Les pillages isolés du premier jour se sont cependant accrus notablement les jours suivants ; mais jamais il n'a été signalé la moindre tentative d'incendie dans ces pillages ;


« 4° Il existait, dans la ville grecque, et arménienne surtout, de nombreux dépôts de munitions et beaucoup de matières inflammables ou incendiaires. La propagande était constante depuis longtemps, pour imprimer dans l'esprit de tous les chrétiens l'idée que Smyrne devait être détruite plutôt que laissée aux Turcs. »

Des propos de cet ordre sont venus, à maintes reprises, aux oreilles des Français, et, notamment, de M. Graillet, notre consul général. (Très bien ! très bien !)


« 5° La veille de l'incendie, Mustapha Kemal pacha et Ismet pacha étaient venus installer leur quartier général sur le quai, à côté de la maison de notre consul. Le feu les en a chassés précipitamment.


« 6° Les Turcs ont combattu le feu avec tous leurs moyens.
Ces moyens étaient a priori insuffisants, en présence d'un sinistre aussi formidable.


« 7° Les équipes de pompiers, bien organisées à Smyrne, étaient malheureusement dans le désarroi, par suite du départ d'un assez grand nombre de chrétiens. Elles ont fonctionné aussitôt que possible, mais elles se sont trouvées en présence d'incendies allumés simultanément sur plusieurs points de la ville, ce qui démontre une organisation qu'on ne saurait attribuer à des pillards turcs.

« Ces incendies, attisés par des matières inflammables en suffisamment grandes quantités, se sont développés très rapidement.


« Des incendiaires arméniens ou grecs ont attaqué les pompiers, même chrétiens, dans l'exercice de leurs fonctions (témoignage de M. Ernest Bon, agent d'assurances, directeur du service d'incendie).


« 8° J'ai fait personnellement vérifier les affirmations de prêtres français, qui paraissaient absolument dignes de foi, et qui accusaient les troupes régulières turques de répandre du pétrole dans les rues pour propager l'incendie. Ces dires ont été reconnus absolument faux et dus à l'imagination de gens frappés par la soudaineté et par la gravité du sinistre.

« Des quantités d'autres racontars ont circulé, auxquels on ne peut davantage ajouter foi.


« Tout ce qui précède, mes conversations avec les autorités turques, le bon sens, enfin, ont formé ma conviction : même, sans tenir compte des preuves que ces autorités disent avoir déjà recueillies dans leur enquête, qui se poursuit toujours, des arrestations nombreuses de Grecs et d'Arméniens auraient été opérées et des aveux obtenus. »


Je n'insiste pas, car, malheureusement, les excès appellent les excès (Très bien ! très bien !) et la guerre surexcite les mauvaises passions (Très bien ! très bien ! à l'extrême gauche) autant que les bonnes, surtout dans des armées qui sont livrées à l'indiscipline.

Aussi bien, le Gouvernement français, lorsqu'il a vu poindre en Orient le danger d'un nouveau conflit armé, n'a-t-il eu qu'une pensée — je devrais dire une obsession : empêcher la généralisation des hostilités et travailler au rétablissement le plus prompt possible de la paix.

Et il a donné au monde entier, contrairement à ce que disait l'autre jour l'honorable M. Léon Blum
[un anti-kémaliste primaire, qui ne comprenait pas grand-chose aux questions internationales et militaires], il a donné en cela au monde entier un éclatant témoignage de ses permanentes intentions pacifiques. (Applaudissements.)

La France, messieurs, n'avait eu aucune responsabilité dans la débandade grecque. Elle n'avait cessé de désapprouver la politique aventureuse du roi Constantin et, s'il n'avait dépendu que d'elle, la paix aurait été depuis longtemps négociée avec Angora.

Mais non ! Depuis le 30 octobre 1918, date de l'armistice qui avait été signé à Moudros par l'amiral britannique Calthorpe, on était resté dans un statu quo vraiment paradoxal vis-à-vis de la Turquie. On s'était simplement installé à Constantinople et dans les détroits, et on laissait la guerre se continuer entre les kémalistes et les Grecs.

Les coups de tonnerre de la victoire turque ont brusquement troublé cet heureux sommeil. Mais alors, les Turcs, qui étaient, à la fin de 1918, des vaincus, et des vaincus dociles, s'étaient, dans leur guerre particulière contre les Grecs, transformés en vainqueurs, ils s'étaient enivrés de leurs succès et ils étaient naturellement portés, non seulement à les exagérer, mais à les exploiter.

Dans un rapport que le général Pellé m'adressait de Constantinople le 11 septembre dernier, il insistait sur cette considération que, pour assurer la paix le plus rapidement possible, il était nécessaire d'indiquer, immédiatement et sans marchandage, aux Turcs, les frontières qui leur seraient assignées dans le nouveau traité, et il précisait qu'il lui paraissait indispensable de reporter, en Thrace, la frontière à la Maritza.

C'était, si je ne me trompe, non seulement l'avis du général Pellé, mais celui de tous les Français qui habitent Constantinople. M. Lenail, qui passait à ce moment à Constantinople, a eu l'amabilité de me télégraphier, au nom de la colonie française, que tous nos compatriotes professaient la même opinion."


Emile Wetterlé (prêtre catholique et député), En Syrie avec le général Gouraud, Paris, Flammarion, 1924, p. 58-61 :


"Ce qui fut Smyrne, la ville la plus riche de l'Asie Mineure, est là, sous nos yeux. Sur les quais en demi-cercle, des murs calcinés marquent l'emplacement des riches villas et des énormes entrepôts. Le vaste amphithéâtre, jusqu'au pied du mont Pagus, ne montre plus qu'un fouillis de ruines lamentables, d'où s'élèvent encore quelques nuages de fumée. C'est le royaume de la désolation. Il y a dix jours à peine l'industrieuse cité était l'orgueil de ses 300.000 habitants. Elle ne dresse plus aujourd'hui vers le ciel que les moignons tordus et noircis de sa carcasse éventrée.

On nous avait affirmé à Athènes que 200.000 cadavres flottaient sur les eaux du port de Smyrne. Nous n'en voyons aucun et ce nous est une première surprise. Nous descendons à terre. Le spectacle, qui nous y attend, est effroyable. Des milliers de réfugiés sont entassés par groupes compacts sur les quais et dans ce qui reste des rues avoisinantes. L'amiral Dumesnil nous sert de guide. Il nous raconte les événements tragiques de la nuit du 12 au 13 septembre. 200 réguliers turcs étaient entrés, la veille, dans la ville encombrée de fuyards. Ils n'avaient commis aucun acte de violence, bien que le chef du détachement eût eu un cheval tué sous lui. Vers onze heures du soir le feu avait éclaté dans plusieurs quartiers éloignés les uns des autres. Du fait que les quartiers européens, grecs et arméniens furent seuls dévastés par l'incendie, on avait conclu, un peu précipitamment, que les Turcs étaient responsables de l'épouvantable sinistre.

Voici cependant ce qui s'était passé. Dès la première alerte, l'amiral Dumesnil avait fait mettre à la mer toutes les embarcations de ses navires. Quand les matelots français voulurent participer aux travaux d'extinction, ils furent accueillis par des coups de fusil qui partaient des bâtiments dans lesquels Grecs et Arméniens s'étaient retranchés. Ils se bornèrent, dès lors, à évacuer sur les deux cuirassés et sur le transport les réfugiés qui encombraient les quais, au nombre de près de 80.000. Le sauvetage était difficile. Tous ces malheureux se ruaient littéralement sur les embarcations et menaçaient de les faire chavirer. Il fallut se défendre contre ce dangereux envahissement. Les matelots le firent avec tact et mesure. Néanmoins, sous la poussée des derniers rangs de la foule, quelques réfugiés tombèrent dans la mer et ne purent pas être repêchés.

Des scènes déchirantes se déroulaient au bord de l'eau. Des mères affolées jetaient leurs enfants à la volée dans les canots. D'autres femmes suppliaient à genoux les sauveteurs de les emmener. Toute la nuit les embarcations firent la navette entre les quais et les vaisseaux de la flotte, dont les ponts et les entrepôts furent bientôt remplis de sinistrés.

Italiens et Américains rivalisaient de zèle avec les Français. Pendant ce temps, on entendait crépiter une fusillade intermittente dans la ville incendiée. Des Arméniens et des Grecs, redoutant un massacre général, s'étaient barricadés dans leurs églises et dans leurs écoles et, de ces forteresses improvisées, ils dirigeaient un feu nourri sur les soldats turcs qui cherchaient à rétablir l'ordre. Après enquête, l'amiral Dumesnil estima que, dans ces escarmouches, il y eut environ 500 victimes. Un nombre à peu près égal de fuyards se noya dans les eaux du port. Nous sommes loin des 40.000 chrétiens qui devaient, d'après les dires des Grecs d'Athènes, avoir été massacrés pendant la nuit tragique. L'attitude des troupes régulières turques fut, nous dit-on, irréprochable.

De fait nous n'avons trouvé, dans les ruines fumantes de la ville, que deux cadavres carbonisés d'enfants et pourtant les travaux de déblaiement n'avaient pas encore été poussés. Des témoignages des équipages et des réfugiés européens, il ressort que, si des irréguliers turcs prirent une part active au pillage, les Grecs furent les auteurs principaux de l'incendie. Une religieuse me raconte que, pendant la retraite des troupes de Constantin, les fillettes grecques de son école lui disaient : « Si les Turcs arrivent jusqu'ici, ils ne trouveront plus qu'un monceau de décombres. »

Dans leur turcophobie, les Anglais, les Américains et quelques Français ont trop facilement accepté la thèse des gens d'Athènes.


Comme il est difficile d'écrire l'histoire ! Nous vivons, depuis ce matin, au milieu des témoins oculaires de la catastrophe. Or, leurs récits sont loin d'être concordants. Des Arméniens prétendent avoir « vu » des soldats turcs arrosant les maisons de pétrole. D'autres racontent qu'ils n'ont pu se soustraire au massacre que par une fuite éperdue. Nos religieux et nos soeurs, au contraire, parlent des tragiques événements avec plus de calme et de retenue et se gardent de porter aucune accusation contre les soldats de Mustapha Kémal."


Philippe de Zara (envoyé spécial du Journal à Izmir, au moment des événements), Mustapha Kémal, dictateur, Paris, Fernand Sorlot, 1936, p. 297-299 :


"Le 9 septembre, les premiers escadrons turcs faisaient leur entrée à Smyrne parcourant les quais de la ville en un défilé impeccable. Les sirènes des navires mugissent sur le golfe. L'amiral Dumesnil — nous nous trouvions à dix pas de lui — salue devant le consulat de France les vainqueurs qui passent, et les escadres étrangères arborent le pavillon turc.

Les Grecs avaient disparu. Attaqués à l'improviste avec une vigueur irrésistible, ils avaient cédé à Domlou-Pounar, sur la ligne stratégique d'Afion-Kara-Hissar. Ce fut aussitôt la déroute. Leur commandant en chef, le général Hadjianestis, se trouvait à Smyrne au début de la bataille. Il ne put rejoindre le front. Avant la fin des hostilités, il est cassé de son grade. A peine désigné, son successeur, le général Tricoupis, est fait prisonnier ! Dans leur recul, les vaincus se livrèrent à des horreurs, incendiant villes et villages derrière eux. Les chrétiens d'Asie Mineure craignant les représailles turques, accompagnaient l'armée hellénique dans sa retraite. Ces foules disparates furent bientôt à Smyrne. L'embarquement des troupes et d'une partie de la population civile se fit dans un désordre indescriptible. Les services grecs, haut-commissaire en tête, s'enfuirent éperdus, laissant dans les transes une immense population affolée. Durant quarante-huit heures la ville demeura sans gouvernement. Seules des patrouilles volontaires françaises assurèrent l'ordre. Les établissements étrangers étaient combles de réfugiés chrétiens. Ce fut miracle qu'en arrivant à Smyrne les Turcs ne se livrèrent pas à un massacre général de ces troupeaux terrifiés. Le métropolite orthodoxe, Mgr Chrysostome, qui avait été, bien que citoyen ottoman, l'âme de l'occupation hellénique, refusa vaillamment de quitter ses ouailles. Deux heures après l'arrivée des vainqueurs, nous le vîmes arrêter par deux officiers turcs et conduit au palais du gouvernement : il fut livré aux fureurs de la populace musulmane qui le lapida.

Quatre jours plus tard, alors que la vie commençait à redevenir normale, un incendie, qui débuta aux environs de la cathédrale arménienne où se tenait un îlot de résistance, détruisit la plus grande et la plus belle partie de la ville. Les auteurs du sinistre demeurèrent inconnus. On soupçonna fortement les formations arméniennes du « général » Torkom, aventurier au service des Grecs [outre qu'il s'agit ici d'un récapitulatif à froid de la part d'un témoin de la débâcle grecque, précisons que l'"arménophobie" n'est pas une caractéristique saillante de l'oeuvre de Philippe de Zara]. La fuite dans la nuit à bord des cuirassés alliés, à la lueur de l'immense brasier, fut un spectacle néronien. Les jours qui suivirent l'incendie marquèrent l'exode général des derniers chrétiens d'Asie Mineure qui abandonnèrent la ville où les Turcs les pourchassaient. Depuis les temps les plus reculés les Grecs avaient toujours habité l'Ionie. Ils avaient survécu à toutes les tourmentes et avaient joui sous les sultans d'une rare tolérance religieuse et civique. Le principe des nationalités, fruit vénéneux du libéralisme, en incitant les chrétiens ottomans à la révolte mit fin à la présence historique des Grecs en Ionie. Lorsqu'on entamera les pourparlers de paix les minorités chrétiennes en Asie Mineure auront disparu. A Smyrne où il arriva trop tard pour conjurer le feu, Mustapha Kémal fut rejoint par sa mère. Il prit quelque repos auprès de Latifeh Hanoum qui devait bientôt devenir, pour quelques années seulement, son épouse, puis il donna l'ordre de marcher en deux colonnes serrées sur Constantinople et les Détroits afin de gagner la Thrace et de battre les troupes grecques qui occupaient encore Andrinople."


René Grousset (historien et futur académicien, spécialisé dans l'histoire de l'Orient au sens large), Le Réveil de l'Asie. L'impérialisme britannique et la révolte des peuples, Paris, Plon, 1924, p. 29-31 :

"La Grèce avait donné le maximum de son effort et elle avait échoué. Il était désormais acquis qu'elle ne pourrait triompher d'Angora. Dans ces conditions, le plus sage était pour elle d'évacuer l'Anatolie en « sauvant la face ». Le 22 mars 1922, M. Poincaré proposait un accord en ce sens (rétrocession aux Turcs de l'Anatolie avec une bande de terrain en Thrace, la Grèce gardant encore Gallipoli et Andrinople). On sait aujourd'hui que, livrés a eux-mêmes, les hommes d'Etat grecs eussent saisi avec empressement l'occasion offerte. Ils se heurtèrent à l'opposition secrète du cabinet Lloyd George. Poussé par ses terribles protecteurs britanniques, le gouvernement grec prit alors une initiative désespérée. En juillet 1922, il annonça l'intention de marcher sur Constantinople et, dans ce but, préleva sur le front d'Anatolie trois divisions qu'il massa en Thrace devant les lignes de Tchataldja.

Le coup de main sur Constantinople fut bien près de réussir. Le transport des troupes grecques en Thrace n'avait pu s'effectuer sans l'assentiment tacite du haut commissaire britannique, général Harrington [l'armée grecque continuait à recevoir un soutien britannique à cette date, mais ce soutien ne venait pas du général Harington]. Mais le général Pellé, commandant des détachements français dans la capitale turque, prit en main la défense des lignes de Tchataldja. Sa fermeté intimida les Grecs qui ajournèrent leur tentative. M. Lloyd George en manifesta le plus vif dépit. Dans un discours aux Communes, le 4 août 1922, il proclama les droits de la Grèce sur Constantinople et mit une fois de plus les Turcs au ban de l'humanité.

Cette déclaration ne laissait d'espoir aux Turcs que dans le sort des armes. — Les Grecs venaient de commettre la faute de dégarnir leur front dans le secteur d'Afioum Kara-Hissar. Ce fut de ce côté que le commandant turc, Ismet Pacha, lança son attaque principale. Les lignes d'Afioum Kara-Hissar furent emportées par surprise le 26 août. Les Grecs se replièrent en désordre sur Kutayeh et Ouchak, mais Kutayeh fut pris le 31 août et Ouchak le 3 septembre. Dans la débâcle, le généralissime grec Tricoupis fut fait prisonnier et ses troupes refluèrent vers Smyrne, où elles s'embarquèrent. Quant à l'armée grecque du nord, celle d'Eski Chéir, percée à son tour et menacée d'encerclement, elle n'eut que le temps d'évacuer cette place (1er septembre) et de s'enfuir vers la Marmara.

La retraite des Grecs fut marquée par les mêmes excès que, trois ans plus tôt, leur débarquement. Eski Chéir, Ala Chéir, Ak Hissar, Aïdin, vingt autres villes turques furent incendiées. Il fallut l'envoi d'un contingent français pour protéger les admirables mosquées de Brousse. Les troupes turques venaient de traverser leurs campagnes transformées en désert lorsqu'elles entrèrent à Smyrne (9 septembre 1922). En pénétrant dans les faubourgs, elles se virent attaquées par la populace arménienne. Dans le combat de rues qui s'ensuivit, un incendie éclata qui consuma la ville. Grecs et Turcs s'en sont rejeté la responsabilité. Il semble en réalité qu'elle incombe aux Arméniens [pour information, René Grousset était un ami du ramkavar Archag Tchobanian...]."


Erich Feigl, Un mythe de la terreur. L'extrémisme arménien : ses causes et ses origines, Salzbourg, Druckhaus Nonntal, 1991, p. 197 :

"(...) Seulement un jour avant l'évacuation d'Izmir (Smyrne) un terrible incendie éclata au quartier arménien.

Le 2 septembre 1922 les troupes turques libérèrent Eskisehir. Une semaine plus tard, elles furent à Manisa. Avant de partir, les Grecs avaient brûlé la ville. Peu après, ils iraient réserver le même sort à Izmir. Rien ne devrait rester aux Turcs que la terre brûlée.

Juste avant l'entrée des troupes victorieuses de Kemal dans Izmir, un terrible incendie éclata au quartier arménien de la ville. 25.000 bâtiments, presque la moitié de la ville, furent réduits en cendres. Les pompiers s'agitèrent dans les rues sans pouvoir aider. Les citernes étaient vides, les bouches d'incendie bloquées et les conduites d'eau coupées.

Jamais dans les pays de l'ancien monde on n'avait vu un holocauste de cette dimension. Il se peut qu'il fut l'oeuvre des Dachnaks. Si cette hypothèse tient, la destruction d'Izmir serait en rang deux sur l'échelle des attaques terroristes des Dachnaks, après l'anéantissement de Van au printemps 1915."


Sur la politique de la terre brûlée de l'armée grecque (dans les Balkans et en Anatolie occidentale) : Guerres balkaniques (1912-1913) : les effroyables atrocités grecques, d'après les lettres des soldats grecs eux-mêmes

L'"auto-nettoyage ethnique" grec

Le rapport de la Commission interalliée d'enquête sur l'occupation grecque de Smyrne et des territoires adjacents (1919)

Les crimes de guerre massifs des forces armées grecques en Anatolie occidentale : le rapport du Comité international de la Croix-Rouge (1921)

La guerre gréco-turque de 1919-1922 : le témoignage capital d'Arnold J. Toynbee sur le nettoyage ethnique commis par les Grecs en Anatolie occidentale

Les crimes de l'armée grecque contre les Juifs d'Izmit (1921)

Le témoignage de Lord Saint-Davids sur la politique de la terre brûlée accomplie par l'armée grecque en Anatolie

Les Grecs à Izmir : le témoignage de Philippe de Zara (1922)

Berthe Georges-Gaulis et les Grecs

Lothrop Stoddard : "Une puissante armée grecque (...) a commis des atrocités massives contre les habitants turcs"

Le général Refet Bele et les Arméniens

Sur les pratiques incendiaires des nationalistes arméniens : Cevdet Bey (beau-frère d'Enver) à Van : un gouverneur jeune-turc dans la tempête insurrectionnelle

Les enquêtes diligentées par le gouvernement américain en Anatolie orientale (1919-1920)

Les combattants arméniens à Erzurum (1918) : lâcheté et massacres de civils

Rauf Orbay et les Arméniens

L'amiral Mark L. Bristol et les Arméniens

Le général Gouraud face au problème des crimes arméniens en Cilicie

Sur l'incendie d'Izmir : Le témoignage de Paul Grescovitch (chef d’une brigade de pompiers) sur l’incendie d’İzmir (« Smyrne ») en 1922

Le consensus de la presse française pour attribuer l’incendie d’İzmir (« Smyrne ») aux nationalistes arméniens (1922)